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03/02/2012

Pieter Pourbus, un peintre de famille ?

Pieter Pourbus (1523-1584) est connu pour ses nombreux portraits tout en finesse.
Découvrons ceux d'Arnould Bogaert et de François Rapaert, deux contemporains
qui ont en commun d'être les ancêtres du couple Eugène d'Ydewalle-Laurence de Serret,
ancêtres de feu Patrick d'Udekem d'Acoz et de ses frères.

Février 2007, gros émoi à Leffinge dans la banlieue de Middelkerke. La population apprend par le Nieuwsblad qu'un historien local a découvert une parenté directe entre feu l'un de ses habitants,mathilde.jpg Arnould Bogaert (1510-1584), et une certaine Mathilde d'Udekem d'Acoz ! Et les titulaires de ce nom et autres descendants potentiels de rêver que dans leurs veines coulent un sang royal les menant tout droit au Palais ...

Gros propriétaire terrien, membre de la Camerlinckx Ambacht, Arnould Bogaert habitait une ferme entourée d'un mur d'enceinte, longeant le canal Plassendale-Nieuport. Roi de la Rederijkerskamer (Chambre de Rhétorique), lieu où se retrouvait l'élite intellectuelle de Leffinge, c'est en tant que tel que notre homme se fait portraiturer vers 1559 par son ami le peintre Pieter Pourbus.

Librement inspiré d'une composition de Dürer, le thème représente la Circoncision de l'Enfant Jésus et se veut une invocation au Ciel en faveur des enfants du donateur représenté à gauche, tenant une bannière flottante : 0 Jesu duer tbloet ghesturt in hu besnidinghe Gheft bogharts vruchten eewichghe v(er)blidinghe - 0 Jésus, par le sang que tu as perdu lors de la circoncision, donne la joie éternelle aux fruits (enfants) de Boghart.

Placé dans un cadre de panneaux de bois peint, le tableau a la forme inusitée d'un losange de 52,5 cm de côté. Un encadrement noir indique : Was aernoudt boghart te leffynghe cueninck van rethorike duen ph(i)l(ip)s cueninck in spaingien huwiede met de dochter van frankerieke - Aernoudt Boghart était roi de Pieter Pourbus VDB3.jpgla chambre de rhétorique à Leffinge lorsque Philippe, roi d'Espagne, épousait la fille (du roi) de France.

Les pérégrinations de ce tableau valent leur pesant d'anecdotes parmi les fameuses acquisitions de tableaux par les souverains et princes de l'époque, mécènes nantis et souvent éclairés, précurseurs de nos grands musées actuels. A tout seigneur, tout honneur : Sa Majesté la Reine Elisabeth II d'Angleterre, propriétaire de l'oeuvre de Pieter Pourbus, exposée sein de la Royal Collection à Londres !

Si l'on peut supposer que le tableau resta longtemps propriété de la Rederijkerskamer de Leffinge puis celle de Bruges, une première mention officielle le situe dans la collection du comte Joseph von Rechberg (1769-1833), general-major d'infanterie dans l'armée bavaroise et envoyé spécial de l'Ordre de Malte. En 1816, la Circoncision est acquise par le prince Ludwig Kraft Ernst von Oettingen-Wallerstein (1791-1870), grand collectionneur de peintures italiennes, allemandes et flamandes, pratiquant régulièrement de fructueux échanges de tableaux avec le roi Louis I de Bavière.

En 1847, financièrement mal dans ses papiers, le prince Oettingen met une partie de sa collection en gage à Londres auprès du prince Albert de Saxe-Cobourg-Gotha qui lui assure en échange un prêt financier. Notre Circoncision en fait partie. L'année suivante, les tableaux sont proposés à la vente au palais de Kensington dans l'espoir de trouver un acquéreur. Faute d'amateurs, la vente ne se réalise pas. N'arrivant pas à faire face à ses obligations financières, le prince Oettingen perd la propriété de ses tableaux au profit du prince Albert, son créancier. Celui ci meurt en 1861. Désirant respecter les souhaits de feu son époux, la reine Victoria attribue alors vingt cinq tableaux à la National Gallery et garde les autres à Buckingham Palace dans ce qui deviendra la Royal Collection. Notre aïeul Arnould Bogaert s'y trouve toujours !

C'est en 1569, dix ans après son ami Bogaert, que Pieter Pourbus dresse le portrait [illustration] d'un autre Brugeois François Rapaert.jpgde renom, lui aussi ascendant des lignées d'Ydewalle et d'Udekem. Médecin pensionnaire du Franc de Bruges, François Rapaert (+ 1587), ancêtre des Rapaert de Grass [armoiries ci-contre],Rapaert.jpg médecin archiatre du prince de Chimay, à l'époque gouverneur des Pays Bas, est le premier d'une longue lignée de médecins. Après des humanités et une formation en philosophie dans son pays natal, il reçoit son éducation médicale à l'académie de Padoue. Le grand Vésale aurait été l'un de ses maîtres. C'est en 1550 à l'université de Pise qu'il est proclamé docteur en médecine.

Rentré au pays, il se fait rapidement remarquer par ses capacités et acquiert ainsi la réputation d'un patricien distingué. Il n'aura guère publié qu'un seul ouvrage, l'Almanach perpétuel, un titre fort peu modeste mais qui laisse à son auteur une place honorable dans l'histoire de la médecine belge. Si la localisation du tableau n'est pas connue avec précision, il est néanmoins cité dans la Collection du docteur van De Meyer qui publia en 1844 une notice biographique sur notre médecin. François Rapaert meurt à Bruges le 9 septembre 1587 et est enterré dans l'église de Sainte Walburge, aujourd'hui détruite.

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Nicolas van Outryve d'Ydewalle

02/02/2012

La Garde impériale russe

Unité d'élite alliant qualités guerrières et traditions séculaires, dévouée corps et âmes à la protection
de la monarchie, elle était considérée comme l'un des plus beaux fleurons militaires au monde.
Hussards, Lanciers, Cuirassiers, Dragons, Chasseurs, Tirailleurs, Cavaliers et Cosaques : si toute
la société russe ne servait pas dans la Garde Impériale, y servir signifiait appartenir à la haute société.

Sous le règne du tsar Nicolas II, la Garde Impériale russe vit l'ultime période de sa longue et glorieuse histoire : issue d'un groupe de camarades de jeux, elle naît en 1683 par la volonté du futur Pierre-le-Grand, pour qui tout homme de bonne famille devait obligatoirement servir sous les armes.

Installé au village de Preobrajenski, Pierre occupe ses loisirs à des jeux militaires en compagnie de ses camarades, fils de boyards et de courtisans, les faisant sans cesse manœuvrer comme de véritables soldats. Peu à peu, le groupe s'agrandit et Pierre en transfère une partie dans le village voisin de Semenovski, pour embrigader ensuite l'ensemble en deux régiments distincts, le Preobrajenski et le Semenovski, premiers embryons de la future Garde Impériale.

Nicolas II de Russie en uniforme du Régiment de la Garde Préobrajensky.jpg

Le tsar Nicolas II de Russie en uniforme du Régiment Preobrajenski

Les années passent : augmentée de nouvelles unités, bien entraînée, proche du souverain, la Garde participe à la vie politique et est mêlée (ou se mêle…) aux événements marquants de l'histoire du pays. Elle inscrira son nom dans la plupart des batailles russes et européennes. Ses officiers sortent invariablement de l'aristocratie, principe auquel aucune exception n'est tolérée, au point qu'un sous-officier promu au grade de sous-lieutenant est automatiquement muté ailleurs. Quant aux hommes, rigoureusement sélectionnés, ils manifestent par leur attitude et leur tenue leur fierté d'appartenir à ce corps d'élite.

Autour des années 1900, un officier de la Garde est un personnage envié : fortuné, portant avec Uniforme d'un chevalier-garde.jpgélégance un uniforme flatteur, partageant son existence entre la parade, le service de Cour et la vie mondaine, coqueluche des salons, des jeunes filles et des mères de famille, il est aussi un véritable soldat sortant des meilleures écoles militaires. Les conditions d'admission sont sévères. Le candidat passe soit par le Corps des Cadets, internat assurant une éducation répartie sur sept années, soit par le célèbre Corps des Pages, réservé à la fine fleur de l'aristocratie. Suivent deux années d'école militaire qui vont faire du junker un officier accompli. L'origine familiale peut aussi jouer un rôle déterminant : destiné à entrer dans le même régiment que ses ancêtres, le candidat y est habituellement inscrit dès sa naissance.    
    
Le postulant est ensuite soumis à une série d'épreuves. Convié dans le monde chez tel ou tel officier appartenant au régiment où il espère entrer, il sera jugé sur sa tenue et son éducation, le plus souvent par la maîtresse de maison elle-même. Puis, lors d'une réception entre hommes au Cercle des officiers, le candidat est invité à dîner par ses futurs camarades. L'alcool ne lui est pas ménagé. Quel est son comportement sous l'effet de la boisson, quelle est sa capacité d'absorption sans perdre de sa dignité ? Dans certains régiments de cavalerie, la tradition veut que le postulant soit en mesure d'absorber le contenu d'un casque régimentaire !

Vient ensuite la réunion des officiers du régiment : Messieurs, quelqu'un a-t-il quelque chose à dire sur l'admission de X dans notre régiment ? Les causes de rejet sont rarement d'ordre militaire : manque de tenue ou mauvaise éducation, particulièrement en présence des dames ; manque de respect envers les officiers supérieurs, tendance à faire du scandale après avoir bu, trop grande assiduité auprès des épouses d'officiers.

Imperial Corps of Pages Building, St. Petersburg, ca. 1858..jpg

Dans l'ancien palais des comtes Vorontsov à Saint Petersbourg,
le bâtiment du Corps des Pages, vers 1858

S'il n'est pas aisé d'entrer dans la Garde Impériale, il faut disposer d'une solide fortune personnelle pour pouvoir y rester et suivre le train de vie très onéreux de salons de Saint-Pétersbourg. La solde est modeste et le service coûte cher : les uniformes, variés et souvent somptueux, ainsi que les montures sont en partie à la charge personnelle des officiers. Dans certains régiments, le versement d'une garantie est exigée afin d'alimenter une caisse de caution mutuelle. En temps de paix comme en temps de guerre, les officiers d'une unité sont tous solidaires : tout manquement à l'honneur rejaillit sur l'ensemble du régiment.

Les parades de la Garde, à Saint-Pétersbourg comme au palais d'été de Tsarkoié-Sélo, sont fréquentes et le tsar participe régulièrement aux réunions de ses camarades de la Garde, comme il aime à le répéter. Toute la famille impériale d'ailleurs, grands-ducs et princes alliés, y sert ou est inscrite sur ses listes. L'empereur, l'impératrice, le tsarévitch sont chefs honoraires de plusieurs régiments.

Parades sur la place de l'Amirauté - Vassili S. Sadovnikof.jpg

La place de l'Amirauté est le cadre de nombreuses revues militaires où se déploient le faste et
la tenue qui caractérisent l'armée russe. Les membres de la famille impériale peuvent
y assister du haut de balcons aménagés.
Aquarelle de Vassili Semionovitch Sadovnikov

Chevaliers-Gardes, prenez garde, la Dame blanche vous regarde ! Chevaliers-Gardes, prenez garde, laRU058s.jpg Dame blanche vous attend ! La marche de ce prestigieux régiment sonne comme un air d'opéra ! Les noms résonnent comme des faits d'armes : Chevaliers-Gardes de Sa Majesté l’Impératrice, Cuirassiers, Lanciers et Hussards de Sa Majesté, Cosaques de Sa Majesté l'Empereur

De tous les régiments de la Garde impériale, le Pavlovski est l'un des plus connus en partie grâce au port de la fameuse mitre [illustration], typique des armées prussiennes que Paul Ier cherchait à imiter. Aux batailles d'Eylau et de Friedland, de nombreuses mitres sont endommagées par les balles. Afin de commémorer ce fait, il est décrété que les mitres ayant reçu entre une et quatre balles seront conservées telles quelles !

Souvenirs de la Garde Impériale au Musée de l’Armée à Bruxelles

Lors de la défaite des armées blanches durant la Révolution bolchevique, le régiment des Cosaques de Sa Majesté l'Empereur passe avec armes et bagages en Yougoslavie. Ses souvenirs les plus précieux sont ensuite transférés en France. Mais en 1936, à l'arrivée du Front Populaire et la crainte de nouveaux désordres, les précieuses reliques, drapeaux, trompettes, argenterie du mess officiers, sont mises en dépôt au Musée de l'Armée au Cinquantenaire où elles dormiront pendant plus de soixante ans.

Grande salle des Feld-maréchaux - Edouard Hau, 1866.jpg

Salle des Feld-maréchaux au Palais d'Hiver de Saint-Pétersbourg,
occupée par des militaires du Régiment des Cosaques, chargés de monter la garde.
Aquarelle d'Edouard Pétrovitch Hau, 1866

Constitués sous le règne de l'impératrice Catherine II à l’initiative du prince Potemkine, les Cosaques seront restés célèbres pour avoir mené la vie dure aux troupes françaises lors de l'invasion de la Russie par Napoléon. Braves parmi les braves, ne s'en allaient-ils pas guerroyer au son de la Marche nuptiale ? Selon la tradition, ils allaient à la mort comme on va à une noce …!
 
La Société Royale des Amis du Musée de l'Armée a ouvert une salle, baptisée avec pompe Trésors de la Russie impériale, où sont exposées de superbes pièces du glorieux passé militaire cosaque, auxquelles sont venus s’ajouter de nombreux souvenirs d’autres régiments de la Garde impériale russe.
bol à punch.jpg
Fondé en 1790, le Peterbourgski aura maintes fois changé d'appellation en fonction de son chef honoraire du moment : général major prince Galitzine, S.M. le Roi de Prusse, etc. Le 1er août 1914, il perd le nom de son titulaire, Frédéric-Guillaume III de Prusse, devenu souverain ennemi, et russifie son appellation en Petrogradski. Stationné à Varsovie, il est commandé par le général baron de Bode, descendant d'une famille émigrée en Russie à la Révolution française, alliée à l’auteur de ces lignes ainsi qu’aux marquis de Trazegnies. Les archives de ce régiment ont également fait l’objet d’une mise en valeur au Cinquantenaire. [illustration : bol à punch]
    
Jetée dans la fournaise de 1914, la Garde Impériale va s’y couvrir de gloire mais aussi disparaître en grande partie, faisant l’admiration de ses ennemis prussiens : … contre nous, la Garde russe, adversaire héroïque ! En émigration, les descendants des vétérans se retrouvent au sein d'associations régimentaires, regroupées à Paris sous la bannière d'une Union de la Garde dont le but est de cultiver le souvenir, notamment à l'occasion de la fête de Saint-André, saint patron de la Garde.

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Qui ne souvient avec nostalgie de ces annonces nécrologiques d'il y a une trentaine d'années, annonçant le décès d'un aristocrate russe, invariablement ancien colonel de la Garde ?
    
Nicolas van Outryve d'Ydewalle

Eugénie de Montijo (1826-1920), épouse de l'empereur Napoléon III, une cousine impériale

Violettes impériales … ou l'histoire insolite du cousinage au 12ème degré entre la branche
Emmanuel Hanquet-Madeleine d'Andrimont et la dernière impératrice des Français.

Notre histoire s'ouvre au début du XVIIIème siècle sur un mariage des plus classiques. En effet, si cette union n'avait pas été à l'origine d'une double descendance dont l'une deviendrait illustre et l'autre ne resterait pas longtemps inconnue, ARNOLD de HOUSSE (1670-1746) et BARBE SLICK seraient restés d'aimables inconnus. Voici donc sur sept générations un survol de nos gloires familiales : à gauche, la lignée d'Eugénie de Montijo ; à droite, l'ascendance du ménage Hanquet-d'Andrimont.     

MARIE-JOSÈPHE DE HOUSSE (1717-?)     < 1ère GÉNÉRATION >                    JEAN-MICHEL DE HOUSSE
x ANDRÉ GRIVEGNÉE (1712-1795)                                                                     x CATHERINE DAMIEN
    
Mari d'une Catherine Damien, Jean-Michel de Housse est commerçant en laines, rue St-Thomas à Liège. En 1743, sa sœur Marie-Josèphe épouse André Grivegnée, mercier à l'enseigne de l'Arbre d'Or. A la génération suivante, les cousins germains ne savent pas encore qu'ils sont candidats à la piste aux étoiles !   

HENRI GRIVEGNÉE (1744-1766)        < 2nde GÉNÉRATION >     MARIE-JEANNE DE HOUSSE (1747-1828)
x Dona ANTONIA DE GALLEGOS (1751-1853)                         x GRÉGOIRE-JOSEPH DUBOIS (1744-1828)
                      
Son père l'ayant envoyé faire carrière à Liège, Grégoire-Joseph Dubois s'oriente vers la finance et s'installe comme banquier en Féronstrée. Sa réussite dans les affaires l'amène à présider la Chambre de Commerce de Liège. Il laissera une fortune considérable, de nombreux immeubles, quelques fermes, des biens nationaux et des hectares de terre dont on mesurera l'ampleur lors du partage effectué par ses enfants après sa mort.

Quant à son cousin germain Henri Grivegnée, bien que de parents liégeois, il se fixe tout d'abord à Anvers pour émigrer ensuite à Malaga où il épouse Antonia de Gallegos.

MARIE-FRANÇOISE GRIVEGNÉE (1769-?)  < 3ème GÉNÉRATION >  ANNE-JOSÈPHE DUBOIS (1788-1860)
x WILLIAM KIRKPATRICK OF CLOSEBURN (1764-1837)       x HENRI-ANTOINE DANDRIMONT (1785-1843)

A l'issue de ses études de droit effectuées avec succès à Paris, Henri-Antoine Dandrimont entame une carrière d'avocat en 1808 à la cour d'appel de la capitale française. Inscrit l'année suivante au barreau de Liège, il est appelé à siéger comme conseiller puis comme président de chambre à la cour d'appel de Liège. Simplicité, patience, esprit aimable et volontiers enjoué, tels étaient les traits de caractère d'Henri-Antoine Dandrimont comme on se plaisait à souligner. L'illustration ci-dessous représente le ménage Dandrimont-Dubois vers les années 1810-1815.

dubois - dandrimont.jpg

Quant aux cousins Grivegnée d'Espagne ainsi que les diverses alliances qui s'en suivront, ils vont représenter une parfaite illustration de ces familles dispersées au-delà des frontières par suite des péripéties de l'histoire, sinon de guerre ou de révolution …  

Kirkpatrick de Closeburn ? Un patronyme issu des brumes écossaises du IXème siècle, dérivé d'une chapelle [kirk/église] dédiée à Saint Patrick au sein de la paroisse de Closeburn. Lors des sanglantes luttes intestines du XVIIIème siècle, mêlant royautés et clans familiaux, l'écossais William Kirkpatrick émigre aux Amériques juste avant l'indépendance. Peu de temps après, il revient en Europe pour s'installer en Espagne où il s'associe avec Messieurs Grivegnée & Cie, négociants en vin à Malaga. Il y épouse la fille de son associé, dona Francesca [Marie-Françoise] de Grivegnée, liégeoise d'origine mais née en Espagne. Mais pourquoi en rester là ?…

Si on ne présente plus Ferdinand de Lesseps [à droite], le célèbre concepteur du canal de Suez, sait-on que sonFerdinand_de_Lesseps_1.jpg père, le comte Mathieu de Lesseps, diplomate français, avait épousé en 1801 Catherine de Grivegnée, sœur de Marie-Françoise ? Voici donc un cousinage Lesseps tout aussi insolite que le premier !
    
Ajoutons en passant que le frère de Mathieu, Barthélemy de Lesseps [ci-après] fait la connaissance du célèbre capitaine de La Pérouse et appareille sur L'Astrobale. Après deux années de navigation, La Pérouse charge Lesseps de regagner la France pour apporter au roi Louis XV des nouvelles de l'expédition. Commence alors pour Barthélemy une odyssée de quatorze mois à travers l'immensité glacée de la Sibérie, avant de remettre au roi les dernières nouvelles que l'on ait Mathieu de Lesseps.jpgreçues de l'expédition de La Pérouse avant sa disparition. On se souviendra d'une émission télévisée relatant une expédition qui permit de retrouver les traces de l'Astrobale et de quelques-uns de ses marins.

Grand-Croix de la Légion d'Honneur, décédé le 7.12.1894, objet de funérailles nationales, le cousin Ferdinand de Lesseps est inhumé au Père Lachaise.

Le mariage d'Adélaïde de Lesseps, sœur de Ferdinand, avec un certain Jules Tallien de Cabarrus nous renvoie aux histoires d'alcôves de l'époque de Joséphine de Beauharnais et de madame de Récamier. Se souvient-on de sa célèbre mère, Madame Tallien ? Née Juana Maria Ignazia Teresa Cabarrus, originaire d'une vieille famille de la Navarre espagnole, elle voit le jour en 1773 pour mourir en 1835 princesse de Caraman-Chimay, mère de onze enfants issus de quatre mariages et de non moins nombreuses liaisons.

Femme d'esprit, merveilleuse du Directoire, cette beauté brune réunissait vivacité française et volupté espagnole, selon les mémoires de la duchesse d'Abrantès. Tour à tour marquise de Fontenay, maîtresse de Félix Lepeletier de Saint-Fargeau, maîtresse puis épouse du conventionnel Tallien, maîtresse du général Hoche puis celle de Barras, pour passer ensuite dans les bras d'un richissime financier et terminer en beauté comme épouse de François Joseph de Riquet de Caraman, comte puis prince de Chimay !  

Barras1797.jpg

Ne cachant rien de sa beauté, lançant la mode néo-grecque, ses toilettes extravagantes font sensation. Son salon sur les Champs-Elysées est célèbre tout comme ses réceptions mondaines en son château de Grosbois, mêlant bonne société et filles de petite vertu. Une caricature [ci-dessus] de l'époque la représente dansante nue avec Joséphine de Beauharnais devant Barras, tandis que Bonaparte lève discrètement le voile pour apercevoir le tableau.

MARIA MANUELLA KIRKPATRICK (1794-1879) < 4ème GÉNÉRATION >JULIEN D'ANDRIMONT (1814-1886)
x CIPRIANO PALAFOX Y PORTOCANO (1784-1839)                     x LOUIS-CLAUDINE DEMET (1813-1887)

Par son mariage avec Claudine Demet, Julien d'Andrimont [par un jugement en date du 8 août 1854, Dandrimont était devenu d'Andrimont] épouse non seulement la crémière mais il hérite également du beurre ainsi que de l'argent du beurre. Cette alliance marque un tournant dans l'histoire de la famille. La magistrature, c'est terminé. Place à l'industrie, plus particulièrement les charbonnages. En effet, son beau-père Jean-Gérard Demet, important homme d'affaires dans le secteur des houillères, laisse à sa mort des entreprises florissantes ainsi qu'une grosse fortune, permettant à ses six filles de faire de brillants mariages.

d'Andrimont-Demet.jpg

Ce dessin datant de 1835 représente le jeune ménage avec leur fils Henri-Julien,
futur bourgmestre de Liège.

A côté de quelques fructueuses opérations immobilières, Julien d'Andrimont devient également le fondateur et l'administrateur-gérant des Charbonnages du Hasard dont aujourd'hui encore le nom est manuela k.jpgdans toutes les mémoires. Très actif dans le bassin liégeois, il sera président de l'Union des charbonnages, mines et usines métallurgiques.

Quant à Maria Manuella Kirkpatrick [à gauche], mère de la future Eugénie, de méchantes langues assurent qu'elle fait son apprentissage de la vie comme hôtesse dans le bar à vin tenu par son père William, côtoyant ainsi de près les habitudes viriles d'un club pour militaires et visiteurs étrangers ! On la marie à don Cipriano Palafox de Guzmán y Portocarrero, estropié et borgne d'une part mais trois fois Grand d'Espagne, comte de Teba puis comte de Montijo d'autre part. Honte soit sur lui … il ne serait pas le père naturel de ses deux filles, Paca et Eugénie, par ailleurs toutes deux fort différentes l'une de l'autre. Alors que l'aînée aurait été conçue pendant que don Cipriano croupissait en prison pour quelques obscures raisons politiques, certaines sources attribuent la paternité d'Eugénie à George William Frederic Villers, secrétaire aux Affaires étrangères de Sa Majesté la reine d'Angleterre.
    
EUGENIE DE MONTIJO (1826-1920)   < 5ème GÉNÉRATION >  HENRI-JULIEN D'ANDRIMONT (1834-1891)
x NAPOLÉON III, empereur des Français         x LOUISE-SIDONIE DE MÉLOTTE DE LAMALLE (1834-1923)

Henri-Julien d'Andrimont est sans doute la personnalité la plus marquante de la famille. De brillantesJules d'Andrimont.jpg études, un diplôme d'ingénieur civil des mines à l'âge de 21 ans et une épouse du même âge, Louise-Sidonie de Mélotte de Lamal. Entré au charbonnage du Hasard, il y jouera un rôle important tant sur le plan technique que dans le domaine social, lançant des réalisations qui firent sensation à l'époque.

Tout jeune encore, il aborde la vie politique au sein du parti libéral liégeois. Elu conseiller communal à vingt-six ans, son ambition est de devenir bourgmestre de la cité principautaire, ce qu'il sera en 1867. Franchissant toutes les étapes, il entre ensuite au Parlement puis au Sénat, pour finalement redevenir bourgmestre de Liège, fonction qu'il conservera jusqu'à sa mort. Ses bals du bourgmestre, les fontaines d'eau débitant du vin ou déversant de l'eau de Cologne ainsi que son goût du faste lui valurent une grande popularité dont le souvenir demeure !

La maladie l'emporte à l'âge de 56 ans, au sommet de sa carrière. Si la ville de Liège lui fait de funérailles fastueuses, sa mort prématurée est une catastrophe pour la famille. Fortement engagé dans ses affaires et particulièrement dans le charbonnage du Hasard, en crise à l'époque, il laisse de lourdes dettes, ce qui va provoquer une liquidation désastreuse qui engloutit toute sa fortune.

Place à Eugenia Maria Ignacia Augustina Palafox de Guzmán Portocarrero y Kirkpatrick de la Platana, comtesse de Teba, plus connue sous le nom d'Eugénie de Montijo, née à Grenade le 5 mai 1826. [rappelons qu'officiellement Eugénie n'a jamais été comtesse de Montijo puisque c'est sa sœur Maria Francisca, dite Paca, qui avait hérité de ce titre au décès de leur père]

napoléon - eugénie.jpgPoussée par sa mère qui rêve de jeter ses deux filles dans les bras de beaux partis aux titres ronflants, Eugénie réussit à s'introduire dans les coulisses de la cour de France. Son charme, sa beauté et son jeune âge font le reste. Chaperonnée par une mère omniprésente aux bals de la bonne société parisienne, c'est dans les salons de la princesse Mathilde Bonaparte qu'Eugénie rencontre Napoléon, président en titre de la République française. La bonne société ne prend pas cette rencontre ni les rumeurs de mariage avec le prince-président comme une romance sérieuse, d'autant moins que l'on sait sa mère derrière toute cette histoire !

Eugénie a vingt-six ans, Napoléon quarante-cinq. Il vient de se voir refuser la main de la toute jeune princesse Adélaïde von Hohenlohe-Langeburg, nièce de la reine Victoria. Malgré l'avis contraire de ses conseillers, le prince-président se met en tête d'épouser Eugénie. Ne lui faut-il pas sans tarder un héritier ? Stupeur et étonnement au sein de la famille Bonaparte et parmi les ministres du gouvernement français. Quelle humiliation ! Par un tel mariage, l'empereur n'est-il plus en mesure d'assurer la grandeur de la France ?

L'Aigle épouse une cocotte, ricane Victor Hugo le jour des noces impériales, le 30 janvier 1853, tandis qu'un méchant épigramme court dans Paris : Montijo, plus belle que sage, de l'empereur couvre les yeux. Si ce soir il trouve un pucelage, c'est que la belle en avait deux …

N'est pas Sissi qui veut ! C'était une écuyère, s'indigne un chroniqueur dépité, il y avait autour d'elle comme un nuage de cold cream, de patchouli. Supertitieuse, superficielle, ne se déplaisant pas aux grivoiseries, toujours préoccupée de l'impression qu'elle produisait, essayant des effets d'épaules et de poitrine, les cheveux teints, le visage fardé, les yeux bordés de noirs, les lèvres frottées de rouge, il lui manquait, pour être dans son vrai milieu, la musique du cirque olympique, le petit galop du cheval martingalé et le baiser envoyé aux spectateurs sur le pommeau de la cravache …
    
LOUIS-NAPOLÉON (1856-1879)           < 6ème GÉNÉRATION >       LÉON-M. D'ANDRIMONT (1861-1917)
prince impérial                                                               x VICTOIRE VAN DEN STAEPELE (1860-1907)

prince impérial.jpgCoïncidence ou hasard des destinées, les cousins de la 6ème génération connaîtront tous les deux une fin brutale. Si l'un se fait massacrer par les Zoulous, l'autre périt foudroyé par une ligne électrique en tentant de passer la frontière hollandaise lors la 1ère guerre mondiale !

Ingénieur des Mines, actif dans plusieurs sociétés de charbonnage et de l'acier, Léon-Maurice d'Andrimont se lance dans les affaires avec la Russie en devenant administrateur-délégué aux Fonderies de Lougansk. Plusieurs fois, il fera le voyage jusqu'au pays des tsars au travers de l'Europe en guerre et connaîtra même les prisons allemandes à deux reprises. Une ultime tentative de passage lui sera fatale.

Deux ans après la chute du second empire et l'abdication de son père, Loulou, comme le surnomme affectueusement sa mère, s'inscrit dans une académie militaire en Angleterre. Devenir soldat, c'était pour lui se rapprocher de la France, préparer un avenir dont il se voulait digne. Rejoignant [illustration] l'armée britannique en Afrique du Sud où elle combat les Zoulous, il se fait remarquer par son irresponsabilité. Portant haut le sabre, abandonnant ses camarades de patrouille pour s'en aller débusquer des Zoulous isolés, sa mort le 1er juin 1879 n'est pas vraiment une surprise.

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                                         < 7ème GÉNÉRATION >                 MADELEINE D'ANDRIMONT (1885-1946)
                                                                                                 x EMMANUEL HANQUET (1881-1944)
    
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Les lances Zoulous ayant sauvagement mis fin à cet insolite cousinage impérial, notre piste aux étoiles se clôture ici tout en rejoignant la nombreuse descendance Hanquet-de Coune … mais ceci est une autre histoire !  

Nicolas van Outryve d'Ydewalle

© Le parcours familial d'Andrimont n'aurait pas été possible sans l'excellente étude de feu Pierre Hanquet Une Lignée industrielle, de Mollin, d'Andrimont, Godin dans Familles verviétoises, Liège, 1958.