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  • Lettres de l'impératrice Alexandra Féodorovna au tsar Nicolas II

    Après le meurtre de la famille impériale russe en juillet 1918 à Ekaterinbourg, on recueillit un coffret
    de bois noir aux initiales N.A., contenant quatre cents lettres que l'impératrice Alexandra Féodorovna
    avait adressées à son époux, le tsar Nicolas Alexandrovitch, de fin avril 1914 à début mars 1917.

    "Il y a vingt-et-un ans que toi et moi ne sommes qu'un. Nous avons partagé beaucoup de peines et deAlexandra_Fjodorowna.jpg joies et notre amour grandissant toujours est devenu plus profond et plus tendre. Je voudrais te tenir dans mes bras et te faire sentir mon amour infini. Tu es ma vie, mon âme, et chaque séparation me cause une douleur immense. C'est être arraché à ce que j'ai de plus cher et de plus sacré."

    Ne serait-on pas tenté de refermer pudiquement cette correspondance afin de préserver l'intimité de deux êtres qui s'aimaient profondément et dont la destinée avait été de régner sur un empire ? En 1925, un éditeur [1] audacieux en aura décidé autrement. Et pourquoi autant de lettres sur moins de trois ans alors que durant les vingt années précédentes, la correspondance du couple impérial est pratiquement nulle ? Nicolas II se séparait rarement de l'impératrice tandis que pendant la guerre il y est contraint la plupart du temps.

    Septembre 1914, alors que la Russie et l'Allemagne sont en guerre depuis à peine deux mois, les premières confrontations ne laissent rien présager de favorable quant à une issue rapide et victorieuse des lettres de l'impératrice,alexandra féodorovna,alix de hesse darmstadt,nicolas ii,raspoutine,tsarévitch,youssoupov,ipatiev,de ryckelarmées du tsar : "Cette maudite guerre, quand donc sera-t-elle terminée ? Je suis sûre que William [Guillaume II de Prusse] doit parfois avoir de terribles ernst ludwig de hesse.jpgmoments de désespoir quand il comprendra que c'est lui, et surtout sa clique anti-russe, qui a commencé la guerre, cette abominable guerre qui fait saigner chaque jour le cœur du Christ, et conduit son pays à sa perte. - Que c'est honteux de jeter des bombes d'aéroplanes sur la villa habitée par le roi Albert. Grâce à Dieu, il n'y a pas eu de victimes, mais je n'ai jamais su qu'on ait tenté de tuer un Souverain [2] parce qu'il est l'ennemi pendant la guerre !" Et lorsqu'elle apprend l'incendie de Louvain, Alexandra s'insurge : "Je rougis d'avoir été Allemande !" - "En France, quand j'apprends un succès et que les Allemands ont de grandes pertes, mon cœur frémit à la pensée d'Ernie [Ernst Ludwig de Hesse, son propre frère - illustration] et de ses troupes et de beaucoup de nos connaissances. Que de pertes chez tous !"

    Princesse allemande, Alix de Hesse-Darmstadt naît d'un père détestant cordialement la Prusse, les Hohenzollern et l'empereur Guillaume II. Orpheline à six ans de sa mère, Alice d'Angleterre, fille de la reine Victoria [3], elle aura été élevée dans le giron de sa grand-mère maternelle britannique. Epouse du tsar Nicolas II depuis 1894, l'impératrice Alexandra parle anglais avec ses enfants, russe avec son mari, anglais et français avec son entourage, russe avec ceux qui ne parlent pas d'autres langues et allemand uniquement selon les circonstances officielles. Toutes ses lettres au tsar sont rédigées en anglais. Elle lui écrit presque chaque jour, l'appelant son précieux Boysy [diminutif affectueux de boy], son grand Agou ou plus simplement Nicky, signant d'affectueux Sunny ou Wify [ton soleil, ta petite femme].

    "La correspondance de l'impératrice Alexandra reflète les états d'âme d'une épouse tourmentée et névrosée, nourrie de mysticisme et de superstition", écrira plus tard dans ses Mémoires Maurice Paléologue, dernier ambassadeur de France auprès de la Cour du tsar et témoin privilégié des heurts et malheurs de la famille impériale.

    ga à d les grandes-duchesses Maria, Tatiana, Anastasia, Olga et le tsarévitch Alexis en 1910.jpg

    De g. à d. : les grandes-duchesses Maria, Tatiana, Anastasia, Olga et le tsarévitch Alexis en 1910.

    "L'impératrice souffrait d'une névrose hystérique. Les foules lui faisaient peur, sa peau se couvrait de plaques rouges et sa respiration devenait haletante. Inquiétude morale, tristesse chronique, angoisses diffuses, alternatives d'excitation et d'accablement, pensée obsédante de l'invisible et de l'au-delà, crédulité superstitieuse, tous ces symptômes qui marquent d'une empreinte si frappante la personnalité de l'impératrice ne sont-ils pas endémiques dans le peuple russe ?"

    UNE ÉPOUSE AIMANTE

    En septembre 1915, Nicolas II décide de prendre le commandement effectif des armées. C'est au quartier général de Moghilev, situé à quelques trente-six heures en train de la capitale, qu'il résidera quasi en permanence jusqu'à la veille de la révolution.

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    Nicolas II et son état-major

    "Tu pars seul et, le cœur gros, je te dis adieu. Pour longtemps il n'y aura plus ni tes baisers ni tes caresses. D'aucuns sans doute me trouveraient folle et sentimentale, mais je te sens trop profondément, trop intensément, et mon amour est immense, infini, mon cher aimé.
        
    J'aurais voulu t'embrasser fortement et revivre nos merveilleuses journées de fiançailles qui m'apportaient chaque jour des preuves nouvelles de ton amour et de ta bonté. Je sens encore ton costume gris, le parfum qui s'en dégageait, près de la fenêtre du château de Cobourg. Comme je me souviens nettement de tout, ces tendres baisers auxquels j'avais rêvé, que j'attendais depuis tant d'années et que je pensais ne jamais recevoir !
        
    Egoïstement, je souffre d'une façon terrible de notre séparation. Nous n'y sommes pas habitués et je t'aime si infiniment mon cher, mon précieux Boysi. Tu es notre Soleil et Baby [le tsarévitch] notre Rayon de Soleil. - Que Dieu te bénisse particulièrement dans ce voyage et te permette de voir de plus près nos vaillantes troupes ; ta présence leur donnera la force et le courage. Ce sera une grande récompense pour elles et une consolation pour toi. Soigne ta santé, mon petit Agou.

    Mon bien-aimé, quelques mots seulement avant la nuit. J'ai mis ton jasmin parfumé dans mon évangile, il m'a rappelé Peterhof [le palais]. J'aurais voulu aller dans la soirée à l'église mais je me suis sentie trop fatiguée, mon cœur est si lourd, si triste. - Maintenant, le plus doux des aimés qui me manque tant et que j'ai un tel désir de serrer contre mon vieux cœur, au revoir ! Un tendre baiser de ta vieille Sunny.
        
    Bonjour, mon petit mari ! J'ai mal dormi, le cœur me fait mal. Ce matin il est très dilaté, de sorte que je dois rester au lit. - La nuit n'a pas été fameuse et toute la journée je sens ma tête et aussi la dilatation du cœur. D'ordinaire, je prends des gouttes trois ou quatre fois par jour car vraiment je ne puis tenir mais ces jours-ci, je ne peux pas. Par moments, je sens que je n'en puis plus et alors j'avale quelques gouttes pour le cœur et le travail marche de nouveau."

    UNE TSARINE SUPERSTITIEUSE

    220px-Rasputin_pt.jpg"Mon Icône de 1911 avec la clochette m'aide vraiment à flairer les hommes. D'abord, je ne faisais pas assez attention, je n'avais pas confiance en mon opinion. Mais maintenant, je vois que l'icône et notre Ami [Grigori Raspoutine] m'ont aidée à connaître rapidement les hommes. Et la clochette tinterait s'ils venaient avec de mauvais desseins, mais ils n'oseraient pas s'approcher de moi. - N'oublie pas de tenir ta petite Icône dans ta main et de passer plusieurs fois Son peigne [de Raspoutine] dans tes cheveux avant la séance du Conseil des Ministres.

    J'aurais tant voulu que tu puisses venir afin de recevoir la bénédiction de notre Ami. Cela t'aurait donné de nouvelles forces. Je sais que tu es courageux et patient, mais tu es un homme et Son attouchement sur ta poitrine calmerait ta douleur et te donnerait la sagesse et l'énergie d'En Haut. Ce ne sont pas là des mots, c'est ma conviction la plus ferme."

    LE TSARÉVITCH ALEXIS

    Le tsarévitch en uniforme en 1916.jpg"C'est toujours la même souffrance de me séparer de toi et surtout maintenant que tu emmènes Baby qui me quitte pour la première fois de sa vie. Mais je me réjouis pour toi, au moins tu ne seras plus tout seul. Et notre petit Agou, comme il est heureux de partir avec toi, sans nous autre femmes auprès de lui. Je suis sûre que les troupes seront heureuses quand elles apprendront qu'il est avec toi. Nos officiers à l'hôpital ont été enthousiasmés. Si tu vas voir les troupes, je t'en prie, prends-le avec toi en automobile. Plus vous vous montrerez ensemble, mieux cela vaudra. Notre Ami est si heureux, ainsi que ta vieille Sunny, quand le Rayon de Soleil accompagne le Soleil dans le pays. Que Dieu vous garde, mes Anges.
            
    Quand tu es triste, va dans la chambre de Baby : embrasse le cher enfant et tu te sentiras rasséréné. Je te verse tout mon amour, Soleil de ma vie. De cœur et d'âme je suis avec toi, mes prières t'entourent. - Baby écrit d'une façon charmante : "Je n'ai plus d'argent et vous prie de m'envoyer ma solde." Ses billets sont charmants. Quel délicieux enfant ! - Sois sévère avec Baby pour qu'il ne joue pas à table, qu'il ne mette pas ses mains et ses coudes sur la table et ne lui permets pas de lancer des boulettes de pain.
        
    Nous devons remettre à Baby un Etat puissant. A cause de lui nous n'avons pas le droit d'être faibles sinon son règne sera encore plus difficile, car il lui faudra réparer nos fautes et tenir plus serrées les rênes que tu auras lâchées. Il te faut souffrir à cause des fautes de tes prédécesseurs et Dieu sait que tes charges sont lourdes ! Sois ferme. Je suis ta muraille, je suis derrière toi et ne céderai pas.
        
    Au moins pour l'amour de moi et de Baby ne prends pas de décisions importantes sans m'en prévenir, sans t'être entretenu avec moi de tout, tranquillement. Est-ce que j'écrirais ainsi, si je ne connaissais pas ton indécision, tes hésitations et à quel point il est difficile de te forcer à t'en tenir à Ton opinion ? Je sais que je puis te blesser en écrivant ainsi, car cela me fait mal à moi-même et me désole, mais toi, Baby et la Russie m'êtes trop chers."

    GRIGORI RASPOUTINE

    C'est avec un profond sentiment de culpabilité en tant que mère qu'Alexandra Féodorovna vivra raspoutine1.jpgl'hémophilie de son fils à qui elle aura transmis la maladie. Désemparée, elle fait appel à Raspoutine, moine doté de pouvoirs imaginaires de guérisseur, qui réussit à s'imposer rapidement à la Cour et à gagner l'entière confiance de la tsarine ainsi que celle de son époux Nicolas II pour qui il incarne à la fois l'Eglise, le moujik et la Sainte Russie …

    "La docilité avec laquelle Alexandra Féodorovna se soumet à l'ascendant de Raspoutine est significative, constate Maurice Paléologue. Quant elle voit en lui un "homme de Dieu" et qu'elle lui reconnaît le don de la prescience, quand elle fait dépendre de ses bénédictions le succès d'un acte politique ou d'une opération militaire, elle se comporte comme eût fait jadis une tsarine de Moscou."

    Suivent un chapelet de conseils, prières, avis péremptoires, invocations en tous genres : "Ecoute notre Ami, aie confiance en Lui. Il a dans le cœur ton intérêt et celui de la Russie, nous devons seulement faire plus attention à ce qu'Il dit. Ce n'est pas pour rien que Dieu nous l'a envoyé. Il ne parle pas à la légère et c'est très important d'avoir non seulement Ses prières mais aussi Ses conseils.

    Notre Ami trouve que la plupart des fabriques, surtout celles de bonbons et de sucreries,  devraient faire des obus [sic !]. - Notre Ami pense qu'un des Ministres devrait appeler plusieurs gros marchands et leur expliquer que c'est très mal, en un moment pareil pendant la guerre, de hausser les prix, et leur faire honte. - Grigori te demande de la façon la plus pressante de donner immédiatement l'ordre que dans tout le pays des processions soient faites le même jour pour implorer la victoire. Dieu exaucera si tous s'adressent à Lui. Je t'en supplie, donne l'ordre.  

    Je te copie le télégramme de Grigori : "Après avoir reçu le mystère sacré au calice de la Communion, en suppliant le Christ, en prenant sa chair et son sang, j'ai eu une vision de la magnifique joie céleste. Que la puissance céleste soit avec toi dans ton chemin, que les anges soient dans les rangs de nos soldats pour le salut de nos héros courageux, avec la joie et la victoire !"

    J'ai oublié de te dire que notre Ami m'a priée de te demander de donner l'ordre de ne pas augmenter les prix des tramways en ville. Au lieu des 5 kopecks, il faut maintenant en payer 10, et ce n'est pas juste envers les miséreux. Qu'on impose les riches mais pas les autres qui en ont besoin chaque jour.
        
    Ah ! oui, Grigori m'a dit aussi de t'écrire que tu ne dois pas te troubler quand tu révoques un général par la pensée que peut-être il est innocent. Tu pourras toujours dans la suite lui pardonner et le reprendre, et le fait qu'il aura souffert ne nuira jamais car cela lui inspirera une crainte salutaire de Dieu. - Il n'y aura pas de bénédiction sur la Russie si son Souverain permet qu'un homme envoyé parfelix.jpg Dieu à notre secours soit persécuté. Dis sévèrement, avec fermeté, d'une voix résolue que tu interdis toute intrigue contre notre Ami, tout propos sur Lui, et la moindre persécution. Dis-lui qu'un vrai serviteur n'ose pas aller contre un homme que respecte et vénère son Souverain."

    Accusé par d'aucuns d'avoir mis le prestige de la monarchie en péril, Raspoutine est assassiné par un groupe de conjurés au palais Youssoupov, la nuit de 16 décembre 1916. "Nous sommes tous rassemblés - peux-tu imaginer nos sentiments, nos pensées - notre Ami a disparu. Cette nuit, il y a eu un grand scandale chez Youssoupov [illustration], une grande réunion ; tous ivres. La police a entendu des coups de feu."

    LE TSAR AUTOCRATE

    "Tu es le Maître en Russie : autocrate, rappelle-toi cela ! Comme tous auraient besoin de sentir une volonté et une main de fer. Jusqu'ici ton règne fut de la douceur, maintenant il doit être celui du pouvoir et de la fermeté. Tu es le Seigneur et le Maître de la Russie et Dieu tout-puissant t'a placé là : ils doivent donc s'incliner devant ta sagesse et ta fermeté."

    Bien que le terme autocrate soit devenu au fil des siècles synonyme d'omnipotence et de despotisme absolu, il faut se rappeler que c'est Ivan-le-Terrible qui à la fin du XVème siècle s'arroge le titre de tsar-autocrate, voulant ainsi faire comprendre que la principauté de Moscovie est désormais un Etat souverain qui ne paiera plus le tribut annuel au Khan des Tartares.     
     
    "Pardonne-moi, mon chéri, mais tu sais que tu es trop bon et trop doux. Parfois un mot dit d'une voix haute et un regard sévère font des miracles. Ils doivent mieux se rappeler qui tu es et qu'il leur faut avant tout s'adresser à toi. - Tu sais comme notre peuple est capable, mais il est paresseux et manque d'initiative. Il suffit de le pousser et alors tout sera fait. Seulement, ne demande pas, ordonne : sois énergique pour le bien de ton pays ! - Ne raille pas trop ta sotte vieille femme, elle porte sans qu'on s'en doute la culotte et si je puis être utile pour quoi que ce soit, dis-moi ce qu'il faut faire."

    LES AFFAIRES DE L'ETAT

    "Ah, mon amour, comme j'ai soif de t'aider, de t'être véritablement utile ! Je prie Dieu si ardemment de melettres de l'impératrice,alexandra féodorovna,alix de hesse darmstadt,nicolas ii,raspoutine,tsarévitch,youssoupov,ipatiev,de ryckel faire ton ange gardien et ton soutien en tout. Quelques-uns ont peur que je me mêle des affaires de l'Etat (les Ministres, par exemple), d'autres voient en moi celle qui doit aider quand tu n'es pas là.
        
    Tu n'es pas opposé à cela, dis, mon chéri, que j'intervienne et que je fasse part de mes idées ? Mais je t'assure que, quoique malade et avec mon cœur en mauvais état, j'ai plus d'énergie qu'eux tous réunis et je ne puis rester tranquille à regarder ce qui se passe. On dit qu'on me hait parce qu'ils sentent (la clique de gauche) que je travaille pour ton œuvre, pour Baby et la Russie. Oui, je suis plus Russe que beaucoup d'autres et ne resterai pas tranquille.  
        
    Je sais que je te fatigue : est-ce que je n'écrirais pas beaucoup plus volontiers des lettres d'amour, de tendresse, de caresses dont mon cœur est si plein ? Mais mon devoir d'épouse, de mère et de mère de la Russie, m'oblige à te dire tout cela. Notre Ami m'a bénie pour cela. Mon chéri, Soleil de ma vie, si dans un combat tu avais dû rencontrer l'ennemi, jamais tu n'aurais hésité, tu te serais élancé en avant comme un lion. Sois ainsi maintenant dans le combat contre la poignée de brutes et de républicains. Sois le Maître et tous s'inclineront devant toi. - Il ne faut pas dire : "ton pauvre vieux mari n'a point de volonté", cela me tue.

    Ordonne de faire maintenant des processions, n'ajourne pas, mon amour. C'est maintenant le Carême, donc le moment est propice. Choisis la fête de Pierre et de Paul mais que ce soit fait au plus vite. Ah ! pourquoi ne sommes-nous pas ensemble pour parler de tout et veiller à ce que n'arrivent pas des choses qui, je le sais, ne doivent pas être ?

    C'est toi qui a raison, nous le savons, par conséquent force-les à trembler devant ton courage et ta volonté. Dieu est avec toi et notre Ami est pour toi. Maintenant, bonne nuit, mon chéri. Que les saints Anges te gardent et bénissent l'œuvre de tes mains ! Demain, je mettrai pour toi un cierge devant la Vierge : tu sentiras mon âme près de toi."
            
    LA SOCIÉTÉ RUSSE EN PERDITION
        
    "Quelle misère ! Il n'y a plus de gentlemen, il n'y a plus de bonne éducation, d'élévation morale et de principes sur quoi s'appuyer. On est si amèrement désenchanté des Russes, ils sont encore si en retard. - Je voudrais savoir ce qui se produira quand cette grande guerre sera terminée. Existera-t-il encore des idéaux ? Les hommes deviendront-ils plus purs, plus spiritualistes ou resteront-ils de vils matérialistes ? Comme je voudrais savoir tout cela ! Mais ces terribles souffrances qu'endure toute l'humanité doivent purifier les cœurs, les esprits, les cerveaux pétrifiés et les âmes endormies.
        
    Les grèves et les désordres en ville sont plus que provocants. C'est un mouvement hooligan : des garnements, des filles de bas étage courent et crient qu'ils n'ont pas de pain, simplement pour créer de l'agitation, de même des ouvriers qui empêchent les autres de travailler. Si le temps était plus froid, sûrement tous ces gens resteraient chez eux. Mais tout cela passera et se calmera."
        
    Novembre 1916 : chômage, grèves à répétition, désorganisation des transports, crise du ravitaillement, contestation politique … le peuple est en colère et les soupçons d'incurie à l'égard du pouvoir incapable de redresser la situation ont profondément marqué les esprits. Alors que le couple impérial estraspoutine_cartoon.png totalement coupé des réalités quotidiennes, certains membres de la famille Romanov cherchent à briser l'influence que la tsarine exerce sur le cours des événements. Certains songent même à faire déposer le tsar au profit de son fils.  

    LA MONARCHIE EN PÉRIL
        
    "Reste de sang-froid, mais ne soit pas trop bon. Rappelle-toi, au nom de la Russie, ce qu'ils ont voulu faire : te chasser. Ce ne sont pas des suppositions, chez Orlov tous les papiers étaient déjà prêts, et moi m'interner dans un couvent. Qu'ils sentent qu'ils doivent avoir peur de toi. Sois plus sûr de toi : il faut qu'ils tremblent devant leur Empereur. Dieu t'a placé où tu es, ce n'est pas de l'orgueil, tu es l'oint de Dieu. - Le temps de la douceur est passé. Maintenant vient ton règne de la volonté, du pouvoir, et nous les forcerons à s'incliner devant toi. Il faut leur apprendre à obéir. Ils ne connaissent pas la signification de ce mot.
        
    Pourquoi me hait-on ? Parce qu'on sait que j'ai une forte volonté (et qu'elle a reçu la bénédiction de Grigori), je m'y tiens et c'est ce qu'ils ne peuvent pas supporter. - Mon chéri, rappelle-toi que la monarchie et ton prestige ne doivent pas être entamés par l'existence de la Douma [Parlement]. C'est le Tsar qui gouverne, non la Douma. N'oublie jamais que tu es et doit rester Empereur autocrate. Nous ne sommes pas prêts pour un régime constitutionnel.  

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            La salle de la Douma au Palais de Tauride

    La Russie, grâce à Dieu, n'est pas un Etat constitutionnel bien que ces individus tâchent de jouer un rôle et se mêlent des affaires dans lesquelles ils ne devraient pas oser intervenir. - En vérité, ce serait la ruine de la Russie et contraire à ton serment du couronnement puisque, grâce à Dieu, tu es un autocrate. - Ce doit être ta guerre et ta paix et ton honneur et celui de la patrie, et en aucun cas celui de la Douma. Ils n'ont pas un mot à dire dans ces questions !"  
            
    ABDICATION DU TSAR

    Les premières manifestations révolutionnaires ont lieu le 23 février 1917 : la foule envahit les rues, des meetings sont improvisés, des orateurs appellent à la lutte contre le pouvoir abhorré. Le 26 février, la police fait usage de mitrailleuses. Réunis en séance, les membres de la Douma décident de ne pas quitter la capitale. Le 27 février aux premières heures de la journée, indignés par l'ordre de tirer sur les émeutiers que les officiers leur avaient donné la veille, les soldats se mutinent et se joignent aux manifestants. Le cortège des soldats rejoignant celui des ouvriers, les uns et les autres se dirigent vers la Palais de Tauride, siège de la Douma.

    Le Mouvement d'octobre par Répine2.jpg

    Le mouvement révolutionnaire peint par Ilya Repine

    En quelques heures, le tsarisme s'effondre : Nicolas II est arrêté et contraint d'abdiquer. Il n'a plus aucun contact avec son épouse qui ignore pratiquement tout de la situation. Alexandra Féodorovna lui adresse ses dernières lettres.

    "Nous touchons le sommet du malheur. S'il faut se soumettre aux circonstances, Dieu aidera et ta gloire Nicolas II en captivité à Tsarkoie-Selo en 1917..jpgreparaîtra. Oh ! mon saint martyr ! - Mais Dieu tout-puissant est au-dessus de tout, il aime son Oint et il te sauvera et te rétablira dans ton droit. - Mon chéri, âme de mon âme, que mon cœur saigne pour toi ! Je deviens folle, ne sachant absolument rien sauf les racontars les plus ignobles qui peuvent amener à la folie une créature humaine. - Tu comprends que je ne puis écrire comme il faut ; il y a un poids trop lourd sur le cœur et sur l'âme. La famille Benoiston [la tsarine désignait parfois ainsi sa famille] t'embrasse sans fin et souffre pour son cher père.

    Toujours des nouvelles qui peuvent rendre fou. La dernière dit que le père [le tsar] a renoncé à occuper la place qu'il occupait depuis 23 ans ! Je comprends tout à fait ton acte, ô mon héros ! Je sais que tu n'as rien signé de contraire à ce que tu avais juré lors de ton couronnement. Nous nous connaissons admirablement l'un l'autre, nous n'avons pas besoin de mots et, je le jure sur ma vie, nous te verrons de nouveau sur ton trône, porté par le peuple et les troupes, pour la gloire de ton règne ! Tu as sauvé le royaume de ton fils et le pays, et tu seras couronné par Dieu lui-même, sur cette terre, dans ton pays.

    Dieu, du ciel, enverra l'aide. Je t'embrasse fort, fort. Ta Wify."

    Durant la nuit du 16 au 17 juillet 1918, après 78 jours de réclusion dans la maison Ipatiev à Ekaterinbourg, la famille impériale est assassinée sur ordre de Lénine par les hommes chargés de sa ipatievmurroom.jpgsurveillance : Nicolas, Alexandra et leurs cinq enfants Olga, Tatiana, Maria, Anastasia et Alexis ainsi que le docteur Botkine et trois fidèles domestiques, mettant fin à trois siècles de règne Romanov. "Toute l'opération a duré vingt minutes", consignera dans son rapport le commandant de la garde.

    Nicolas van Outryve d'Ydewalle

    [1] Payot, Paris, 1925. Préface et notes de J.W. Bienstock. Nous en avons sélectionné différents extraits, regroupés par thèmes.

    [2] Par une coïncidence de l'histoire, on retrouve la même indignation chez l'impératrice Zita qui ne manque pas de le faire savoir en Allemagne à l'occasion d'une rencontre entre son époux Charles Ier d'Autriche et Guillaume II : … ces pilotes allemands qui ont attaqué la villa du roi Albert et qui auraient pu tuer la reine des Belges !Ryckel2.jpg
     
    [3] Rappelons que la reine Victoria était la nièce du roi Léopold Ier de Belgique.

    [4] On sait que l'attaché militaire belge, le général baron de Ryckel [illustration], faisait partie des préférés du tsarévitch !

    [5] Transmise par les femmes et atteignant principalement les enfants mâles, cette anomalie du sang caractérisée par un retard ou une absence de coagulation se retrouve également chez un fils de la reine Victoria, un de ses frères ainsi que tous les fils de sa sœur, la princesse de Hesse.

    [6] Envahisseurs et occupants de la Russie durant les XIVème et XVème siècles.

  • Le Bal de l'Ermitage de février 1903, dernier bal à la Cour des Romanov

    Il y a plus de cent ans, toute la bonne société russe est conviée au dernier grand bal de Cour donné au palais impérial de Saint-Pétersbourg, aujourd'hui Musée de l'Ermitage. En souvenir du temps des boyards, les invités sont tenus de porter des costumes de l'ancienne Russie.

    "Au cours de ma première saison dans le monde", relate la princesse Varvara Dolgorouky dans ses Souvenirs Au temps des Troïkas, "il y eut un bal en costumes anciens. Les invitations avaient été lancées longtemps à l’avance pour donner le temps de choisir et de préparer robes et habits. Ce fut un grand événement dans la vie de la société de Saint-Pétersbourg comme on n’en avait pas connu depuis très longtemps. On se mit à regarder les portraits de famille, à visiter les galeries de peintures, à étudier les gravures anciennes."

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    Le Palais d'hiver illuminé un soir de fête

    L’activité fut grande dans les ateliers des costumes de théâtre, chez les tailleurs et les modistes. On fit venir de Moscou des tissus d’or et d’argent, brocarts et somptueux velours vénitiens. Des personnes se rendaient exprès à Moscou pour visiter une exposition consacrée aux vêtements, joyaux et étoffes de la Russie antérieure au 17ème siècle. Les hommes, mêmes les généraux au visage grave et les austères hommes d’Etat, attachaient autant d’importance à leur physique que les femmes.

    kokoshnik4.jpg"Au bal, les robes, sans décolleté, étaient relevées par l’ancienne coiffure russe, le kokoshnik, en forme de grande auréole, richement brodé d’or et d’argent et serti de pierres précieuses et joyaux de famille, souvent pesamment broché d’or. Les cheveux des dames mariées étaient cachés, tandis que ceux des jeunes filles étaient ramassés en deux longues tresses parfois entrelacées de rubans et perles. Le talent, le goût, le style de la fameuse couturière moscovite Lamanova étaient extraordinaires. Elle était le génie russe de l’élégance. Nul ne l’égalait, pas même sans doute, les grandes maisons de couture françaises," s’exclame Varvara Dolgorouki.

    Les officiers des régiments de la Garde portaient des uniformes des régiments du 18ème siècle ou ceux de dignitaires de l’ancienne Cour de Moscou. "Les habits russes anciens faisaient revivre notre passé, au temps où les modes européennes ne s’étaient pas encore introduites en Russie," continue la princesse Dolgorouky. "L’Empereur avait grande allure en tsar de Moscou, vêtu de brocart écarlate, orné de fourrures et de joyaux. Il paraissait moins grand que son épouse, qui portait une tunique de drap d’or avec des broderies d’argent, et comme coiffure une sorte de mitre byzantine qui rehaussait encore sa taille."

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    Le tsar Nicolas II et son épouse en costume ancien.
    La robe de la tsarine est aujourd'hui conservée au musée de l'Ermitage.

    Le clou du bal fut une danse russe qui avait donné lieu à des répétitions préalables, exécutées par vingt-quatre couples conduits par un jeune lieutenant du régiment des Chevaliers-Gardes et la comtesse Nadia Tolstoï. Varvara Dolgorouky se retrouve parmi le groupe de jeunes filles, triées sur le volet.

    C’est la comtesse Betsy Chouvalov, maîtresse de maison incomparable et femme de grand goût, qui avait conçu l’idée de cette danse. Elle avait soigneusement choisi les exécutants parmi les plus gracieuses jeunes filles et les officiers des régiments de la Garde connus comme les danseurs les plus brillants des salons de Saint-Pétersbourg. "Je Avec son mari, le comte Félix Félixovitch Soumarokov-Elston, prince Youssoupov (1856-1928) en costume de boyard..jpgdois dire que notre apparition fit sensation, ce fut certainement un succès. La danse fut si bien exécutée qu’elle fut bissée sur le désir spécial de l’impératrice dont le visage, généralement grave, s’était éclairé d’un bienveillant sourire."

    A la demande du maître des cérémonies de la Cour, les invités furent priés de se faire photographier dans leur costume d’époque afin de laisser un souvenir de l'événement. L’imprimerie d’Etat édita ensuite un album, tiré à quelques centaines d’exemplaires. Aujourd’hui, maigre trésor emmené en émigration, quelle est la famille russe qui n’a pas dans un tiroir des photos sur carton jauni de parents ou grands-parents en costume d’inspiration byzantine, souvenirs d’un temps à jamais révolu ?

    Quelques jours plus tard, la fête fut reprise une deuxième fois au profit du corps diplomatique, dans une salle pluLa princesse Elisabeth Nikolaïevna Obolenskaïa en fille de boyard du XVIIe..jpgs grande du Palais d’Hiver. Tous les représentants des pays étrangers et leurs familles étaient invités : ainsi les filles des ambassadeurs des pays d’Europe occidentale eurent-elles l’occasion unique de danser avec des nobles russes des siècles passés …

    "Mais ce bal fut un glorieux chant du cygne," se souvient avec nostalgie la grande-duchesse Olga, soeur du tsar. "Un malheureux incident fut considéré comme un signe prémonitoire : le grand-duc Michel perdit, sans doute pendant une danse, un bijou de très grande valeur qu’il avait emprunté à sa mère pour le porter en aigrette sur sa cape de fourrure. Ce bijou avait appartenu au tsar Paul Ier et l’impératrice le portait très rarement. Nous fûmes tous au désespoir, car jamais on ne le retrouva ..."

    "Après avoir dansé toute la nuit, lorsque l’orchestre de la Garde joua la dernière mesure, aucun convive ne sentit le rideau tomber définitivement. Plus jamais des fleurs ornèrent aussi massivement les salons du Palais d’Hiver, plus aucune musique de danse ne se joua sous ses lambris magnifiquement peints. Les temps de grandeur étaient passés. Il n’y eut plus jamais de bal au Palais d’Hiver !"

    Nicolas van Outryve d'Ydewalle

    Illustrations : ci-desus, le comte Félix Soumarokov-Elston (1856-1928) et son épouse, la princesse Zénaïde Youssoupov (1861-1939), parents du prince Félix Youssoupov, l'assassin de Raspoutine. - ci-contre, la princesse Elisabeth Nicolaïevna Obolensky en fille de boyard du 17è siècle.

     

  • Hélène Nicolaïevna Obolensky, princesse de Bruges (1916-1996), à propos d'une Rurikide

    Bruges, le 28 décembre 1939, par un jour de neige. Un journal local titre : Te Brugge had het huwelijk plaats van een Russische prinses, Hélène Obolensky, dochter van prins Nicolaas Obolensky, met ridder Thierry van Outryve d'Ydewalle. De plechtigheid had in strenge intimiteit plaats. De vader van de prinselijke bruid was een banneling ; hij was een neef van den beroemden Russisschen romanschriiver Tolstoï. De laatste dagen van zijn leven bracht hij door in het Benediktijnerklooster te Zevenkerken, bij Brugge. Het was baron Jan van Caloen, die hem beloofde over zijn dochter te waken.

    Ce mariage entre un digne représentant du High Life du plat pays et une jeune fille venue des lointaines almanach du gotha,chevetogne,yasnaïa poliana,nicolas obolensky,van caloen,nathalie obolensky,marie maklakoff,patriote illustré,lindhout,couvent anglais,charles d'ydewalle,bénédictines de béthanie,marguerite yourcenar,youssoupov,raspoutine,bode kolytchev,lisa soukhotine,pirogovo,rurik,de herzelles,cornette obolensky,décembriste,de trazegnies,marie éléonore de bode,all blacks,thierry d'ydewallesteppes russes n'est pas d'emblée accueilli avec tout l'enthousiasme qui convient. Un jeune homme sous les armes - nous sommes à la veille de la guerre - qui épouse une réfugiée russe sans le sou, titulaire d'un passeport pour réfugiés apatrides Nansen et dont on dit de surcroît qu'elle est une intellectuelle, sous-entendu incapable de tenir un ménage ... voilà de quoi secouer l'establishment brugeois !

    Au lendemain du grand jour, les jeunes époux se retrouvent dans un petit hôtel des Ardennes. Le soir au restaurant, des bribes de conversation leur parviennent d'une table voisine ; coïncidence, il est question des derniers potins de Bruges où a eu lieu un mariage ... vous vous rendez compte ... un d'Ydewalle qui épouse une Russe que personne ne connaît, etc.

    Et ils furent heureux et eurent quatre enfants, l'intellectuelle ayant déclaré que, puisqu'elle savait lire, elle pouvait parfaitement déchiffrer des recettes de cuisine et par conséquent nourrir sa famille ! Avec les années, la Russe émigrée se sera si bien intégrée dans sa nouvelle patrie qu'une notice sur le village de Jabbeke où elle réside, Historie en Legenden, la cite comme curiosité locale : een villa, eigendom van ridder Thierry van Outryve d'Ydewalle ... zijn weduwe, Helena Obolensky, die er momenteel nog woont, is een Russische prinses. Het park "Wildernis", zo noemt het, wordt nog beheerd door de gastvrije Prinses die bovendien vlot Nederlands spreekt.

    Les belles choses de la vie ont parfois une fin triste : après seulement dix-sept années de bonheur familial, Thierry, mari débordant de tendresse et d'attentions, décède brusquement.

    Une réfugiée russe sans le sou ... Dans la tourmente des noires années qui suivent la révolution d'octobre 1917, des milliers de réfugiés de la noblesse russe font souche un peu partout dans le monde. Pour survivre, grands-ducs, princes, altesses sérénissimes, généraux anciens aides de camp du tsar deviennent chauffeurs de taxi, portiers de nuit, précepteurs. Certains se feront même épouser par de riches héritières américaines, les golden girls, filles de rois de l'étain, du sucre ou du coton ; maisalmanach du gotha,chevetogne,yasnaïa poliana,nicolas obolensky,van caloen,nathalie obolensky,marie maklakoff,patriote illustré,lindhout,couvent anglais,charles d'ydewalle,bénédictines de béthanie,marguerite yourcenar,youssoupov,raspoutine,bode kolytchev,lisa soukhotine,pirogovo,rurik,de herzelles,cornette obolensky,décembriste,de trazegnies,marie éléonore de bode,all blacks,thierry d'ydewalle l'union entre des dollars fraîchement acquis et un titre de noblesse millénaire étant contre nature, les divorces seront nombreux.

    Il y aura aussi des réussites inhabituelles. En 1936, un cousin proche, Alexandre Obolensky [illustration], étudiant d'Oxford, entre dans la légende du rugby en réussissant un essai mémorable qui permet de battre pour la première fois sur le sol anglais les célèbres All Blacks de Nouvelle Zélande. Les journaux sportifs en parlent encore. On l'appelait Obo !

    Hélène Nicolaïevna Obolensky, descendante à la 34ème génération de la lignée princière souveraine la plus ancienne au monde, les Rurikides, issus du Viking Rurik, fondateur de la Russie en 862.[1]

    Il y a longtemps, bien longtemps, racontent les Chroniques du moine Nestor de Kiev, les Slaves, après avoir chassé leurs dirigeants, n'arrivaient plus à s'entendre parce qu'il n'y avait plus de gouvernement. Les familles se disputaient contre les familles, la discorde régnait et elles se faisaient la guerre entre elles. Alors, ils se almanach du gotha,chevetogne,yasnaïa poliana,nicolas obolensky,van caloen,nathalie obolensky,marie maklakoff,patriote illustré,lindhout,couvent anglais,charles d'ydewalle,bénédictines de béthanie,marguerite yourcenar,youssoupov,raspoutine,bode kolytchev,lisa soukhotine,pirogovo,rurik,de herzelles,cornette obolensky,décembriste,de trazegnies,marie éléonore de bode,all blacks,thierry d'ydewalledirent : "Cherchons un prince qui règne sur nous et nous juge suivant le droit." Ils allèrent au delà des mers chez les Normands de Scandinavie et leur déclarèrent : "Notre pays est grand et riche, mais il n'y a point d'ordre parmi nous ; venez donc nous régir et nous gouverner".

    Trois chefs normands, trois frères, répondirent à cet appel et emmenèrent leurs familles avec eux. La population désigna ces nouveaux arrivants les Rus'.[2] Peu de temps après, deux des trois frères moururent et l'aîné, Rurik [illustration], étendit son pouvoir petit à petit sur tout le pays. Il fortifia une petite ville qu'il appela Novgorod ; il s'y établit comme prince [3] et partagea entre ses compagnons les autres terres et villes. Et Rurik commandait à tous ces peuples ...

    L'arrière-petit-fils de Rurik, Wladimir, grand-duc de toutes les Russies, fonde en 988 l'Eglise orthodoxe russe. Dans sa sagesse, Wladimir estimait que l'Islam ne convenait pas aux Slaves car le porc et l'alcool y sont défendus ; le catholicisme romain non plus, à cause du jeûne. Les Juifs ne trouvaient pas grâce à ses yeux en raison de la diaspora, preuve que Dieu les avait condamnés. Par contre, l'orthodoxie grecque de Byzance, par la splendeur et la magnificence de ses rites, avait de quoi séduire l'âme slave !

    Saint Wladimir [illustration], car c'est de lui qu'il s'agit, n'aura pas été un saint toute sa vie :almanach du gotha,chevetogne,yasnaïa poliana,nicolas obolensky,van caloen,nathalie obolensky,marie maklakoff,patriote illustré,lindhout,couvent anglais,charles d'ydewalle,bénédictines de béthanie,marguerite yourcenar,youssoupov,raspoutine,bode kolytchev,lisa soukhotine,pirogovo,rurik,de herzelles,cornette obolensky,décembriste,de trazegnies,marie éléonore de bode,all blacks,thierry d'ydewalle ex-fornicator immensus aux cinq femmes et huit cents concubines, racontent les chroniques de l'époque, il répudia tout son monde, se fit baptiser et épousa chrétiennement Anne, soeur des co-empereurs de Constantinople. Il sera canonisé après sa mort.

    C'est sous le règne de l'un de ses fils, Yaroslav le Sage (+1054), que commence le partage de la Russie en principautés apanagées. Et c'est à partir de cette époque que les Rurikides occupent un rang non négligeable parmi les maisons royales européennes. Ainsi, la famille de Yaroslav se trouve unie par les liens du mariage à douze dynasties régnantes ; elle est apparentée à deux empereurs et à toutes les maisons royales d'Europe.

    Parmi les neufs enfants de Yaroslav, Anne, princesse de Kiev, épouse à Senlis en 1051 Henri ler, troisième roi capétien, dont descendent directement ou par alliance pratiquement toutes les maisons royales actuelles, régnantes ou non, sans omettre Charles-Quint et une majorité des ducs de Bourgogne.

    Les familles Rurikides sont majoritairement issues des frères d'Anne de Kiev : Dolgorouky, Gagarine [4], Obolensky, Schakovskoy, Scherbatov, Wolkonsky, etc. Certaines ont comme ancêtre commun Saint Michel de Tchernigov, 11ème génération après Rurik. Exécuté en 1246 par les Tatars pour avoir refusé de vénérer leurs divinités, il sera lui aussi canonisé.

    Le fils de Saint Michel, Georges Mikhaïlovitch, contemporain de son cousin français, le bon roi Saint Louis, est prince de Taroussa et de la ville d'Obolensk. De là naîtra le nom d'Obolensky. Aujourd'hui, il n'est pas prêt de s'éteindre : de l'émigration sont issus environ 150 Obolensky, dispersés un peu partout dans le monde.

    Princes souverains de la ville d'Obolensk, ayant survécu à deux siècles d'invasions tatares, les Obolensky almanach du gotha,chevetogne,yasnaïa poliana,nicolas obolensky,van caloen,nathalie obolensky,marie maklakoff,patriote illustré,lindhout,couvent anglais,charles d'ydewalle,bénédictines de béthanie,marguerite yourcenar,youssoupov,raspoutine,bode kolytchev,lisa soukhotine,pirogovo,rurik,de herzelles,cornette obolensky,décembriste,de trazegnies,marie éléonore de bode,all blacks,thierry d'ydewallereprésentent une des branches les plus remarquables de la descendance de Rurik, ayant produit un grand nombre d'hommes d'Etat éminents, tant au point de vue administratif que militaire, pendant les XVe et XVIe siècles. Ainsi parlent les chroniques ! Le plus connu est Yvan Obolensky, mort en 1538, surnommé Ovtchina (peau de mouton). On dit qu'il fut le père naturel d'Yvan le Terrible. Sa soeur, Agrafena, avait été la nourrice du terrible bébé. Bien plus tard, treize Obolensky perdront la vie par la grâce de ce même bébé qui avait grandi. Un autre Obolensky célèbre est Eugène, un frère de l'arrière-grand-père de la princesse de Bruges, comploteur décembriste [5] parmi les Troubetskoï, Wolkonsky et Narichkine, tous exilés pendant une trentaine d'années en Sibérie.

    Aujourd'hui encore, l'homo ex-sovieticus réagit avec un grand respect à l'énoncé de ce patronyme, chargé d'histoire. Mais est-ce pour son caractère princier ou son côté révolutionnaire, précurseur du soulèvement d'octobre 1917 ? Quelques années avant la Pérestroïka, un chant populaire underground courait sur toutes les lèvres. Le refrain en était : Sers nous les verres, lieutenant Galitzine - Cornette [6] Obolensky, verse le vin !

    Léon Tolstoï songea un moment à écrire un roman sur le complot décembriste. Il était à la source : sa mère, née princesse Wolkonsky, et la mère de celle-ci, née princesse Troubetskoï, étaient toutes deux cousines des comploteurs. De plus, une fille de sa soeur Maria, arrière-grand-mère de la princesse de Bruges, avait épousé le prince Léonide Obolensky, le propre neveu d'Eugène Obolensky !

    almanach du gotha,chevetogne,yasnaïa poliana,nicolas obolensky,van caloen,nathalie obolensky,marie maklakoff,patriote illustré,lindhout,couvent anglais,charles d'ydewalle,bénédictines de béthanie,marguerite yourcenar,youssoupov,raspoutine,bode kolytchev,lisa soukhotine,pirogovo,rurik,de herzelles,cornette obolensky,décembriste,de trazegnies,marie éléonore de bode,all blacks,thierry d'ydewalleBrève digression généalogique : en 1728, Philippe Ignace, marquis de Trazegnies, alors en garnison à Vienne, épouse une jeune veuve de fraîche noblesse mais à la dot opulente, Marie-Eléonore de Bode. Christine, leur fille aînée, sera la célèbre marquise de Herzelles [illustration], une beauté très recherchée à la Cour bruxelloise de Charles de Lorraine, et préceptrice à Vienne de deux jeunes archiduchesses d'Autriche. En 1775, le baron Auguste de Bode, cousin germain de Christine et officier allemand au service de Louis XVI, se marie à Londres avec une lady de bonne naissance. Quelques années plus tard, il fait l'acquisition d'un fief en Alsace, propriété de feu le prince Charles de Rohan Soubise, frère de l'un des cardinaux de Strasbourg. La Révolution française éclate, la famille perd tout et émigre en Russie où elle est accueillie impérialement par Catherine II, sa Cour et sa coterie.

    Et nous retrouvons Tolstoï. La baronne Marie Mikhaïlovna de Bode Kolytchev [7], arrière petite fille du ménage émigré, demoiselle d'honneur de l'Impératrice, grand-mère maternelle de la princesse de Bruges, habite à Moscou une grandiose demeure familiale, en forme d'arc de cercle, à la façade centrale flanquée de colonnes corinthiennes. Ce palais servira de modèle pour celui de la famille Rostovalmanach du gotha,chevetogne,yasnaïa poliana,nicolas obolensky,van caloen,nathalie obolensky,marie maklakoff,patriote illustré,lindhout,couvent anglais,charles d'ydewalle,bénédictines de béthanie,marguerite yourcenar,youssoupov,raspoutine,bode kolytchev,lisa soukhotine,pirogovo,rurik,de herzelles,cornette obolensky,décembriste,de trazegnies,marie éléonore de bode,all blacks,thierry d'ydewalle dans Guerre et Paix !

    Qui ne se souvient de la mythique scène de bal entre le prince André, Mel Ferrer, et la charmante Natacha Rostov, Audrey Hepburn ? Si dans le roman le prince André n'épouse pas Natacha, Mel Ferrer, après avoir été le mari d'Audrey Hepburn, épousera en dernières noces Lisa Soukhotine, une descendante d'Auguste de Bode.  L'histoire russe, légende ou réalité ?

    Hélène Obolensky est à peine née, un 29 décembre 1916 selon l'ancien calendrier julien instauré par Pierre-le-Grand, mais le 11 janvier 1917 selon notre calendrier grégorien, que la révolution bolchevique éclate. La famille habite le domaine de Pirogovo [illustration suivante], hérité de Maria Tolstoï, grand-mère de Nicolas Obolensky, père de la petite Hélène. L'entente avec les paysans des environs est parfaite. En disciple de Tolstoï et en souvenir de sa première épouse Macha, la fille préférée de l'écrivain, décédée sans enfant à l'âge de 37 ans, Nicolas leur a déjà distribué 600 ha de ses terres en n'en gardant qu'une quinzaine pour son propre usage ainsi qu'un moulin et un petit verger. Il héberge chez lui toute la misère du voisinage, vieillards et estropiés, qu'il entretient à ses frais.

    Mais un soir on accourt chez lui pour l'avertir que des bandes armées (en fait des déserteurs de l'armée almanach du gotha,chevetogne,yasnaïa poliana,nicolas obolensky,van caloen,nathalie obolensky,marie maklakoff,patriote illustré,lindhout,couvent anglais,charles d'ydewalle,bénédictines de béthanie,marguerite yourcenar,youssoupov,raspoutine,bode kolytchev,lisa soukhotine,pirogovo,rurik,de herzelles,cornette obolensky,décembriste,de trazegnies,marie éléonore de bode,all blacks,thierry d'ydewallerusse en déroute) s'approchent et brûlent domaines et châteaux. En toute hâte, une fuite est organisée vers Yasnaïa Poliana à 60 kms de là, domaine protégé de feu Léon Tolstoï, devenu héros national malgré lui. En moins d'une heure nous étions en équipage : ma femme, mes quatre enfants, la bonne et moi, avec un vieillard sur le siège de la calèche, le seul qui ait consenti à y prendre place, tous les autres ayant refusé par crainte de représailles. Nuit froide, avec un brouillard que perçait la lune. Les enfants pleuraient, nos serviteurs et servantes aussi ; au loin on entendait les cris et le bruit des chars qui partaient à l'assaut des domaines voisins. Quinze kilomètres nous séparaient de la voie la plus proche, mais il fallait côtoyer des propriétés sans doute assiégées. Après de nombreux détours nous tombâmes au milieu d'une masse armée. Les émeutiers tentèrent de nous arrêter. Si cela se faisait notre massacre était certain. Quelques Bolcheviques se cramponnèrent aux harnais de nos trois chevaux qui n'avaient jamais su ce qu'était un fouet. Enervés par les cris de la populace, ils prirent le mors aux dents et foulèrent ceux qui les tenaient. Nous passâmes sur trois ou quatre corps gisant par terre et partîmes à toute vitesse à travers les champs. Au bout de quelques kilomètres nous parvînmes à les arrêter. Une dizaine de propriétés brûlaient au loin et les incendies embrasaient le ciel autour de nous. Au matin, nous étions arrivés à Yasnaïa Poliana. [8]

    Suivent plusieurs années de vie précaire. Nicolas Obolensky est nommé pour un certain temps gérant du domaine nationalisé de Yasnaïa Poliana. Mais il est dangereux de porter le nom d'Obolensky, même lorsqu'on est le neveu (et ex-gendre) de Tolstoï ... Suspecté de sympathie envers les réactionnaires, il est emprisonné dans les caves de l'archevêché de Toula, siège de la police secrète. Relâché, il se voit imposer une résidence forcée à Moscou, sous stricte surveillance policière. Il trouve un petit emploi au ministère de l'Agriculture.

    Le logement familial est plus que quelconque : le père et le fils aîné dorment sur une caisse ; la mère, le plus jeune fils et les deux filles se partagent la surface de deux lits, sans oublier la niania (nounou) qui emmène les enfants à l'office le dimanche et continue à traiter le père de Votre Excellence comme si rien ne s'était passé. L'aîné, Serge, se souviendra d'avoir assisté, la joie au coeur, au cortège organisé lors des obsèques de Lénine en 1924 !

    A Moscou non plus il ne fait pas bon s'appeler Obolensky. Nicolas est à nouveau emprisonné, mais sonalmanach du gotha,chevetogne,yasnaïa poliana,nicolas obolensky,van caloen,nathalie obolensky,marie maklakoff,patriote illustré,lindhout,couvent anglais,charles d'ydewalle,bénédictines de béthanie,marguerite yourcenar,youssoupov,raspoutine,bode kolytchev,lisa soukhotine,pirogovo,rurik,de herzelles,cornette obolensky,décembriste,de trazegnies,marie éléonore de bode,all blacks,thierry d'ydewalle épouse et les quatre enfants, aidés par la Croix-Rouge de Genève, réussissent à quitter le pays dans l'espoir, partagé par tous les Russes émigrés de cette époque, que cet exil ne sera que provisoire. Le laissez passer n° 8968 de la Légation de Belgique à Berlin, autorise Madame Nathalie Obolensky, née à Moscou le 16 janvier 1882, se rendant en France, à transiter par la Belgique, sans arrêt, accompagnée de quatre enfants. Le cachet du contrôle des douanes, en gare d'Herbestal, porte la date du 26 mai 1925. La photo du passeport résume tout le drame [illustration] : l'inquiétude se lit sur les visages, les vêtements sont fripés ; déjà la mère présente un visage amaigri et éreinté par la tuberculose qui l'emportera quelques mois plus tard.

    C'est Monseigneur van Caloen, fondateur de l'abbaye bénédictine de Saint André-lez-Bruges, alors retiré au Cap d'Antibes pour raisons de santé, qui découvre la famille réfugiée à Nice. S'il reste encore à illustrer tout le bien qu'il fit pour les émigrés russes, la correspondance aux archives de l'abbaye en est un vibrant témoignage. Ses très nombreuses relations dans le monde feront merveille : il arrivera à placer, conseiller, diriger, aider de nombreux émigrés désorientés.

    Dès septembre 1925, la mère et les enfants, Serge, Marie, Dimitri et Hélène, sont logés à la villa Alba (qui existe toujours), une propriété de l'Aga Khan au Cannet, au dessus de Cannes. Hélène est tellement maigre que le pope de l'église orthodoxe lui demande régulièrement de faire la quête durant l'office. On est bien plus généreux vis à vis d'une petite fille chétive !

    Je vous demande bien pardon, Monseigneur, de ne vous avoir pas répondu plus tôt à votre bonne lettre. C'est que j'ai été malade tout ce temps là et le suis encore. Pour le moment, je ne puis être d'aucune utilité. Cet extrait d'une lettre de Nathalie Obolensky à Mgr van Caloen est datée du 1er septembre 1925. Deux mois et demi plus tard à l'Hospice Civil, la tuberculose l'emporte. Elle a 41 ans. Elle sera inhumée dans la partie protestante du cimetière du Grand Jas de Cannes. Fosse commune, piquet n° 47, sépulture qui n'existe plus à ce jour, m'a-t-on écrit du Bureau du cimetière. Deux jours plus tôt, mais à l'hôpital de la Principauté de Monaco (aujourd'hui Centre Hospitalier Princesse Grâce) était décédée sa fille Marie, également de la tuberculose. Elle avait 14 ans. Marie Obolensky a été inhumée en pleine terre, piquet n° 58 du cimetière ; cet emplacement n'existe plus, ai je reçu comme information.

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    Quelques lignes décousues, extraites de notes personnelles de Nicolas Obolensky, rédigées en novembre 1928, trahissent un désarroi toujours vivace : ... écrit durant les journées de la mort de N. [Nathalie] et M. [Marie]. A l'hôpital de Monaco, lorsque l'infirmière Madeleine cherche un réconfort moral, elle appelle toujours Machenka [petite Marie] à l'aide. Tous sentaient que cette fillette était une martyre choisie, hors du commun ...

    Restent trois orphelins : Serge, 16 ans ; Dimitri, 10 ans ; Hélène, 9 ans. Leur père est en prison à Moscou. Bien des années plus tard, Serge tracera ses souvenirs : Il y eut un jour à Cannes où la nuit après la mort de maman, deux jours après celle de Macha [Marie], j'ai essayé, couché sur mon lit, de les revoir par un effort de volonté - c'est une vision que j'ai cherchée - mais rien n'est arrivé. Au fond, depuis l'arrestation de papa à Moscou et la mort de maman et de Macha à Cannes et à Monaco, je ne m'en suis jamais remis et j'ai attendu ma mort.

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    Des mois plus tard, je ne sais plus combien, continue Serge, papa est arrivé de Moscou sans que je sois prévenu, pour me prendre à l'école des Salésiens à Nice. A l'époque, j'étais tellement perturbé que, pendant 10-15 minutes, je le regardais dans la rue pour m'assurer que c'était bien lui, que eux [le NKVD, la police secrète] l'avaient bien relâché.

    En fait, c'est exactement un mois après l'annonce du décès de sa femme et de sa fille que Nicolas Obolensky réussit, grâce à l'influence des Tolstoï, à rejoindre les siens dans le Midi. Le récépissé de sa demande de carte d'identité à la Mairie de Cannes est daté du 17 décembre 1925. Il vient donc d'arriver. Il rencontre Monseigneur van Caloen et lui écrit le 26 pour les fêtes de fin d'année, en ajoutant un humble post-scriptum : Excusez moi pour les fautes de ma lettre ; dix ans dealmanach du gotha,chevetogne,yasnaïa poliana,nicolas obolensky,van caloen,nathalie obolensky,marie maklakoff,patriote illustré,lindhout,couvent anglais,charles d'ydewalle,bénédictines de béthanie,marguerite yourcenar,youssoupov,raspoutine,bode kolytchev,lisa soukhotine,pirogovo,rurik,de herzelles,cornette obolensky,décembriste,de trazegnies,marie éléonore de bode,all blacks,thierry d'ydewalle vie sauvage m'ont déshabitué de la langue française.

    La Babouchka [illustration], grand-mère-paternelle d'Hélène, est restée à Moscou. Elle écrit à son fils : Cher Nicolas, je suis très triste que tu m'écrives si peu, voilà déjà deux mois que tu es parti et je n'ai reçu que deux lettres ... Chère petite fille aux yeux noirs [Hélène], je pense si souvent à elle et à vous tous.

    La famille remonte vers le Nord de la France puis la Belgique, en fonction du choix des écoles et des relations de Mgr van Caloen, ainsi que de la présence de Marie Maklakoff, installée à Lille, soeur de Nicolas Obolensky et veuve de l'avant-dernier ministre russe de l'Intérieur, fusillé en 1918. Déjà percent chez la petite Hélène une rare intelligence et surtout une personnalité hors du commun. Mise au pensionnat du Sacré Coeur de Lille, la jeune Russe qui ne parle pratiquement pas un mot de français est placée tout à l'arrière de la classe, personne ne sachant ce qu'on va pouvoir en faire. Mais elle apprend vite, très vite. Un jour, la maîtresse de religion interroge : Qu'est ce qu'un miracle ? Pas de réponse, sauf une voix au fond de la classe : Un miracle est un fait qui n'est pas conforme aux lois de la nature et qui ne peut être produit que par l'intervention de Dieu. La petite Russe avait retenu sa leçon !

    Courant 1926, son père devient bibliothécaire à l'abbaye de Saint André. Un homme de cinquante almanach du gotha,chevetogne,yasnaïa poliana,nicolas obolensky,van caloen,nathalie obolensky,marie maklakoff,patriote illustré,lindhout,couvent anglais,charles d'ydewalle,bénédictines de béthanie,marguerite yourcenar,youssoupov,raspoutine,bode kolytchev,lisa soukhotine,pirogovo,rurik,de herzelles,cornette obolensky,décembriste,de trazegnies,marie éléonore de bode,all blacks,thierry d'ydewallequatre ans, grave, très intelligent, très érudit et qui rêve de passer ses dernières années dans l'atmosphère d'une vie monastique, écrit à son sujet l'Abbé de Chimay où Nicolas Obolensky s'était d'abord réfugié. Les traits émaciés, le prince Obolensky a gardé dans toute sa physionomie les traces d'un passé cruel et de souffrances morales indicibles. Des yeux légèrement bridés, pétillants de malice, livrent à chaque instant l'état d'âme de leur propriétaire : bonhomie foncière, ironie désabusée des choses et des gens, résignation si charmante de la race slave et, par dessus tout, perpétuelle, tenace, cette mélancolie tranquille des personnes qui ont traversé au cours de leur existence plus que les affres d'un calvaire : le cauchemar d'un enfer, écrit Louis Robyns dans le Patriote Illustré.

    Un abondant courrier en russe entre la Babouchka restée en Russie, et son fils Nicolas, et de Nicolas à ses enfants, Serge et Dimitri, est un émouvant, parfois déchirant, témoignage sur l'émigration, le déracinement et la séparation des familles : Très cher, tu écris que parfois tu fais des plans et que tu te surprends à rêver que nous nous reverrons un jour. J'en rêve aussi souvent et je pense : et pourquoi pas ? Mais non, ce ne sont que des rêves, écrit la Babouchka à son fils Nicolas le 8 février 1928. Aujourd'hui M. est venue me voir. Tu peux t'imaginer que la conversation a uniquement tourné autour de vous. Nous nous rappelions le passé, on a parlé du présent et toutes les deux nous avons pleuré. (lettre sans date) Comme toi, j'ai peur et je suis triste. J'ai pleuré sur ta lettre, sur tes pauvres paroles et à ton sujet, mon pauvre Nicolas si solitaire. (février 1926) J'écris toujours avec beaucoup d'émotion et de larmes, des larmes d'amour et de pitié. Je suis fatiguée et je n'ai pas dit la moitié de ce que je ressens. C'est difficile, mais tu comprendras. Ce qui m'inquiète le plus, c'est la solitude et une sorte d'abandon dans lequel tu vis.

    Et toujours, sa petite fille Hélène reste au centre de ses préoccupations. M. m'écrit qu'elle a des goûtsalmanach du gotha,chevetogne,yasnaïa poliana,nicolas obolensky,van caloen,nathalie obolensky,marie maklakoff,patriote illustré,lindhout,couvent anglais,charles d'ydewalle,bénédictines de béthanie,marguerite yourcenar,youssoupov,raspoutine,bode kolytchev,lisa soukhotine,pirogovo,rurik,de herzelles,cornette obolensky,décembriste,de trazegnies,marie éléonore de bode,all blacks,thierry d'ydewalle et des opinions bien prononcés, qu'elle est une fillette avec beaucoup de vivacité. Ma petite Hélène aux yeux noirs ! (lettre du 18 février 1929) Et effectivement, la petite Hélène ne laisse personne indifférent. Elle est maintenant [illustration] au Sacré-Coeur de Lindthout à Bruxelles qui ... ne désire pas la garder ! J'ai eu toute une histoire avec Lindthout à cause d'Hélène, ce qui m'a pris beaucoup de temps et gâché du sang, écrit Nicolas Obolensky à son fils Serge. Par ses réflexions et son attitude, elle a une trop forte influence sur ses amies. Esprit frondeur, esprit critique, elle est toujours sur la défensive quand on lui fait des remarques. Mais le plus étonnant c'est qu'Hélène, paraît-il la plus jeune de sa classe, a une telle influence sur les élèves qu'on l'écoute plus que les Mères ! On tâche d'attirer son sourire et son regard. Dans tout l'établissement, il n'y a pas une seule jeune fille qui aurait une telle influence sur les autres, ce qu'elle ne soupçonne absolument pas.

    Elle termine ses études au Couvent Anglais à Bruges. D'une brillante intelligence, très fantaisiste, ayant beaucoup d'humour, d'un caractère très indépendant, elle faisait la terreur des braves nonnes ! Que va-t-elle encore inventer ? Se promener la nuit sur les toits ? m'écrit une dame qui était devenu sa grande amie.

    Une chambre lui est réservée à l'abbaye des Bénédictines de Béthanie à Loppem pour les week-ends et les vacances. C'est ainsi qu'elle voit souvent son père à l'abbaye voisine de Saint André. Je suis contente que tu aies transféré Hélène auprès de toi. Il faut vivre le plus près possible l'un de l'autre. (lettre de la Babouchka à son fils) A Béthanie, ses condisciples se souviennent bien d'elle. D'abord assez almanach du gotha,chevetogne,yasnaïa poliana,nicolas obolensky,van caloen,nathalie obolensky,marie maklakoff,patriote illustré,lindhout,couvent anglais,charles d'ydewalle,bénédictines de béthanie,marguerite yourcenar,youssoupov,raspoutine,bode kolytchev,lisa soukhotine,pirogovo,rurik,de herzelles,cornette obolensky,décembriste,de trazegnies,marie éléonore de bode,all blacks,thierry d'ydewalleréservée, elle devient une petite Hélène, fine, racée, agréable à vivre, discrète, pondérée et rieuse. Une autre raconte : Elle était très joyeuse avec des alternances de tristesse profonde où elle manifestait une vraie détresse quant à sa situation. "Je suis pauvre, pauvre, je n'ai rien qui soit à moi ; tout ce que je porte, je l'ai reçu ..."

    Son père décède le 12 février 1934. Le Père Prieur est allé chercher chez les Dames Anglaises la pauvre enfant qui ne doit plus revoir son père vivant. Sa douleur est immense. Béthanie sera désormais son foyer, lit-on dans la chronique du monastère. Nicolas Obolensky sera, et est toujours, le seul laïc enterré parmi les moines de l'abbaye. Ses dernières volontés, écrites exactement dix jours avant sa mort, sont pour sa fille Hélène. Il s'adresse à ses aînés, Serge et Dimitri : Bien que Dieu seul sait qui de nous mourra le premier, je suis malade et je pense souvent à la mort. Je veux vous dire deux mots à propos d'Hélène ; essayez de changer le moins possible sa vie quand je ne serai plus ... Qu'elle vive en Flandre, sous la protection de Saint André et surtout de Béthanie. En général ici en Belgique, elle a beaucoup d'amis. On peut avoir toute confiance en certains d'entre eux. Jean van Caloen s'intéresse énormément à elle. Je lui ai beaucoup parlé d'Hélène et il m'a dit : "léguez la moi, je m'en occuperai, j'aurai toujours assez de pommes de terre pour elle" (sic). Très rapidement, l'orpheline de 18 ans est confiéealmanach du gotha,chevetogne,yasnaïa poliana,nicolas obolensky,van caloen,nathalie obolensky,marie maklakoff,patriote illustré,lindhout,couvent anglais,charles d'ydewalle,bénédictines de béthanie,marguerite yourcenar,youssoupov,raspoutine,bode kolytchev,lisa soukhotine,pirogovo,rurik,de herzelles,cornette obolensky,décembriste,de trazegnies,marie éléonore de bode,all blacks,thierry d'ydewalle au baron Jean van Caloen [10] qui devient son tuteur, avec comme subrogé tuteur, le Révérendissime Père Nève, abbé de Saint André.

    Ses études achevées, Hélène fait un long séjour à Cologne où elle apprend l'allemand au sein d'une famille anti-nazie qui sera décimée quelques années plus tard dans les bombardements. Puis, elle vit un temps en Angleterre parmi des cousins russes émigrés. Elle y apprend l'anglais. De retour à Bruges, elle n'aurait pas refusé des fiançailles avec un lointain cousin Obolensky, alors étudiant à Cambridge, mais qui n'avait pas l'argent nécessaire pour passer le Channel et venir demander sa main à son tuteur Jean van Caloen ! Elle travaille comme secrétaire chez le baron Gendebien à Haltinne. Son premier salaire lui permet de s'acheter un vélo et d'apprendre l'équitation.

    Ce qu'on appelle avec nostalgie les tennis de châteaux lui font rencontrer un certain Thierry d'Ydewalle. Bien avant les congés payés et les voyages en charters, le jeune homme avait bourlingué à vélo, à moto, en bateau, au travers de l'Europe, du Moyen Orient et de l'Afrique du Nord. La jeune fille ne rêve plus que d'être enlevée à moto mais c'est avec une voiture sport flambant neuve que son soupirant réussira à la séduire lors d'une invitation à almanach du gotha,chevetogne,yasnaïa poliana,nicolas obolensky,van caloen,nathalie obolensky,marie maklakoff,patriote illustré,lindhout,couvent anglais,charles d'ydewalle,bénédictines de béthanie,marguerite yourcenar,youssoupov,raspoutine,bode kolytchev,lisa soukhotine,pirogovo,rurik,de herzelles,cornette obolensky,décembriste,de trazegnies,marie éléonore de bode,all blacks,thierry d'ydewalleprendre le thé à la côte. On connaît la suite ... Pour lui sans aucun doute, épouser une réfugiée russe était la chose la plus naturelle qui soit !

    Louis Ryelandt, échevin de l'Etat Civil de Bruges, officie au mariage civil : Mon cher ami, vos amis apprécient votre bon coeur et la noblesse de vos sentiments, ils savent aussi votre penchant pour la vie quelque peu aventureuse et nomade, votre dédain des chemins battus et des conceptions banales. L'on disait qu'une jeune fille du type habituel ne pourrait fixer votre sympathie. Et voilà que parmi le parterre de jeunesse qui s'offrait à vos regards, vous avez distingué une fleur rare issue du pays des neiges. Vous l'avez cueillie ; je vous en félicite, comme je vous félicite, Madame, de vous être laissée cueillir. La Divine Providence, dans ses desseins insondables, vous avait réservé une enfance tragique, une adolescence semée de difficultés et d'inquiétudes ; mais votre âme indomptable s'est trempée au contact des épreuves et vous vous êtes faite la jeune fille dont j'ai entendu vanter de tous côtés la distinction innée, les charmes de l'esprit et du coeur.

    Dix-sept années plus tard ... un grand vide se crée. J'ai trouvé Hélène très touchée par la mort de son mari, mais très courageuse. Elle se révèle attachée à sa mémoire avec amour, respect et gratitude. C'est très fort en elle et j'ai été édifié de son courage et de sa tenue ; je m'y attendais d'ailleurs, écrit à Jean van Caloen un cousin russe, résidant en France.

    Ouvert aux diverses tendances philosophiques, religieuses, politiques, linguistiques et surtout littéraires, son esprit savait s'adapter à toutes les situations et chaque situation, même les plus contradictoires, trouvait grâce à ses yeux. Elle n'hésitait pas à prendre le contre-pied du comme il faut quand elle l'estimait juste. La bêtise et l'ignorance étaient ses ennemies. Coqueluche des dîners organisés par feu Charles d'Ydewalle, ce dernier aimait la jeter en pâture au gratin des arts et des lettres. Elle appréciait almanach du gotha,chevetogne,yasnaïa poliana,nicolas obolensky,van caloen,nathalie obolensky,marie maklakoff,patriote illustré,lindhout,couvent anglais,charles d'ydewalle,bénédictines de béthanie,marguerite yourcenar,youssoupov,raspoutine,bode kolytchev,lisa soukhotine,pirogovo,rurik,de herzelles,cornette obolensky,décembriste,de trazegnies,marie éléonore de bode,all blacks,thierry d'ydewallecela, non sans un certain humour : les défis de l'esprit était son pain quotidien. Et ce n'est pas une Marguerite Yourcenar qui aurait réussi à l'impressionner !

    Curieuse de tout ... Un jour, lors d'un grand rassemblement de voiliers à Zeebruges, elle apprend qu'un navire école soviétique se trouve à quai et que l'équipage se promène à Bruges. Ni une ni deux, la voilà partie en voiture à la recherche de matelots russes, tenant à tout prix à pouvoir prendre la température de là-bas avec de vrais Russes ! Elle en ramène trois chez elle. Originaires du lointain port de Mourmansk, les garçons sont ébahis de découvrir une maison occidentale habitée par ... une princesse russe ! Le patronyme Obolensky leur est parfaitement connu ; en l'honneur de leur hôtesse, ils entonnent le refrain Cornette Obolensky. Et au moment des adieux, ils n'oublieront pas de pratiquer le baisemain, de quoi se faire retourner dans son mausolée le camarade Lénine !

    Deux voyages en Russie lui permettent de retrouver les traces d'une enfance perdue. Entre la fuite nocturne du bébé emmailloté par une froide nuit de l'hiver 1917 et le retour, 75 ans plus tard, d'une Princesse-d'avant-la-Révolution, quel contraste ! Jamais je n'oublierai les visages ébahis des vieilles babouchkas du trolleybus de Saint Pétersbourg, à qui elle s'était présentée. Un séjour où rien ne manquait, tant l'hospitalité russe est proverbiale, surtout vis-à-vis de ceux d'avant.

    Un pèlerinage aux sources : la propriété de Yasnaïa Poliana, fermée au public ce jour là pour mieux almanach du gotha,chevetogne,yasnaïa poliana,nicolas obolensky,van caloen,nathalie obolensky,marie maklakoff,patriote illustré,lindhout,couvent anglais,charles d'ydewalle,bénédictines de béthanie,marguerite yourcenar,youssoupov,raspoutine,bode kolytchev,lisa soukhotine,pirogovo,rurik,de herzelles,cornette obolensky,décembriste,de trazegnies,marie éléonore de bode,all blacks,thierry d'ydewalleaccueillir une arrière-petite-nièce de Léon Tolstoï ! C'est véritablement l'unique oasis où l'on puisse se réfugier, protégé par la mémoire du grand ami des paysans. Tout respire ici le calme et la tranquillité ... [11] Recueillement au fond du parc, devant la tombe [illustration] du grand homme. Je suis allée sur la tombe avec Séria Obolensky [Serge, frère d'Hélène] ; j'ai vu distinctement, douloureusement, mon mari bien aimé, couché sous terre, écrit Sophie Tolstoï dans son journal, le 11 juin 1919.

    Saint Pétersbourg, quai de la Moïka, le palais Youssoupov. Au sous-sol, la reconstitution de la sinistre nuit du 29 décembre 1916, celle où fut assassiné Raspoutine. Mannequins de cire, biscuits au cyanure, carafon de Madère, rien ne manque ... et quel accueil à la propre nièce du capitaine Soukhotine [12], ami de Félix Youssoupov et co-participant dans cette macabre mise à mort. almanach du gotha,chevetogne,yasnaïa poliana,nicolas obolensky,van caloen,nathalie obolensky,marie maklakoff,patriote illustré,lindhout,couvent anglais,charles d'ydewalle,bénédictines de béthanie,marguerite yourcenar,youssoupov,raspoutine,bode kolytchev,lisa soukhotine,pirogovo,rurik,de herzelles,cornette obolensky,décembriste,de trazegnies,marie éléonore de bode,all blacks,thierry d'ydewalle

    Le communisme a vécu, la Russie ancienne est à la mode : une émission de télévision et quelques articles de presse - Een prinses, wat is dat ? titre un journal - sont consacrés à une princesse russe retirée dans la campagne brugeoise parmi ses fleurs et ses canards.

    Et c'est avec son habituel courage et sa dignité innée qu'elle tourne les dernières pages de sa vie, acceptant sans se plaindre une cruelle maladie qui la diminue inexorablement. Le 18 avril 1996, alors que le soleil se levait sur les premières fleurs printanières, ma mère s'en alla doucement dans son sommeil, sa main dans la nôtre, si loin de cette terre russe dont elle se sentait si proche. Christos voskrestié, Christ est ressuscité ! Les plus beaux chants slavons de l'Eglise de son ancêtre Saint Wladimir l'accompagnèrent jusqu'à sa dernière demeure.

    Si la terre de Saint André est un fief sacré des d'Ydewalle, elle a également permis à une famille disloquée par les événements de l'Histoire de s'y retrouver partiellement. Bien loin d'Auckland en Nouvelle Zélande, où est enterré Dimitri [13], de Cannes et de Monaco où reposent Nathalie et Marie, la terre de Saint André a réuni les trois autres membres. Nicolas à l'abbaye, Serge [9] dans le cimetière de la paroisse et Hélène Nicolaïevna, princesse de Bruges, dans le vaste caveau familial.

    En pensant aux jours d'autrefois, ne dis pas avec tristesse "ils ont passé", mais dis avec reconnaissance "ils ont été" ... (poésie russe)

    Nicolas van Outryve d'Ydewalle

    [1] selon l'Almanach du Gotha, les Capétiens datent de 866, les Habsbourg de 883 et les Wittelsbach de 907.
    [2] qui signifie en vieux suédois ceux qui font du canotage, par allusion aux Vikings.
    [3] se dit en russe kniaz, dérivé du scandinave konung ou koning du "kaisar" latin.
    [4] dont Marie Gagarine, au cinéma Macha Méril.
    [5] complot du 14 décembre 1825, jour de l'avènement de Nicolas ler, visant à libéraliser le régime tsariste.
    [6] grade de sous lieutenant dans la cavalerie.
    [7] nom éteint en 1876, héroïquement représenté par le métropolite Kolytchev de Moscou, devenu Saint Philippe après avoir été liquidé par Yvan le Terrible, scène immortalisée dans le célèbre film d'Eisenstein.
    [8] extrait d'un article interview de Louis Robyns de Schneidauer dans le Patriote Illustré (1926).
    [9] il mourra en 1992 alors qu'il était venu passer ses vacances annuelles auprès de sa soeur Hélène. Sa vie vaut un roman : d'abord moine à l'abbaye de Chevetogne, puis ordonné à Rome seul prêtre catholique russe de rite byzantin, docteur en philosophie et professeur de langue et littérature russes, ensuite expert des affaires soviétiques à l'Otan, traducteur des Mémoires du maréchal Joukov, spécialiste de Soljénitsine. Il laissera une oeuvre inachevée, la traduction intégrale en russe classique du Rituel romain .
    [10] neveu de Monseigneur van Caloen et châtelain de Loppem où eut lieu en 1918 le fameux Coup de Loppem, relatif à l'adoption du suffrage universel.
    [11] Robert Vaucher : L'enfer bolchevique (1919).
    [12] qui se prénommait Serge et non Yvan comme l'a écrit de façon erronée Henri Troyat dans son livre sur ce sujet médiatisé à outrance.
    [13] où il fut notamment professeur d'université, parlant comme son frère aîné une dizaine de langues dont l'hébreu et l'arabe.