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Mes histoires d'autrefois - Page 2

  • Noblesse russe en émigration, portraits et souvenirs

    Réputée comme l'une des plus raffinées de son temps, aucune société n'aura été aussi
    brutalement jetée hors de son pays natal que la noblesse russe. D'octobre 1917 à aujourd'hui,
    des années-lumière semblent nous séparer de la révolution bolchevique et du drame de l'émigration
    que les rares survivants d'aujourd'hui auront tragiquement traversés dans leur prime jeunesse.

    "Malgré le nivellement des temps modernes, l'aristocratie russe reste pour d'aucuns un domaine inaccessible que tout concourt à rendre fastueux et empreint de magnificence. Un raffinement, des usages compliqués, des noms et des lignées plongeant leurs racines dans l’Histoire, en ont fait un monde mythique dérivant entre l’histoire et le rêve. Garder le pouvoir dans le rêve est le privilège des grands dépossédés", souligne Jacques Ferrand dans son ouvrage abondamment illustré Noblesse russe : portraits d'exil.

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    "La veille de Pâques 1903 me fut envoyé le Chiffre, relate la princesse Varvara Dolgorouky parmi ses monogram Alexandra.jpgsouvenirs Au temps des troïkas. Je devenais ainsi demoiselle d’honneur. Le Chiffre [illustration] était formé des initiales de l'impératrice, surmontées d’une couronne de diamants et fixées à un ruban bleu ciel, couleur de l'Ordre de Saint-André. Nous le portions à l’épaule gauche pour nous rendre à la Cour ou à un mariage ainsi que dans toutes les occasions officielles. J’étais aussitôt appelée auprès de l’Impératrice pour la messe pascale au Palais. Quelle était belle la nuit sainte avec les hymnes chantées par les chœurs de la chapelle de la Cour, et toute cette joie de la Résurrection !"  

    "Le lendemain avait lieu le bal traditionnel en costume de Cour, renchérit Véra Galitzine dans ses Réminiscences d'une princesse émigrée. La toilette de rigueur portée par les dames est le costumekokoshnik4.jpg national. Des kokochniks impériaux [illustration], étincelants comme des tiares, tombaient jusqu’aux traînes tramées d’or et d’argent des voiles de dentelles, que portaient les chambellans. Les dames d’honneur étaient en vert, les demoiselles d’honneur en rouge. Les autres pouvaient choisir les couleurs à leur gré, tout comme les grandes-duchesses et les princesses de sang, dont les traînes étaient portées par des gentilshommes et des pages. "Ces vêtements d’apparat se prêtaient mal aux danses modernes, aussi ne dansait-on que des polonaises. La salle donnait sur un balcon immense d’où l’on découvrait la magnifique illumination qui embrasait toute la ville. Le Kremlin ruisselait de milliers d'ampoules électriques, le célèbre clocher d'Yvan le Grand paraissait construit en diamants."  

    Octobre 1917, la Révolution bolchevique éclate.

    zinaida.jpg"Les longs corridors de l’Institut Sainte-Catherine résonnent sous les pas des Pages de l’Empereur, dont un détachement vient d’arriver pour nous protéger d’un danger que nous ignorons," se souvient la princesse Zinaïda Schakovskoy, jeune pensionnaire à Saint-Pétersbourg et plus tard au Berlaymont à Bruxelles. "Je me faufile dans la grande salle où trônent les portraits des deux impératrices. J’entends ce bruit qui me sera bientôt familier, celui des mitrailleuses. Des soldats débraillés parcourent les artères. Quelques drapeaux rouges pendent à l’une ou l’autre maison. Je comprends subitement que quelque chose vient d’arriver à la Russie !"

    Les Schakovskoy se regroupent à la campagne. "Les gens ont envahi la propriété et malgré les protestations des domestiques, ils ont brisé les scellés apposés sur la distillerie d’alcool, fermée depuis la guerre. Ils plongèrent leurs cruches dans les cuves d’alcool ; deux ou trois y tombèrent et se noyèrent. Dans leur hâte à s’enivrer et sans même retirer les cadavres, les autres continuèrent à boire l’alcool pur ou à en rapporter chez eux ..."

    Lapotkhovo, domaine de la vieille princesse Ouroussoff, un château historique où l'impératrice Catherine a157327.jpgII séjourna en son temps. Bienfaitrice de la population des environs, la princesse a toute sa vie tenté d’améliorer la situation des paysans : hôpital modèle, écoles, bibliothèque populaire, crèche pour enfants, etc. Mais à la Révolution, pour s’être opposée aux maraudeurs pour qui liberté signifie pillage, elle est déclarée ennemie du peuple. Un beau soir, des soldats déserteurs arrivent au village et se mettent à prêcher la bonne parole bolchevique : le château, ses dépendances et les écuries, la chapelle, tout doit être détruit. "Partez vite, nous ne voulons plus de vous, allez mourir à l’étranger, nous avons assez souffert par vos aïeux ; maintenant, tout nous appartient !" Paralysée de frayeur, la vieille princesse se laisse traîner jusqu’aux marches de l’escalier où on doit l’asseoir. Et là, impuissante, elle assiste au saccage de sa maison. Ne se contentant pas uniquement de voler, les paysans détruisent de nombreuses œuvres d’art accumulées par la famille au cours de plusieurs générations. Tableaux et toiles de maîtres sont jetés par les fenêtres et vont s’empaler sur les branches des arbres.
        
    Dans la chapelle, les paysans crèvent les yeux du Christ : "Il ne faut pas qu’il nous voit, il nous empêche de faire ce que nous voulons, c’est un bourgeois, un ennemi de la liberté !" Le caveau familial contient la dépouille du petit-fils de la princesse Ouroussoff, récemment décédé de ses blessures de guerre. La rumeur court que les décorations du jeune prince sont en or et qu’elles ont été ensevelies avec lui. Ils brisent la dalle du caveau et ouvrent le cercueil. S’acharnant sur le corps, ils ne trouvent rien à partArmoiries des princes Ouroussov.jpg quelques petites médailles à l’effigie de saints. Furieux de leur déconvenue, ils s’en vont sans même refermer le tombeau.
        
    "Par cette belle journée ensoleillée, ce tombeau violé, ouvert à tous les vents, a quelque chose d’affreusement triste, témoigne un journaliste français en reportage dans la Russie révolutionnaire. Je pénètre dans la chapelle dont l’extérieur est ornementé d’un bas-relief aux armoiries des princes Ouroussoff [illustration] et Obolensky. Je descends dans la crypte, une odeur atroce me prend à la gorge. Depuis octobre dernier, personne n’a osé refermer le cercueil, le corps du vaillant officier se décompose lentement en plein air !"

    Tourmente des noires années de la Révolution bolchevique …

    Des milliers de réfugiés de la noblesse russe font souche un peu partout dans le monde. Pour survivre, grands-ducs, princes, anciens aides-de-camp du tsar, aristocrates de tous bords, se font chauffeurs de taxi, portiers de nuit, garçons de restaurants ou précepteurs. S'intégrant au fil des ans dans leurs nouvelles patries, les enfants de la deuxième génération - nous en sommes à la troisième aujourd'hui - sont Français, Belges, Italiens, Allemands, Britanniques ou Américains.


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    Prince Nicolas Alexandrovitch Obolensky (1900-1979). Plus connu après-guerre sous le nom de Père Nicolas. Sa marraine de baptême fut l'Impératrice Maria Feodorovna. Par sa mère, née princesse sérénissime Salomé Dadian Mingrelsky, il descendait des princes régnants de Mingrélie, petite principauté souveraine du Caucase annexée par la Russie. En 1918, il réussit à s'enfuir de Russie via la Finlande puis la Suisse pour s'installer finalement en France. Sous-lieutenant des Forces Françaises de l'Intérieur, agent de renseignement en territoire occupé, il est arrêté par la Gestapo en 1944, emprisonné et déporté à Büchenwald d'où il sera libéré par les troupes américaines. Décoré de la Médaille de la Résistance avec rosette, de la Croix de Guerre avec palme et citation à l'ordre de l'Armée et de la croix d'officier de la Légion d'Honneur.

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    C'est à Büchenwald que sa foi profonde et ses sentiments chrétiens le poussèrent à se consacrer au service de l'Eglise Orthodoxe. Ordonné prêtre en mars 1963 dans la cathédrale Saint Alexandre Newsky à Paris, le père Nicolas Obolensky consacra toute son énergie à l'activité pastorale. Son action oecuménique, le prestige de son nom, ses relations avec le clergé catholique et les autres confessions religieuses lui permirent d'obtenir pour l'Eglise Orthodoxe une place d'honneur dans toutes les cérémonies officielles. Aîné du nom des Obolensky, il occupa une place hors pair au sein de toute sa famille.

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    Le prince et la princesse Félix Youssoupov. Epoux d'Irina de Russie, nièce du tsar Nicolas II, Félix Youssoupov est devenu une figure de légende par le rôle qu'il joua dans l'élimination de Raspoutine. Les premiers temps de l'émigration se passent dans une relative aisance grâce à la vente de bijoux et de deux toiles de Rembrandt que Félix avait réussi à emporter, enroulées autour de la taille. Créant tour à tour une organisation de secours aux réfugiés, participant à l'ouverture d'un restaurant et d'un cabaret russes, lançant une maison de couture et de parfum qui connût une certaine notoriété, à la prospérité du moment se succèdent des fins de mois difficiles. Adepte de l'adage propre à certains aristocrates ruinés par les circonstances de la vie - ne pas avoir d'argent est déjà fort désagréable, mais si en plus il faut se priver - pratiquant une vie mondaine très cosmopolite, tenant maison et table ouverte à la russe, jamais le prince Youssoupov ne refusera d'aider ceux qui venaient lui demander du secours.

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    En couverture d'un Paris-Match de décembre 1938, la princesse Guedianov,
    gagnante d'un concours de Miss Beauté russe.

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    Lisa Soukhotine, épouse de l'acteur Mel Ferrer. Sa famille quitte la Russie via Belgrade où de nombreux réfugiés russes bénéficient de l'hospitalité du roi Alexandre Ier de Yougoslavie, pour s'installer ensuite à Bruxelles où elle voit le jour. Certains quartiers de son pedigree familial feraient pâlir les âmes prudes : Grigori Potemkine, prince, amant et grand favori de Catherine II de Russie ; le décembriste Vassily Davydoff, exilé en Sibérie après sa participation au complot avorté de décembre 1825 contre le nouveau tsar Nicolas Ier ; le capitaine Serge Soukhotine, coauteur dans l'assassinat de Raspoutine. Lisa Soukhotine aura été la dernière épouse de feu Mel Ferrer qui joua en son temps dans le film Guerre et Paix le rôle du prince Bolkonsky, alias Nicolas Volkonsky, grand-père de Léon Tolstoï. L'épilogue du film est connue : Bolkonsky-Ferrer tombe amoureux de l'héroïne du roman, la belle Natacha Rostov, à la ville Audrey Hepburn qui sera aussi son épouse. 

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    S.A.I. et R. l'archiduchesse Rodolphe d'Autriche, née comtesse Xénia Tchernyschev-Bezobrasov. Comme bon nombre de descendants d'émigrés russes qui s'intégreront parfaitement au sein du cosmopolitisme sans frontière des grandes familles de la vieille Europe, Xénia Tchernyschev-Bezobrasov sera la première épouse de l'archiduc Rodolphe d'Autriche, qui la perdra malheureusement dans un accident de voiture en 1968. Sang russe oblige, leur fille Maria Anna épousera le prince Piotr Galitzine, né en Argentine de parents originaires de Moscou, mariés en émigration en Yougoslavie et décédés à New York. Le père de Xénia, après avoir servi dans le prestigieux régiment impérial des Chevaliers-Gardes à Saint-Pétersbourg, aura en émigration tâté de mille et un métiers : chauffeur de taxi, gérant d'un salon de thé puis d'un atelier d'arts décoratifs ; ensuite éleveur de poulets, professeur de tennis et de langue russe, pour finir comme restaurateur de tableaux aux Etats-Unis.

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    Laetitia Spetschinsky. Elle illustre parfaitement le lien entre l'ancienne Russie et la Russie d'aujourd'hui. Des arrière-grands-parents au service du tsar : lui, officier au régiment des Gardes à Cheval à Saint-Pétersbourg ; elle, née princesse Galitzine, dame d'honneur à la Cour ; un grand-père, ancien président de l'Union de la Noblesse russe en Belgique. Professeure et chercheuse dans le secteur des relations Union Européenne-Russie à l'Université d'Ottignies LLN, encourageant l'étude des relations du pays de ses ancêtres avec l'Europe occidentale, Laetitia organisa il y a quelques années la venue de l'ex-président Gorbatchev qui fut, quant à lui, le tsar de la Perestroïka.

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    Alexandre Pouchkine, descendant à la 5e génération du poète. Parmi la descendance du célèbre poète, éparpillée tant en Russie qu'en Angleterre et en France, réside à Bruxelles l'unique représentant mâle porteur du nom. Raffinement suprême, ne s'est-il pas offert une épouse elle-même descendante du poète par suite du remariage d'un arrière-grand-père commun ? Une généalogie prenant sa source auprès du fameux Hanibal, négrillon de Pierre-le-Grand, pour se développer notamment au sein des Romanov et de quelques Mountbatten britanniques. Alexandre Pouchkine - président de l'Union de la Noblesse russe en Belgique - et son épouse consacrent leur énergie à leur propre œuvre, la Fondation Internationale Pouchkine dont le but est de soutenir les actions caritatives en faveur des enfants atteints du cancer en Russie.

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    Daria Nabokov. Si le patronyme est célèbre depuis la parution de Lolita, sulfureux roman de son arrière-grand-oncle Vladimir Nabokov, Daria porte en elle les gênes des grands serviteurs de l'empire : un ministre de la Justice sous le tsar Alexandre II, dont le fils fut gouverneur de Courlande. Son grand-père, journaliste, historien et généalogiste, était l'âme et la mémoire de l'émigration russe. Il co-publia une biographie remarquée du maréchal prince Koutousov, son ancêtre maternel, brillant vainqueur de Napoléon lors de la campagne de Russie en 1812. Deux siècles plus tard, sur l'avenue Louise à Bruxelles où règne la haute couture pour altesses royales et dames du monde, l'on s'en va goûter aux délices du restaurant de son mari, le Rouge Tomate.

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    Solitude et abandon, tel est le lot de nombreux réfugiés russes de la première génération, coupés de leurs racines ancestrales : "Je suis dans la maison de retraite à Sainte-Geneviève-des-Bois près de Paris, raconte une princesse Mestchersky. L'un de nous dit que ce qui est ennuyeux, c'est que dans notre futur, il n'y a que la mort. Mais comme nous sommes tranquilles pour l'attendre ..."

    Nicolas van Outryve d'Ydewalle

  • La famille Stroganov, de la Sibérie aux marches du trône des tsars ou le récit d'une prodigieuse ascension

    Qualifiés dans les documents anciens "d'hommes illustres", la légende raconte que les Stroganov tirent leur patronyme du mot "stroganina", spécialité culinaire russe par laquelle la viande était conservée en fines tranches, d'ou l'appellation "boeuf Stroganov". Immensément riche et grand amateur d'art, la famille Stroganov aura été intimement liée à dynastie des anciens maîtres de la Russie.

    Moins connu que l'anecdote du boeuf patronymique, tout récit sur la famille Stroganov débute invariablement par l'affaire de ce grand-duc de Moscou, fait prisonnier en 1448 par les Tatars. Ceux ci réclament une rançon de 200.000 roubles mais les caisses de l'Etat sont vides. Qu'à cela ne tienne,cathédrale de l'Annonciation.jpg c'est la famille Stroganov qui verse la somme !

    Au siècle précédent déjà, un Spiridon Stroganov assiste puissamment le prince Dimitri Donskoï dans sa lutte contre l'envahisseur mongol. Quatre générations plus tard, sous l'égide d'Anika Feodorovitch Stroganov, est né un véritable empire familial, regroupant environ six mille serfs, à faire pâlir le plus riche des Rothschild : mines de sel, culture de perles, commerce de grains et de fourrures, prêts d'argent, transport et livraison jusqu'aux comptoirs commerciaux d'Europe centrale, y compris Paris.

    Mécène et homme de culture, Anika Feodorovitch fonde une bibliothèque, installe une école d'icônes, érige une vaste demeure et lance les fondations de la cathédrale de l'Annonciation à Solvychedosk [ci-contre]. A sa mort, son entreprise assure à elle seule la moitié de la production de sel en Russie : l'avenir de la famille semble tout tracé pour les années à venir.

    Nouvelle étape, Yvan-le-Terrible charge les Stroganov de coloniser la Sibérie. Usant et abusant de ce nouveau pouvoir au nom du tsar bien aimé, on va jusqu'à armer des troupes de mercenaires et de brigands pour conquérir ces nouveaux territoires, ce qui permettra aux Stroganov de devenir ainsi les plus gros propriétaires terriens de l'Empire.

    Consécration suprême, pour services rendus à la mère patrie, Pierre-le-Grand anoblit les Stroganov en 1722 et leur octroie le titre de baron, plus tard celui de comte. D'hommes illustres, ils sont devenus aristocrates. Noblesse oblige : l'un épouse une Narychkine, d'une lignée apparentée à la famille du tsar ; l'autre une Vorontsov, fille d'un tout puissant chancelier de la Cour ; un troisième, une comtesse Cheremetiev.

    Des affaires d'argent aux affaires de Cour, il s'agit maintenant d'asseoir son nouveau statut social. Des architectes italiens, bâtisseurs de la nouvelle capitale, sont mis à contribution pour édifier le long de la Perspective Nevski, l'aristocratique Champs Élysées russe, un grandiose palais baroque où abondent colonnades, portiques, frontons à cartouches, cariatides et médaillons sculptés. Les gazettes européennes de l'époque se font l'écho d'une somptueuse fête donnée à l'occasion de la naissance du grand-duc Paul, réjouissances durant lesquelles le palais était complètement illuminé de l'intérieur par des centaines de cierges et de l'extérieur avec des lampions multicolores ...

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    Le palais Stroganov vers 1840 et aujourd'hui

    Plus riche qu'un Stroganov, tu meurs, affirme un ancien dicton russe, librement traduit ! A elle seule, la famille totalise un cinquième des taxes par rapport à l'ensemble des revenus de l'Empire. L'anecdote à propos d'Alexandre Sergueïevitch Stroganov (1734-1811), le plus fortuné d'entre tous, est restée dans les mémoires : ne peut il pas s'offrir le luxe d'abandonner douze millions d'hectares de terres à la Couronne, alors qu'il en possède encore le double ?

    Inscrit dès la naissance dans un régiment de la Garde Impériale, Alexandre s'en va parfaire son éducation dans l'Italie antique puis à Paris où il séjournera six ans. Bien que son père lui écrive : Laisse aux Français le soin de t'apprendre la danse, Stroganov rejoint, en esprit éclairé, une loge maçonnique où il se lie d'amitié avec les peintres et sculpteurs du moment, Greuze, Vernet, Houdon et bien d'autres.

    Ecumant salles de ventes et collections particulières, dont celles du duc de Choiseul et du prince de Conti, il va imprimer un nouvel élan à la collection familiale d'objets d'art, entamée par ses ancêtres deux siècles auparavant. Elle deviendra la plus fameuse parmi toute l'aristocratie russe et renommée dans l'Europe entière.

    Rentré en Russie, Catherine II présente le comte Stroganov à un hôte de marque, Joseph II, empereur d'Autriche : voici un homme qui dépense sans compter et fait tout pour se ruiner, mais sans y parvenir ! Richissime, ignorant la superficie réelle de ses terres et le nombre de ses serfs, sénateur, grand collectionneur d'art devant l'Eternel, il est tout naturellement nommé président de l'Académie des Beaux Arts.

    En mécène accompli, il se lance dans la construction de la cathédrale Notre Dame de Kazan à Saint- Pétersbourg. Principale église orthodoxe de son temps, elle rappelle étrangement la basilique Saint Pierre à Rome par sa majesté et sa grandeur. Sous le règne d'Alexandre Ier, l'édifice servira également de musée où seront conservés religieusement les trophées militaires pris à la Grande Armée de Napoléon.

    220px-Charles-Gilbert_Romme.pngAlexandre Stroganov confie l'éducation de son fils Paul à un précepteur français, Gilbert Romme [ci-contre], le futur conventionnel. Toute éducation digne de ce nom passant par laboeuf stroganov, rothschild, stroganoff,yvan le terrible,pierre le grand,narychkine,cheremetiev,vorontsov,garde impériale,joseph ii,notre dame de kazan,gilbert romme,théroigne de méricourt,galitzine,catherine ii,anne troubetskoï,bataille de craonne,elisabeth vigée le brun,demidoff,san donato,palais stroganov,fondation stroganov France, le maître et l'élève se retrouvent à Paris, alors en pleine Révolution. Emporté par les idées nouvelles, renonçant à son titre, son rang et son nom, l'extravagant jeune homme, Popo pour les intimes, fréquente le Club des Jacobins et fonde son propre cercle, les Amis de la Loi. Fortune aidant, il subventionne ses nouveaux amis français avec largesse, allant même jusqu'à s'offrir les faveurs de Théroigne de Méricourt [à droite] et se pavaner dans les rues de la capitale avec sa dulcinée en bonnet phrygien ! Affolement à l'ambassade de Russie à Paris. L'impératrice Catherine II est prévenue : ordre de rejoindre le bercail sans délai ni détour. Le fastueux sans culotte est relégué un temps dans ses terres puis réapparaît, assagi, dans les salons de Pétersbourg où il rentre dans les rangs en épousant une princesse Galitzine. Entre temps, Gilbert Romme, son ancien précepteur, aura mis fin à ses jours après avoir voté la mort du roi de France.

    Pris par les doux plaisirs de la vie mondaine, parlant à peine le russe, époux d'une jeune femmepaul alexandrovitch Stroganov.jpg cultivée et spirituelle, le comte Paul Alexandrovitch Stroganov (1774-1817) [ci-contre] mènera l'existence d'un grand seigneur, désoeuvré quoique éclairé, ne retrouvant sa fougue révolutionnaire qu'auprès du cercle très fermé des amis du grand-duc Alexandre qui rêve d'un changement de régime en Russie. Promu général à la suite du tsar, il mourra de chagrin peu de temps après la brutale disparition de son fils aîné, tué à 17 ans d'un boulet de canon sur le champ de bataille de Craonne en France, juste avant l'entrée des troupes alliées à Paris en 1814.

    Son cousin Grigori Alexandrovitch Stroganov, né en 1770 sous le règne de Catherine II, et son épouse, née princesse Anne Troubetskoï, seront tous deux l'objet de la délicate sollicitude de la portraitiste Elisabeth Vigée-Le boeuf stroganov,rothschild,stroganoff,yvan le terrible,pierre le grand,narychkine,cheremetiev,vorontsov,garde impériale,joseph ii,notre dame de kazan,gilbert romme,théroigne de méricourt,galitzine,catherine ii,anne troubetskoï,bataille de craonne,elisabeth vigée le brun,demidoff,san donato,palais stroganov,fondation stroganovBrun, tant dans ses écrits que sous ses pinceaux, alors que le scripteur de ces lignes s'inscrit parmi les descendants de cette part d'histoire familiale, au détour d'une généalogie maternelle russe.

    Prise sous son charme, Elisabeth Vigée-Le Brun écrira sans ambages avoir rarement rencontré un homme aussi aimable et d'un tel entrain, faisant les délices de la bonne société par ses soupers, ses spectacles et ses fêtes ! Capitaine à 25 ans dans un régiment de la Garde, il quitte l'armée pour embrasser la carrière diplomatique, ce qui lui donnera plus tard le privilège de représenter son tsar en Angleterre lors du couronnement de la reine Victoria, Aujourd'hui, Grigori Stroganov [ci-contre] repose au cimetière Alexandre Nevski de Saint-Pétersbourg, dans un caveau de pierre surmonté d'une épitaphe en français.

    C'est à son fils aîné, Serge Grigoriëvitch, président de la société d'archéologie de l'université de Moscou, que reviendra le mérite d'avoir mis à jour la fabuleuse collection de l'or des Scythes, depuis lors précieusement conservée au musée de l'Ermitage.

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     La datcha Stroganov sur les bords de la Neva, tableau de Vorokhinin, 1997
    Une charmante cazin à l'italienne, écrit Elisabeth Vigée-Le Brun. Nous faisions de grandes promenades dans les jardins de la villa du Comte Stroganov, l'un des plus belles autour de Petersbourg, commente la baronne Mary de Bode, une mienne aïeule émigrée en Russie à la Révolution française.

    La fortune et le nom cherchant à s'allier mutuellement, une soeur de Grigori devient la femme du richissime Nicolas Demidoff, le plus riche particulier de Russie, selon Madame Vigée-Le Brun, rejeton de maîtres de forges fournissant les troupes impériales depuis près de deux siècles. Après avoir confié sa mère au Père Lachaise pour un repos éternel, leur fils Anatole, devenu prince de San Donato, se marie - l'union sera brève - avec la fille de Jérôme Bonaparte, jeune frère de Napoléon.

    La comtesse Stroganov, portrait de Franz Xaver Winterhalter (1857) exposé au musée de l'Ermitage.2.jpgUn petit-fils de Grigori Stroganov épouse en secret la grande duchesse Marie, fille préférée du tsar Nicolas Ier et veuve de Maximilien de Beauharnais, petit-fils de l'impératrice Joséphine. Jamais Marie [ci-contre] n'osera avouer cette alliance à son auguste père, très à cheval sur les questions d'unions morganatiques. Aussi, lorsque l'empereur venait voir sa fille, le comte Stroganov se tenait-il dans le salon de son épouse, chapeau et gants en mains, comme un invité. Les apparences étaient sauves !

    La dynastie Stroganov, des générations de grands seigneurs et de richesses accumulées depuis les contreforts de l'Oural jusqu'aux pieds du trône des tsars à Saint-Pétersbourg : églises, cathédrales, monastères, écoles, galeries d'art, vastes demeures et palais baroques ...

    Quelques années après la Révolution bolchevique, le palais Stroganov est fermé par décision officielle. A l'abri des regards, certaines collections sont réparties parmi différents musées de la Russie devenue soviétique. Puis, en mai 1931 a lieu à Berlin une importante vente d'objets d'art : irréversible dispersion de tableaux, icônes, meubles, sculptures, livres rares, bronzes, broderies, pierres de couleurs, ornements sacrés, argenteries, antiquités et émaux du Moyen Age !

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    Salon jaune au palais Stroganov, tableau de Jules Meyblyum, Musée de l'Ermitage

    Si le tsar Yvan le Terrible fut à l'origine de la prodigieuse ascension de la famille Stroganov, Staline, le petit père des peuples, fit tout pour la détruire. Mais aujourd'hui, un héritage vieux de quatre siècles ressurgit grâce à la Fondation Stroganov, créée par une autre descendante, la baronne Hélène de Ludinghausen, assistée de beaucoup de bonnes volontés de part et d'autre de l'ancien rideau de fer ...

    Nicolas van Outryve d'Ydewalle

    site web : http://stroganofffoundation.org/

     

  • La Garde impériale russe

    Unité d'élite alliant qualités guerrières et traditions séculaires, dévouée corps et âmes à la protection
    de la monarchie, elle était considérée comme l'un des plus beaux fleurons militaires au monde.
    Hussards, Lanciers, Cuirassiers, Dragons, Chasseurs, Tirailleurs, Cavaliers et Cosaques : si toute
    la société russe ne servait pas dans la Garde Impériale, y servir signifiait appartenir à la haute société.

    Sous le règne du tsar Nicolas II, la Garde Impériale russe vit l'ultime période de sa longue et glorieuse histoire : issue d'un groupe de camarades de jeux, elle naît en 1683 par la volonté du futur Pierre-le-Grand, pour qui tout homme de bonne famille devait obligatoirement servir sous les armes.

    Installé au village de Preobrajenski, Pierre occupe ses loisirs à des jeux militaires en compagnie de ses camarades, fils de boyards et de courtisans, les faisant sans cesse manœuvrer comme de véritables soldats. Peu à peu, le groupe s'agrandit et Pierre en transfère une partie dans le village voisin de Semenovski, pour embrigader ensuite l'ensemble en deux régiments distincts, le Preobrajenski et le Semenovski, premiers embryons de la future Garde Impériale.

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    Le tsar Nicolas II de Russie en uniforme du Régiment Preobrajenski

    Les années passent : augmentée de nouvelles unités, bien entraînée, proche du souverain, la Garde participe à la vie politique et est mêlée (ou se mêle…) aux événements marquants de l'histoire du pays. Elle inscrira son nom dans la plupart des batailles russes et européennes. Ses officiers sortent invariablement de l'aristocratie, principe auquel aucune exception n'est tolérée, au point qu'un sous-officier promu au grade de sous-lieutenant est automatiquement muté ailleurs. Quant aux hommes, rigoureusement sélectionnés, ils manifestent par leur attitude et leur tenue leur fierté d'appartenir à ce corps d'élite.

    Autour des années 1900, un officier de la Garde est un personnage envié : fortuné, portant avec Uniforme d'un chevalier-garde.jpgélégance un uniforme flatteur, partageant son existence entre la parade, le service de Cour et la vie mondaine, coqueluche des salons, des jeunes filles et des mères de famille, il est aussi un véritable soldat sortant des meilleures écoles militaires. Les conditions d'admission sont sévères. Le candidat passe soit par le Corps des Cadets, internat assurant une éducation répartie sur sept années, soit par le célèbre Corps des Pages, réservé à la fine fleur de l'aristocratie. Suivent deux années d'école militaire qui vont faire du junker un officier accompli. L'origine familiale peut aussi jouer un rôle déterminant : destiné à entrer dans le même régiment que ses ancêtres, le candidat y est habituellement inscrit dès sa naissance.    
        
    Le postulant est ensuite soumis à une série d'épreuves. Convié dans le monde chez tel ou tel officier appartenant au régiment où il espère entrer, il sera jugé sur sa tenue et son éducation, le plus souvent par la maîtresse de maison elle-même. Puis, lors d'une réception entre hommes au Cercle des officiers, le candidat est invité à dîner par ses futurs camarades. L'alcool ne lui est pas ménagé. Quel est son comportement sous l'effet de la boisson, quelle est sa capacité d'absorption sans perdre de sa dignité ? Dans certains régiments de cavalerie, la tradition veut que le postulant soit en mesure d'absorber le contenu d'un casque régimentaire !

    Vient ensuite la réunion des officiers du régiment : Messieurs, quelqu'un a-t-il quelque chose à dire sur l'admission de X dans notre régiment ? Les causes de rejet sont rarement d'ordre militaire : manque de tenue ou mauvaise éducation, particulièrement en présence des dames ; manque de respect envers les officiers supérieurs, tendance à faire du scandale après avoir bu, trop grande assiduité auprès des épouses d'officiers.

    Imperial Corps of Pages Building, St. Petersburg, ca. 1858..jpg

    Dans l'ancien palais des comtes Vorontsov à Saint Petersbourg,
    le bâtiment du Corps des Pages, vers 1858

    S'il n'est pas aisé d'entrer dans la Garde Impériale, il faut disposer d'une solide fortune personnelle pour pouvoir y rester et suivre le train de vie très onéreux de salons de Saint-Pétersbourg. La solde est modeste et le service coûte cher : les uniformes, variés et souvent somptueux, ainsi que les montures sont en partie à la charge personnelle des officiers. Dans certains régiments, le versement d'une garantie est exigée afin d'alimenter une caisse de caution mutuelle. En temps de paix comme en temps de guerre, les officiers d'une unité sont tous solidaires : tout manquement à l'honneur rejaillit sur l'ensemble du régiment.

    Les parades de la Garde, à Saint-Pétersbourg comme au palais d'été de Tsarkoié-Sélo, sont fréquentes et le tsar participe régulièrement aux réunions de ses camarades de la Garde, comme il aime à le répéter. Toute la famille impériale d'ailleurs, grands-ducs et princes alliés, y sert ou est inscrite sur ses listes. L'empereur, l'impératrice, le tsarévitch sont chefs honoraires de plusieurs régiments.

    Parades sur la place de l'Amirauté - Vassili S. Sadovnikof.jpg

    La place de l'Amirauté est le cadre de nombreuses revues militaires où se déploient le faste et
    la tenue qui caractérisent l'armée russe. Les membres de la famille impériale peuvent
    y assister du haut de balcons aménagés.
    Aquarelle de Vassili Semionovitch Sadovnikov

    Chevaliers-Gardes, prenez garde, la Dame blanche vous regarde ! Chevaliers-Gardes, prenez garde, laRU058s.jpg Dame blanche vous attend ! La marche de ce prestigieux régiment sonne comme un air d'opéra ! Les noms résonnent comme des faits d'armes : Chevaliers-Gardes de Sa Majesté l’Impératrice, Cuirassiers, Lanciers et Hussards de Sa Majesté, Cosaques de Sa Majesté l'Empereur

    De tous les régiments de la Garde impériale, le Pavlovski est l'un des plus connus en partie grâce au port de la fameuse mitre [illustration], typique des armées prussiennes que Paul Ier cherchait à imiter. Aux batailles d'Eylau et de Friedland, de nombreuses mitres sont endommagées par les balles. Afin de commémorer ce fait, il est décrété que les mitres ayant reçu entre une et quatre balles seront conservées telles quelles !

    Souvenirs de la Garde Impériale au Musée de l’Armée à Bruxelles

    Lors de la défaite des armées blanches durant la Révolution bolchevique, le régiment des Cosaques de Sa Majesté l'Empereur passe avec armes et bagages en Yougoslavie. Ses souvenirs les plus précieux sont ensuite transférés en France. Mais en 1936, à l'arrivée du Front Populaire et la crainte de nouveaux désordres, les précieuses reliques, drapeaux, trompettes, argenterie du mess officiers, sont mises en dépôt au Musée de l'Armée au Cinquantenaire où elles dormiront pendant plus de soixante ans.

    Grande salle des Feld-maréchaux - Edouard Hau, 1866.jpg

    Salle des Feld-maréchaux au Palais d'Hiver de Saint-Pétersbourg,
    occupée par des militaires du Régiment des Cosaques, chargés de monter la garde.
    Aquarelle d'Edouard Pétrovitch Hau, 1866

    Constitués sous le règne de l'impératrice Catherine II à l’initiative du prince Potemkine, les Cosaques seront restés célèbres pour avoir mené la vie dure aux troupes françaises lors de l'invasion de la Russie par Napoléon. Braves parmi les braves, ne s'en allaient-ils pas guerroyer au son de la Marche nuptiale ? Selon la tradition, ils allaient à la mort comme on va à une noce …!
     
    La Société Royale des Amis du Musée de l'Armée a ouvert une salle, baptisée avec pompe Trésors de la Russie impériale, où sont exposées de superbes pièces du glorieux passé militaire cosaque, auxquelles sont venus s’ajouter de nombreux souvenirs d’autres régiments de la Garde impériale russe.
    bol à punch.jpg
    Fondé en 1790, le Peterbourgski aura maintes fois changé d'appellation en fonction de son chef honoraire du moment : général major prince Galitzine, S.M. le Roi de Prusse, etc. Le 1er août 1914, il perd le nom de son titulaire, Frédéric-Guillaume III de Prusse, devenu souverain ennemi, et russifie son appellation en Petrogradski. Stationné à Varsovie, il est commandé par le général baron de Bode, descendant d'une famille émigrée en Russie à la Révolution française, alliée à l’auteur de ces lignes ainsi qu’aux marquis de Trazegnies. Les archives de ce régiment ont également fait l’objet d’une mise en valeur au Cinquantenaire. [illustration : bol à punch]
        
    Jetée dans la fournaise de 1914, la Garde Impériale va s’y couvrir de gloire mais aussi disparaître en grande partie, faisant l’admiration de ses ennemis prussiens : … contre nous, la Garde russe, adversaire héroïque ! En émigration, les descendants des vétérans se retrouvent au sein d'associations régimentaires, regroupées à Paris sous la bannière d'une Union de la Garde dont le but est de cultiver le souvenir, notamment à l'occasion de la fête de Saint-André, saint patron de la Garde.

    nécrologie.jpg

    Qui ne souvient avec nostalgie de ces annonces nécrologiques d'il y a une trentaine d'années, annonçant le décès d'un aristocrate russe, invariablement ancien colonel de la Garde ?
        
    Nicolas van Outryve d'Ydewalle