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02/02/2012

D'Alexandre Sergueïvitch à Alexandre Alexandrovitch, d'un Pouchkine à l'autre

Né à Moscou et mort à Saint-Pétersbourg, le poète Alexandre Pouchkine (1799-1837)
s'identifie à la Russie toute entière. Parmi sa postérité de par le monde,
son unique descendant masculin porteur du nom vit paisiblement à Bruxelles.

Pouchkine ? Dérivé de pouchka, en russe canon, engin de guerre utilisé pour la première fois lors de la bataille de Crécy en 1346. Issus d'un certain Radcha, entré en 1255 au service du grand-prince Alexandre Nevsky, les Pouchkine servent le trône de Russie en qualité de boyards, sénéchaux ou gouverneurs, connétables et ambassadeurs. Ils soutiennent activement la nouvelle dynastie Romanov, lors de son élection en 1613.

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Alexandre Sergueïvitch Pouchkine, Président de l'Union de la Noblesse russe en Belgique, et son épouse Maria, née Dournovo-Pouchkine, ont créé ensemble la "Fondation Internationale Pouchkine" destinée à promouvoir le rayonnement de l'oeuvre littéraire de leur trisaïeul tout en parrainant
le Centre d'Oncologie pour Enfants de Saint-Pétersbourg.
© Photo José-Noël Doumont

Moi, j'appartiens à ces décombres de la noblesse d'autrefois ; mon aïeul Radcha par l'épée servit Nevsky sans faux-fuyants. Aux Romanov le sceptre offrit ; dans un élan, nous les Pouchkine, nous leur jurâmes notre foi, les tsars nous faisaient douce mine. Je garde sous mes armoiries un gros recueil de documents ; de mon sang j'ai calmé l'orgueil. Je suis un poète, Pouchkine, grand par mes vers et par ma voix, ainsi s'exprime le poète à propos de ses origines !

Alexandre Sergueïvitch Pouchkine voit le jour à Moscou le 6 juin 1799 dans une famille férue de littérature. Dès son plus jeune âge, il dévore les classiques français et anglais de la bibliothèque paternelle. Très vite, on s'étonne de son aisance à improviser et à réciter par coeur d'innombrables vers.  

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Enlevé tout jeune par des guerriers musulmans au Cameroun, le petit Hanibal [illustration] est vendu comme esclave au sultan de Constantinople. L'ambassadeur de Russie Pierre Tolstoï, ancêtre du futur écrivain, le rachète pour le compte de Pierre-le-Grand qui désirait s'offrir un négrillon, comme c'était la mode de l'époque dans les cours européennes. Prenant grand soin de son protégé, le tsar l'adopte. Doté de talents exceptionnels, Abraham Pétrovitch Hanibal (+1781) sera l'unique Africain à devenir général en chef dans l'armée russe, directeur général des fortifications et chef du Corps des Ingénieurs !

Si Pouchkine est moins connu en Europe qu'un Tolstoï ou un Dostoïevsky, c'est dû au fait que son oeuvre est principalement poétique. Sa poésie se traduit difficilement du russe au même titre que l'âme slave ne se décline pas aisément en termes cartésiens.

Condamné par Alexandre Ier à l'exil loin de la capitale pour ses vers jugés séditieux, Pouchkine est réhabilité six ans plus tard par le nouveau tsar Nicolas Ier. Celui-ci sera son censeur personnel, ce qui donnera lieu à de continuels ennuis avec les autorités.

Alexandre Pouchkine aimait les femmes et celles-ci le lui rendirent bien. On ne compte plus ses aventures parmi les salons huppés de Moscou et de Saint-Pétersbourg et c'est par un duel pour l'une d'entre elles que sa vie s'arrêta brutalement à l'âge de 38 ans.      

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Le poète Alexandre Sergueïvitch Pouchkine (1799-1837). Aujourd'hui, sa descendance se retrouve éparpillée de par le monde et il n'est pas impossible de rencontrer tel ou tel individu affichant, par les hasards de l'hérédité, peu ou prou un faciès du type négroïde.  
© Oreste Kiprensky, Galerie Tetriakov, Moscou.
"On dirait l'union entre Vulcain et Vénus," ironisait-on à propos du mariage de Pouchkine avec la ravissante Nathalie Gontcharov. Lui, mari volage et infidèle ; elle, coqueluche des salons de Saint-Pétersbourg, flattée de voir le tsar amoureux d'elle. Ce sera dans un duel à cause de sa femme que le poète trouvera la mort à 38 ans.
© Karl Brullov, Musée Pouchkine, Moscou.

Il est l'époux de la ravissante Nathalie Gontcharov, coqueluche de la bonne société. Traînant son mari aux bals et autres soirées mondaines, Nathalie tombe sous le charme d'un officier d'origine alsacienne, le baron Georges d'Anthès. Et ce dernier de lui faire une cour assidue. La rumeur s'en empare. Pouchkine reçoit des lettres anonymes : Les Grand-Croix, Commandeurs et Chevaliers du Sérénissime Ordre des Cocus, réunis en Grand Chapitre, ont nommé à l'unanimité Alexandre Pouchkine coadjuteur du Grand Maître de l'Ordre des Cocus ! Jaloux, le mari trompé lance un défi au séducteur et le provoque en combat singulier.

Le 27 janvier 1837, dans une clairière enneigée des environs de Saint-Pétersbourg, un coup de pistolet retentit. Alexandre Pouchkine s'écroule, la face dans la neige. Le ventre barbouillé de sang, il est ramené chez lui. On l'étend sur un canapé dans son cabinet de travail. Deux jours plus tard, il meurt dans d'atroces souffrances.    

Si Alexandre Sergueïvitch Pouchkine n'a jamais voyagé en Europe, son unique descendant porteur du nom, Alexandre Alexandrovitch Pouchkine, Sacha pour les intimes, vit quant à lui à Bruxelles. Raffinement suprême, sa charmante épouse Maria descend également du poète par suite du remariage d'un arrière-grand-père commun. Tous deux résident non loin de l'église orthodoxe à Uccle, lieu de rassemblement traditionnel de l'émigration russe blanche.  

Il reste 284 descendants du poète portant son nom. Ils sont disséminés partout, y compris à Hawaï, mais 283 sont des femmes !, déclarait Alexandre Pouchkine en 2003 à un journaliste. On se souvient qu'une fille du poète, Nathalie Pouchkine (+1913), épousera le prince Nicolas de Nassau qui fut un moment candidat au trône de Grèce. Leur petite-fille Nadège, comtesse de Torby (+1963), sera la femme de Georges Mountbatten, oncle du duc Philippe d'Edimbourg. Aujourd'hui, l'ADN du négrillon de Pierre-le-Grand coule dans les veines d'une partie de la descendance Mountbatten !    
 
Pour préserver le souvenir de leur ancêtre, Sacha et Maria ont créé la Fondation Internationale Pouchkine, unique fruit de leur union car ils n'ont pas pu avoir d'enfant. Soutenant des projets culturels en référence à Pouchkine et à son oeuvre, ils parrainent également un hôpital d'oncologie pour enfants à Saint-Pétersbourg. Ils se rendent régulièrement dans la capitale de Pierre-le-Grand, un lieu fortement imprégné de la présence du poète où celui-ci vécut les derniers mois de sa vie. J'y retrouve mes racines, confie Sacha, bien que je me sente belge tout en parlant le russe.

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 Juste retour des choses : Alexandre S. Pouchkine décoré par le Président Medvedev de l'Ordre de Pouchkine, une distinction destinée aux personnes méritantes dans le domaine culturel.
Bruxelles, Hôtel Hilton, 2008.
© The Presidential Press and Information Office, Ambassade de la Fédération de Russie à Bruxelles.

Chaque année le 6 juin, les Pétersbourgeois fêtent l'anniversaire de leur poète. Admirateurs se pressant devant le musée Pouchkine, déclamations enflammées de textes en vers et en chansons, pèlerinage devant chaque objet ayant appartenu à l'artiste - le gilet taché de sang qu'il portait lors du duel, le divan où il agonisa - ... rarement un peuple n'aura gardé une telle dévotion pour un poète. Même durant l'interminable siège de Léningrad par les Allemands, ne disposant que de 120g de pain et 100g de vodka par jour la population mourait de faim, des admirateurs venaient tous les jours par un froid de 40° se recueillir devant la statue de leur héros.     
 
Considéré déjà de son vivant comme le plus grand écrivain russe, les circonstances dramatiques de sa mort l'auront transformé en légende nationale !    

Nicolas van Outryve d'Ydewalle

© Article paru dans le magazine l'Eventail de février 2012

 

Histoires de famille de ma Russie d'autrefois

De l'Alsace à Saint-Pétersbourg et de Moscou à Bruges,
la révolution française et la révolution bolchevique ont ceci en commun d'avoir
brutalement jeté une même lignée deux fois sur les routes de l'émigration. 

Dernier seigneur féodal de Soultz-sous-Forêts en Alsace, nanti de lettres d'introduction de différents princes du Saint Empire germanique, le baron Auguste de Bode émigre en 1795 vers la Russie où sa famille est accueillie avec une impériale bienveillance par Catherine II, Paul Ier et ensuite par la grande-duchesse Elisabeth de Bade, la vertueuse épouse d'Alexandre Ier.

Le 5-6 juin 1807 a lieu la bataille de Guttstadt où troupes russes et armées de Napoléon s'affrontent. Le vicomte Guillaume de Saint-Priest, émigré français commandant le Régiment russe des Chasseurs de la Garde, est grièvement blessé. Bravant tous les dangers, un vaillant porte-enseigne de 20 ans réussit à exfiltrer son chef de Corps du champ de bataille, le sauvant ainsi d'une mort certaine. Ce fait d'armes vaudra à mon aïeul Louis de Bode, fils de l'émigré alsacien, tous les honneurs que la société pouvait réserver à un jeune officier de bonne naissance.

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 Une lignée aux destins croisés : le baron Louis de Bode (1787-1859) et
sa descendante à la 5ème génération, la princesse Hélène Obolensky (1916-1996),
mère de l'auteur de ces lignes. Alors que l'un fuit l'Alsace en 1795 pour la Russie,
l'autre reprend en 1925 le chemin vers la France puis la Belgique.
© Musée régional de Tambov & archives personnelles

Louis est devenu le point de mire des soirées de Saint-Pétersbourg, écrit sa mère à ses cousins Trazegnies aux Pays-Bas, il est invité à toutes les réceptions de la Cour. Lors de la campagne de Paris en 1814 qui conduit à la première abdication de Napoléon, le baron Louis de Bode est promu colonel à la suite du tsar. Rentré à Moscou, il épouse Nathalie Kolytchev, dernière titulaire d'un patronyme célèbre en Russie par référence à Saint Philippe Kolytchev, patriarche de Moscou, trucidé en 1570 par le tsar Ivan-le-Terrible parce qu'il avait osé s'y opposer.

Nommé directeur des Palais du Kremlin, chambellan, maréchal puis grand-maître de la Cour, Louis de Bode est chargé en 1837 par Nicolas Ier d'une mission d'importance : diriger dans l'enceinte du Kremlin les travaux de rénovation du Palais des Terems et faire édifier un nouveau Grand Palais, l'ancien en bois étant propice aux incendies.

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Dans l'enceinte du Kremlin à Moscou, le "Palais des Terems" avec ses onze coupoles dorées
aux tambours de briques polychromes, un bijou de l'art baroque moscovite.
Cette ancienne résidence privée des tsars a été rénovée dans les années 1845 sous la direction
de Louis de Bode, directeur des Palais du Kremlin. Il dirigea de 1838 à 1849 la reconstruction
du "Grand Palais" du Kremlin, destiné à abriter les appartements privés du tsar Nicolas Ier
ainsi que les nombreuses salles d'apparat.

Il doit également replacer la fameuse Reine des Cloches, coulée et brisée en 1737. A l'aide des plans de l'architecte Constantin Thon, les travaux seront exécutés à la grande satisfaction de l'empereur. Pour remercier le baron, Nicolas Ier lui octroie en 1849 une médaille enrichie de diamants portant l'inscription MERCI ainsi que 40.000 roubles pour payer ses dettes !

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La "Reine des Cloches" n'aura jamais sonné car elle se brisa lors d'un incendie
dans sa fosse de coulée en 1737. C'est avec l'aide de l'architecte
Auguste Ricard de Montferrand que Louis de Bode la fit placer sur son socle actuel.
© E. Gilbertson, 1838, Musée de l'Hermitage, Saint-Pétersbourg. 

Ctsse de la Mottedef.jpgOn croyait l'affaire du collier de la reine Marie-Antoinette clôturée depuis le décès officiel en 1791 à Londres de la comtesse de la Motte [illustration], instigatrice de l'aventure. Or en 1826, non loin des vignobles de Sudak en Crimée, décède une dame répondant au nom de comtesse de Gachet. Elle parlait un français choisi avec grâce et dignité et disposait d'une réserve inépuisable d'histoires sur la cour de Louis XVI. Elle me donnait l'impression qu'il y avait un grand mystère dans sa vie ..., raconte une nièce de Louis de Bode. Ce dernier a un frère, Alexandre, qui réside en Crimée car le tsar l'avait chargé d'y relancer l'industrie viticole. L'entraide entre émigrés n'étant pas un vain mot, il avait pris sous sa protection la mystérieuse dame qui à son tour l'avait institué son exécuteur testamentaire. Historiens et curieux, dont Alexandre Dumas220px-War_and_peace_1956.jpg père, se sont penchés sur le cas de cette énigmatique comtesse de Gachet dont la véritable identité n'est aujourd'hui plus vraiment mise en cause.

Maître de cérémonies de la Cour, Louis de Bode fait l'acquisition d'une demeure au 52 de la rue Povarskaïa à Moscou, un palais ayant appartenu aux princes Dolgorouki [illustration ci-après]. Notre baron y recevra régulièrement les visiteurs étrangers de marque, invités par le tsar dans l'ancienne capitale. Clin d'oeil littéraire, dans son roman Guerre et Paix, Léon Tolstoï en fera le palais de la famille Rostov. Qui ne se souvient de la mythique scène de bal entre le prince André, Mel Ferrer, et la charmante Natacha Rostov, Audrey Hepburn ? Si dans le roman le prince André n'épouse pas Natacha, Mel Ferrer, après avoir été le mari d'Audrey Hepburn, épousera en dernières noces Lisa Soukhotine, une descendante de Louis de Bode !

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Le "Palais Bode" de la rue Povarskaïa à Moscou est célèbre pour avoir été la réplique
du palais de la famille Rostov dans le roman "Guerre et Paix" de Léon Tolstoï.
Jusqu'à la perestroïka, cette ancienne demeure de famille fut le siège
de l'Union des Ecrivains Soviétiques.
 

Saint-Arnauld (L).jpgLors de la campagne de Crimée (1853-56), une lettre d’un militaire français fait état d’une victoire emportée sur les Russes : ... le général qui commandait n’a pas pu emporter son vestiaire. On a trouvé des épaulettes, un ceinturon avec des glands en argent et un porte-monnaie contenant 300 francs. On prétend que ce général s’appelait Bode. Ce général malchanceux est Léon de Bode, fils aîné de Louis. Ironie de l’histoire, le corps expéditionnaire internatinal est commandé par le maréchal Armand Leroy de Saint-Arnauld [illustration], époux de la marquise Louise de Trazegnies, elle-même d'ascendance Bode par suite d'une alliance remontant à 1728 ! Des cousins combattant dans des camps opposés, une situation fréquente à l'époque, émigration oblige.

Historien et collectionneur, le baron Michel de Bode-Kolytchev, second fils de Louis, consacrera vingt-cinq années de sa vie à l'histoire de sa famille maternelle Kolytchev. Gratifié d'une belle-mère Stroganov au patrimoine conséquent, il achète en 1853 avec la dot de sa femme l'immense domaine de Lukino à Peredelkino, non loin de Moscou. Les anciennes chroniques s'en souviennent avec nostalgie :  mur d'enceinte, vaste demeure, bibliothèque, musée, églises et chapelles, cimetière dans lequel sont inhumés les restes de toute la famille.

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 L'ancienne propriété de campagne des barons de Bode à Peredelkino, non loin de Moscou,
est aujourd'hui partiellement réservée à l'église orthodoxe. Plusieurs anciens bâtiments
de style russian revival, un mélange kitch pétro-byzantin, sont en cours de rénovation.

La révolution bolchevique bouleverse les choses. Les ossements de famille sont exhumés et jetés aux orties. Le domaine est morcelé, le camarade Staline fait ériger un lotissement résidentiel avec datchas destinées à des écrivains russes éminents. Boris Pasternak est du nombre et s'y fait enterrer. Une partie de l'ancienne propriété Bode-Kolytchev est attribuée à l'église et sera la résidence d'été de feu le Raspoutine (L).jpgpatriarche de Moscou Alexis II, décédé en 2008.      

La nuit du 16-17 décembre 1916, Grigori Raspoutine [illustration] est assassiné au palais Youssoupov à Saint-Pétersbourg. Si les conjurés sont connus, un nom est parfois omis dans les livres d'histoire, celui du lieutenant Serge Soukhotine, petit-fils de Michel de Bode, car il n'aura joué qu'un rôle de comparse.  

Nathalie Soukhotine, soeur de Serge, est l'épouse du prince Nicolas Obolensky, descendant à la 33ème génération de Rurik, fondateur de l'empire russe en 862. Le ménage habite un domaine hérité de Maria Tolstoï, l'unique soeur de l'écrivain. Aux lendemains d'octobre 1917, la révolution jette la famille sur le chemin de l'exil mais cette fois-ci dans le sens inverse de celui pris par l'aïeul alsacien. Alors que la mère et la fille aînée décèdent de la tuberculose en France, le restant de la famille se réfugie ensuite en Belgique.   

Epilogue : décembre 1939 à Bruges, un journal local annonce : Une princesse russe, Hélène Nicolaïevna Obolensky, épouse le chevalier Thierry d'Ydewalle. Le père de la jeune fille, Nicolas Obolensky, était un petit-neveu de l'écrivain Léon Tolstoï. Dans la corbeille de la mariée ? Un passeport Nansen de réfugiée apatride.

Nicolas van Outryve d'Ydewalle

© Article paru dans le magazine l'Eventail de février 2012.

La descendance Hanquet et Lady Diana, un cousinage tout en images

La généalogie qu’affectionnait tant mon frère Pierre et qui est une recherche de l’histoire familiale,
permet des rencontres surprenantes, écrivait Albert Hanquet en juin 2000, en introduction à
son tableau de cousinage entre la descendance Hanquet et le prince William, fils de Diana.
Il donnera à chacun un petit frisson historique que je me fais un plaisir de provoquer.

Albert Hanquet ne croyait pas si bien dire ! Comme Internet permet des recherches généalogiques très00.geer.jpg fouillées, allons-y pour un nouveau petit frisson. Un premier Louis de Geer, époux d’une Margarete de Lierive, meurt à Chênée en 1435. Seigneur de Chênée et de Brialmont, leurs fils Lambert (1414-1484) épouse Agnès Lambot le Pesseur, à leur tour parents de Louis de Geer (1460-1528) qui épousera Catherine Hierloz, ancêtres communs de la descendance Hanquet-de Coune et de William d’Angleterre.

Issue d’une branche des Hamal-Brialmont dont il reste les actuels marquis de Trazegnies, la famille de Geer [armoiries ci-contre] est aujourd’hui représentée par les comtes et barons de Geer que l’on retrouve en Suède, aux Pays-Bas et en Finlande !

Au départ des frères Lambert et Jehan de Geer, fils de Louis et de Catherine Hierloz, dressons le tableau de cousinage. A gauche, l’ascendance de William d’Angleterre; à droite, les ancêtres de la descendance Hanquet.

ASCENDANCE de WILLIAM d’ANGLETERRE                                                ASCENDANCE HANQUET

Lambert de Geer                               < 1ère GÉNÉRATION >                                   Jehan de Geer
x Jeanne de Belleflamme                                                                                 x Agnès de Bolsée
00.belleflamme.jpg
Seigneur de Chênée, Lambert de Geer naît en 1492 et meurt le 12 octobre 1564, alors que son épouse Jeanne de Belleflamme avait déjà rendu son âme à Dieu le 20 novembre 1557 en rejoignant aux cieux ses parents Mathieu de Belleflamme et Catherine de Fexhe. Admirons au passage les armoiries Belleflamme indéniablement très parlantes, si pas explosives !


Louis de Geer                                      < 2ème GÉNÉRATION >                                Marie de Geer
x Jeanne de Neille                                                                                            x Johan Lambinon

Louis de Geer, seigneur de Gaillarmont, voit le jour en 1535 à Liège et décède à Dordrecht le 28 octobre Louis de G de Gaillarmont.jpg1602. Son épouse Jeanne de Neille naîtra en 1557 et mourra le 30Jeanne de Neille.jpg décembre 1641. Ils [illustrations] auront quitté Liège en 1596 pour s’installer à Dordrecht aux Pays-Bas, non pas pour leurs convictions religieuses comme on l’a cru d’abord mais en raison des opportunités économiques de l’époque.

Et c’est ici que commence une prodigieuse aventure dont l’acteur principal sera leur fils Louis, né en 1587 au château de Gaillarmont, qui deviendra par son travail et son habileté en affaires l’homme le plus riche que la Suède ait jamais connu !

 

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Château du XVIe siècle où naquit Louis de Geer ; il appartint ensuite à différentes familles dont
les Favereau qui le firent rebâtir en 1845. En 1922, il fut vendu aux religieuses des Filles de la Croix,
qui le transformèrent en sanatorium sous le nom de "Notre-Dame des Bruyères", nom qui lui est resté.

Après divers séjours dans des établissements commerciaux en France, Louis de Geer [illustration de gauche] exploite un comptoir au départ de Liège et Dordrecht. En 1615, il importe en Hollande des pièces d’artillerie suédoise, ce qui le met en contact avec une autre famille louis de geer.jpgliégeoise, les de Bèche, actifs en Suède depuis vingt ans. Quittant Dordrecht, il s’installe à Amsterdam, capitale des Provinces-Unies, lieu idéal pour le développement de ses affaires. En 1614, la Hollande s’allie à la Suède dans un conflit qui oppose les deux pays au Danemark à propos d’une voie maritime essentielle au commerce suédois et hollandais. Si le roi Gustave-Adolphe Suède [illustration de droite] trouve en Louis de Geer le financier providentiel qui lui permet de disposer des capitaux nécessaires à la conduite de la guerre, ce dernier réussit à obtenir, en gage de ses prêts, du cuivre des mines suédoises. C’est ainsi qu’il devient avec ses associés le munitionnaire attitré de l’armée, fournissant pièceshanquet,prince william,de coune,marquis de trazegnies,de belleflamme,louis de geer,finspang,jacob trip,cecilia godin,jan munter,william cadogan,charles lennox,sarah cadogan,fitzroy,setter gordon,paget,uxbridge,marquis d'anglesey,bingham,spencer,baring,diana,lady dy,guillaume le conquérant d’artillerie et boulets de fer, tout en obtenant de se faire livrer à un prix avantageux tout le cuivre expédié en Hollande ! Le déclenchement de la guerre de Trente ans entre la Ligue catholique et la Ligue protestante va donner un nouvel essor à ses affaires puisqu’il devient le fournisseur des armées de la Réforme. Ses livraisons lui procurent des gains énormes, sans parler des profits réalisés dans son commerce maritime entre les pays du Nord et du Sud de l’Europe.

En 1626, Louis de Geer quitte Amsterdam pour s’installer à Stockholm. Il va alors s’employer à l’industrialisation progressive du pays avec l’aide d’une main-d’œuvre wallonne hautement qualifiée. Quelque cinq mille Wallons vont introduire en Suède les perfectionnements techniques des bords de Meuse. D’abord associé à Guillaume de Bèche qui meurt en 1629, Louis de Geer crée à la demande du roi un vaste arsenal à Stockholm et obtient la direction de toutes les mines et fabriques d’armes suédoises. Naturalisé en 1627, commerçant, banquier, munitionnaire, industriel et seigneur de Finspång, du nom de son nouveau domaine [illustration ci-après], il est anobli en 1641 pour finalement recevoir des historiens scandinaves le titre de père de l’industrie suédoise ! Consécration posthume, Finspång sera jumelée avec Yvoir en Belgique. On sait également que Louis de Geer avait un cousin, Mathieu de Geer (ayant épousé deux sœurs, ils était aussi beaux-frères) qui fut en son temps le plus gros fondeur de Durbuy.

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Les de Geer ont désormais leurs racines principales en Suède où l’on dénombre un grand nombre de porteurs du nom, allant de l’industriel au financier, de l’artiste au savant, de l’homme d’affaires à l’homme d’Etat, sans oublier un premier ministre assez récent aux … Pays-Bas !

Marguerite de Geer                          < 3ème GÉNÉRATION >                                 Jean Lambinon
x Jacob Trip                                                                                           x Laurette de Neufcourt

Marguerite de Geer (1583-1673) et Jacob Trip (1575-1661) ou l’alliance du fer et des canons. Deuxarme trip.jpg familles qui s’allieront intimement par plusieurs mariages et de juteuses affaires, poussées sans aucun doute par un besoin de standing et d’ascension sociale. En hollandais, le nom trip signifie semelle de bois avec lanières, destinées à recouvrir et à protéger des chaussures d’intérieur. De là à dire que les Trip étaient à l’origine des fabricants de semelles de bois, pourquoi pas ? De toute manière, explique un généalogiste de la famille sur son site Internet, le blason actuel semble en tirer ses origines.

Après avoir fait ses débuts dans le commerce fluvial sur la Meuse, Jacob Trip s’établit à Dordrecht où lui et son frère Elias (époux de Marie de Geer, sa belle-sœur) font commerce dans les armes, l’acier, le sel et le cuivre. La famille Trip est devenue l’une des familles les plus en vue d’Amsterdam : propriétaire de mines de fer et d’usines d’armement, pratiquant le change d’argent, elle est riche, très riche ! Quoi de plus normal donc que de se faire portraiturer par les illustres peintres du moment ? 
 
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A gauche, Jacob Trip à l'âge de 86 ans, tableau peint par Rembrant et exposé
à la National Portrait Gallery de Londres. A droite, son épouse Marguerite de Geer,
tableau peint par Nicolas Maes et exposé aux Musée des Beaux-Arts de Budapest.

Hendrik Trip                                      < 4ème GENERATION >                                 Piron Lambinon
x Cecilia Godin                                                                                                        x Marie Gosuin

Cette génération de Trip marque l’apogée sociale et financière de la famille. On ne sait pas grand-chose sur la première épouse, Cecilia Godin [ci-dessous], si ce n’est qu’elle décéda à l’âge de 30 ans. Enterrée le 8 décembre 1637, Cecilia Godin repose en l’église de Westerkerk à Amsterdam.

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Hendrik Trip peint par Ferdinand Bol, élève de Rembrandt. Tableau exposé aux Musées des Beaux-Arts de Bruxelles. Egalement peint par Ferdinand Bol, le tableau de droite représenterait Cecilia Godin. Il aurait fait partie de la collection des ducs de Leuchtenberg pour passer ensuite chez des particuliers à Hollywood après avoir été exposé en différents endroits aux Etats-Unis.trippenhuis2.jpg

Hendrik Trip (1607-1666) se remarie en 1646 à Stockholm avec Johanna de Geer, nièce du célèbre Louis, ingénieuse alliance avec les intérêts de famille bien compris ! Lui et l’un de ses frères feront affaire avec Louis de Geer en Suède où ils séjourneront quelques années, l’un au service de son oncle, l’autre en tant que représentant de la famille. De retour au pays, trois des frères Trip fondent leur propre société : Jacob, Louys & Hendrik Trip, kooplieden in waepenen, geschut, cogels & amonitie van oorloge. Devenus concurrents de l’oncle Louis, ils font fortune en acquérant une importante fabrique de canons suédois. L’ambition politique pousse l’un d’eux à se faire élire bourgmestre d’Amsterdam. Et, standing oblige, on s’offre en 1660 une magnifique demeure, la Trippenhuis [ci-contre], qui aura durant une partie du XIXème siècle fait partie intégrante du célèbre Rijksmuseum.

Margareta Trip                                 < 5ème GÉNÉRATION >                                 Henri Lambinon
x Jan Munter                                                                                                     x Marie Baudouin

Peu de choses à dire à leur propos : Jan Munter, dit le Jeune, qualifié de Seigneur de Zanen et de Raaphorst, né le 23 août 1634 à Amsterdam, meurt le 26 avril 1713 à ‘s-Gravenhage, alors que son épouse Margareta Trip naît le 26 novembre 1637 et décède le 25 mai 1711.

Margareta Munter                          < 6ème GÉNÉRATION >                                   Jean Lambinon
x William Cadogan                                                                                          x Marguerite Cajot

William_Cadogan,_1st_Earl_Cadogan_by_Louis_Laguerre.jpgGuillaume Cadogan (1672-1726), baron puis marquis de Cadogan, vicomte de Caversham, une carrière toute en puissance de ce fils d’avocat irlandais, devenu quartier-maître général de John Churchill, 1er duc de Malborough durant la guerre de succession d’Espagne. Il sera aux batailles de Blenheim, Ramillies, Oudenaerde et Malplaquet ainsi qu’au siège de Douai et Bouchain. Ses capacités à exécuter les ordres du commandement supérieur lui vaudront tous les éloges.
    
Son poste d’ambassadeur de Grande-Bretagne aux Pays-Bas dès 1707 est à l’origine du cousinage entre la descendance de Louis de Geer et Catherine Hierloz avec William d’Angleterre. En effet, après avoir épousé Margareta Cecilia Munter (1675-1749), fille de Jan Munter, sa fille Sarah s’alliera avec Charles Lennox, 2ème duc de Richmond.

Signalons par ailleurs à l’attention des amateurs de généalogie que la lignée Cadogan prend sa source dans les brumes galloises du Xème siècle, où Cadogan semble dériver de Cadwgan, Cadfarch et autre lieux aux noms presque imprononçables.   

Sarah Cadogan                                < 7ème GÉNÉRATION >                             Bernard Lambinon
x Charles Lennox                                                                                        x Marie-Agnès Bastin

C’est en Hollande, le 3  décembre 1719 à ‘s-Gravenhage qu’a lieu le mariage de Sarah Cadogan [à gauche], âgée Sarah Cadogan.jpgde 13 ans à peine. Elle épouse Charles Lennox Charles Lennox3.jpg(1701-1750) [à droite] qui deviendra 2ème duc de Richmond et pair d'Angleterre, baron de Settingdon et comte de March, 2ème duc de Lennox et pair d'Ecosse, baron de Torbolton et comte de Darnley, duc d'Aubigny et pair de France, ainsi que chevalier de l’Ordre de la Jarretière. Il n’est autre que le petit-fils de Charles II Stuart, roi d’Angleterre, du temps où les écarts de jambes royales faisaient partie de l’Histoire avec un grand H alors qu’à notre époque, les aventures royales couchées sur papier glacé n’intéressent plus que la petite histoire.

S’il n’eut pas de postérité officielle par son épouse Catherine, infante du lointain Portugal, le roi Charles II procréa tous azimuts à l’aide de trois autres dames de bonne naissance. Alors que la première assura la descendance de Sarah Ferguson et d’Anthony Eden (ancien premier ministre de Sa Majesté britannique) via des rejetons que l’on nomma FitzRoy (fils de Roi), notre Charles Lennox n’aura pas à rougir de sa grand-mère naturelle, 3ème maîtresse du roi, la très bretonne Louise Renée de Penancoët de Keroualle (1649-1734), 1ère duchesse de Portsmouth, comtesse de Fareham et duchesse d'Aubigny. Cette parenthèse de la main gauche mise à part, la main droite fit montre d’un pedigree aux quartiers royaux pur jus pur sucre : rois de France par Henri IV, rois d’Ecosse via les Stuarts, rois du Danemark par Frédéric II (en passant par l’ascendance de Werner von Braun, le spécialiste des fusées allemandes durant la dernière guerre) pour terminer par un certain Ragnar Sigurdsson dans la seconde moitié du VIIIème siècle.  

Charles Lennox sera Lord of the Bedchamber et Master of the Horse du roi George II d’Angleterre, grand-maître en 1724 de la première Grande Loge maçonnique ainsi que co-fondateur d’un hôpital à Londres, destiné à recueillir les enfants abandonnés. L’histoire retiendra surtout qu’il fut le premier à se lancer dans le cricket, devenu sport national par excellence en Angleterre. Capitaine de la première équipe de professionnels, il n’avait pas hésité à y enrôler son propre groom !     

George Lennox                                 < 8ème GÉNÉRATION >                                Martin Hanquet
x Louise Kerr                                                                                                     x Anne Lambinon

Né en 1737, George Lennox, fils du 2ème duc, est jusqu’à son décès en 1805 colonel en chef du King’s chateau.jpgOwn Scottish Borderers, tout en ayant été Constable de la Tour de Londres. Son épouse Louisa Kerr descend d’une vieille famille écossaise aux origines Robert Kerr 1st marquis lothian.jpgscandinaves remontant au XIIème siècle (leur château de Ferniehirst est illustré ci-contre). Et si son père, 4ème marquis de Lothian, connut son heure de gloire en écopant d’une blessure à la bataille de Fontenoy, on ne résiste pas à la beauté toute sensuelle du portrait de l’arrière-grand-père de ce dernier, Robert Kerr [ci-contre], 1er marquis du nom !

Non, les Hanquet n’auront pas été que fabricants d’armes à feu ! Un forum sur Internet, spécialisé dans l’étude du sabre, bouscule cette sacro-sainte conviction. Sait-on tout d’abord qu’au XIXème siècle, les fabriques d’armes liégeoises s’approvisionnaient en baïonnettes auprès des usines allemandes de Solingen et que les sabres montés en Belgique l’étaient au départ de lames fabriquées par Solingen ?

En 1821, le régime hollandais lance un appel d’offres dans lequel il est précisé que tout doit obligatoirement être fabriqué et monté en Belgique. Un seul fabricant est en mesure d’y répondre : Martin Hanquet à Liège ! Malgré la difficulté à convaincre certains artisans de délaisser la fabrication d’armes à feu au profit de lames, travail financièrement moins intéressant, il réussit néanmoins à produire plusieurs centaines de sabres. Mais comme la production restera faible, cela obligera le nouveau gouvernement de 1831 à passer d’importantes commandes tant en Grande-Bretagne qu’en Allemagne afin d’assurer les besoins de l’armée belge naissante.

Charles Lennox                                < 9ème GÉNÉRATION >                     Jean-Baptiste Hanquet
x Charlotte Gordon                                                                                               x Jeanne Gossi

Charles Lennox (1764-1819) [ci-contre] est le 4ème duc de Richmond et de Lennox, duc d'Aubigny et pair deCharles Lennox 1764-1819.jpg France, comte de Darnley, comte de March, baron de Settrington et de Torbolton ainsi que chevalier de l’Ordre de la Jarretière. Il meurt au Canada après avoir été gouverneur général des possessions britanniques d’Amérique du Nord. Brillant joueur de cricket comme son grand-père, il connaît une carrière militaire à rebondissements : capitaine à 23 ans, il se bat en duel contre le duc d’York qui l’accuse d’un comportement indigne d’un gentleman, récidive une nouvelle fois, pour se retrouver ensuite engagé à Gibraltar dans un conflit naval contre la France et finalement se faire renvoyer de l’armée pour cause de conflit avec sa hiérarchie !

Son épouse Charlotte ? Issue du tout puissant Clan Gordon, elle Setter.jpgaurait sans doute été intarissable sur l’élevage du Setter Gordon dont son père Alexander, 4ème duc de Gordon, fut le premier à améliorer la race, issue d’un croisement des setters irlandais et anglais et du colley. A la mort du duc, l’élevage continua à s’épanouir grâce à Georges Gordon, frère de Charlotte, et les Setters du château de Gordon devinrent célèbres pour leur aptitude au travail comme l’attrait de leur beauté. Ce n’est qu’en 1924 que cette variété sera officiellement dénommée Setter Gordon en mémoire de son novateur Alexander Gordon et de ses descendants qui auront marqué à jamais cette splendide race.    

Charles Lennox                                < 10ème GÉNÉRATION >                          Ferdinand Hanquet
x Caroline  Paget                                                                                             x Adèle de Coune  

Charles Lennox (1791-1860), 5ème duc de Richmond et de Lennox, baron de Settingdon et comte de March, baron de Torbolton et comte de Darnley, duc d'Aubigny, chevalier de l’Ordre de la Jarretière, épouse à Londres le 10 avril 1817 la jeune Caroline Paget, de 5 ans sa cadette.

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Ferdinand Hanquet (1842-1909) et Adèle de Coune (1841-1906)
à l'époque de leur mariage.

Homme politique conservateur très en vue, Charles Lennox [à droite] se fit remarquer à la House of Lords par sa forte opposition à ce que l’on aura appelé l’émancipation de l’Eglise catholique romaine en Grande-Charles Lennox 1791.jpgBretagne, tout en remplissant une carrière militaire sous les ordres du duc de Wellington. Héritant des propriétés de son oncle maternel, le 5ème et dernier duc de Gordon, il en reprit le nom et devint Gordon-Lennox.

Quant à son épouse Caroline Paget, on se souviendra que son patronyme illustre un célèbre fait d’armes de la bataille de Waterloo où son oncle Henry William Paget, le fameux lord Lord Uxbridge.jpgUxbridge [à gauche], commandant la cavalerie des troupes alliées, se fait fracturer la cuisse par un boulet de canon adverse. Tombant de cheval, celui-ci s’écrie à l’adresse du duc de Wellington dont il est l’adjoint : My God, Sir, I’ve lost my leg ! - By God, Sir, so you have ! lui répond le duc avec un flegme très britannique.

Tout ensanglanté, Uxbridge est transporté dans une maison de Waterloo où il est amputé. L’histoire de sa jambe (qui lui vaudra le titre de marquis d’Anglesey) fera couler, sinon du sang, aussi beaucoup d’encre. Enfouillie dans un jardin de Waterloo, elle sera rapatriée des années plus tard après moult tergiversations diplomatiques et enterrée aux côtés du corps de son propriétaire légitime. Reste au musée Wellington à Waterloo la prothèse qui remplaça la jambe amputée.

Catherine Lennox                             < 11ème GÉNÉRATION >                                 les 10 enfants
x George  Bingham                                                     de Ferdinand Hanquet et Adèle de Coune

Catherine Gordon-Lennox épouse George Bingham [illustration], 4ème comte de Lucan, le 17 novembre 1859 à Londres. Né le 8 mai 1830 en Irlande et décédé en 1914, on retiendra principalement du comte delucan.jpg Lucan le souvenir de son père qui aura été mêlé de très près à la fameuse charge de la Brigade Légère qui se solda par une glorieuse déconfiture britannique.  

Au moment de la guerre de Crimée, nous sommes en 1854, Bingham commande la division de cavalerie. Lord Cardigan, son subordonné et de surcroît son beau-frère, est le chef de la brigade de cavalerie légère. Les deux hommes se détestent cordialement. Ordre est donné par le commandement général de faire attaquer la cavalerie légère. Positionnant sa cavalerie lourde en appui, Bingham transmet l’ordre à son beau-frère de lancer ses chevaux avec la suite que l’on connaît, maintes fois illustrée au cinéma. Vous avez perdu la cavalerie légère, lui reprochera-t-on en haut lieu ! Exclu des ordres du jour, Bingham rentre en Angleterre. Il tente défendre son honneur en exigeant un procès en cour martiale, ce qui lui est refusé. Changeant de tactique, il assure sa propre défense au sein de la House of Lords et y réussit. Bien qu’il ne reprit plus de service actif, il sera promu général puis field marshal.

Mais les déboires des Bingham ne s’arrêtent pas là !

Né en 1967, l’actuel lord Bingham est le fils unique du 7ème comte. En 1998, il introduit une requête à la House of Lords dans le but d’occuper le siège de feu son père. Feu ? Que nenni ! Il n’existe aucune preuve que son père soit réellement décédé ; il aurait tout simplement disparu, sans doute mêlé à une sombre affaire d’assassinat d’une nanny familiale. Bien que la Haute Cour ait finalement jugé que le père n’était plus de ce monde, aucun certificat de décès n’a été dressé jusqu’à présent. D’où une situation inextricable : lord Bingham, présumé 8ème comte sans être reconnu officiellement comme tel, se voit refuser par ses locataires le versement de leurs loyers, faute de reconnaissance officielle du décès du 7ème comte. Comble de malchance … les revenus des terres sont estimés à 30.000 £ par an !

Rosaline Bingham                            < 12ème GÉNÉRATION >                       les 41 petits-enfants
x James  Hamilton                                                      de Ferdinand Hanquet et Adèle de Coune

C’est en 1894 qu’à lieu le mariage entre lady Rosalinda Cecilia Caroli
hamilton.jpgneJames_Hamilton_3rd_Duke_of_Abercorn.png Bingham (1869-1958), avec James Hamilton, 3ème duc d’Abercorn (1869-1953) [ci-contre]. Notre duc n’échappe pas à un destin tracé d’avance au sein de high society de l’Empire britannique de l’époque : filleul du prince de Galles, éduqué au collège d’Eton, officier aux 1st Life Guards, membre du Parlement, gouverneur de l’Irlande du Nord, chevalier de l’Ordre de la Jarretière, conseiller privé de la Reine. Succédant en 1913 au 2ème duc d’Abercorn, son père [à droite], éduqué à Harrow, membre du Parlement, compagnon de l’Ordre du Bain, Lord of the Bedchamber du prince de Galles, grand-maître de la Loge d’Irlande, chevalier de l’Ordre de la Jarretière … lui-même fils du 1er duc son père, déjà chevalier de l’Ordre de la Jarretière à 33 ans, conseiller privé auprès du prince Albert d’Angleterre, vice-roi d’Irlande, grand-maître de la Loge d’Irlande, envoyé extraordinaire pour l’investiture du roi Umberto d’Italie dans l’Ordre de la Jarretière, etc., etc. !

Cynthia Hamilton                             < 13ème GÉNÉRATION >        les 141 arrière-petits-enfants
x Albert Spencer                                                       de Ferdinand Hanquet et Adèle de Coune

Issue d’une ancienne famille cousinant depuis des lustres avec l’ascendance de Winston Churchill ainsi cynthiaspencer1892.jpgque celle de la reine Elizabeth II d’Angleterre, Albert Edward Spencer [à droite]albertspencer1892-2.jpg (1892-1975), 7ème comte du nom, épouse Cynthia Elinor Hamilton [à gauche] en 1919. Les généalogistes se disputent encore sur la question de savoir si les Spencer descendent des fameux Despencer aux XIIIème siècle, du nom d’un certain Elyas Dispensator, au temps où les patronymes de famille dérivaient soit d’un lieu soit d’une fonction. Dispensator signifiaient officier de justice, charge détenue pour le compte de certaines grandes familles issues de la mouvance des compagnons de Guillaume-le-Conquérant à la bataille de Hastings de 1066.

Et laissons la petite histoire reprendre ses droits : la mère d’Albert Spencer était une Margaret Baring. Baring ? Nick Leeson ? Cela ne nous rappelle-t-il pas une ancienne actualité ? Fondée en 1762, la Baring Bank aura été l’une des plus anciennes banques d’affaires britanniques qui s’enrichira notamment en finançant les énormes dommages et intérêts que la France, pays vaincu, avait été condamnée à payer au gouvernement britannique après la défaite de Napoléon à Waterloo ! Bien en Cour, le famille Baring, propriétaire de la banque du même nom, fut anoblie pour tant de services si éminemment rendus. Mais 1995 sera l’année de sa chute, suite aux spéculations hasardeuses de son trader Nick Leeson à Singapour.

Edward Spencer                              < 14ème GÉNÉRATION >             les nombreux descendants
x Frances Burke-Roche                                              de Ferdinand Hanquet et Adèle de Coune

francesroche1936-05.jpgEdward John Spencer [à droite], 8ème comte Spencer (1924-1992), et Frances Ruth Burke-Roche [à gauche] (1936-2004), épousée à l’abbaye de WestminsterEdward Spencer.jpg en 1954, seront les parents de trois filles - dont Diana née en 1961 - et de deux garçons qui tous auraient pu rester d’aimables inconnus.

Frances Burke-Roche connaîtra deux mariages ratés. En 1969, Edward et Frances Spencer divorcent à cause de la relation adultère qu'entretient Frances avec Peter Shand-Kydd qu'elle épousera par la suite. En 1976, Edward Spencer épouse en seconde noces Raine, comtesse de Dartmouth, fille de la romancière Barbara Cartland. En 1988, Peter Shand-Kydd se sépare de Frances au profit d’une femme plus jeune. En 1996, elle connaît de sérieux problèmes d’alcool et se voit supprimer son permis de conduire. Séparée du prince Charles, sa fille Diana fait la une des tabloïds à sensation par ses frasques amoureuses.

Lady Diana                                      < 15ème GÉNÉRATION >                  les descendants actuels
x Charles Prince de Galles                                          de Ferdinand Hanquet et Adèle de Coune

Prince William                                    < 16ème GÉNÉRATION >                     

prince-william-04-300.jpgEn matière de généalogie britannique, cousiner avec Lady Di est très521125370.jpg banal. Une très grande partie de la high society de Sa Gracieuse Majesté descendant des compagnons de Guillaume-le-Conquérant (Hastings 1066), si pas du Conquérant himself, les multiples alliances contractées au cours des siècles parmi les enfants de rois, comtes, barons et autres lords ont fait le reste. Par contre, avoir tissé le fil conducteur menant les Geer à Diana via Chênée, la Hollande, la Suède puis l’Angleterre semble très méritoire !

Longue vie donc à son fils William, futur (?) roi d’Angleterre, et sa charmante épouse, nos cousins au 32ème degré !
 
Nicolas van Outryve d’Ydewalle
cousin de Diana par d’autres sentiers généalogiques