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29/01/2012

De la "belle Acarie" à la bienheureuse sœur Marie de l'Incarnation ou la vie de Barbe Avrillot, une lointaine cousine carmélite.

L'ascendance de Marie Aronio de Romblay est émaillée de quelques anecdotes familiales
montrant que la petite histoire peut mener tout droit au Ciel et à ses saints.
Ou comment le Carmel fut introduit en France en 1604 à l'initiative d'une cousine au 14ème degré.

Quatorze générations nous plongent dans des faits deux fois plus anciens que les événements de la Révolution française. Pour plus de clarté, gravissons les échelons du temps :aronio de romblay,belle acarie,barbe avrillot,pierre acarie,champlâtreux,lhuillier,jean pierre acarie,hôtel acarie,maître des comptes,thérèse d'avila,carmel de pontoise,louise de france,de bérulle

1 - Génération d'aujourd'hui [née en 1945/55]
2 - Génération de nos parents
3 - Génération d'Emmanuel, Stanislas, André et Thérèse d'Ydewalle
4 - Charles d'Ydewalle + Marie Aronio de Romblay [ci-contre]
5 - Jérôme Aronio de Romblay + Mathilde de Lafonteyne
6 - Albert Aronio de Romblay + Eugénie de Godefroy
7 - Denis de Godefroy + Marie de Lencquesaing
8 - Jean Baptiste de Godefroy + Anne Zouche de La Lande
9 - Jean de Godefroy + Catherine Le Gay du Châtel
10 - Denys de Godefroy + Geneviève des Jardins
11 - Guillaume des Jardins + Charlotte Aubert
12 - Jacques des Jardins + Elisabeth Chevalier                       
13 - Jacques Chevalier + Barbe Avrillot, sœur de Nicolas Avrillot qui épouse Marie Lhuillier dont Barbe Avrillot, épouse de Pierre Acarie.

aronio de romblay,belle acarie,barbe avrillot,pierre acarie,champlâtreux,lhuillier,jean pierre acarie,hôtel acarie,maître des comptes,thérèse d'avila,carmel de pontoise,louise de france,de bérulleMaria de Vrière, épouse d'André d'Ydewalle, avait la charmante habitude de copier certains tableaux de famille d'une manière fort ressemblante, telle cette petite gouache ovale [ci-contre]. Sur le haut à droite, l'appellation tronquée Aetatis restera à jamais muette quant à l'âge de la personne représentée, tandis qu'à gauche figure l'emplacement vide d'un blason. Sans en avoir la certitude, ne s'agirait-il pas de Barbe Avrillot, épouse de Pierre Acarie. Des arguments ? Un look vestimentaire très XVI-XVIIème siècle, correspondant parfaitement à l'appellation la belle Acarie que lui avaient attribuée les salons parisiens de l'époque ainsi qu'une forte ressemblance avec celle qui deviendra plus tard sœur Marie de l'Incarnation.

Illusion ? En attendant, voici l'authentique histoire de cette bienheureuse cousine, Barbe Avrillot (1566-1618), épouse de Pierre Acarie (1560-1613), conseiller-maître ordinaire des comptes de la Chambre de Paris.

    
Barbe naît à Paris le 1er février 1566. Seigneur de Champlâtreux et chancelier de la reine Marguerite deblason-avrillot.jpg Navarre, son père Nicolas [armoiries ci-contre] est également conseiller-maître ordinaire des comptes de la Chambre de Paris. Elevée au sein d'une famille fortunée, ultra-catholique et royaliste, Barbe reçoit une éducation chrétienne stricte. Afin de préparer sa première communion, elle est confiée à sa tante Isabelle Lhuillier, clarisse à l'abbaye de Notre-Dame de Longchamp où elle apprend à lire, chanter et dire son chapelet. Craintive et obéissante, ne se disputant pas avec ses compagnes, leur cédant incontinent, fort aimable, tout le monde y célèbre à l'envi sa précoce sagesse, telle est l'appréciation de sa formatrice. Elle a le sens de la mortification. Lorsqu'elle avait commis quelque petite faute, elle-même allait s'en accuser, apportant le fouet pour qu'on la châtie.  

Douée d'un caractère fort, intelligente et vive, elle se sent attirée par la vie monastique mais ses parents ont d'autres projets pour leur fille. Ils la retirent de Longchamp en 1580. Barbe n'en continue pas moins de cultiver ses habitudes de piété tout en concevant le projet d'entrer chez les Augustines de l'Hôtel-Dieu pour y servir les malades, la peste et le choléra sévissant à Paris. Sa mère ne l'entend pas ainsi. Barbe est contrainte de réintégrer le foyer familial, entre un père froid et distant et une mère sévère, voir méchante. Comme elle refuse de porter parures et bijoux, sa mère la punit en la soumettant aux rigueurs de l'hiver. Elle aura un pied gelé et un os sera atteint.  

Par obéissance envers ses parents, Barbe épouse le 24 août 1582 - elle a seize ans et demi - Jean-Pierre Acarie, vingt-deux ans, vicomte de Villemore, seigneur de Montbrost et de Roncenay, parfait honnête homme, à la fois riche et pieux. Le couple s'installe dans le Marais, rue des Juifs, au n° 11 de l'actuelle rue Ferdinand Duval, une spacieuse demeure [illustration actuelle] aux nombreux domestiques.                            aronio de romblay,belle acarie,barbe avrillot,pierre acarie,champlâtreux,lhuillier,jean pierre acarie,hôtel acarie,maître des comptes,thérèse d'avila,carmel de pontoise,louise de france,de bérulle 

La nouvelle madame Acarie mène une vie brillante parmi les salons mondains de la capitale. Très vite, on la surnommera la belle Acarie. Etoile au firmament de la jeunesse dorée parisienne, Barbe apprécie le compliment au point que la vue d'une créature encore plus belle qu'elle lui donne du ressentiment et du déplaisir fort sensible, touchée dans sa plus grande vanité ! Epouse comblée d'un excellent mari, maîtresse de maison accomplie, elle reste néanmoins fidèle à sa vie de piété qu'elle partage avec sa femme de chambre.

Grand est le rayonnement de l'hôtel Acarie. Dépassant le cercle de famille et des relations, il s'étend jusqu'à la Cour et le Clergé. Attirées par son degré hautement sublime qu'on appelle le discernement des esprits, d'éminentes personnalités viennent la consulter, tant la vie intérieure de Barbe Acarie est intense.

De 1584 à 1587, trois de ses premiers enfants - elle en aura six - sont nés. Elle s'occupe de près de leur éducation, aidée par sa servante qu'elle a connue à Longchamp. L'entente entre les deux femmes est complète, leur horreur du péché commune. Chaque jour, la servante énumère ses manquements à Barbe, puis Barbe lui énonce les siens, même si cette dernière se bouche les oreilles pour ne pas les entendre ! Elle consacre ses temps libres à la lecture, livres profanes, écrivains amusants et romans d'amour, certains teintés … d'érotisme, révèle l'un de ses biographes. Un jour, découvrant les lectures de sa femme, scandalisé, son mari remplace ces romans par de pieuses lectures.

Barbe a 21 ans : Trop avare à qui Dieu ne suffit, la lecture de cette pieuse sentence va transformer sa vie. C'est le début d'une emprise divine extraordinaire, accompagnée de manifestations d'extases qu'elle ne comprend d'abord pas, souffrant intérieurement avant d'être rassurée par des guides éclairés qui y voient l'action de Dieu. Barbe Acarie décide donc que Dieu seul lui suffit, suivant le principe quand l'on donne son temps à Dieu, l'on en trouve pour tout le reste. Après la bataille de Senlis en 1589, lors de la dernière guerre de religion, l'hôpital Saint-Servais est rempli de blessés. Barbe s'y rend tous lesaronio de romblay,belle acarie,barbe avrillot,pierre acarie,champlâtreux,lhuillier,jean pierre acarie,hôtel acarie,maître des comptes,thérèse d'avila,carmel de pontoise,louise de france,de bérulle jours avec sa belle-mère pour les panser. Durant le siège de Paris de mai à août 1590, elle passe des journées entières à l'Hôtel-Dieu distribuer aux affamés [illustration] le pain de sa propre bouche, cela avec une discrétion telle que son mari ne s'aperçoit même pas de son absence.  

A ce régime-là, Dieu répond par l'extase, est-il écrit à son sujet. La première se produit en 1590 dans l'église Saint-Gervais au cours de la messe du matin. Elle pense mourir de douceur, restant sans mouvement jusqu'au soir hors du sens … presque sans respiration, à genoux cependant, ne pouvant s'en retourner qu'après avoir été éveillée par une servante qui la secoue fortement. Les extases se multiplient, la plongeant dans une grande inquiétude, craignant qu'elles viennent du démon. Les médecins diagnostiquent une exubérance de sang et prescrivent des saignées qui l'épuisent.

Avec l'accord de son mari, elle quitte ses atours mondains pour se vêtir d'étoffes à petits prix, s'enquérant auprès de sa belle-mère : Ne peut-on trouver un habit qui se vête d'un seul coup ? Et encore : A quoi bon tant d'atours, de colliers, de bracelets ? Ce sont tous fatras qui ne servent qu'à faire perdre le temps ! Désormais, elle gardera les yeux baissés devant les hommes afin de ne pas être pour autrui une occasion de chute, tout en demeurant une conseillère écoutée : Presque personne qui l'allât voir et ne s'en retournât touchée extraordinairement de Dieu.

A partir de 1593, elle éprouve les douleurs des stigmates le vendredi et le samedi ainsi que les jours de carême, mais sans que ces stigmates soient apparents. Elle pratique assidûment l'oraison et en toutes circonstances la charité, l'obéissance et l'humilité, traquant ses péchés et ses imperfections. Bien qu'elle n'ait que 27 ans, sa santé n'est pas brillante. Elle endure de grandes souffrances physiques avec un visage si égal et un cœur si ferme que ceux qui la considéraient étaient tout étonnés.

Sur le plan familial, les Acarie vont vivre une période éprouvante. Politiquement très engagé, Pierre est un ligueur fort en vue. L'on se souvient que la Ligue regroupait nobles et seigneurs ultra-catholiques, appuyés par l'Espagne et ligués contre le pouvoir royal. Pierre Acarie et Nicolas Avrillot, respectivement mari et père de Barbe, font partie des Seize, sorte de gouvernement insurrectionnel de Paris contre Henri IV. Lorsque ce dernier est sacré roi en 1593, Pierre Acarie est banni de Paris et ses biens sont confisqués. Comme il a dû emprunter de l'argent pour financer la Ligue, ses créanciers font saisir l'hôtel Acarie. Barbe se réfugie avec ses six enfants chez une cousine. Entre-temps, son mari a trouvé le gîte à Champlâtreux dans la famille de son épouse. Bonne écuyère, celle-ci lui rend visite à cheval. Un jour, elle est désarçonnée, son pied reste coincé dans l'étrier et elle est traînée sur une longue distance. Un fémur cassé en trois endroits, une mauvaise opération durant laquelle le chirurgien oublie de lui remettre un petit os … Barbe est condamnée à marcher avec des béquilles, subissant le reste de ses jours grandes douleurs et faiblesses. L'année suivante, tombée d'un escalier, elle se casse à nouveau la cuisse et reste alitée trois mois. Peu après, tombée sur les marches d'une église, on doit la transporter aronio de romblay,belle acarie,barbe avrillot,pierre acarie,champlâtreux,lhuillier,jean pierre acarie,hôtel acarie,maître des comptes,thérèse d'avila,carmel de pontoise,louise de france,de bérulle,de vrière,zouche,de lencquesaingà Paris sur un brancard. Elle est définitivement infirme ...

Quatre années de tourments qui n'empêcheront nullement Barbe d'assurer avec habileté et ténacité la défense de son mari dans les procès engagés par ses créanciers. Bien qu'il soit contraint de se défaire à vil prix de son office de Maître des Comptes, l'immeuble de la rue des Juifs lui est malgré tout restitué et toute la famille peut s'y réunir à nouveau. Le courage et l'intelligence avec lesquels Barbe sut rétablir les affaires de son mari frappent ses contemporains. Cela fit du bruit dans Paris et il fut bientôt à la mode de la connaître. Toujours à l'affût de gens d'esprit, le roi Henri IV [illustration] la rencontre plusieurs fois et s'en montre enchanté !

A 32 ans, elle est toujours aussi belle, gaie et agréable. Malgré ses accidents corporels, elle continue à déployer une grande activité sociale, faisant dire à son propos que de son temps, il ne se faisait rien de notable pour la gloire de Dieu qu'on ne lui en parlât ou qu'on en prît son avis. Marie de Médicis cherche à rencontrer madame Acarie pour se mettre sous sa direction spirituelle, mais Barbe se dérobe à cet honneur avec autant de soin qu'une autre eût mis à l'obtenir. François de Sales et plus tard Vincent de Paul - tous deux futurs saints - sont les hôtes assidus de l'hôtel Acarie. De son côté, aigri et désœuvré, Pierre Acarie devient difficile à vivre, tout en reconnaissant lui-même que si sa femme devenait sainte, il aurait beaucoup contribué à sa sainteté !

Après le regroupement familial à l'automne 1601, Barbe Acarie a connaissance des écrits de Thérèse d'Avila, réformatrice du Carmel en Espagne. Elle n'est pas emballée mais un peu plus tard … la bienheureuse Thérèse apparut à Barbe qui faisait oraison et l'avertit que telle était la volonté de Dieu en ces termes : De même que j'ai enrichi l'Espagne de cet Ordre très célèbre, de même que toi qui restaures la piété en France, tâche de faire bénéficier ce pays du même bienfait. N'osant tout d'abord pas faire état de cette vision, Barbe se confie ensuite à quelques théologiens de son entourage qui lui conseillent de s'ôter cela de l'esprit. Nouvelle apparition quelques mois plus tard de sainte Thérèse qui lui ordonne de fonder le Carmel en France en lui promettant que l'entreprise se réalisera !

T_avila_bLa partie basse, datée de 1954, retrace la vision de Ste Thérèse d'Avila à Mme Acarie en la basilique Saint Nicolas de Port lors du Jubilé de 1602.jpg

Œuvre du peintre lorrain Pierre-Dié Mallet en 1954 pour le 350ème anniversaire de la fondation de l'Ordre du Carmel en France. Elle retrace la vision de Ste Thérèse d'Avila à Madame Acarie en la basilique Saint Nicolas de Port lors du Jubilé de 1602. Debout tenant son chapeau dans la main gauche et récitant son chapelet de la main droite, Pierre Acarie, vicomte de Villemaure. A genoux, en soutane noire avec sa cape et sa calotte, l'Abbé Pierre de Bérulle (1575-1629) [illustration ci-dessous], cousin de Mme Acarie, tient un livre de prière.

Profondément troublée par cette nouvelle vision, Barbe fait part de ce projet de fondation à deux PierreDeBerulle.jpgprincesses de la maison d'Orléans-Longueville, mesdames de Longueville et d'Estouteville, qu'elle venait solliciter incidemment pour une bonne œuvre. A sa grande surprise, le projet est chaleureusement adopté par les deux altesses qui se chargent d'aller elles-mêmes solliciter la permission au Roi. Alors que tout semblait la devoir faire refuser, le Roi donne l'autorisation de fonder des monastères de Carmélites dans son royaume ! Confondus par tant de facilités, les hommes de Dieu y voit cette fois-ci une marque incontestable de la volonté divine.

Juin 1602, des décisions importantes sont prises : le premier monastère sera établi à Paris et l'on introduira en France des mères espagnoles qui serviront de modèles. Puis, Barbe a une nouvelle vision : Dieu me fit voir qu'Il voulait que je fusse religieuse en cet Ordre et sœur laie [converse]. Etre sœur laie et non sœur du cœur attriste beaucoup Barbe parce qu'elle ne pourrait pas chanter avec les autres sœurs.  

Le 3 novembre 1603, le pape Clément VII accorde la bulle d'institution. La construction du premier Carmel a lieu dans le prieuré Notre-Dame des Champs, faubourg Saint-Jacques à Paris. Tout en dirigeant les travaux avec douceur et célérité, Barbe constitue l'équipe qui doit ramener d'Espagne six img-2.jpgcarmélites ayant vécu avec Thérèse d'Avila [ci-contre] et donc imprégnées de sa spiritualité. Deux mois à peine après l'arrivée des mères espagnoles, le succès est tel qu'il est nécessaire d'ouvrir un second Carmel. Barbe Acarie choisit Pontoise. A l'automne suivant, un troisième Carmel est organisé à Dijon. En 1606, elle choisit d'implanter le quatrième à Amiens, le cinquième en 1608 à Tours et l'année suivante, un sixième à Rouen ! Parmi les premières novices, on distingue la marquise de Bréauté, mademoiselle de Brissac, fille unique de Charles de Cossé, duc de Brissac et maréchal de France, Marie-Sylvie de La Rochefoucauld, sœur du cardinal, etc.

Toute à ses affaires du Carmel, Barbe continue néanmoins à remplir aronio de romblay,belle acarie,barbe avrillot,pierre acarie,champlâtreux,lhuillier,jean pierre acarie,hôtel acarie,maître des comptes,thérèse d'avila,carmel de pontoise,louise de france,de bérulle,de vrière,zouche,de lencquesaingses nombreuses obligations dans le monde et s'emploie même à aider madame de Sainte-Beuve [à gauche] à fonder l'ordre des Ursulines, destinées à l'éducation des jeunes filles. Sans jamais se plaindre, elle s'occupe de son mari tout en supportant les taquineries et incartades que ce dernier, l'âge aidant, lui prodigue. Sans y être aucunement poussées, leurs trois filles entrent au Carmel.

Pierre Acarie meurt le 17 novembre 1613 après une pénible maladie pendant laquelle Barbe, toute malade qu'elle est également, l'assiste affectueusement. Après avoir réglé la succession de son défunt mari, ne gardant pour elle qu'une rente viagère qu'elle offre le surlendemain au Carmel, Barbe entre au Carmel d'Amiens le 14 février 1614 comme sœur converse en prenant le nom de Sœur Marie de l'Incarnation. Dieu lui accordait ce qu'elle avait toujours si ardemment désiré, être servante des servantes de Dieu. Elle aide à la cuisine et sert à tout ce qu'elle peut. Il faisait bon la voir ainsi et entendre les paroles embrasées qu'elle disait en frottant et nettoyant les écuelles et les pots, cherchant des inventions pour les faire bien nets. Contrairement à la règle du silence, la supérieure lui commande de parler aux novices et aux autres sœurs. Elle avait un don particulier pour affermir les faibles et les assurer contre les tentations et les scrupules.

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Sa santé se dégrade à nouveau. Elle guérit miraculeusement d'une terrible hémorragie. Le jour des Rameaux 1615, elle est d'un froid de mort par tout le corps … ne lui restant plus de chaleur de l'estomac jusqu'au cœur. Son confesseur et la prieure lui ordonnent de demander à Dieu de ne pas encore mourir. Aussitôt, la chaleur revient dans son corps.

Elue prieure à l'unanimité lors de nouvelles élections, Barbe refuse cet honneur puisque Dieu lui avait fait savoir que je fusse religieuse en cet ordre et sœur laie. Une sœur converse ne peut être prieure. Bien peu maternelle, la nouvelle prieure du Carmel d'Amiens gouverne d'une main de fer, à la turque comme on disait à l'époque. Elle interdit à Barbe d'encore guider ses consœurs, ceci sans pouvoir prévenir quiconque ! Vers la Toussaint 1616, sœur Marie de l'Incarnation est transférée au Carmel de Pontoise. Reçue avec ferveur, elle autorisée à prodiguer à nouveau ses conseils tant aux novices qu'à la prieure. Tout est paix.

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Née à Paris en 1592, Geneviève Acarie, la troisième fille de Barbe, entra chez les Carmélites en 1607 et prit le nom de Geneviève de Saint-Bernard. Elle fonda le couvent des Carmélites de Chartres et devint prieure de celui de Sens où elle mourut le 12 septembre 1644. 

Février 1618, elle tombe gravement malade, atteinte d'hémiplégies par ramollissement rouge pneumonique, en jargon médical moderne. Si vous voyiez ce que je souffre, vous auriez pitié de moi, et plus de ce qui est intérieur que ce qui paraît au dehors ! Le 18 avril, au moment précis où son confesseur lui administre l'Extrême Onction, Barbe rend son âme à Dieu. Avant de réciter la prière des défunts, le confesseur se retourne vers la communauté : A l'instant où je vous parle, la défunte jouit déjà de la vue de Dieu. Barbe avait cinquante-deux ans. Au dehors, la rumeur se propage rapidement. carmel-pontoise-92.jpgLes uns et les autres s'écrient : La sainte est morte, la sainte est morte !

Son corps repose au monastère de Pontoise [ci-contre]. Très vite, les miracles se multiplient autour de sa tombe. A la demande de son fils aîné, grand vicaire de Rouen, les enquêtes juridiques d'usage sont ouvertes dès 1622 mais la cause n'aboutira qu'à la fin du XVIIIème siècle, sur les instances mêmes de la princesse Louise de France [illustration ci-dessous]. Août 1791, au cours d'une cérémonie dans la basilique Saint-Pierre à Rome, Pie VI déclare sœur Marie de l'Incarnation bienheureuse, bel exemple infligé aux Français plongés dans le désordre religieux provoqué par la Révolution.

madame Louise.jpg

Née le 15 juillet 1737 à Versailles, Louise-Marie de France, dite Madame Louise, était la plus jeune des enfants de Louis XV et de Marie Leszczyńska. En 1770, alors que la cour prépare le mariage du futur Louis XVI et de Marie-Antoinette, à la stupéfaction générale, Louise sollicite de son père l'autorisation de se faire carmélite. Sa phrase "Moi carmélite et le roi tout Dieu" témoigne de sa croyance sincère. Comme nom de religieuse, elle choisit Thérèse de Saint-Augustin en hommage à sainte Thérèse d'Avila. Elle mourut le 23 décembre 1787, quelques mois seulement avant la révolution qui allait chasser sa dynastie. Ses derniers mots furent "Au paradis ! Vite ! Au grand galop ! " A droite : Visite de Louis XV à Madame Louise de France au carmel de Saint-Denis. Huile de Maxime Le Boucher.

Barbe laissera un traité spirituel à l'intention de ses cousins et cousines d'aujourd'hui : Les vrays exercices de la bienheureuse Marie de l'Incarnation, composez par elle-mesme, très propres à toutes âmes qui désirent ensuyvre sa bonne vie.

Requiescat in pace !

Nicolas van Outryve d'Ydewalle

28/01/2012

La bible manuscrite (1372) de Jean de Vaudétar, valet de chambre des rois de France Charles V et Charles VI, ancêtre de Marie Aronio de Romblay (1843-1926)

Après la "belle Acarie", née Barbe Avrillot, une cousine carmélite qui introduisit le Carmel en France
en 1604 et Barthélemy Alatruye, haut fonctionnaire sous Philippe le Bon, magnifiquement peint
avec son épouse par le Maître de Flémalle, l'ascendance de Marie Aronio de Romblay,
mère des branches Emmanuel, Stanislas, André et Marie-Thérèse van Outryve d'Ydewalle,
est un véritable régal en matière d'histoires illustrées.

Les Vaudétar ? Originaires de Lombardie où les ducs de Milan leur avaient attribué des terres - d'où le patronyme de Valdetar ou Valdetor, provenant de val dell'taro, val des terres, francisé en Vaudétar - ilsaronio de romblay,belle acarie,avrillot,alatruye,meersman westreenen,jean de bandol,ghini malphigi,valdetor,bible historiale,charles v,carmel,baillet,des essarts,des landes,nicolas rollin,de chanteprime,de dormans, van outryve d'ydewalle apparaissent au début du XIVième siècle sur le territoire d'Issy-les-Moulineaux aux portes de Paris. La famille connaît une remarquable ascension. L'abbaye de Saint Magloire à Paris lui cède ses droits seigneuriaux et lui confie l'administration de ses terres à Issy. Comme la plupart des administrateurs de biens d'église, les Vaudétar joueront sous les premiers rois Valois un rôle important au Parlement de Paris. Charges de cour ou de robe : échevins, bourgeois ainsi que chevaliers ès lois, magistrats et ecclésiastiques.

Le plus connu, Jean de Vaudétar [ci-contre], est valet de chambre des rois de France Charles V et Charles VI. Valet de chambre ? Une fonction de cour qui apparaît à la fin du Moyen-Âge, permettant à certains de ses titulaires de devenir intimes du roi. Au siècle des Lumières, Saint-Simon ne comparait-il d'ailleurs pas les valets de chambre royaux à ces puissants affranchis des empereurs romains à qui le Sénat et les grands de l'empire faisaient leur cour ?

L'intérêt de cette rubrique familiale ? Une très belle enluminure provenant du musée Meerman-Westreenen à La Haye, extraite de la bible manuscrite dite de Jean de Vaudétar que celui-ci présenta à son roi Charles V le jour de Pâques, un 28 mars 1372. L'artiste ? Iohannes de Brugis, pictor regis, fecit : Jean de Bandol, attaché à la cour de France, l'un des miniaturistes les plus raffinés de son temps, peintre flamand de l'école de Bruges, d'où son surnom de Jean de Bruges.

A vous, Charles, roy plain d'onnour, qui de sapience la flour estes sur tous les roy du monde, presente et donne cestui livre et à genotz cy le vous livre Jehan Vaudetar, votre servant, qui est cy figuré devant. Un certain Raoulet d'Orléans, scribe royal et rédacteur de la bible, est l'auteur de cette charmante dédicace de présentation pour le compte de Jean de Vaudétar.

Jean de Vaudétar offre un livre à Charles V de France, illustration de la bible historial.jpg

Présentation d'une bible "historiale" [bible traduite du latin en français, enrichie de nombreuses enluminures et de commentaires historiques] par Jean de Vaudétar au roi de France Charles V. Enluminure du miniaturiste brugeois Jean de Bandol, peintre à la cour de France. En homme cultivé, Charles V organise la première bibliothèque royale qu'il fait installer en son palais du Louvre,
une collection comprenant environ 1.200 volumes.

Six siècles et pas moins de quatorze générations séparent Jean de Vaudétar de sa p'tite fiotte Marie Aronio de Romblay [illustration de droite] et nombreux sont les quartiers généalogiques méritant quelques détoursmaria aronio2.JPG en matière d'histoires illustrées.

Le premier Vaudétar connu en France, Leandro de Valdetor, arrive au pays vers 1325. Sa femme Leonora Ghini, issue d'une famille de banquiers florentins, est la nièce du cardinal Andrea Ghini-Malphigi cardinal Ghini2.jpg(+1343) [ci-contre], évêque d'Arras et de Tournai et familier du roi Philippe VI. Leur fils Guillaume, père de notre Jean de Vaudétar, épouse en 1338 Yolande de Melun dont l'ascendance remonte à Guillaume-le-Conquérant ainsi que Charlemagne et bien au-delà.

Perrette de Vaudétar (+1549), première du nom dans l'ascendance Aronio, est l'épouse de Nicolas Avrillot. Ils sont tous deux les grands-parents de notre cousine Barbe, alias madame Acarie (1566-1618), fondatrice du Carmel en France.

Notaire et secrétaire du roi ainsi que conseiller au Parlement de Paris, Nicolas Avrillot est seigneur de Champlâtreux, propriétaire du château du même nom qui sera reconstruit et remplacé par une demeure plus vaste, anciennement résidence de campagne des Molé, célèbre famille de parlementaires parisiens, aujourd'hui propriété des Noailles.

La mère de Perrette, née Antoinette Baillet, descend d'une famille de maîtres des requêtes, de conseillers et de trésoriers royaux. Son aïeul Henri Baillet (°1320) est le gendre de Pierre des Essarts, bourgeois nanti et proche conseiller financier de Philippe V, Charles IV et Philippe VI. Gérant les finances des deux derniers Capétiens et du premier Valois, il se retrouve en première ligne lors des manipulations monétaires destinées à procurer à l'État de nouvelles ressources. A la suite de l'humiliante défaite contre les Anglais à la bataille de Crécy (1346), on cherche des boucs émissaires. Rendu responsable du mauvais gouvernement, Pierre des Essarts est jeté en prison avec d'autres banquiers proches du pouvoir. Il en ressort sans être condamné ni acquitté mais meurt deux ans plus tard de la peste, en 1349.

02 La vierge au chancelier Rollin, détail Rollin.jpgL'épouse de notre Jean de Vaudétar, Pernelle des Landes, a une nièce, Marie (+1410), femme du célèbre Nicolas Rolin, chancelier du duc de Bourgogne Philippe le Bon, sous les ordres duquel officiait notre aïeul Barthélemy Alatruye. Il est représenté ici dans le magnifique tableau de ]an van Eyck, La Vierge au chancelier Rolin. Un cousinage par alliance sans doute un peu lointain mais bien réel !

Pierre de Vaudétar, fils de Jean et de Pernelle des Landes, est comme son père valet de chambre du roi Charles VII. Il est marié àaronio de romblay,belle acarie,avrillot,alatruye,meersman westreenen,jean de bandol,ghini malphigi,valdetor,bible historiale,charles v,carmel,baillet,des essarts,des landes,nicolas rollin,de chanteprime,de dormans, van outryve d'ydewalle Marguerite de Chanteprime, nièce par sa mère de Jean de Dormans (+1373) [ci-contre]. Docteur en droit canonique, cumulant fonctions juridiques, administratives et religieuses, il est successivement avocat au Parlement de Paris, évêque de Lisieux puis de Beauvais, conseiller du dauphin, le futur Charles V, chancelier de France, négociateur au traité de Brétigny, ambassadeur auprès des Anglais. Pour conclure, le pape Urbain V l'élève au rang de prince de l'Eglise en tant que cardinal de Beauvais. Un an avant sa mort, il fonde à Paris le Collège de Beauvais qui recevra quelques pensionnaires dont l'histoire retiendra les noms : Racine, Nicolas Boileau, Charles Perrault, Cyrano de Bergerac.

Le roi Charles V meurt le 16 septembre 1380. Il aura rédigé son testament un an auparavant : A nos amez et féaux conseillers ..., suivent les noms des différents personnages de sa cour, évêque, chancelier, boutillier, premier chambellan, confesseur, maître de comptes, sous-aumonier ainsi que ... Jehan de  Vaudetar et Gile Malet, nos valets de chambre ordinaire et commis exécuteurs de par nous sur le fait et accomplissement de notre testament ... mandons à tous à qui il appartiendra que sur toutes ces choses par eux vous soit obey sans contredit ...

Fin de cette petite chronique de famille ... en attendant d'autres ?

Nicolas van Outryve dYdewalle

 

27/01/2012

Les tourments révolutionnaires de Marie-Julie Aronio, arrière-arrière-grande tante de Marie Aronio de Romblay (1843-1926)

Marie-Julie Aronio (1740-1820) est l'épouse d'Augustin-Théodore van Zeller[armoiries ci-contre], 545px-Blason_famille_fr_van_Zeller_d'Oosthove_svg.jpgseigneur d'Oosthove, marguillier de l'église de La Madeleine à Lille [illustration] ainsi qu'échevin de cette ville. Survient la Révolution de 1789 et ses inconvénients majeurs - la guillotine ou le cachot humide à l'avenir très220px-Lille_Ste_Marie_Madeleine.jpg incertain - contraignant ce dernier à émigrer, abandonnant derrière lui femme et enfants.

On sait qu'un aristocrate émigré se voyait en principe confisquer tous ses biens. Par contre, celui qui restait était quant à lui le plus souvent dépossédé. En outre, il devait le cas échéant prouver qu'il n'avait pas été porté sur la liste des émigrés. Témoin, cette enquête de police se rapportant à Marie-Julie Aronio à qui l'on réclame un certificat authentifié de résidence ininterrompue dans sa commune d'origine !

"Aujourd'hui, vingt cinq fructidor an six de la République française, une et indivisible, en vertu de la lettre Directoire exécutif près l'administration centrale du département du Pas-de-Calais, par laquelle il charge l'Administration municipale du canton de Saint-Venant de s'assurer de l'autenticité du certificat de résidence délivré par cette administration à la citoyenne Marie-Julie Oronio [sic], épouse du citoyen Vanzeler, sur l'attestation des citoyens Louis Dubois, Jacques Delplace et Quentin Obry, tous trois cultivateurs en la commune de Vendin, nous, Jean Barra, commissaire nommé par l'administration à effet d'entendre les témoins ci-dessus repris, et Louis Fardel, commissaire du Directoire exécutif près laditte administration, les dits témoins ayant été invités de se rendre au lieu des séances de cette administration et s'i étant présenté, nous avons procédé à leur audition."

Le citoyen Dubois est entendu le premier. "Lui ayant demandé s'il affirmait que la dite Oronio avait résidé dans la commune de Vendin sans interruption, depuis le 1er may 1792 jusqu'au 4 thermidor an 5 ? A répondu l'avoir vu de temps pendant ce laps de temps [sic]. A lui demandé pourquoi cette femme n'a pas été mis en arrestation à l'époque où tous les ci-devant nobles y ont été mis, en vertu d'arrêté des Représentants du peuple ? A répondu qu'en sa qualité de maire de cette commune à laditte époque, elle s'était jetté dans ses bras, et que par humanité il ne l'avait pas déclaré au ci-devant district de Béthune."  

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Les Aronio auront survécu à la Révolution, témoin cet extrait d'état civil :
"L'an dix-huit cent quatorze, le vingt sept novembre à dix heures du matin,
par devant nous Marie Joseph Jerome Aronio, Adjoint au Maire de Lille,
faisant fonction d'Officier de l'état civil, sont comparus ..."

Le citoyen Quentin Obry s'étant présenté, "a répondu qu'il l'affirmait, mais quelle n'avait pas toujours resté au château, qu'elle résidait tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, dans différentes maisons de la commune, mais en cachette, à cause de la terreur, et que pas six personnes de la commune en étaient instruites."

Le citoyen Jacques Delplace "a répondu oui, mais pas toujours au château, qu'il lui avait donné couverture et cela par humanité, que cette femme craignait d'être guillotine parce que son mari était émigré, qu'elle se mettait à merci, qu'elle pleurait et qu'ils en ont eu pitié. On lui a demandé pourquoi elle s'était présenté à eux de préférence aux autres habitans de la commune pour venir à l'administration attester sa résidence ? A répondu que c'est parce qu'ils étaient officiers municipaux à l'époque de la Terreur, et qu'elle ne connaissait qu'eux dans la commune."

L'enquête se clôture le 11 septembre 1798 "… de tout quoi, nous avons dressé le présent procès-verbal, les jour, mois et an susdits."

Nicolas van Outryve  d'Ydewalle

© Archives départementales du Nord, Généalogies Lilloises de Paul Denis du Péage