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02/02/2012

La Garde impériale russe

Unité d'élite alliant qualités guerrières et traditions séculaires, dévouée corps et âmes à la protection
de la monarchie, elle était considérée comme l'un des plus beaux fleurons militaires au monde.
Hussards, Lanciers, Cuirassiers, Dragons, Chasseurs, Tirailleurs, Cavaliers et Cosaques : si toute
la société russe ne servait pas dans la Garde Impériale, y servir signifiait appartenir à la haute société.

Sous le règne du tsar Nicolas II, la Garde Impériale russe vit l'ultime période de sa longue et glorieuse histoire : issue d'un groupe de camarades de jeux, elle naît en 1683 par la volonté du futur Pierre-le-Grand, pour qui tout homme de bonne famille devait obligatoirement servir sous les armes.

Installé au village de Preobrajenski, Pierre occupe ses loisirs à des jeux militaires en compagnie de ses camarades, fils de boyards et de courtisans, les faisant sans cesse manœuvrer comme de véritables soldats. Peu à peu, le groupe s'agrandit et Pierre en transfère une partie dans le village voisin de Semenovski, pour embrigader ensuite l'ensemble en deux régiments distincts, le Preobrajenski et le Semenovski, premiers embryons de la future Garde Impériale.

Nicolas II de Russie en uniforme du Régiment de la Garde Préobrajensky.jpg

Le tsar Nicolas II de Russie en uniforme du Régiment Preobrajenski

Les années passent : augmentée de nouvelles unités, bien entraînée, proche du souverain, la Garde participe à la vie politique et est mêlée (ou se mêle…) aux événements marquants de l'histoire du pays. Elle inscrira son nom dans la plupart des batailles russes et européennes. Ses officiers sortent invariablement de l'aristocratie, principe auquel aucune exception n'est tolérée, au point qu'un sous-officier promu au grade de sous-lieutenant est automatiquement muté ailleurs. Quant aux hommes, rigoureusement sélectionnés, ils manifestent par leur attitude et leur tenue leur fierté d'appartenir à ce corps d'élite.

Autour des années 1900, un officier de la Garde est un personnage envié : fortuné, portant avec Uniforme d'un chevalier-garde.jpgélégance un uniforme flatteur, partageant son existence entre la parade, le service de Cour et la vie mondaine, coqueluche des salons, des jeunes filles et des mères de famille, il est aussi un véritable soldat sortant des meilleures écoles militaires. Les conditions d'admission sont sévères. Le candidat passe soit par le Corps des Cadets, internat assurant une éducation répartie sur sept années, soit par le célèbre Corps des Pages, réservé à la fine fleur de l'aristocratie. Suivent deux années d'école militaire qui vont faire du junker un officier accompli. L'origine familiale peut aussi jouer un rôle déterminant : destiné à entrer dans le même régiment que ses ancêtres, le candidat y est habituellement inscrit dès sa naissance.    
    
Le postulant est ensuite soumis à une série d'épreuves. Convié dans le monde chez tel ou tel officier appartenant au régiment où il espère entrer, il sera jugé sur sa tenue et son éducation, le plus souvent par la maîtresse de maison elle-même. Puis, lors d'une réception entre hommes au Cercle des officiers, le candidat est invité à dîner par ses futurs camarades. L'alcool ne lui est pas ménagé. Quel est son comportement sous l'effet de la boisson, quelle est sa capacité d'absorption sans perdre de sa dignité ? Dans certains régiments de cavalerie, la tradition veut que le postulant soit en mesure d'absorber le contenu d'un casque régimentaire !

Vient ensuite la réunion des officiers du régiment : Messieurs, quelqu'un a-t-il quelque chose à dire sur l'admission de X dans notre régiment ? Les causes de rejet sont rarement d'ordre militaire : manque de tenue ou mauvaise éducation, particulièrement en présence des dames ; manque de respect envers les officiers supérieurs, tendance à faire du scandale après avoir bu, trop grande assiduité auprès des épouses d'officiers.

Imperial Corps of Pages Building, St. Petersburg, ca. 1858..jpg

Dans l'ancien palais des comtes Vorontsov à Saint Petersbourg,
le bâtiment du Corps des Pages, vers 1858

S'il n'est pas aisé d'entrer dans la Garde Impériale, il faut disposer d'une solide fortune personnelle pour pouvoir y rester et suivre le train de vie très onéreux de salons de Saint-Pétersbourg. La solde est modeste et le service coûte cher : les uniformes, variés et souvent somptueux, ainsi que les montures sont en partie à la charge personnelle des officiers. Dans certains régiments, le versement d'une garantie est exigée afin d'alimenter une caisse de caution mutuelle. En temps de paix comme en temps de guerre, les officiers d'une unité sont tous solidaires : tout manquement à l'honneur rejaillit sur l'ensemble du régiment.

Les parades de la Garde, à Saint-Pétersbourg comme au palais d'été de Tsarkoié-Sélo, sont fréquentes et le tsar participe régulièrement aux réunions de ses camarades de la Garde, comme il aime à le répéter. Toute la famille impériale d'ailleurs, grands-ducs et princes alliés, y sert ou est inscrite sur ses listes. L'empereur, l'impératrice, le tsarévitch sont chefs honoraires de plusieurs régiments.

Parades sur la place de l'Amirauté - Vassili S. Sadovnikof.jpg

La place de l'Amirauté est le cadre de nombreuses revues militaires où se déploient le faste et
la tenue qui caractérisent l'armée russe. Les membres de la famille impériale peuvent
y assister du haut de balcons aménagés.
Aquarelle de Vassili Semionovitch Sadovnikov

Chevaliers-Gardes, prenez garde, la Dame blanche vous regarde ! Chevaliers-Gardes, prenez garde, laRU058s.jpg Dame blanche vous attend ! La marche de ce prestigieux régiment sonne comme un air d'opéra ! Les noms résonnent comme des faits d'armes : Chevaliers-Gardes de Sa Majesté l’Impératrice, Cuirassiers, Lanciers et Hussards de Sa Majesté, Cosaques de Sa Majesté l'Empereur

De tous les régiments de la Garde impériale, le Pavlovski est l'un des plus connus en partie grâce au port de la fameuse mitre [illustration], typique des armées prussiennes que Paul Ier cherchait à imiter. Aux batailles d'Eylau et de Friedland, de nombreuses mitres sont endommagées par les balles. Afin de commémorer ce fait, il est décrété que les mitres ayant reçu entre une et quatre balles seront conservées telles quelles !

Souvenirs de la Garde Impériale au Musée de l’Armée à Bruxelles

Lors de la défaite des armées blanches durant la Révolution bolchevique, le régiment des Cosaques de Sa Majesté l'Empereur passe avec armes et bagages en Yougoslavie. Ses souvenirs les plus précieux sont ensuite transférés en France. Mais en 1936, à l'arrivée du Front Populaire et la crainte de nouveaux désordres, les précieuses reliques, drapeaux, trompettes, argenterie du mess officiers, sont mises en dépôt au Musée de l'Armée au Cinquantenaire où elles dormiront pendant plus de soixante ans.

Grande salle des Feld-maréchaux - Edouard Hau, 1866.jpg

Salle des Feld-maréchaux au Palais d'Hiver de Saint-Pétersbourg,
occupée par des militaires du Régiment des Cosaques, chargés de monter la garde.
Aquarelle d'Edouard Pétrovitch Hau, 1866

Constitués sous le règne de l'impératrice Catherine II à l’initiative du prince Potemkine, les Cosaques seront restés célèbres pour avoir mené la vie dure aux troupes françaises lors de l'invasion de la Russie par Napoléon. Braves parmi les braves, ne s'en allaient-ils pas guerroyer au son de la Marche nuptiale ? Selon la tradition, ils allaient à la mort comme on va à une noce …!
 
La Société Royale des Amis du Musée de l'Armée a ouvert une salle, baptisée avec pompe Trésors de la Russie impériale, où sont exposées de superbes pièces du glorieux passé militaire cosaque, auxquelles sont venus s’ajouter de nombreux souvenirs d’autres régiments de la Garde impériale russe.
bol à punch.jpg
Fondé en 1790, le Peterbourgski aura maintes fois changé d'appellation en fonction de son chef honoraire du moment : général major prince Galitzine, S.M. le Roi de Prusse, etc. Le 1er août 1914, il perd le nom de son titulaire, Frédéric-Guillaume III de Prusse, devenu souverain ennemi, et russifie son appellation en Petrogradski. Stationné à Varsovie, il est commandé par le général baron de Bode, descendant d'une famille émigrée en Russie à la Révolution française, alliée à l’auteur de ces lignes ainsi qu’aux marquis de Trazegnies. Les archives de ce régiment ont également fait l’objet d’une mise en valeur au Cinquantenaire. [illustration : bol à punch]
    
Jetée dans la fournaise de 1914, la Garde Impériale va s’y couvrir de gloire mais aussi disparaître en grande partie, faisant l’admiration de ses ennemis prussiens : … contre nous, la Garde russe, adversaire héroïque ! En émigration, les descendants des vétérans se retrouvent au sein d'associations régimentaires, regroupées à Paris sous la bannière d'une Union de la Garde dont le but est de cultiver le souvenir, notamment à l'occasion de la fête de Saint-André, saint patron de la Garde.

nécrologie.jpg

Qui ne souvient avec nostalgie de ces annonces nécrologiques d'il y a une trentaine d'années, annonçant le décès d'un aristocrate russe, invariablement ancien colonel de la Garde ?
    
Nicolas van Outryve d'Ydewalle

Commentaires

Cherche tt documents photos ect.. Sur Djemmal Eddin fils de Chamil , retenu comme otage de 1839 à 1955, arme tsar Nicolas 1er. Merci

Écrit par : Tercier | 09/08/2013

Je recherche des documents sur un membre de la garde impériale il s'agit de mon grand-père Anton KOULAKOFF né en 1891 à POLTAVA (c'était un cosaque). Lorsqu'il s'est enfui après la révolution de 17, il avait un laisser-passer d'une reine (j'ignore laquelle) mais ce laisser-passer lui a permit de se sortir de situations pour le moins inconfortables comme une rafle des allemands à Clermont-Ferrand durant la 2ème guerre mondiale.
merci

Écrit par : FOURNIER | 23/01/2014

Cher Monsieur,

Il m'est impossible de vous répondre mais je vous conseillerais de vous adresser au musée du régiment cosaque de la Garde impériale à Courbevoie (cfr notamment) :
http://larussiedaujourdhui.fr/articles/2012/02/28/cosaques_la_grandeur_en_exil_14231.html

Ils devraient pouvoir vous aiguiller au départ de leurs archives. D'autre part, si votre gr-père a pu bénéficier d'une "protection" des Allemands grâce au laisser-passer d'une reine, sans doute faut-il chercher parmi les pays amis de l'Allemagne de l'époque. Bon courage !
Cordialement

Écrit par : Nicolas d'Ydewalle | 23/01/2014

J'ai besoin d'une confirmation sur l'appartenance de mon grand père SZURUPOW Jacob,
(dont l'épouse s'appelait Josefa KOWALSKI), à la garde impériale du tsar Nicolas II.
Où pourrais je obtenir cette réponse, je vous prie ?
Merci à l'avance.
Bien cordialement.

Écrit par : SZURUPOW | 05/05/2014

Je souhaiterais avoir la confirmation de l'appartenance de mon grand père SZURUPOW Jacob, marié à KOWALSI Josefa, à la garde impériale du Tsar Nicolas II.
Où puis je obtenir cette information je vous prie.
Merci à l'avance.
Bien cordialement.

Écrit par : SZURUPOW | 05/05/2014

bonjour ! mes grands parents portent le même nom et prénom que ceux que vous indiquez !

Écrit par : bernardini | 17/09/2014

Je voudrais retracer le parcours de mon grand-père Taras Ivanoff,né en 1895, il était sous-officier de la garde de Nicola II, parti en 1è pour arriver au Havre et engagé chez les zouaves pour aller à Salonique. Où pourrai-je avoir des renseignements ?
Merci

Écrit par : Ivanoff | 24/09/2014

Je souhaite connaître la biographie de mon grand père paternel ayant appartenu à la garde impériale russe en 1917 - il était un soldat cosaque -.

Vous remerciant par avance.

Respectueusement,
MIHAILETZ Eric 0788313169.

Écrit par : mihailetz | 02/04/2015

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