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15/02/2012

Eglises et Monastères de l'Ancienne Russie

Une extraordinaire liturgie héritée des traditions monastiques de Byzance, des icônes aux images saintes, de sublimes chants slavons aux accents de l'Orient : la tentation du beau dans l'église orthodoxe russe a toujours fait partie de la conscience religieuse populaire.

Il y a bien longtemps, racontent les anciennes chroniques de Kiev, les Slaves n'arrivaient plus àrurik,grand-duc vladimir,orthodoxie de byzance,église orthodoxe,monastère russe,andré roublev,trinité saint serge,mont athos,novodietvitchi s'entendre parce qu'ils n'avaient plus de gouvernement. La discorde régnait et les familles se faisaient la guerre entre elles. Alors, ils se dirent : cherchons un prince qui règne sur nous. Ils allèrent chez les Normands de Scandinavie et leur déclarèrent : notre pays est grand et riche, mais il n'y a point d'ordre parmi nous ; venez donc nous régir et nous gouverner...

Trois chefs normands, trois frères, répondirent à cet appel et emmenèrent leurs familles avec eux. La population désigna ces nouveaux arrivants les Rous, en vieux suédois ceux qui font du canotage par allusion aux Vikings. Peu de temps après, deux des trois frères moururent et l'aîné, Rurik, étendit progressivement son pouvoir sur tout le pays.

En 988, l'arrière‑petit‑fils de Rurik, Vladimir, grand‑duc des principautés de Novgorod et de Kiev, décide dans sa grande sagesse de christianiser la Russie. Mais quelle religion choisir ? Des observateurs sont envoyés au‑delà des frontières. A leur retour, ils rendent compte de leurs pérégrinations. L'islam ne peut convenir car le porc et l'alcool y sont défendus ; le catholicisme romain est jugé trop austère à cause du jeûne ; les Juifs ne trouvent pas grâce à leurs yeux en raison de la diaspora, preuve que Dieu les a condamnés.

Par contre, la splendeur et la magnificence des rites de l'orthodoxie de Byzance séduisent d'emblée les Russes : Nous arrivâmes chez les Grecs, ils nous menèrent à l'endroit où ils adorent leur Dieu et nous ne savions plus si nous nous trouvions au ciel ou sur la terre car nulle part ailleurs on ne trouve une telle beauté indicible, déclarèrent avec émerveillement les envoyés du prince.

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Il n'est pas aisé pour un esprit rationaliste de comprendre l'ordonnance de la liturgie orthodoxe. N'entend‑t‑on pas souvent dire que le rite l'emporte sur la doctrine ? Le rite est une forme symbolique reflétant le sentiment religieux et  l'attitude de dévotion du croyant, répond l'Eglise orthodoxe. En effet, le peuple russe a considéré de tout temps que l'on n'assure pas moins son salut en participant à la liturgie qu'en lisant l'Evangile, que la célébration du culte est tout aussi importante que le service rendu à son prochain !

Alors que la Russie s'engage dans le christianisme, l'Eglise devient rapidement le rempart de l'Etat selon la théorie byzantine de la symphonie des pouvoirs temporel et spirituel, contribuant ainsi à établir les bases de la société russe naissante. Les propagateurs de la foi sont d'ailleurs les princes et grands-ducs rurikides, grâce auxquels les principales cathédrales des villes russes voient le jour à partir de la fin du Xième siècle.

Les premières églises sont pour la plupart construites en rondins, ce qui ne devait représenter aucune difficulté majeure pour les charpentiers, rompus de longue date à l'érection de fortifications en bois. Mais la toute première collégiale, Sainte‑Sophie de Novgorod, un ambitieux édifice à treize coupoles, sera détruite par un incendie, la première d'une longue série, et ensuite reconstruite en pierres.

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Edifiée sans plans, l'église de la Transfiguration du Christ à Kiji, 
aux vingt-deux coupoles en forme de bulbes, a été construite sans un seul clou.
Elle est aujourd'hui le monument le plus précieux de l'architecture en bois en Russie.

Si la flèche gothique occidentale exprime un irrésistible élan vers le haut, la coupole et la bulbe des églises russes rappellent la voûte céleste. Tout en haut sous la coupole, sur fond de ciel bleu nuit, le Christ Pantocrator bénit le monde. La coupole fait descendre le ciel sur la terre : même les colonnes qui la soutiennent sont conçues non pas comme des éléments porteurs mais comme des pendentifs.

Dans l'architecture religieuse, la couleur précède la forme. C'est d'abord par la couleur que nous apercevons une église russe, lorsqu'elle nous est révélée de loin par la tache blanche de ses murs et l'étincelle dorée de sa coupole, tambour coiffé d'un heaume à la dorure resplendissante, comme une langue de feu tournée vers le ciel.

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Le blanc est symbole de droiture et absence de péché. Resplendissantes de blancheur au milieu de la grisaille des bâtisses urbaines, les églises russes exercent une véritable fascination. L'or est un signe tout aussi riche de sens que le blanc, mais il renvoie à des réalités plus hautes encore. Sa rareté, son prix, sa ressemblance avec le soleil font de la coupole de l'église le chef du Seigneur.

Elément hérité de Byzance, présent dans toute église orthodoxe, l'iconostase est la cloison qui sépare la nef du sanctuaire dans lequel l'officiant se tient pour la consécration. Au centre se trouvent les portes saintes ou royales que seuls les officiants de haut rang peuvent franchir. Richement ornée d'icônes, l'iconostase est le support inégalé de l'art religieux russe. L'icône séduit par sa sérénité, son caractère humain, la beauté de sa peinture et la richesse de ses couleurs. Image censée conserver une partie de la sainteté du personnage représenté, elle occupe la première place dans la dévotion populaire.

André Roublev, moine du monastère de la Trinité‑Saint‑Serge à Zagorsk, est celui qui aura le mieux traduit les formules de l'art byzantin en un langage particulièrement poétique, en conférant à ses images une pureté inégalée. Déjà renommé de son vivant, il est l'auteur d'un chef‑d'oeuvre absolu, la célébrissime icône [ci-dessous] de la Trinité.

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Les premières communautés monastiques voient le jour au Xlième siècle. La laure des catacombes de Kiev, fondée par un moine rentrant d'un pèlerinage aux sources sacrées du mont Athos, est le premier maillon d'une longue chaîne de monastères qui offriront assistance et protection aux voyageurs et pèlerins ainsi qu'aux populations des villages environnants lorsque surgiront guerre, peste ou famine.

Les premiers ermites vivent dans des grottes parmi un ensemble de galeries, d'oratoires et de cellules creusées au flanc des collines. Vers la fin du Xlième siècle, ces catacombes perdent leur raison d'être et deviennent pour environ six siècles le site d'inhumation des moines, transformé progressivement en lieu de pèlerinage. Aujourd'hui encore, en raison d'un phénomène naturel et scientifiquement explicable, les momies de centaines de moines ont été parfaitement conservées.

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A gauche, la chapelle du château de Peterhof. A droite, l'église de Tchesmé en style néogothique est construite en 1780 pour Catherine II de Russie à l'endroit où l'impératrice reçoit la nouvelle en 1770 de la victoire de la bataille de Tchesmé sur les Turcs. Elle est consacrée en juillet 1780, en présence de Catherine et de l'empereur du Saint-Empire, Joseph II, en visite privée sous le nom de comte de Falckenstein.

Fondée au XVIième siècle, la Trinité‑Saint‑Serge à Zagorsk ‑ le Vatican de l'Eglise orthodoxe russe ‑ est célèbre pour la beauté de son ensemble architectural ainsi qu'à la place qu'elle a occupée durant plusieurs siècles, foyer spirituel et vivant symbole de l'unité russe. A l'époque des persécutions communistes, jamais les autorités n'osèrent lever la main sur ce sanctuaire de légende.

Aux cours des XIVième et XVième siècles, la construction de monastères connaît un essor prodigieux : pas moins de cent cinquante sont créés, suivis par six cents au siècle suivant ! Différents par leur caractère et leur architecture, ces établissements sont autonomes ou dépendent du prince, du métropolite ou de l'évêque ; certains mêmes sont familiaux, transmissibles par voie héréditaire.

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S'il reste de nombreuses églises en ruine dans l'ex-URSS, d'autres sont magnifiquement restaurées, telle l'église du monastère de Smolny à Saint-Pétersbourg.

Comme la construction d'un monastère dépend souvent de la volonté du tsar ou de celle du grand-duc, la dédicace du nouveau sanctuaire se rattache parfois au désir ardent de la naissance d'un héritier : cathédrale de l'Intercession, église de l'Annonciation, monastère dédié à la Conception‑de‑Sainte‑Anne, etc. Par contre, si la descendance tant attendue ne se manifeste pas, il arrive que la tsarine fautive se retrouve reléguée dans un monastère pour cause d'infertilité !

Le XVIième siècle connaît une activité religieuse intense. Beaucoup de monastères sont restructurés. Des tendances nouvelles se font jour. On joue sur la solennité des célébrations liturgiques, parallèlement à la conscience d'une unité nationale russe, médiatisée par la religion : Moscou, la troisième Rome, souvenance de l'auguste héritage byzantin. Avec la consolidation de l'Etat et de ses frontières, la fonction défensive des monastères perd de son actualité. Un goût marqué pour la forme décorative et colorée s'installe, se combinant avec la création d'un style palatial en baroque moscovite, témoin le monastère de Novodietvitchi aux abords de Moscou.

En 1552, le tsar Ivan-le-Terrible annexe le territoire de Kazan. Voulant perpétuer cette victoire dans le souvenir de son peuple, il fait bâtir un monument à sa gloire et à celle de son armée, la cathédrale de Basile‑le‑Bienheureux sur la place Rouge à côté du Kremlin. L'édifice n'a jamais cessé d'étonner et de susciter l'admiration tant par ses formes et ses couleurs que par l'équilibre de ses masses et la finesse de ses détails. Une légende raconte même que le tsar fit crever les yeux des architectes afin qu'ils ne puissent jamais renouveler leur exploit !

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Donations en terres et produits agricoles, denrées et apports en argent procurent à certains monastères un patrimoine considérable. A la générosité des particuliers s'ajoutent les dons souvent fastueux des boyards les plus fortunés et des familles princières, sans omettre les grands‑ducs de Moscou puis des tsars. Au XVIIième siècle, les monastères sont les principaux propriétaires terriens de Russie : 439 monastères possèdent 91.000 fermes et métairies. Par comparaison, le tsar en a 7.900, le patriarche 6.500 et les évêques réunis environ 22.000 ! D'autres sources de revenus viennent s'y ajouter : droits de saline, réserves de chasse et de pêche, exemptions de certaines taxes, etc.

Devant l'accumulation de tant de richesses matérielles, un courant d'opposition au sein du monachisme russe va se former, tentant de soumettre la question au jugement d'un concile. Mais la tentative échoue, le droit des monastères à posséder terres et biens matériels est confirmée. Les évêques et les monastères possèdent des terres en quantité qu'ils n'osent ni ne veulent céder, parce qu'elles sont patrimoines de Dieu, données à Lui, et qu'elles ne seront ni distribuées ni engagées ni remises à personne, aujourd'hui et pour les siècles des siècles !

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La révolution bolchevique signifie pour l'Eglise russe le début d'une longue période d'épreuves. L'immense majorité des monastères est fermée. Quelques‑uns sont transformés en musées ; un grand nombre est reconverti en camps de travail, colonies pénitentiaires, orphelinats, hospices de vieillards, hôpitaux et sanatoriums. Staline fait sauter des cathédrales à la dynamite [ci-dessus, la cathédralle Saint-Sauveur à Moscou en 1931].

Les atrocités perpétrées par les armées nazies en Russie réaniment les sentiments d'orgueil national. Dans le but de mobiliser au maximum les ardeurs patriotiques, Staline rend un semblant d'existence à l'Eglise orthodoxe. Une fois la victoire acquise, certains édifices religieux sont restaurés, leur importance historique et artistique reconnue. Cinquante ans plus tard, la Perestroïka libère les esprits, le communisme disparaît.

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Edifiée une première fois à partir de 1839 [à gauche, intérieur de l'époque], la cathédrale du Christ-Sauveur à Moscou a été consacrée en 1883 en mémoire de la victoire de la Russie sur la Grande Armée de Napoléon Ier en 1812. Dynamitée sous Staline en 1931, elle fut rebâtie à l’identique entre 1995 et 2000.

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 Le dôme de la cathédrale Saint Alexandre Nevski à Nice

La vie monastique reprend dans de nombreux monastères, la spiritualité russe retrouve ses sources : Cette année-là, l'higoumène Arkady érigea son monastère et celui-ci devint refuge pour les paysans, joie des anges et ruine pour les démons. Ainsi s'exprimait la chronique de Novgorod, il y a dix siècles ...

Nicolas van Outryve d'Ydewalle

13/02/2012

In memoriam … Adolphe Regout (1905 - 2007)

Des usines du "Sphinx" de Maastricht à Saint Olivier Plunkett, de Guillaume-le-Conquérant aux antiques rois de Galles et d'Irlande, qui a dit que les âmes simples n'avaient pas d'histoire ?...

Regoutwapen.jpgRegout, Regault, Rigo, un patronyme dérivé du germain Rikwald signifiant qui règne en puissance, nous disent les chroniques. Un Carolus Richo, décédé fin 1706 à Maastricht, est le premier cité dans la généalogie familiale. Y aurait-il un lien avec les Rigo, une famille noble de souffleurs de verre de la Vénétie ? Si rien n'a pu être prouvé jusqu'à présent, l'histoire est plaisante d'autant plus que le commerce du verre et de la faïencerie est une tradition au sein de la famille depuis la seconde171594_962_1180439583511-Regout.jpg moitié du XVIIème siècle.

Honneur à celui sans qui les Regout ne seraient pas ce qu'ils sont : Petrus Laurentius Regout (1801-1878) [ci-contre], considéré comme le fondateur de la dynastie, arrière-grand-père d'Adolphe Regout. Après avoir démarré une taillerie de cristal brut en provenance de Vonèche puis du Val St carolus richo,petrus laurentius regout,adolphe regout,le sphinx,vaeshartelt,laurette hanquet,plunkett de rathmore,goswin plunkett,oliver plunkett,quartered,misson,boussu walcourt,bariatinsky,lonlay,galz de malviradeLambert, il lance en 1836 à Maastricht une affaire de cristallerie, verrerie et faïencerie qui s'appellera dès 1899 Le Sphinx que d'aucuns surnommeront bientôt l'empire Regout ! Qualifié par les méchantes langues d'entrepreneur néerlandais le plus libéral et le plus dur de son siècle, de roi de Maastricht et du Limbourg-Sud, Petrus Regout étend ses activités à la construction d'une usine à gaz ainsi que d'une clouterie, tout en participant à la création d'une fabrique de papier.

Fait Chevalier de l'Ordre du Lion néerlandais, Pétrus  entretient d'excellentes relations avec Guillaume II de Hollande qui visite les usines Regout à plusieurs reprises et les favorise de commandes considérables. Parrain de l'un de ses enfants, le souverain ne tarit pas d'éloges envers son protégé : Que n'ai-je une douzaine d'hommes aussi extraordinaire dans le pays ! L'industrie belge perdue (suite à l'indépendance de la Belgique) se reformerait bien aisément dans ma patrie.

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Cerise sur le gâteau, il acquiert le château de Vaeshartelt [ci-dessus] au nord de Maastricht, un domaine de 118 hectares, acheté tout d'abord en 1841 au profit de Guillaume II qui avait chargé Petrus de lui trouver un pied-à-terre dans la région. A la mort du roi, Petrus en fait l'acquisition pour son compte personnel et y établit sa résidence de campagne. Réussite oblige : le grand industriel est devenu propriétaire terrien !

Eugénie Plunkett.jpgPetit récapitulatif : époux de Laurette Hanquet, Adolphe Regout (1905-2007) était fils d'Adolphe (1876-1952) et de Jeanne Laloux, petit-fils de Gustave (1839-1923) et de Marie-Louise Pétry, arrière-petit-fils de Petrus Laurentius (1801-1878) et de Maria Aldegonda Hoeberechts. Grand-mère d'Adolphe Regout, née à Liège en 1849, Marie-Louise Pétry décède au château de Vaeshartelt en 1916. En elle coule une solide pinte de sang irlandais par sa mère Eugénie [à gauche], baronne Plunkett de Rathmore (1809-1893), un nom irlandais dont la généalogie à branches multiples remonte à quelques sept siècles, se rattachant probablement à un Hugues de Plugeio, dérivé de Plouquenet en Normandie.

Fuyant les sanglantes répressions anti-papistes en Angleterre, une branche Plunkett émigre au début du XVIIIème  siècle en Belgique. N'y retrouve-t-on d'ailleurs pas un Goswin Plunkett de Rathmore, membre de la société charbonnière de Bois-du-Luc [ci-dessous] à La Louvière, concédant par testament une partie de son patrimoine financier à la construction d’un hospice pour subvenir aux soins des anciens ouvriers ?

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Cousin proche de la lignée Regout-Plunkett, toujours très présent au sein de la famille ne fut-ce que par son portrait trônant en bonne place dans (presque ?) toute maison Regout digne de ce nom : saint Olivier Plunkett (1629-1681) [illustrations ci-après], archevêque d'Armagh et primat catholique d'Irlande, mis à mort à Londres suivant un rituel d'une cruauté sans nom. Ordonné prêtre en 1654 à Rome après y avoir effectué ses études sacerdotales, ne pouvant revenir dans son pays à cause de la persécution déclenchée par Cromwell, il enseigne la théologie au collège de la Propaganda Fide jusqu'en 1669, année où il reçoit l'ordination épiscopale à Gand et est nommé archevêque d'Armagh et primat d'Irlande. S'efforçant de restaurer l'église irlandaise, il est continuellement persécuté et finalement arrêté pour avoir participé à de prétendus complots. Les juges irlandais refusant de le condamner, il est conduit à Londres où on le condamne à être pendu et décapité (hanged, drawn and quartered) pour le seul motif de sa foi catholique.

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Une condamnation à mort infamante, âmes sensibles s'abstenir ! Drawn (traîné jusqu'au lieu d'exécution), hanged (pendu, si possible sans que mort s'ensuive), et quartered (démembré, décapité après avoir été éviscéré et émasculé), était un châtiment utilisé en Angleterre dans les cas de haute trahison. Considéré comme plus vil que le meurtre, il réclamait une peine nettement plus exemplaire. Institué par Edouard Ier d'Angleterre envers les insurgés gallois et écossais, ce châtiment [illustration ci-dessous] fut malgré tout assez rarement appliqué. Dernier martyr catholique à être exécuté en Angleterre pour sa foi, Olivier Plunkett sera béatifié par le pape Benoît XV en 1920 puis canonisé en 1975 à Rome par Paul VI en présence de la famille.


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En dehors de ces funestes cruautés d'un autre âge, l'ascendance d'Adolphe Regout par les Plunkett of Rathmore révèle une brochette de quartiers très bcbg ! Honneur aux dames : lady Anne Dillon, une arrière-grand-mère au 12ème degré et tante de Saint Olivier Plunkett, nous mène en quelques générations (et autant de clics sur Internet) aux célèbres FitzGerald, ces derniers se rattachant aux antiques princes et rois de Galles dont la généalogie remonte au Vème siècle de notre ère, ainsi qu'aux rois (high kings) d'Irlande en la personne de Brian Boru [illustration] et de Dermot MacMurrough, pour ne citer que les plus connus. Brian Boru (941-1014) passe pour avoir libéré le territoire irlandais de l'emprise des Vikings à la bataille de Clontarf où il perdit la vie, tandis que l'on a gardé de Dermot MacMurrough (1100-1171) l'image d'un éternel batailleur qui trahit la confiance du roi d'Angleterre afin de satisfaire ses ambitions territoriales.

Et pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?... Lady Joan de Burgh, décédée en 1359, 200px-William1.jpgarrière-grand-mère à la 16ème génération d'Adolphe Regout et épouse de Thomas FitzGerald, s'honore d'être une descendante du roi d'Angleterre Henry I Beauclerc qui n'est autre que le fils de Guillaume-le-Conquérant, le grand vainqueur de la bataille de Hastings en 1066 que l'on voit représenté ici sur la célèbre tapisserie de Bayeux.

Encore heureux que l'histoire n'ait pas retenu le nom des maîtresses du roi Henri ! Toujours est-il que Guillaume-le-Conquérant avait épousé la fille de Baudouin V, comte de Flandres, Mathilde, elle-même descendante à la 9ème génération du roi Egbert de Wessex (802-839) dont on dit qu'il avait épousé Redburh, sœur d'un roi des Francs mais ça … c'est une autre histoire.

Terminons ici (*) car il est certain qu'Adolphe Regout n'en demandait pas tant ! Que son âme repose en paix auprès des mânes de ses ancêtres … 

Nicolas van Outryve d'Ydewalle

(*) L'hérédité aux accents gallois et irlandais d'Adolphe Regout ne vaut-elle pas une prestigieuse ascendance princière russe ? Issu du fils aîné de Petrus Laurentius, Alfred Regout (1911-1994) épouse Elisabeth Misson en 1937. On retrouve dans la corbeille de la mariée de solides quartiers remontant tout droit à Rurik, fondateur de l'empire russe en 862. Une voie princière : Misson > Boussu Walcourt > Lonlay > Galz de Malvirade > Svistounov > princes Bariatinsky, issus de Saint Michel, prince de Tchernigov, descendant de Yaroslav-le-Sage, grand-prince de Kiev, arrière-arrière-petit-fils de Rurik, grand-prince de Novgorod !

 

10/02/2012

Noblesse russe en émigration, portraits et souvenirs

Réputée comme l'une des plus raffinées de son temps, aucune société n'aura été aussi
brutalement jetée hors de son pays natal que la noblesse russe. D'octobre 1917 à aujourd'hui,
des années-lumière semblent nous séparer de la révolution bolchevique et du drame de l'émigration
que les rares survivants d'aujourd'hui auront tragiquement traversés dans leur prime jeunesse.

"Malgré le nivellement des temps modernes, l'aristocratie russe reste pour d'aucuns un domaine inaccessible que tout concourt à rendre fastueux et empreint de magnificence. Un raffinement, des usages compliqués, des noms et des lignées plongeant leurs racines dans l’Histoire, en ont fait un monde mythique dérivant entre l’histoire et le rêve. Garder le pouvoir dans le rêve est le privilège des grands dépossédés", souligne Jacques Ferrand dans son ouvrage abondamment illustré Noblesse russe : portraits d'exil.

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"La veille de Pâques 1903 me fut envoyé le Chiffre, relate la princesse Varvara Dolgorouky parmi ses monogram Alexandra.jpgsouvenirs Au temps des troïkas. Je devenais ainsi demoiselle d’honneur. Le Chiffre [illustration] était formé des initiales de l'impératrice, surmontées d’une couronne de diamants et fixées à un ruban bleu ciel, couleur de l'Ordre de Saint-André. Nous le portions à l’épaule gauche pour nous rendre à la Cour ou à un mariage ainsi que dans toutes les occasions officielles. J’étais aussitôt appelée auprès de l’Impératrice pour la messe pascale au Palais. Quelle était belle la nuit sainte avec les hymnes chantées par les chœurs de la chapelle de la Cour, et toute cette joie de la Résurrection !"  

"Le lendemain avait lieu le bal traditionnel en costume de Cour, renchérit Véra Galitzine dans ses Réminiscences d'une princesse émigrée. La toilette de rigueur portée par les dames est le costumekokoshnik4.jpg national. Des kokochniks impériaux [illustration], étincelants comme des tiares, tombaient jusqu’aux traînes tramées d’or et d’argent des voiles de dentelles, que portaient les chambellans. Les dames d’honneur étaient en vert, les demoiselles d’honneur en rouge. Les autres pouvaient choisir les couleurs à leur gré, tout comme les grandes-duchesses et les princesses de sang, dont les traînes étaient portées par des gentilshommes et des pages. "Ces vêtements d’apparat se prêtaient mal aux danses modernes, aussi ne dansait-on que des polonaises. La salle donnait sur un balcon immense d’où l’on découvrait la magnifique illumination qui embrasait toute la ville. Le Kremlin ruisselait de milliers d'ampoules électriques, le célèbre clocher d'Yvan le Grand paraissait construit en diamants."  

Octobre 1917, la Révolution bolchevique éclate.

zinaida.jpg"Les longs corridors de l’Institut Sainte-Catherine résonnent sous les pas des Pages de l’Empereur, dont un détachement vient d’arriver pour nous protéger d’un danger que nous ignorons," se souvient la princesse Zinaïda Schakovskoy, jeune pensionnaire à Saint-Pétersbourg et plus tard au Berlaymont à Bruxelles. "Je me faufile dans la grande salle où trônent les portraits des deux impératrices. J’entends ce bruit qui me sera bientôt familier, celui des mitrailleuses. Des soldats débraillés parcourent les artères. Quelques drapeaux rouges pendent à l’une ou l’autre maison. Je comprends subitement que quelque chose vient d’arriver à la Russie !"

Les Schakovskoy se regroupent à la campagne. "Les gens ont envahi la propriété et malgré les protestations des domestiques, ils ont brisé les scellés apposés sur la distillerie d’alcool, fermée depuis la guerre. Ils plongèrent leurs cruches dans les cuves d’alcool ; deux ou trois y tombèrent et se noyèrent. Dans leur hâte à s’enivrer et sans même retirer les cadavres, les autres continuèrent à boire l’alcool pur ou à en rapporter chez eux ..."

Lapotkhovo, domaine de la vieille princesse Ouroussoff, un château historique où l'impératrice Catherine a157327.jpgII séjourna en son temps. Bienfaitrice de la population des environs, la princesse a toute sa vie tenté d’améliorer la situation des paysans : hôpital modèle, écoles, bibliothèque populaire, crèche pour enfants, etc. Mais à la Révolution, pour s’être opposée aux maraudeurs pour qui liberté signifie pillage, elle est déclarée ennemie du peuple. Un beau soir, des soldats déserteurs arrivent au village et se mettent à prêcher la bonne parole bolchevique : le château, ses dépendances et les écuries, la chapelle, tout doit être détruit. "Partez vite, nous ne voulons plus de vous, allez mourir à l’étranger, nous avons assez souffert par vos aïeux ; maintenant, tout nous appartient !" Paralysée de frayeur, la vieille princesse se laisse traîner jusqu’aux marches de l’escalier où on doit l’asseoir. Et là, impuissante, elle assiste au saccage de sa maison. Ne se contentant pas uniquement de voler, les paysans détruisent de nombreuses œuvres d’art accumulées par la famille au cours de plusieurs générations. Tableaux et toiles de maîtres sont jetés par les fenêtres et vont s’empaler sur les branches des arbres.
    
Dans la chapelle, les paysans crèvent les yeux du Christ : "Il ne faut pas qu’il nous voit, il nous empêche de faire ce que nous voulons, c’est un bourgeois, un ennemi de la liberté !" Le caveau familial contient la dépouille du petit-fils de la princesse Ouroussoff, récemment décédé de ses blessures de guerre. La rumeur court que les décorations du jeune prince sont en or et qu’elles ont été ensevelies avec lui. Ils brisent la dalle du caveau et ouvrent le cercueil. S’acharnant sur le corps, ils ne trouvent rien à partArmoiries des princes Ouroussov.jpg quelques petites médailles à l’effigie de saints. Furieux de leur déconvenue, ils s’en vont sans même refermer le tombeau.
    
"Par cette belle journée ensoleillée, ce tombeau violé, ouvert à tous les vents, a quelque chose d’affreusement triste, témoigne un journaliste français en reportage dans la Russie révolutionnaire. Je pénètre dans la chapelle dont l’extérieur est ornementé d’un bas-relief aux armoiries des princes Ouroussoff [illustration] et Obolensky. Je descends dans la crypte, une odeur atroce me prend à la gorge. Depuis octobre dernier, personne n’a osé refermer le cercueil, le corps du vaillant officier se décompose lentement en plein air !"

Tourmente des noires années de la Révolution bolchevique …

Des milliers de réfugiés de la noblesse russe font souche un peu partout dans le monde. Pour survivre, grands-ducs, princes, anciens aides-de-camp du tsar, aristocrates de tous bords, se font chauffeurs de taxi, portiers de nuit, garçons de restaurants ou précepteurs. S'intégrant au fil des ans dans leurs nouvelles patries, les enfants de la deuxième génération - nous en sommes à la troisième aujourd'hui - sont Français, Belges, Italiens, Allemands, Britanniques ou Américains.


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Prince Nicolas Alexandrovitch Obolensky (1900-1979). Plus connu après-guerre sous le nom de Père Nicolas. Sa marraine de baptême fut l'Impératrice Maria Feodorovna. Par sa mère, née princesse sérénissime Salomé Dadian Mingrelsky, il descendait des princes régnants de Mingrélie, petite principauté souveraine du Caucase annexée par la Russie. En 1918, il réussit à s'enfuir de Russie via la Finlande puis la Suisse pour s'installer finalement en France. Sous-lieutenant des Forces Françaises de l'Intérieur, agent de renseignement en territoire occupé, il est arrêté par la Gestapo en 1944, emprisonné et déporté à Büchenwald d'où il sera libéré par les troupes américaines. Décoré de la Médaille de la Résistance avec rosette, de la Croix de Guerre avec palme et citation à l'ordre de l'Armée et de la croix d'officier de la Légion d'Honneur.

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C'est à Büchenwald que sa foi profonde et ses sentiments chrétiens le poussèrent à se consacrer au service de l'Eglise Orthodoxe. Ordonné prêtre en mars 1963 dans la cathédrale Saint Alexandre Newsky à Paris, le père Nicolas Obolensky consacra toute son énergie à l'activité pastorale. Son action oecuménique, le prestige de son nom, ses relations avec le clergé catholique et les autres confessions religieuses lui permirent d'obtenir pour l'Eglise Orthodoxe une place d'honneur dans toutes les cérémonies officielles. Aîné du nom des Obolensky, il occupa une place hors pair au sein de toute sa famille.

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Le prince et la princesse Félix Youssoupov. Epoux d'Irina de Russie, nièce du tsar Nicolas II, Félix Youssoupov est devenu une figure de légende par le rôle qu'il joua dans l'élimination de Raspoutine. Les premiers temps de l'émigration se passent dans une relative aisance grâce à la vente de bijoux et de deux toiles de Rembrandt que Félix avait réussi à emporter, enroulées autour de la taille. Créant tour à tour une organisation de secours aux réfugiés, participant à l'ouverture d'un restaurant et d'un cabaret russes, lançant une maison de couture et de parfum qui connût une certaine notoriété, à la prospérité du moment se succèdent des fins de mois difficiles. Adepte de l'adage propre à certains aristocrates ruinés par les circonstances de la vie - ne pas avoir d'argent est déjà fort désagréable, mais si en plus il faut se priver - pratiquant une vie mondaine très cosmopolite, tenant maison et table ouverte à la russe, jamais le prince Youssoupov ne refusera d'aider ceux qui venaient lui demander du secours.

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En couverture d'un Paris-Match de décembre 1938, la princesse Guedianov,
gagnante d'un concours de Miss Beauté russe.

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Lisa Soukhotine, épouse de l'acteur Mel Ferrer. Sa famille quitte la Russie via Belgrade où de nombreux réfugiés russes bénéficient de l'hospitalité du roi Alexandre Ier de Yougoslavie, pour s'installer ensuite à Bruxelles où elle voit le jour. Certains quartiers de son pedigree familial feraient pâlir les âmes prudes : Grigori Potemkine, prince, amant et grand favori de Catherine II de Russie ; le décembriste Vassily Davydoff, exilé en Sibérie après sa participation au complot avorté de décembre 1825 contre le nouveau tsar Nicolas Ier ; le capitaine Serge Soukhotine, coauteur dans l'assassinat de Raspoutine. Lisa Soukhotine aura été la dernière épouse de feu Mel Ferrer qui joua en son temps dans le film Guerre et Paix le rôle du prince Bolkonsky, alias Nicolas Volkonsky, grand-père de Léon Tolstoï. L'épilogue du film est connue : Bolkonsky-Ferrer tombe amoureux de l'héroïne du roman, la belle Natacha Rostov, à la ville Audrey Hepburn qui sera aussi son épouse. 

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S.A.I. et R. l'archiduchesse Rodolphe d'Autriche, née comtesse Xénia Tchernyschev-Bezobrasov. Comme bon nombre de descendants d'émigrés russes qui s'intégreront parfaitement au sein du cosmopolitisme sans frontière des grandes familles de la vieille Europe, Xénia Tchernyschev-Bezobrasov sera la première épouse de l'archiduc Rodolphe d'Autriche, qui la perdra malheureusement dans un accident de voiture en 1968. Sang russe oblige, leur fille Maria Anna épousera le prince Piotr Galitzine, né en Argentine de parents originaires de Moscou, mariés en émigration en Yougoslavie et décédés à New York. Le père de Xénia, après avoir servi dans le prestigieux régiment impérial des Chevaliers-Gardes à Saint-Pétersbourg, aura en émigration tâté de mille et un métiers : chauffeur de taxi, gérant d'un salon de thé puis d'un atelier d'arts décoratifs ; ensuite éleveur de poulets, professeur de tennis et de langue russe, pour finir comme restaurateur de tableaux aux Etats-Unis.

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Laetitia Spetschinsky. Elle illustre parfaitement le lien entre l'ancienne Russie et la Russie d'aujourd'hui. Des arrière-grands-parents au service du tsar : lui, officier au régiment des Gardes à Cheval à Saint-Pétersbourg ; elle, née princesse Galitzine, dame d'honneur à la Cour ; un grand-père, ancien président de l'Union de la Noblesse russe en Belgique. Professeure et chercheuse dans le secteur des relations Union Européenne-Russie à l'Université d'Ottignies LLN, encourageant l'étude des relations du pays de ses ancêtres avec l'Europe occidentale, Laetitia organisa il y a quelques années la venue de l'ex-président Gorbatchev qui fut, quant à lui, le tsar de la Perestroïka.

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Alexandre Pouchkine, descendant à la 5e génération du poète. Parmi la descendance du célèbre poète, éparpillée tant en Russie qu'en Angleterre et en France, réside à Bruxelles l'unique représentant mâle porteur du nom. Raffinement suprême, ne s'est-il pas offert une épouse elle-même descendante du poète par suite du remariage d'un arrière-grand-père commun ? Une généalogie prenant sa source auprès du fameux Hanibal, négrillon de Pierre-le-Grand, pour se développer notamment au sein des Romanov et de quelques Mountbatten britanniques. Alexandre Pouchkine - président de l'Union de la Noblesse russe en Belgique - et son épouse consacrent leur énergie à leur propre œuvre, la Fondation Internationale Pouchkine dont le but est de soutenir les actions caritatives en faveur des enfants atteints du cancer en Russie.

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Daria Nabokov. Si le patronyme est célèbre depuis la parution de Lolita, sulfureux roman de son arrière-grand-oncle Vladimir Nabokov, Daria porte en elle les gênes des grands serviteurs de l'empire : un ministre de la Justice sous le tsar Alexandre II, dont le fils fut gouverneur de Courlande. Son grand-père, journaliste, historien et généalogiste, était l'âme et la mémoire de l'émigration russe. Il co-publia une biographie remarquée du maréchal prince Koutousov, son ancêtre maternel, brillant vainqueur de Napoléon lors de la campagne de Russie en 1812. Deux siècles plus tard, sur l'avenue Louise à Bruxelles où règne la haute couture pour altesses royales et dames du monde, l'on s'en va goûter aux délices du restaurant de son mari, le Rouge Tomate.

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Solitude et abandon, tel est le lot de nombreux réfugiés russes de la première génération, coupés de leurs racines ancestrales : "Je suis dans la maison de retraite à Sainte-Geneviève-des-Bois près de Paris, raconte une princesse Mestchersky. L'un de nous dit que ce qui est ennuyeux, c'est que dans notre futur, il n'y a que la mort. Mais comme nous sommes tranquilles pour l'attendre ..."

Nicolas van Outryve d'Ydewalle