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26/01/2012

"Dieu sauve le tsar !…" ou la mémoire retrouvée des Romanov

Plus de quatre-vingt dix ans après le massacre d'Ekaterinbourg, l'hymne impérial retentit à nouveau :
la Russie du présent renoue avec celle du passé. Les Romanov sont-ils de retour ?

Septembre 2006, drapé dans l'étendard impérial orné de l'aigle à deux têtes, le cercueil de Mariadagmar de danemark,saga des romanov,rurik,nicolas ii,michel romanov,jean des cars tsarine mère.jpgFéodorovna, née princesse Dagmar de Danemark [ci-contre] et mère de Nicolas II, quitte son pays natal pour reprendre le chemin de la Russie. Elle repose désormais dans la cathédrale de St-Pierre-et-St-Paul au sein du mausolée des Romanov. C'est notre tsarine. Notre âme nous a amenés ici car nous nous sentons coupables. Si l'impératrice est revenue ici, c'est par la volonté de Dieu …, confesse une babouchka aux yeux rougis.

La Russie à l'heure d'un grand pardon ? Dans son ouvrage La saga des Romanov, Jean des Cars nous raconte avec passion comment les souverains de l'ancienne Russie sont à nouveau entrés dans l'histoire officielle après un long oubli imposé par les années de communisme.

La Russie ? Une création des Vikings, appelés par les tribus slaves à venir les gouverner. Ces nouveaux arrivants sont surnommés les Rus, en suédois ceux qui font du canotage. En 862, leur chef Rurik fortifie une petite ville qu'il baptise Novgorod, la ville nouvelle. Il s'y établit comme prince et étend peu à peu son pouvoir sur tout le pays. Le XVème siècle voit le rassemblement progressif des terres russes sous l'autorité du grand-prince de Moscou. Avec Ivan-le-Terrible (1533-1584), la Russie entre dans l'ère de la monarchie absolue. S'arrogeant le titre d'autocrate, le tsar veut ainsi signifier que la principauté de Moscou est désormais un Etat souverain qui ne paiera plus le tribut annuel au Khan des Tartares, envahisseurs de la Russie durant les deux siècles précédents. Le terme deviendra synonyme de despotisme absolu.    

Roman Zacharine (+1543) est issu d'une modeste noblesse germanique dont les ancêtres auraient rejoint la Russie au XIIIème siècle. Sa fille Anastasia Romanovna sera la première épouse d'Ivan-1 - Michel Romanov.jpgle-Terrible. Romanovna, fille de Roman, au masculin Romanov, le nom est né. La famille Zacharine fait valoir ses prétentions : au décès d'Ivan et après un temps de troubles, c'est un arrière-petit-fils de Roman Zacharine qui est élu tsar, Michel Romanov [ci-contre]. Nous sommes en 1613, la dynastie est lancée. Suivent trois siècles d'histoire mouvementée dont un fin chroniqueur de l'empire fera observer : Le trône de Russie n'est ni héréditaire, ni électif mais occupatif !

Les Romanov, dynastie russe ou allemande ? Alors que la descendance masculine des premiers Romanov s’éteint déjà en 1762, elle connaîtra ensuite une série d'alliances germaniques : Holstein-Gottorp, Anhalt-Zerbst, Wurtemberg, Bade, Prusse, Hesse-Darmstadt, sans omettre le Danemark. N'a-t-on pas calculé que la proportion de sang russe chez le tsarévitch Alexis n'était plus que de 1/256ème ?

De 1613 à 1917, dix-neuf tsars et tsarines régneront sur l'empire de Russie. Certains deviendront même des stars de l'histoire russe.

Géant de plus de deux mètres, Pierre-le-Grand (1682-1689) [ci-contre] réveille la Russie au monde moderne. Je 2 - Pierre-le-Grand.jpgsuis un élève, je cherche des maîtres. Affublé du surnom de Pieterbass (maître Pierre), il s'en va parachever son éducation en Hollande. Tour à tour charpentier, menuisier, cordonnier, géomètre, bûcheron, dentiste, il étudie les mathématiques, la physique et l'anatomie. Son nom restera à jamais associé à la création en 1703 de Saint-Pétersbourg, la nouvelle capitale surgie des marécages de la Neva, fenêtre sur l'Europe, baptisée la Venise du Nord.

Catherine II (1762-1796) ne laisse aucun de ses contemporains indifférents, à commencer par Frédéric-le-Grand : Vos impératrices ont toujours de la gorge. C'est comme un attribut de l'empire, comme le sceptre, la couronne et le globe. Or, il importe que vous sachiez qu'il est aussi dangereux d'y regarder lorsqu'elles ne l'ordonnent pas que de n'y point regarder lorsqu'elles veulent bien vous la montrer !  Femme aux multiples amants et autant de favoris - vingt et un selon les chiffres3 - Catherine II.3.jpg officiels - sa mort arrache un cri de désespoir au prince de Ligne : Catherine-le-Grand n'est plus ! L'astre le plus brillant qui éclaira notre hémisphère vient de s'éteindre …   

Son fils Paul Ier [ci-dessous], tsar au cerveau dérangé, lui succède (1796-1801). Les 4 - Paul Ier.jpgPétersbourgeois vivent dans la crainte, les instructions les plus saugrenues s'abattant sur leur tête. Tel oukase oblige les piétons à se découvrir et les cavaliers à descendre de cheval au passage de l'empereur. Lors des parades militaires, les officiers emportent toujours de l'argent sur eux, sachant le risque d'être mis aux arrêts pour une faute de service et d'être expédiés séance tenante en Sibérie ! Universellement détesté, le tsar est étranglé dans sa chambre à coucher.

Alexandre Ier (1801-1825) [ci-contre] survit dans les mémoires en tant que glorieuxAlexandre_I.jpg vainqueur de l'empereur Napoléon Ier, venu envahir la Russie. Un empire crispé sur lui-même, ainsi pourrait-on qualifier le règne de Nicolas Ier (1825-1855), tsar autoritaire qui dès le jour de son avènement, le 14 décembre 1825, doit faire face au complot des Décabristes du nom d'un groupuscule de hobereaux princiers en mal d'idées égalitaires.

On retiendra d'Alexandre II (1855-1881) [ci-contre] qu'il abolit le servage, Alexander_II_Russia-gr2020.jpgparadoxalement un échec puisque cela provoquera un exode massif vers les villes de milliers de paysans libérés mais sans terre et sans travail, source de mécontentement, premier pas vers la révolution de 1917. Le tsar périra assassiné, victime de la bombe d'un révolutionnaire. L'autoritarisme se renforce sous le règne d'Alexandre III (1881-1894), peu enclin à poursuivre les progrès initiés par son père. Jusqu'à Dieu, c'est bien haut ! Jusqu'au tsar, c'est bien loin !, l'esprit alexandra.jpgpopulaire exprime son désespoir et sa révolte.

Je voudrais te tenir dans mes bras et te faire sentir mon amour infini. Tu es ma vie, mon âme, et chaque séparation me cause une douleur immense. Ce billet d'Alexandra Féodorovna [ci-contre] écrit durant la guerre à son époux, le tsar Nicolas II (1894-1917), résume en quelques mots le drame de deux êtres qui ne demandaient qu'à s'aimer en paix. Un tsar trop faible pour régner, une épouse tourmentée par le drame de l'hémophilie du tsarévitch Alexis, l'influence malfaisante de Raspoutine, moine aux pouvoirs imaginaires ... la fin de l'empire est proche.

Durant la nuit du 16 au 17 juillet 1918, la famille impériale est assassinée, mettant ainsi fin à trois siècles de règne Romanov. Toute l'opération a duré vingt minutes, consignera dans son rapport le commandant de la garde.

Nicolas van Outryve d'Ydewalle

© Jean des Cars, La Saga des Romanov de Pierre-le-Grand à Nicolas II, Paris, Plon, 2008

Commentaires

Alexandre 1er est surtout le glorieux assassin de son Père Paul allié du même Napoléon, les deux empereurs ayant choisi de s'allier contre les Anglais, auteurs de 9 coalitions contre la France... Ce sont d'ailleurs ces mêmes Anglais qui commandèrent l'assassinat... Espérons que l'Histoire ne se répète pas dans la Russie de Poutine (avec les Américains cette fois, dignes successeurs de la perfide Albion).
Quant à ceux qui á partir des USA misent sur un retour de la monarchie, ils risquent plutôt d'avoir une république islamique...

Écrit par : Patrick | 13/08/2012

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