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02/03/2012

"Lisogne se conte", par Tanguy van Outryve d'Ydewalle

Si de nos jours entrer en religion ou devenir châtelain mène immanquablement à une vie de sacrifices sans titre1.jpget de renoncements, Tanguy d'Ydewalle n'est certainement pas concerné par la crise des vocations. Job gratifiant et cocoon familial le week-end à Houston aux Etats-Unis, il quitte tout en 2004 pour revenir en Belgique et s'installer au château de Lisogne avec femme et enfants. C'était heureusement (et c'est toujours) une folie non préméditée, assure-t-il après sept longues années de travaux de réfection et de restauration, sinon elle ne se serait jamais réalisée !

Patrimoine familial depuis 1841 au sein de la famille Henry [de Frahan en 1921], sept générations s'y seront succédées. Eugène Henry de Frahan (1916-1997), époux de Yolande Dumont de Chassart, est le dernier occupant porteur du nom. En 2003, le château fait l'objet d'une donation entre sa fille Nicole et son petit-fils Tanguy, né d'un père d'Ydewalle émigré du Franc de Bruges.

Lisogne ? Un modeste bourg rural habité par quelques centaines de personnes, dominant la vallée de la Leffe. Petit de taille, Lisogne est riche d'un passé multiséculaire que le nouveau châtelain du lieu a étudié avec un soin minutieux, travail qualifié par d'aucuns de bénédictin, vocation oblige. Dans son opus, l'auteur nous livre une analyse détaillée des hameaux, dépendances et lieux-dits, anciennes bâtisses et vieilles fermes, églises et abbayes avoisinantes, sans oublier son château, fief des Henry de Frahan aux multiples générations et aux alliances non moins nombreuses. 

La seigneurie de Lisogne aura été successivement l'apanage de plusieurs familles dont les seigneurs de Jodion au XIIième siècle, les de Moustier au XIVième siècle pour passer ensuite aux [de] Salmier, Petit, Villers-Marbourg, Gaiffier, etc. Si certains de ces anciens patronymes sont aujourd'hui passés aux oubliettes de l'histoire, les férus de généalogie les retrouveront aisément sur Internet.

Le premier propriétaire connu serait un prêtre du nom d'Oduin. Oduin possède de jure meo quelques biens dans les environs et les cède vers les années 825 à l'abbaye de Stavelot pour assurer le salut de son âme, remedio anima mea. Quelques siècles plus tard, Lisogne se retrouve sous l'autorité de la prévôté de Poilvache, cette dernière se faisant progressivement absorber par les comtes de Namur.

Au-delà des appellations toujours d'actualité comme cadastre, arrérage et autre douaire, l'ouvrage nous plonge avec délice dans la terminologie moyenâgeuse. Un manant n'était point ce que l'on s'imagine aujourd'hui. Participe présent du verbe ancien manoir, lui-même originaire du latin manere (demeurer, rester), il prit au Moyen-Âge le sens de habitant, résident. Le manant était souvent un riche paysan propriétaire ! Un prélocuteur était une sorte d'avocat, un avant-parlier qui devait exposer les revendications des manants. Un luminaire désignait une terre ou un bois dont le revenu servait à entretenir la lampe du Saint-Sacrement. Si le mot mambour signifiait tuteur, une mambournie était lecroÿ.jpg pouvoir exercé par une autorité, comme par exemple un père sur ses enfants. Un oblat était un enfant offert à un monastère pour y être éduqué et devenir moine. Et ainsi de suite ...

En 1605, le bourg de Lisoingne apparaît [ci-contre] parmi les gouaches richement illustrées des célèbres Albums de Croÿ, du nom du duc Charles de Croÿ (1560-1612) qui les commanda au peintre Adrien de Montigny. On ne fera pas grief à l'artiste d'avoir inversé une tour médiévale avec celle de l'église, les arrière-plans étant souvent reconstitués de mémoire en atelier.

Aequitate et dignitate, fière devise de la lignée Henry de Frahan ! Si l'on retrouve les premières traces de ce nom au XVième siècle dans la botte de Givet à Haybes, ancienne seigneurie à haute justice relevant des comtes de Namur, le patronyme connaîtra des formes diverses : Renart, Renart dit Henry, Henry de Haybes du nom de Joseph Henry de Haybes (1713-1784) qui vient se fixer à Dinant et fait partie du Mont de Piété de la ville. Membre des Etats provinciaux, son fils Pierre-Joseph Henry y fonde la Banque Henry qui ouvrira une série d'agences en province de Namur et du Luxembourg ainsi qu'en France.

Enracinée dans la région dinantaise, la famille Henry [de Frahan] est au service de ses concitoyens et de son pays. Une descendance prolifique qui compte tour à tour banquier, membre du Congrès National de Belgique, notaire, président de tribunal, officier de la Garde Communale, conseiller communal, bourgmestre, conseiller provincial, commissaire d'arondissement ... C'est à Victor Henry de Frahan que revient le mérite d'avoir lancé, nous sommes en 1954, le premier télésiège en Belgique, reliant le bas du site touristique des Grottes préhistoriques et Jardins de Montfat à la tour de Montfort, bien de famille devenue société anonyme en 1941.

Un peu à l'écart du village, le château et sa ferme attenante sont ceinturés par un mur en calcaire, englobant un parc de verdure et d'arbres. Adossée au château, la ferme en U des XVIIième et XVIIIième siècles forme un ensemble qui aura été le siège d'une seigneurie foncière dont les différentes parties sont réunies en 1760 par Pierre-Baudouin de Gaiffier, seigneur de Houx. 

L'état dans lequel nous avons trouvé le château n'était pas fameux, soupire l'auteur, l'humidité pénétrait la façade par les fissures, l'électricité datait d'avant-guère et l'on entendait des grésillements sortants des boîtes de dérivation, la chaudière engloutissait 8.000 litres de mazout par an ... bref, un fameux chantier nous attendait ! Nous nous y sommes donc mis, autant mon épouse que nos quatre enfants dont la dernière venait de naître le lendemain de notre arrivée au village.

château de Lisogne.jpg

château-ferme.jpg

L'aventure est-elle terminée ?

Dans le plus pur style Des Racines et des Ailes, voici que notre châtelain relève un nouveau défi, la reprise de l'Hôtel du Vieux Moulin de Lisogne, une manière d'ancrer définitivement ses nouvelles racines familiales. Chambres tout confort, restaurant goûteux, cabanes perchées et roulotte aménagée dans le jardin ...

Aujourd'hui, un anniversaire se prépare : les 250 ans d'existence du château-ferme de Lisogne (1762-2012). Afin de marquer l'événement, une grande fête sera mise sur pied durant l'été 2012. Familles, amis, relations, bienvenue à tout le monde !

Nicolas van Outryve d'Ydewalle

Edité par l'asbl "Lisogne en Fête", 2011, 208 pages, nombreuses illustrations. Disponible chez l'auteur tanguy.vanoutryve@gmail.com au prix de 30 euros + 6 euros de frais de port, à verser au compte BE67 1931 2276 0187.

Lisogne en fête asbl : http://www.lisogne.be

Hôtel-Restaurant du moulin de Lisogne : www.moulin-de-lisogne.be

 

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