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27/01/2012

Les tourments révolutionnaires de Marie-Julie Aronio, arrière-arrière-grande tante de Marie Aronio de Romblay (1843-1926)

Marie-Julie Aronio (1740-1820) est l'épouse d'Augustin-Théodore van Zeller[armoiries ci-contre], 545px-Blason_famille_fr_van_Zeller_d'Oosthove_svg.jpgseigneur d'Oosthove, marguillier de l'église de La Madeleine à Lille [illustration] ainsi qu'échevin de cette ville. Survient la Révolution de 1789 et ses inconvénients majeurs - la guillotine ou le cachot humide à l'avenir très220px-Lille_Ste_Marie_Madeleine.jpg incertain - contraignant ce dernier à émigrer, abandonnant derrière lui femme et enfants.

On sait qu'un aristocrate émigré se voyait en principe confisquer tous ses biens. Par contre, celui qui restait était quant à lui le plus souvent dépossédé. En outre, il devait le cas échéant prouver qu'il n'avait pas été porté sur la liste des émigrés. Témoin, cette enquête de police se rapportant à Marie-Julie Aronio à qui l'on réclame un certificat authentifié de résidence ininterrompue dans sa commune d'origine !

"Aujourd'hui, vingt cinq fructidor an six de la République française, une et indivisible, en vertu de la lettre Directoire exécutif près l'administration centrale du département du Pas-de-Calais, par laquelle il charge l'Administration municipale du canton de Saint-Venant de s'assurer de l'autenticité du certificat de résidence délivré par cette administration à la citoyenne Marie-Julie Oronio [sic], épouse du citoyen Vanzeler, sur l'attestation des citoyens Louis Dubois, Jacques Delplace et Quentin Obry, tous trois cultivateurs en la commune de Vendin, nous, Jean Barra, commissaire nommé par l'administration à effet d'entendre les témoins ci-dessus repris, et Louis Fardel, commissaire du Directoire exécutif près laditte administration, les dits témoins ayant été invités de se rendre au lieu des séances de cette administration et s'i étant présenté, nous avons procédé à leur audition."

Le citoyen Dubois est entendu le premier. "Lui ayant demandé s'il affirmait que la dite Oronio avait résidé dans la commune de Vendin sans interruption, depuis le 1er may 1792 jusqu'au 4 thermidor an 5 ? A répondu l'avoir vu de temps pendant ce laps de temps [sic]. A lui demandé pourquoi cette femme n'a pas été mis en arrestation à l'époque où tous les ci-devant nobles y ont été mis, en vertu d'arrêté des Représentants du peuple ? A répondu qu'en sa qualité de maire de cette commune à laditte époque, elle s'était jetté dans ses bras, et que par humanité il ne l'avait pas déclaré au ci-devant district de Béthune."  

gallery_3850_4_606415.jpg

Les Aronio auront survécu à la Révolution, témoin cet extrait d'état civil :
"L'an dix-huit cent quatorze, le vingt sept novembre à dix heures du matin,
par devant nous Marie Joseph Jerome Aronio, Adjoint au Maire de Lille,
faisant fonction d'Officier de l'état civil, sont comparus ..."

Le citoyen Quentin Obry s'étant présenté, "a répondu qu'il l'affirmait, mais quelle n'avait pas toujours resté au château, qu'elle résidait tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, dans différentes maisons de la commune, mais en cachette, à cause de la terreur, et que pas six personnes de la commune en étaient instruites."

Le citoyen Jacques Delplace "a répondu oui, mais pas toujours au château, qu'il lui avait donné couverture et cela par humanité, que cette femme craignait d'être guillotine parce que son mari était émigré, qu'elle se mettait à merci, qu'elle pleurait et qu'ils en ont eu pitié. On lui a demandé pourquoi elle s'était présenté à eux de préférence aux autres habitans de la commune pour venir à l'administration attester sa résidence ? A répondu que c'est parce qu'ils étaient officiers municipaux à l'époque de la Terreur, et qu'elle ne connaissait qu'eux dans la commune."

L'enquête se clôture le 11 septembre 1798 "… de tout quoi, nous avons dressé le présent procès-verbal, les jour, mois et an susdits."

Nicolas van Outryve  d'Ydewalle

© Archives départementales du Nord, Généalogies Lilloises de Paul Denis du Péage

26/01/2012

Du grand duc Wladimir de Russie à Sa Sainteté le patriarche Alexis II, dix siècles d'histoire de l'Eglise orthodoxe russe

"Si aujourd'hui la Russie a retrouvé ses milliers de coupoles dorées, c'est à Alexis II quelle le doit,"
tel est l'hommage unanime rendu au primat de l'Eglise orthodoxe russe, décédé le 5 décembre 2008.

L'Eglise orthodoxe russe ? En 988, le grand duc Wladimir, arrière petit fils de Rurik, fondateur de la Russie, décide dans sa grande sagesse de christianiser la Russie. Mais quelle religion choisir ? Desgrand-duc Wladimir, Rurik, patriarche Alexis II, von Ridiger, Peredelkino, Tallin, marquis de Trazegnies observateurs sont envoyés au delà des frontières. A leur retour, ils rendent compte de leurs pérégrinations : l'Islam ne peut convenir car le porc et l'alcool sont défendus ; le catholicisme romain est jugé trop austère à cause du jeûne ; les Juifs ne trouvent pas grâce à leurs yeux en raison de la diaspora, preuve que Dieu les a condamnés.

En revanche, la magnificence des rites orthodoxes de Byzance séduit d'emblée leurs âme slave. "Nous ne savions plus si nous étions au ciel ou sur la terre. Il n'y a nulle part un spectacle d'une telle beauté. Nous sommes incapables de l'exprimer. Nous savons seulement que c'est là que Dieu demeure avec les hommes. Il nous sera désormais impossible de vivre en Russie d'une autre manière !"

De 988 à 2008, dix siècles vont s'écouler. De tout temps en Russie, église et autorité seront intimement liés. "Que chacun se soumette aux autorités en place, car il n'y a point d'autorité qui ne vienne de Dieu et celles qui existent sont constituées par Dieu", signifie Saint Paul dans l'une de ses épîtres. Un principe de grand-duc Wladimir, Rurik, patriarche Alexis II, von Ridiger, Peredelkino, Tallin, marquis de Trazegniesthéocratie appliqué dès le XIIIème siècle par un saint patriarche, justifiant ainsi l'impérieuse nécessité d'obéir au prince de Novgorod, au grand duc de Moscovie, plus tard au tsar de Russie ... "comme à Dieu lui même" !

Aujourd'hui, après le vide laissé par l'effondrement de l'idéologie soviétique, la religion est redevenue un ciment d'identité nationale. Sous Boris Eltsine et Vladimir Poutine, l'Eglise orthodoxe s'est fortement rapprochée du Kremlin. C'est d'ailleurs avec l'appui des autorités que le patriarche Alexis II aura véritablement restauré l'influence politique et morale de l'Eglise russe après septante ans d'athéisme. "Patriarche de Moscou et de toutes les Russies", le premier de l'ère post communiste, ainsi que "Primat de l'Eglise orthodoxe russe" depuis 1990, barbe blanche, voix profonde, Alexis II était un personnage respecté des Russes.

Né en 1929 à Tallin en Estonie, Alexis Mikhaïlovitch von Ridiger, le futur patriarche, est issu de la noblesse balte. Un de ses ancêtres est anobli en 1695 par le roi Charles XI de Suède un autre adopte la religion orthodoxe sous le règne de Catherine II de Russie. A la révolution de 1917, les grands parents d'Alexis s'exilent en Estonie. Son père devient diacre puis prêtre et ensuite recteur de l'église de la Nativité de la Mère de Dieu à Tallinn. Suivant les traces de son père, séminariste sous Staline, le jeune Alexis est ordonné prêtre à 21 ans. Il se fait moine et entame ensuite une carrière fulgurante dans l'Eglise orthodoxe, alors sous le contrôle du pouvoir communiste, ce qui fera dire plus tard qu'il aurait été informateur du KGB, la police secrète.

grand-duc Wladimir, Rurik, patriarche Alexis II, von Ridiger, Peredelkino, Tallin, marquis de Trazegnies

Le 5 décembre 2008 en fin d'après-midi, les cloches des six cents églises de Moscou sonnent le glas. Sa Sainteté Alexis II vient de décéder à l'âge de 79 ans d'un arrêt cardiaque en sa résidence de Peredelkino, non loin de Moscou. Résidence qui, par un insolite détour parmi les aléas de la révolution bolchevique, fut autrefois propriété d'un arrière-grand-père de l'auteur de ses lignes, descendant de grands-parents émigrés en Russie à la Révolution française et cousins proches des marquis de Trazegnies. Mais ceci est une autre histoire ...

Nicolas van Outryve d'Ydewalle

"Dieu sauve le tsar !…" ou la mémoire retrouvée des Romanov

Plus de quatre-vingt dix ans après le massacre d'Ekaterinbourg, l'hymne impérial retentit à nouveau :
la Russie du présent renoue avec celle du passé. Les Romanov sont-ils de retour ?

Septembre 2006, drapé dans l'étendard impérial orné de l'aigle à deux têtes, le cercueil de Mariadagmar de danemark,saga des romanov,rurik,nicolas ii,michel romanov,jean des cars tsarine mère.jpgFéodorovna, née princesse Dagmar de Danemark [ci-contre] et mère de Nicolas II, quitte son pays natal pour reprendre le chemin de la Russie. Elle repose désormais dans la cathédrale de St-Pierre-et-St-Paul au sein du mausolée des Romanov. C'est notre tsarine. Notre âme nous a amenés ici car nous nous sentons coupables. Si l'impératrice est revenue ici, c'est par la volonté de Dieu …, confesse une babouchka aux yeux rougis.

La Russie à l'heure d'un grand pardon ? Dans son ouvrage La saga des Romanov, Jean des Cars nous raconte avec passion comment les souverains de l'ancienne Russie sont à nouveau entrés dans l'histoire officielle après un long oubli imposé par les années de communisme.

La Russie ? Une création des Vikings, appelés par les tribus slaves à venir les gouverner. Ces nouveaux arrivants sont surnommés les Rus, en suédois ceux qui font du canotage. En 862, leur chef Rurik fortifie une petite ville qu'il baptise Novgorod, la ville nouvelle. Il s'y établit comme prince et étend peu à peu son pouvoir sur tout le pays. Le XVème siècle voit le rassemblement progressif des terres russes sous l'autorité du grand-prince de Moscou. Avec Ivan-le-Terrible (1533-1584), la Russie entre dans l'ère de la monarchie absolue. S'arrogeant le titre d'autocrate, le tsar veut ainsi signifier que la principauté de Moscou est désormais un Etat souverain qui ne paiera plus le tribut annuel au Khan des Tartares, envahisseurs de la Russie durant les deux siècles précédents. Le terme deviendra synonyme de despotisme absolu.    

Roman Zacharine (+1543) est issu d'une modeste noblesse germanique dont les ancêtres auraient rejoint la Russie au XIIIème siècle. Sa fille Anastasia Romanovna sera la première épouse d'Ivan-1 - Michel Romanov.jpgle-Terrible. Romanovna, fille de Roman, au masculin Romanov, le nom est né. La famille Zacharine fait valoir ses prétentions : au décès d'Ivan et après un temps de troubles, c'est un arrière-petit-fils de Roman Zacharine qui est élu tsar, Michel Romanov [ci-contre]. Nous sommes en 1613, la dynastie est lancée. Suivent trois siècles d'histoire mouvementée dont un fin chroniqueur de l'empire fera observer : Le trône de Russie n'est ni héréditaire, ni électif mais occupatif !

Les Romanov, dynastie russe ou allemande ? Alors que la descendance masculine des premiers Romanov s’éteint déjà en 1762, elle connaîtra ensuite une série d'alliances germaniques : Holstein-Gottorp, Anhalt-Zerbst, Wurtemberg, Bade, Prusse, Hesse-Darmstadt, sans omettre le Danemark. N'a-t-on pas calculé que la proportion de sang russe chez le tsarévitch Alexis n'était plus que de 1/256ème ?

De 1613 à 1917, dix-neuf tsars et tsarines régneront sur l'empire de Russie. Certains deviendront même des stars de l'histoire russe.

Géant de plus de deux mètres, Pierre-le-Grand (1682-1689) [ci-contre] réveille la Russie au monde moderne. Je 2 - Pierre-le-Grand.jpgsuis un élève, je cherche des maîtres. Affublé du surnom de Pieterbass (maître Pierre), il s'en va parachever son éducation en Hollande. Tour à tour charpentier, menuisier, cordonnier, géomètre, bûcheron, dentiste, il étudie les mathématiques, la physique et l'anatomie. Son nom restera à jamais associé à la création en 1703 de Saint-Pétersbourg, la nouvelle capitale surgie des marécages de la Neva, fenêtre sur l'Europe, baptisée la Venise du Nord.

Catherine II (1762-1796) ne laisse aucun de ses contemporains indifférents, à commencer par Frédéric-le-Grand : Vos impératrices ont toujours de la gorge. C'est comme un attribut de l'empire, comme le sceptre, la couronne et le globe. Or, il importe que vous sachiez qu'il est aussi dangereux d'y regarder lorsqu'elles ne l'ordonnent pas que de n'y point regarder lorsqu'elles veulent bien vous la montrer !  Femme aux multiples amants et autant de favoris - vingt et un selon les chiffres3 - Catherine II.3.jpg officiels - sa mort arrache un cri de désespoir au prince de Ligne : Catherine-le-Grand n'est plus ! L'astre le plus brillant qui éclaira notre hémisphère vient de s'éteindre …   

Son fils Paul Ier [ci-dessous], tsar au cerveau dérangé, lui succède (1796-1801). Les 4 - Paul Ier.jpgPétersbourgeois vivent dans la crainte, les instructions les plus saugrenues s'abattant sur leur tête. Tel oukase oblige les piétons à se découvrir et les cavaliers à descendre de cheval au passage de l'empereur. Lors des parades militaires, les officiers emportent toujours de l'argent sur eux, sachant le risque d'être mis aux arrêts pour une faute de service et d'être expédiés séance tenante en Sibérie ! Universellement détesté, le tsar est étranglé dans sa chambre à coucher.

Alexandre Ier (1801-1825) [ci-contre] survit dans les mémoires en tant que glorieuxAlexandre_I.jpg vainqueur de l'empereur Napoléon Ier, venu envahir la Russie. Un empire crispé sur lui-même, ainsi pourrait-on qualifier le règne de Nicolas Ier (1825-1855), tsar autoritaire qui dès le jour de son avènement, le 14 décembre 1825, doit faire face au complot des Décabristes du nom d'un groupuscule de hobereaux princiers en mal d'idées égalitaires.

On retiendra d'Alexandre II (1855-1881) [ci-contre] qu'il abolit le servage, Alexander_II_Russia-gr2020.jpgparadoxalement un échec puisque cela provoquera un exode massif vers les villes de milliers de paysans libérés mais sans terre et sans travail, source de mécontentement, premier pas vers la révolution de 1917. Le tsar périra assassiné, victime de la bombe d'un révolutionnaire. L'autoritarisme se renforce sous le règne d'Alexandre III (1881-1894), peu enclin à poursuivre les progrès initiés par son père. Jusqu'à Dieu, c'est bien haut ! Jusqu'au tsar, c'est bien loin !, l'esprit alexandra.jpgpopulaire exprime son désespoir et sa révolte.

Je voudrais te tenir dans mes bras et te faire sentir mon amour infini. Tu es ma vie, mon âme, et chaque séparation me cause une douleur immense. Ce billet d'Alexandra Féodorovna [ci-contre] écrit durant la guerre à son époux, le tsar Nicolas II (1894-1917), résume en quelques mots le drame de deux êtres qui ne demandaient qu'à s'aimer en paix. Un tsar trop faible pour régner, une épouse tourmentée par le drame de l'hémophilie du tsarévitch Alexis, l'influence malfaisante de Raspoutine, moine aux pouvoirs imaginaires ... la fin de l'empire est proche.

Durant la nuit du 16 au 17 juillet 1918, la famille impériale est assassinée, mettant ainsi fin à trois siècles de règne Romanov. Toute l'opération a duré vingt minutes, consignera dans son rapport le commandant de la garde.

Nicolas van Outryve d'Ydewalle

© Jean des Cars, La Saga des Romanov de Pierre-le-Grand à Nicolas II, Paris, Plon, 2008