02.03.2012
"Lisogne se conte", par Tanguy van Outryve d'Ydewalle
Si de nos jours entrer en religion ou devenir châtelain mène immanquablement à une vie de sacrifices
et de renoncements, Tanguy d'Ydewalle n'est certainement pas concerné par la crise des vocations. Job gratifiant et cocoon familial le week-end à Houston aux Etats-Unis, il quitte tout en 2004 pour revenir en Belgique et s'installer au château de Lisogne avec femme et enfants. C'était heureusement (et c'est toujours) une folie non préméditée, assure-t-il après sept longues années de travaux de réfection et de restauration, sinon elle ne se serait jamais réalisée !
Patrimoine familial depuis 1841 au sein de la famille Henry [de Frahan en 1921], sept générations s'y seront succédées. Eugène Henry de Frahan (1916-1997), époux de Yolande Dumont de Chassart, est le dernier occupant porteur du nom. En 2003, le château fait l'objet d'une donation entre sa fille Nicole et son petit-fils Tanguy, né d'un père d'Ydewalle émigré du Franc de Bruges.
Lisogne ? Un modeste bourg rural habité par quelques centaines de personnes, dominant la vallée de la Leffe. Petit de taille, Lisogne est riche d'un passé multiséculaire que le nouveau châtelain du lieu a étudié avec un soin minutieux, travail qualifié par d'aucuns de bénédictin, vocation oblige. Dans son opus, l'auteur nous livre une analyse détaillée des hameaux, dépendances et lieux-dits, anciennes bâtisses et vieilles fermes, églises et abbayes avoisinantes, sans oublier son château, fief des Henry de Frahan aux multiples générations et aux alliances non moins nombreuses.
La seigneurie de Lisogne aura été successivement l'apanage de plusieurs familles dont les seigneurs de Jodion au XIIième siècle, les de Moustier au XIVième siècle pour passer ensuite aux [de] Salmier, Petit, Villers-Marbourg, Gaiffier, etc. Si certains de ces anciens patronymes sont aujourd'hui passés aux oubliettes de l'histoire, les férus de généalogie les retrouveront aisément sur Internet.
Le premier propriétaire connu serait un prêtre du nom d'Oduin. Oduin possède de jure meo quelques biens dans les environs et les cède vers les années 825 à l'abbaye de Stavelot pour assurer le salut de son âme, remedio anima mea. Quelques siècles plus tard, Lisogne se retrouve sous l'autorité de la prévôté de Poilvache, cette dernière se faisant progressivement absorber par les comtes de Namur.
Au-delà des appellations toujours d'actualité comme cadastre, arrérage et autre douaire, l'ouvrage nous plonge avec délice dans la terminologie moyenâgeuse. Un manant n'était point ce que l'on s'imagine aujourd'hui. Participe présent du verbe ancien manoir, lui-même originaire du latin manere (demeurer, rester), il prit au Moyen-Âge le sens de habitant, résident. Le manant était souvent un riche paysan propriétaire ! Un prélocuteur était une sorte d'avocat, un avant-parlier qui devait exposer les revendications des manants. Un luminaire désignait une terre ou un bois dont le revenu servait à entretenir la lampe du Saint-Sacrement. Si le mot mambour signifiait tuteur, une mambournie était le
pouvoir exercé par une autorité, comme par exemple un père sur ses enfants. Un oblat était un enfant offert à un monastère pour y être éduqué et devenir moine. Et ainsi de suite ...
En 1605, le bourg de Lisoingne apparaît [ci-contre] parmi les gouaches richement illustrées des célèbres Albums de Croÿ, du nom du duc Charles de Croÿ (1560-1612) qui les commanda au peintre Adrien de Montigny. On ne fera pas grief à l'artiste d'avoir inversé une tour médiévale avec celle de l'église, les arrière-plans étant souvent reconstitués de mémoire en atelier.
Aequitate et dignitate, fière devise de la lignée Henry de Frahan ! Si l'on retrouve les premières traces de ce nom au XVième siècle dans la botte de Givet à Haybes, ancienne seigneurie à haute justice relevant des comtes de Namur, le patronyme connaîtra des formes diverses : Renart, Renart dit Henry, Henry de Haybes du nom de Joseph Henry de Haybes (1713-1784) qui vient se fixer à Dinant et fait partie du Mont de Piété de la ville. Membre des Etats provinciaux, son fils Pierre-Joseph Henry y fonde la Banque Henry qui ouvrira une série d'agences en province de Namur et du Luxembourg ainsi qu'en France.
Enracinée dans la région dinantaise, la famille Henry [de Frahan] est au service de ses concitoyens et de son pays. Une descendance prolifique qui compte tour à tour banquier, membre du Congrès National de Belgique, notaire, président de tribunal, officier de la Garde Communale, conseiller communal, bourgmestre, conseiller provincial, commissaire d'arondissement ... C'est à Victor Henry de Frahan que revient le mérite d'avoir lancé, nous sommes en 1954, le premier télésiège en Belgique, reliant le bas du site touristique des Grottes préhistoriques et Jardins de Montfat à la tour de Montfort, bien de famille devenue société anonyme en 1941.
Un peu à l'écart du village, le château et sa ferme attenante sont ceinturés par un mur en calcaire, englobant un parc de verdure et d'arbres. Adossée au château, la ferme en U des XVIIième et XVIIIième siècles forme un ensemble qui aura été le siège d'une seigneurie foncière dont les différentes parties sont réunies en 1760 par Pierre-Baudouin de Gaiffier, seigneur de Houx.
L'état dans lequel nous avons trouvé le château n'était pas fameux, soupire l'auteur, l'humidité pénétrait la façade par les fissures, l'électricité datait d'avant-guère et l'on entendait des grésillements sortants des boîtes de dérivation, la chaudière engloutissait 8.000 litres de mazout par an ... bref, un fameux chantier nous attendait ! Nous nous y sommes donc mis, autant mon épouse que nos quatre enfants dont la dernière venait de naître le lendemain de notre arrivée au village.


L'aventure est-elle terminée ?
Dans le plus pur style Des Racines et des Ailes, voici que notre châtelain relève un nouveau défi, la reprise de l'Hôtel du Vieux Moulin de Lisogne, une manière d'ancrer définitivement ses nouvelles racines familiales. Chambres tout confort, restaurant goûteux, cabanes perchées et roulotte aménagée dans le jardin ...
Aujourd'hui, un anniversaire se prépare : les 250 ans d'existence du château-ferme de Lisogne (1762-2012). Afin de marquer l'événement, une grande fête sera mise sur pied durant l'été 2012. Familles, amis, relations, bienvenue à tout le monde !
Nicolas van Outryve d'Ydewalle
Edité par l'asbl "Lisogne en Fête", 2011, 208 pages, nombreuses illustrations. Disponible chez l'auteur tanguy.vanoutryve@gmail.com au prix de 30 euros + 6 euros de frais de port, à verser au compte BE67 1931 2276 0187.
Lisogne en fête asbl : http://www.lisogne.be
Hôtel-Restaurant du moulin de Lisogne : www.moulin-de-lisogne.be
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15.02.2012
Eglises et Monastères de l'Ancienne Russie
Une extraordinaire liturgie héritée des traditions monastiques de Byzance, des icônes aux images saintes, de sublimes chants slavons aux accents de l'Orient : la tentation du beau dans l'église orthodoxe russe a toujours fait partie de la conscience religieuse populaire.
Il y a bien longtemps, racontent les anciennes chroniques de Kiev, les Slaves n'arrivaient plus à
s'entendre parce qu'ils n'avaient plus de gouvernement. La discorde régnait et les familles se faisaient la guerre entre elles. Alors, ils se dirent : cherchons un prince qui règne sur nous. Ils allèrent chez les Normands de Scandinavie et leur déclarèrent : notre pays est grand et riche, mais il n'y a point d'ordre parmi nous ; venez donc nous régir et nous gouverner...
Trois chefs normands, trois frères, répondirent à cet appel et emmenèrent leurs familles avec eux. La population désigna ces nouveaux arrivants les Rous, en vieux suédois ceux qui font du canotage par allusion aux Vikings. Peu de temps après, deux des trois frères moururent et l'aîné, Rurik, étendit progressivement son pouvoir sur tout le pays.
En 988, l'arrière‑petit‑fils de Rurik, Vladimir, grand‑duc des principautés de Novgorod et de Kiev, décide dans sa grande sagesse de christianiser la Russie. Mais quelle religion choisir ? Des observateurs sont envoyés au‑delà des frontières. A leur retour, ils rendent compte de leurs pérégrinations. L'islam ne peut convenir car le porc et l'alcool y sont défendus ; le catholicisme romain est jugé trop austère à cause du jeûne ; les Juifs ne trouvent pas grâce à leurs yeux en raison de la diaspora, preuve que Dieu les a condamnés.
Par contre, la splendeur et la magnificence des rites de l'orthodoxie de Byzance séduisent d'emblée les Russes : Nous arrivâmes chez les Grecs, ils nous menèrent à l'endroit où ils adorent leur Dieu et nous ne savions plus si nous nous trouvions au ciel ou sur la terre car nulle part ailleurs on ne trouve une telle beauté indicible, déclarèrent avec émerveillement les envoyés du prince.


Il n'est pas aisé pour un esprit rationaliste de comprendre l'ordonnance de la liturgie orthodoxe. N'entend‑t‑on pas souvent dire que le rite l'emporte sur la doctrine ? Le rite est une forme symbolique reflétant le sentiment religieux et l'attitude de dévotion du croyant, répond l'Eglise orthodoxe. En effet, le peuple russe a considéré de tout temps que l'on n'assure pas moins son salut en participant à la liturgie qu'en lisant l'Evangile, que la célébration du culte est tout aussi importante que le service rendu à son prochain !
Alors que la Russie s'engage dans le christianisme, l'Eglise devient rapidement le rempart de l'Etat selon la théorie byzantine de la symphonie des pouvoirs temporel et spirituel, contribuant ainsi à établir les bases de la société russe naissante. Les propagateurs de la foi sont d'ailleurs les princes et grands-ducs rurikides, grâce auxquels les principales cathédrales des villes russes voient le jour à partir de la fin du Xième siècle.
Les premières églises sont pour la plupart construites en rondins, ce qui ne devait représenter aucune difficulté majeure pour les charpentiers, rompus de longue date à l'érection de fortifications en bois. Mais la toute première collégiale, Sainte‑Sophie de Novgorod, un ambitieux édifice à treize coupoles, sera détruite par un incendie, la première d'une longue série, et ensuite reconstruite en pierres.

Edifiée sans plans, l'église de la Transfiguration du Christ à Kiji,
aux vingt-deux coupoles en forme de bulbes, a été construite sans un seul clou.
Elle est aujourd'hui le monument le plus précieux de l'architecture en bois en Russie.
Si la flèche gothique occidentale exprime un irrésistible élan vers le haut, la coupole et la bulbe des églises russes rappellent la voûte céleste. Tout en haut sous la coupole, sur fond de ciel bleu nuit, le Christ Pantocrator bénit le monde. La coupole fait descendre le ciel sur la terre : même les colonnes qui la soutiennent sont conçues non pas comme des éléments porteurs mais comme des pendentifs.
Dans l'architecture religieuse, la couleur précède la forme. C'est d'abord par la couleur que nous apercevons une église russe, lorsqu'elle nous est révélée de loin par la tache blanche de ses murs et l'étincelle dorée de sa coupole, tambour coiffé d'un heaume à la dorure resplendissante, comme une langue de feu tournée vers le ciel.

Le blanc est symbole de droiture et absence de péché. Resplendissantes de blancheur au milieu de la grisaille des bâtisses urbaines, les églises russes exercent une véritable fascination. L'or est un signe tout aussi riche de sens que le blanc, mais il renvoie à des réalités plus hautes encore. Sa rareté, son prix, sa ressemblance avec le soleil font de la coupole de l'église le chef du Seigneur.
Elément hérité de Byzance, présent dans toute église orthodoxe, l'iconostase est la cloison qui sépare la nef du sanctuaire dans lequel l'officiant se tient pour la consécration. Au centre se trouvent les portes saintes ou royales que seuls les officiants de haut rang peuvent franchir. Richement ornée d'icônes, l'iconostase est le support inégalé de l'art religieux russe. L'icône séduit par sa sérénité, son caractère humain, la beauté de sa peinture et la richesse de ses couleurs. Image censée conserver une partie de la sainteté du personnage représenté, elle occupe la première place dans la dévotion populaire.
André Roublev, moine du monastère de la Trinité‑Saint‑Serge à Zagorsk, est celui qui aura le mieux traduit les formules de l'art byzantin en un langage particulièrement poétique, en conférant à ses images une pureté inégalée. Déjà renommé de son vivant, il est l'auteur d'un chef‑d'oeuvre absolu, la célébrissime icône [ci-dessous] de la Trinité.

Les premières communautés monastiques voient le jour au Xlième siècle. La laure des catacombes de Kiev, fondée par un moine rentrant d'un pèlerinage aux sources sacrées du mont Athos, est le premier maillon d'une longue chaîne de monastères qui offriront assistance et protection aux voyageurs et pèlerins ainsi qu'aux populations des villages environnants lorsque surgiront guerre, peste ou famine.
Les premiers ermites vivent dans des grottes parmi un ensemble de galeries, d'oratoires et de cellules creusées au flanc des collines. Vers la fin du Xlième siècle, ces catacombes perdent leur raison d'être et deviennent pour environ six siècles le site d'inhumation des moines, transformé progressivement en lieu de pèlerinage. Aujourd'hui encore, en raison d'un phénomène naturel et scientifiquement explicable, les momies de centaines de moines ont été parfaitement conservées.


A gauche, la chapelle du château de Peterhof. A droite, l'église de Tchesmé en style néogothique est construite en 1780 pour Catherine II de Russie à l'endroit où l'impératrice reçoit la nouvelle en 1770 de la victoire de la bataille de Tchesmé sur les Turcs. Elle est consacrée en juillet 1780, en présence de Catherine et de l'empereur du Saint-Empire, Joseph II, en visite privée sous le nom de comte de Falckenstein.
Fondée au XVIième siècle, la Trinité‑Saint‑Serge à Zagorsk ‑ le Vatican de l'Eglise orthodoxe russe ‑ est célèbre pour la beauté de son ensemble architectural ainsi qu'à la place qu'elle a occupée durant plusieurs siècles, foyer spirituel et vivant symbole de l'unité russe. A l'époque des persécutions communistes, jamais les autorités n'osèrent lever la main sur ce sanctuaire de légende.
Aux cours des XIVième et XVième siècles, la construction de monastères connaît un essor prodigieux : pas moins de cent cinquante sont créés, suivis par six cents au siècle suivant ! Différents par leur caractère et leur architecture, ces établissements sont autonomes ou dépendent du prince, du métropolite ou de l'évêque ; certains mêmes sont familiaux, transmissibles par voie héréditaire.


S'il reste de nombreuses églises en ruine dans l'ex-URSS, d'autres sont magnifiquement restaurées, telle l'église du monastère de Smolny à Saint-Pétersbourg.
Comme la construction d'un monastère dépend souvent de la volonté du tsar ou de celle du grand-duc, la dédicace du nouveau sanctuaire se rattache parfois au désir ardent de la naissance d'un héritier : cathédrale de l'Intercession, église de l'Annonciation, monastère dédié à la Conception‑de‑Sainte‑Anne, etc. Par contre, si la descendance tant attendue ne se manifeste pas, il arrive que la tsarine fautive se retrouve reléguée dans un monastère pour cause d'infertilité !
Le XVIième siècle connaît une activité religieuse intense. Beaucoup de monastères sont restructurés. Des tendances nouvelles se font jour. On joue sur la solennité des célébrations liturgiques, parallèlement à la conscience d'une unité nationale russe, médiatisée par la religion : Moscou, la troisième Rome, souvenance de l'auguste héritage byzantin. Avec la consolidation de l'Etat et de ses frontières, la fonction défensive des monastères perd de son actualité. Un goût marqué pour la forme décorative et colorée s'installe, se combinant avec la création d'un style palatial en baroque moscovite, témoin le monastère de Novodietvitchi aux abords de Moscou.
En 1552, le tsar Ivan-le-Terrible annexe le territoire de Kazan. Voulant perpétuer cette victoire dans le souvenir de son peuple, il fait bâtir un monument à sa gloire et à celle de son armée, la cathédrale de Basile‑le‑Bienheureux sur la place Rouge à côté du Kremlin. L'édifice n'a jamais cessé d'étonner et de susciter l'admiration tant par ses formes et ses couleurs que par l'équilibre de ses masses et la finesse de ses détails. Une légende raconte même que le tsar fit crever les yeux des architectes afin qu'ils ne puissent jamais renouveler leur exploit !


Donations en terres et produits agricoles, denrées et apports en argent procurent à certains monastères un patrimoine considérable. A la générosité des particuliers s'ajoutent les dons souvent fastueux des boyards les plus fortunés et des familles princières, sans omettre les grands‑ducs de Moscou puis des tsars. Au XVIIième siècle, les monastères sont les principaux propriétaires terriens de Russie : 439 monastères possèdent 91.000 fermes et métairies. Par comparaison, le tsar en a 7.900, le patriarche 6.500 et les évêques réunis environ 22.000 ! D'autres sources de revenus viennent s'y ajouter : droits de saline, réserves de chasse et de pêche, exemptions de certaines taxes, etc.
Devant l'accumulation de tant de richesses matérielles, un courant d'opposition au sein du monachisme russe va se former, tentant de soumettre la question au jugement d'un concile. Mais la tentative échoue, le droit des monastères à posséder terres et biens matériels est confirmée. Les évêques et les monastères possèdent des terres en quantité qu'ils n'osent ni ne veulent céder, parce qu'elles sont patrimoines de Dieu, données à Lui, et qu'elles ne seront ni distribuées ni engagées ni remises à personne, aujourd'hui et pour les siècles des siècles !


La révolution bolchevique signifie pour l'Eglise russe le début d'une longue période d'épreuves. L'immense majorité des monastères est fermée. Quelques‑uns sont transformés en musées ; un grand nombre est reconverti en camps de travail, colonies pénitentiaires, orphelinats, hospices de vieillards, hôpitaux et sanatoriums. Staline fait sauter des cathédrales à la dynamite [ci-dessus, la cathédralle Saint-Sauveur à Moscou en 1931].
Les atrocités perpétrées par les armées nazies en Russie réaniment les sentiments d'orgueil national. Dans le but de mobiliser au maximum les ardeurs patriotiques, Staline rend un semblant d'existence à l'Eglise orthodoxe. Une fois la victoire acquise, certains édifices religieux sont restaurés, leur importance historique et artistique reconnue. Cinquante ans plus tard, la Perestroïka libère les esprits, le communisme disparaît.



Le dôme de la cathédrale Saint Alexandre Nevski à Nice
La vie monastique reprend dans de nombreux monastères, la spiritualité russe retrouve ses sources : Cette année-là, l'higoumène Arkady érigea son monastère et celui-ci devint refuge pour les paysans, joie des anges et ruine pour les démons. Ainsi s'exprimait la chronique de Novgorod, il y a dix siècles ...
Nicolas van Outryve d'Ydewalle
13.02.2012
In memoriam … Adolphe Regout (1905 - 2007)
Des usines du "Sphinx" de Maastricht à Saint Olivier Plunkett, de Guillaume-le-Conquérant aux antiques rois de Galles et d'Irlande, qui a dit que les âmes simples n'avaient pas d'histoire ?...
Regout, Regault, Rigo, un patronyme dérivé du germain Rikwald signifiant qui règne en puissance, nous disent les chroniques. Un Carolus Richo, décédé fin 1706 à Maastricht, est le premier cité dans la généalogie familiale. Y aurait-il un lien avec les Rigo, une famille noble de souffleurs de verre de la Vénétie ? Si rien n'a pu être prouvé jusqu'à présent, l'histoire est plaisante d'autant plus que le commerce du verre et de la faïencerie est une tradition au sein de la famille depuis la seconde
moitié du XVIIème siècle.
Honneur à celui sans qui les Regout ne seraient pas ce qu'ils sont : Petrus Laurentius Regout (1801-1878) [ci-contre], considéré comme le fondateur de la dynastie, arrière-grand-père d'Adolphe Regout. Après avoir démarré une taillerie de cristal brut en provenance de Vonèche puis du Val St
Lambert, il lance en 1836 à Maastricht une affaire de cristallerie, verrerie et faïencerie qui s'appellera dès 1899 Le Sphinx que d'aucuns surnommeront bientôt l'empire Regout ! Qualifié par les méchantes langues d'entrepreneur néerlandais le plus libéral et le plus dur de son siècle, de roi de Maastricht et du Limbourg-Sud, Petrus Regout étend ses activités à la construction d'une usine à gaz ainsi que d'une clouterie, tout en participant à la création d'une fabrique de papier.
Fait Chevalier de l'Ordre du Lion néerlandais, Pétrus entretient d'excellentes relations avec Guillaume II de Hollande qui visite les usines Regout à plusieurs reprises et les favorise de commandes considérables. Parrain de l'un de ses enfants, le souverain ne tarit pas d'éloges envers son protégé : Que n'ai-je une douzaine d'hommes aussi extraordinaire dans le pays ! L'industrie belge perdue (suite à l'indépendance de la Belgique) se reformerait bien aisément dans ma patrie.

Cerise sur le gâteau, il acquiert le château de Vaeshartelt [ci-dessus] au nord de Maastricht, un domaine de 118 hectares, acheté tout d'abord en 1841 au profit de Guillaume II qui avait chargé Petrus de lui trouver un pied-à-terre dans la région. A la mort du roi, Petrus en fait l'acquisition pour son compte personnel et y établit sa résidence de campagne. Réussite oblige : le grand industriel est devenu propriétaire terrien !
Petit récapitulatif : époux de Laurette Hanquet, Adolphe Regout (1905-2007) était fils d'Adolphe (1876-1952) et de Jeanne Laloux, petit-fils de Gustave (1839-1923) et de Marie-Louise Pétry, arrière-petit-fils de Petrus Laurentius (1801-1878) et de Maria Aldegonda Hoeberechts. Grand-mère d'Adolphe Regout, née à Liège en 1849, Marie-Louise Pétry décède au château de Vaeshartelt en 1916. En elle coule une solide pinte de sang irlandais par sa mère Eugénie [à gauche], baronne Plunkett de Rathmore (1809-1893), un nom irlandais dont la généalogie à branches multiples remonte à quelques sept siècles, se rattachant probablement à un Hugues de Plugeio, dérivé de Plouquenet en Normandie.
Fuyant les sanglantes répressions anti-papistes en Angleterre, une branche Plunkett émigre au début du XVIIIème siècle en Belgique. N'y retrouve-t-on d'ailleurs pas un Goswin Plunkett de Rathmore, membre de la société charbonnière de Bois-du-Luc [ci-dessous] à La Louvière, concédant par testament une partie de son patrimoine financier à la construction d’un hospice pour subvenir aux soins des anciens ouvriers ?

Cousin proche de la lignée Regout-Plunkett, toujours très présent au sein de la famille ne fut-ce que par son portrait trônant en bonne place dans (presque ?) toute maison Regout digne de ce nom : saint Olivier Plunkett (1629-1681) [illustrations ci-après], archevêque d'Armagh et primat catholique d'Irlande, mis à mort à Londres suivant un rituel d'une cruauté sans nom. Ordonné prêtre en 1654 à Rome après y avoir effectué ses études sacerdotales, ne pouvant revenir dans son pays à cause de la persécution déclenchée par Cromwell, il enseigne la théologie au collège de la Propaganda Fide jusqu'en 1669, année où il reçoit l'ordination épiscopale à Gand et est nommé archevêque d'Armagh et primat d'Irlande. S'efforçant de restaurer l'église irlandaise, il est continuellement persécuté et finalement arrêté pour avoir participé à de prétendus complots. Les juges irlandais refusant de le condamner, il est conduit à Londres où on le condamne à être pendu et décapité (hanged, drawn and quartered) pour le seul motif de sa foi catholique.

Une condamnation à mort infamante, âmes sensibles s'abstenir ! Drawn (traîné jusqu'au lieu d'exécution), hanged (pendu, si possible sans que mort s'ensuive), et quartered (démembré, décapité après avoir été éviscéré et émasculé), était un châtiment utilisé en Angleterre dans les cas de haute trahison. Considéré comme plus vil que le meurtre, il réclamait une peine nettement plus exemplaire. Institué par Edouard Ier d'Angleterre envers les insurgés gallois et écossais, ce châtiment [illustration ci-dessous] fut malgré tout assez rarement appliqué. Dernier martyr catholique à être exécuté en Angleterre pour sa foi, Olivier Plunkett sera béatifié par le pape Benoît XV en 1920 puis canonisé en 1975 à Rome par Paul VI en présence de la famille.


En dehors de ces funestes cruautés d'un autre âge, l'ascendance d'Adolphe Regout par les Plunkett of Rathmore révèle une brochette de quartiers très bcbg ! Honneur aux dames : lady Anne Dillon, une arrière-grand-mère au 12ème degré et tante de Saint Olivier Plunkett, nous mène en quelques générations (et autant de clics sur Internet) aux célèbres FitzGerald, ces derniers se rattachant aux antiques princes et rois de Galles dont la généalogie remonte au Vème siècle de notre ère, ainsi qu'aux rois (high kings) d'Irlande en la personne de Brian Boru [illustration] et de Dermot MacMurrough, pour ne citer que les plus connus. Brian Boru (941-1014) passe pour avoir libéré le territoire irlandais de l'emprise des Vikings à la bataille de Clontarf où il perdit la vie, tandis que l'on a gardé de Dermot MacMurrough (1100-1171) l'image d'un éternel batailleur qui trahit la confiance du roi d'Angleterre afin de satisfaire ses ambitions territoriales.
Et pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?... Lady Joan de Burgh, décédée en 1359,
arrière-grand-mère à la 16ème génération d'Adolphe Regout et épouse de Thomas FitzGerald, s'honore d'être une descendante du roi d'Angleterre Henry I Beauclerc qui n'est autre que le fils de Guillaume-le-Conquérant, le grand vainqueur de la bataille de Hastings en 1066 que l'on voit représenté ici sur la célèbre tapisserie de Bayeux.
Encore heureux que l'histoire n'ait pas retenu le nom des maîtresses du roi Henri ! Toujours est-il que Guillaume-le-Conquérant avait épousé la fille de Baudouin V, comte de Flandres, Mathilde, elle-même descendante à la 9ème génération du roi Egbert de Wessex (802-839) dont on dit qu'il avait épousé Redburh, sœur d'un roi des Francs mais ça … c'est une autre histoire.
Terminons ici (*) car il est certain qu'Adolphe Regout n'en demandait pas tant ! Que son âme repose en paix auprès des mânes de ses ancêtres …
Nicolas van Outryve d'Ydewalle
(*) L'hérédité aux accents gallois et irlandais d'Adolphe Regout ne vaut-elle pas une prestigieuse ascendance princière russe ? Issu du fils aîné de Petrus Laurentius, Alfred Regout (1911-1994) épouse Elisabeth Misson en 1937. On retrouve dans la corbeille de la mariée de solides quartiers remontant tout droit à Rurik, fondateur de l'empire russe en 862. Une voie princière : Misson > Boussu Walcourt > Lonlay > Galz de Malvirade > Svistounov > princes Bariatinsky, issus de Saint Michel, prince de Tchernigov, descendant de Yaroslav-le-Sage, grand-prince de Kiev, arrière-arrière-petit-fils de Rurik, grand-prince de Novgorod !
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