Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Mes histoires d'autrefois - Page 7

  • Si l'Almanach de Saint-Pétersbourg m'était conté …

    Prestigieux prédécesseur des "Carnet Mondain", "High Life" et autre "Bottin Mondain",
    l'annuaire de la bonne société russe paraît pour la dernière fois en 1913,
    la guerre puis la Révolution bolchevique mettant brutalement ses membres aux abonnés absents.  

    Témoin d'une époque cruellement vécue par les très rares survivants d'aujourd'hui, l'Almanach de Saint-Pétersbourg constitue un émouvant livre de souvenirs où la mémoire des disparus côtoie le caractère suranné et désuet de ses annonces publicitaires ...

    Sous-titré Cour, Monde et Ville, il s'adresse tant à la société russe qu'aux étrangers en séjour en Russie à la "merci des guides et commissionnaires d'hôtel", annomod_article4675255_1.jpgnce-t-il en préambule. Au prix de 4 roubles à Pétersbourg, 8 marks à Leipzig ou Vienne, 10 francs à Paris, on pouvait également se le procurer à Londres, New York ou Washington.

    A tout seigneur tout honneur, la rubrique Cour est consacrée à la famille impériale : Sa Majesté Impériale Nicolaï Alexandrovitch, Empereur et Autocrate de toutes les Russies, tsar de Moscou, Kiev, Vladimir, Novgorod, etc., seigneur des pays d'Iverie, Cartalinie, Karbardinie, etc., souverain des princes circassiens et montagnards, etc., bref, un relevé géographique sinon topographique des glorieuses possessions de l'empire russe, suivi d'une longue litanie d'altesses impériales, les Augustes Membres, dont certaines périront tragiquement quatre ans plus tard sous la faucille et le marteau bolcheviques.

    A la Cour du tsar sied une publicité de standing : fournisseur des Cours d'Angleterre, de Grèce et d'Espagne ainsi que celle du roi du Siam, le bijoutier Cartier se rappelle au bon souvenir de sa clientèle impériale, tandis que la maison Heidsieck propose ses grands vins de Champagne en Monopole sec, Goût américain et Monopole brut.

    Les Frederiks.jpgtitulaires des Charges de Cour - chambellan, grand-maître, grand-maréchal, grand-veneur, écuyer, dame et demoiselle d'honneur - sont innombrables, tous portant des noms chargés d'histoire sans qui l'empire ne serait pas. A leur tête, le vieux comte Frédericks, ministre de la Cour Impériale et des Apanages, chef de la Maison Militaire de Sa Majesté l'Empereur. Il dispose d'une ligne téléphonique directe, le 1-20, coupée depuis près d'un siècle.

    Les pages de l'Almanach se rapportant au Corps diplomatique nous apprennent que le royaume de Belgique est représenté par le comte Conrad de Buisseret Steenbecque de Blarenghien, ministre plénipotentiaire, assisté de Bernard de l'Escaille et de Florent de Selys de Fanson, respectivement conseiller et secrétaire. Mais on est surpris d'apprendre que nos diplomates ne reçoivent que de 13.30h à 15h, alors que la légation du shah de Perse affichent ses heures de chancellerie de 10h à 17h ! La comtesse Frédéric de Pourtalès, épouse de l'ambassadeur du Kaiser à Saint-Pétersbourg, doyen du corps diplomatique, reçoit le lundi au 41, rue Morskaïa. Originaire du duché de Mecklenbourg-Schwerin, l'on sait que ce Pourtalès prussianisé est issu de l'émigration française de 1789.

    Précédant la liste mondaine, la rubrique Nécrologie nous renvoie à la pieuse mémoire des chers défunts dont Maria Tolstoï,maria tolstoï.jpg une mienne aïeule maternelle, décédée en son couvent le 5 avril 1912, deux ans après son illustre frère l'écrivain. Mariée très jeune à un cousin Tolstoï, du genre "Henry VIII campagnard et déplaisant" selon un mot de Tourguéniev qui la poursuivit aussi de ses assiduités qui ne furent pas que littéraires, elle rompt à la naissance de son quatrième enfant, bien décidée à ne plus être la "première sultane du harem" de son despote de mari qui s'affiche ouvertement avec ses différentes maîtresses. Reprenant goût à la vie, elle rencontre un beau Suédois dont elle aura une fille, au grand dam de son frère Léon : "Gentille, gentille et mille fois chère amie Machenka,  j'ai pleuré et pleure encore en t'écrivant …" Après un temps d'errance, elle retrouve paix et sérénité au couvent de Schamordino où elle passera les dernières années de sa vie comme nonne. A l'image de certaines tsarines veuves ou répudiées, il était courant pour un veuf ou une veuve de la bonne société russe d'entrer dans les ordres, si pas de fonder soi-même un couvent avec ses propres deniers. Un salut de l'âme assuré !

    "Nous avons cru devoir supprimer la particule de devant les noms de familles russes", déclare l'Almanach avec moultes précautions. Partie intégrale du nom, elle ne peut précéder un nom russe, sauf lorsqu'il est d'extraction étrangère et que la particule sert à démontrer la noblesse dans le pays d'origine. "Cependant, nous admettons fort bien qu'à l'étranger beaucoup de Russes tiennent à indiquer extérieurement leur classe, c'est à dire en traduisant leur état de noble par la particule de, le cas échéant von," conclut l'Almanach.

    C'est donc avec la particule qu'est repris Jacques de Danzas, gentilhomme de la Chambre de S.M. l'Empereur. Descendant d'un émigré alsacien à la Révolution française, un grand-oncle ami et témoin officiel de Pouchkine lors de son duel en 1837 et aujourd'hui, une noria de camions français des Transports Danzas que l'on croise régulièrement sur nos routes. Le pedigree de madame Charlotte de Bodisco vaut son pesant de quartiers : les Bodisco se rattachent à un Piter Bodisco, originaire de Venise mais vivant à Bruges à la fin du XVIe siècle. Un descendant à la 5e génération, agent commercial pour le compte de Pierre le Grand, émigre en Russie, y fait souche et est anobli, engendrant des conseillers d'Etat, un ambassadeur, deux généraux et un contre-amiral.

    "N'oubliez jamais que chaque visite au théâtre équivaut à une tension de nerfs et que, faute de conversation animée, tout le monde a l'air fatigué et peu à son avantage," diagnostique l'Eau de Cologne 4711 qui ajoute : "Vous pouvez même vous en servir pendant la représentation, votre voisin n'en ressentira pas désagréablement l'odeur." Et de citer d'illustres utilisateurs : l'empereur d'Autriche, la reine mère d'Italie et le shah de Perse !

    La société russe se décline diversément, qu'elle soit issue de plus de mille ans d'histoire ou tout simplement péripétie ou soubresaut de la petite histoire si pas de fugitives histoires d'alcôves. Au départ des familles princières rurikides Obolensky, Gagarine, Schakovskoy et autres Scherbatov, nées de Rurik, fondateur de l'empire en 862, au comte Bobrinsky, fruit des amours secrètes de Catherine de Russie et de son favori du moment Grigori Orlov, bien des noms répertoriés dans l'Almanach de Saint-Pétersbourg battent le rappel d'un passé historique mouvementé.

    Alexandre Alexandrovitch Pouchkine, fils du grand poète et dont l'unique descendant porteur du nom vit aujourd'hui paisiblement à Bruxelles, tout en cousinant avec certains Mountbatten britanniques. Rostopchine, du nom de celui qui fit brûler Moscou lors de l'invasion des troupes napoléoniennes et qui nous légua sa fille, la comtesse de Ségur, dont les talents littéraires firent battre le cœur de nos grands-mères. Les comtes baltes von Sievers dont est issu Alexandre von Sievers, acteur de théâtre bien connu chez nous.

    Suivant l'usage protocolaire, le prince Wladimir Anatoliévitch Bariatinsky, aide de camp général de l'empereur et attaché à "l'Auguste Personne de S.M. l'Impératrice Marie Féodorovna", est qualifié de Haute Excellence. Issue de Yaroslav-le-Sage dont la fille Anne devint reine de France en 1050, la mouvance Bariatinsky remplit plusieurs recueils généalogiques dans lesquels s'égrène un chapelet de cousins-cousines belges : Coninck de Merckem, Harou, Hennin de Boussu Walcourt, Misson, Outryve d'Ydewalle, Regout, Terwangne, Valcke, etc., apparentés au-delà des générations et des frontières à quelques noms des plus fréquentables, Battenberg, Metternich, Pouchkine, Sturdza, Alexandre de Yougoslavie, les enfants du premier mariage de l'archiduc Rodolphe d'Autriche, sans oublier l'altière Denise Sauvage de Brantes, épouse d'un certain Valéry Giscard d'Estaing ...

    La vue courte ? Lunettes, pince-nez, faces à main, jumelles de théâtre, l'opticien M., commissionnaire des universités de Moscou et d'Odessa nous étale ses articles. Au cinéma ce soir ? Sur commande : séances cinématographiques dans les "maisons particulières, sous la direction de mécaniciens experts, lanternes de projection fixes, programmes des plus choisis." Besoin de domestiques et de buffetiers pour vos dîners, soirées ou bals ? Rien de plus simple : adressez-vous à Théodore Zeest, ancien chef de cuisine de feu le grand-duc Alexis Alexandrovitch, affecté au Yacht Club Impérial.

    P1050817.jpgIl y a longtemps que la ligne 18-45 ne répond plus au magnifique palais des princes Youssoupov, parents du jeunfelix-youssoupov-3-serov.jpge Félix, 26 ans en 1913 et futur assassin du staretz Raspoutine ! Les Youssoupov passaient pour être plus riches que les Romanoff. Le père de Félix ne jouissait-il pas, selon le bon mot d'un grand-duc, d'un "crédit illimité avec trois titres d'emprunt" ? En effet, la mère de Félix, dernière porteuse du nom, avait épousé le fils d'un enfant naturel - affirmait-on en coulisse - de Frédéric-Guillaume IV de Prusse. Celui-ci reçut un nom, épousa une comtesse, en prit le nom et le titre. Le fils, comte, épousa la dernière princesse Youssoupov et en prit le nom et le titre. Ainsi va la généalogie !

    Snobisme oblige, madame veuve Nathalie Alexeïevna B. signale à l'attention du lecteur que sa propriété de campagne appartient à la famille "depuis plus de 400 ans", tandis qu'un certain Arthur Macpherson se proclame "british subject, prominent money broker" et "great supporter of all kind of sports".

    Une princesse Schakovskoy rappelle avec dignité que feu son mari, officier de marine, a sombré en 1905 à bord du navire de guerre Petropavslosk en rade de Port-Arthur, lors du sanglant conflit avec le Japon. Le prince Alexandre Nicolaïevitch Obolensky, préfet de Saint-Pétersbourg durant la guerre, subira les foudres de l'impératrice : "Obolensky est un imbécile, s'insurge-t-elle dans une lettre au tsar, c'est un vrai scandale : on ne peut plus trouver de farine en ville et les gens font la queue devant les boutiques, l'organisation est détestable ..."

    Coincée entre les rubriques Leçons de piano et Légumes séchés, Alexandra Olsoufiev propose ses services de lectrice pour "vos après-midi de tricots". Plus loin, une Elisabeth Müller se dit très recommandée comme masseuse, du temps où cette profession n'avait pas encore été détournée de son appellation première. Et madame Badière, modiste à Paris, de proposer ses "boas pour dames, coiffures de théâtre, manchons et plumes, fleurs artificielles pour chapeaux et robes de bal."

    Certaines publicités nous laissent perplexes : une machine de nettoyage par le vide, servant également au massage et à la désinfection, ainsi qu'un laboratoire médical vantant ses services tant pour les embaumements que pour l'examen hygiénique et chimique des aliments !  

    Ce220px-War_and_peace_1956.jpg ne sont pas tant les noms ni les alliances qui constituent le prestige de la noblesse russe mais bien la distinction de l'origine et l'ancienneté du nom. Aussi, en province, sait-on faire la différence entre les mérites généalogiques et l'antiquité d'un nom, même sans titre. Les Soukhotine sont de ceux-là, comme Michel Sergueïvitch Soukhotine, gendre de Léon Tolstoï et membre de la Douma d'Empire. Aujourd'hui, son arrière-petite-fille Lisa fut la dernière épouse de feu l'acteur Mel Ferrer qui joua en son temps dans le film Guerre et Paix le rôle du prince Bolkonsky, alias Nicolas Volkonsky, grand-père de Léon Tolstoï. On connaît l'épilogue du film : Bolkonsky-Ferrer tombe amoureux de l'héroïne du roman, la belle Natacha Rostov, à la ville Audrey Hepburn qui deviendra son épouse ! Certains quartiers Soukhotine pourraient faire pâlir les âmes prudes : Grigori Potemkine, prince, amant et grand favori de Catherine II de Russie ; Vassily Davydoff, décabriste exilé en Sibérie après sa participation au complot avorté de décembre 1825 contre le nouveau tsar Nicolas Ier ; Serge Soukhotine, coauteur dans l'assassinat du moine Raspoutine …

    Nicolas Alexeïevitch Maklakoff est ministre de l'Intérieur, ce qui lui vaut à la Révolution le privilège d'être fusillé par les Bolcheviques, Marie Maklakoff.jpgavides de liquider les suppôts sanguinaires du tsarisme abhorré. Née princesse Obolensky, son épouse réussit néanmoins à émigrer hors de Russie et à s'installer dans le Nord de la France. Enterrée à Menin, sa tombe sera profanée cinquante ans plus tard, provoquant la une d'un journal west-flandrien local : "Qui a détruit la tombe d'une princesse russe ?" Le coupable court toujours.

    Serge Victorovitch Spetschinsky est officier au Régiment des Gardes à Cheval à Saint-Pétersbourg ; son épouse, née princesse Galitzine, est dame d'honneur à la Cour. En émigration, leur fils Victor aura été président de l'Union de la Noblesse russe en Belgique, tandis qu'une petite-fille de ce dernier, Laetitia Spetschinsky, est professeure et chercheuse dans le secteur des relations Union Européenne-Russie à l'Université d'Ottignies LLN. Encourageant avec bonheur l'étude des relations du pays de ses ancêtres avec l'Europe occidentale, elle organisa il y a quelques années la venue de l'ex-président Gorbatchev qui fut, quant à lui, le tsar de la Perestroïka.

    Une petite faim ? Des amis à dîner ce soir ? Sous le slogan selon lequel la gourmandise est "un amour raffiné et désordonné de la bonne chère", la maison Aux Gourmets déclare fournir sans concurrence possible "une table nourrissante, fraîche, copieuse et saine, répondant aux exigences les plus raffinées du gourmand contemporain, ainsi qu'un assortiment fin et recherché de produits pour déjeuners, dîners et soupers de gala." Bien avant nos problèmes de traçabilité des produits alimentaires, la maison ne manque pas d'ajouter que "si la gastronomie est la connaissance raisonnée de tout ce qui peut être mangé", le commerce entier se trouve sous la surveillance constante d'un médecin !

    DGolitsyn_COA.jpgescendants du grand-duc Guédimine de Lithuanie, fondateur de la dynastie des Jagellon qui régna sur la Pologne et la Hongrie, les princes Galitzine - du sobriquet Golitsa, gantelet - sont à la généalogie russe ce que les lapins ne sont pas à la myxomatose. Très nombreux, résistants aux outrages du temps et aux aléas de l'histoire, ils ont entrepris d'en rédiger eux-mêmes quelques glorieux chapitres : chef d'armée sous Ivan-le-Terrible, candidat au trône des Romanov, compagnon du jeune tsar Pierre puis feld-maréchal, persécuté par une tsarine, envoyé extraordinaire à Londres, vice-chancelier sous Catherine II, général combattant Napoléon Bonaparte, ministre du tsar Alexandre Ier mais adversaire de Nicolas Ier, protecteur de Beethoven et enfin, commandant en chef des troupes du Caucase … le tout en l'espace de trois siècles.

    Une branche s'établit vers 1820 en France, devenant par la même occasion catholique et châtelaine via des alliances Bertier de Sauvigny, La Roche-Aymon, Grammont, Luynes et d'autres. En 1860, un prince Paul Galitzine est 1er secrétaire de la légation de Russie à Bruxelles. Ses parents et sa sœur Olga résident également dans notre royaume. "Cette jeune altesse slave rencontra dans la société bruxelloise un parfait gentilhomme, le comte Raymond Cornet de Grez d'Elzius", relate Louis Robyns de Schneidauer dans Le Parchemin de février 1937. Le contrat de mariage, passé en 1861 devant notaire, doit être le dernier du genre en Belgique : quelques mois avant l'abolition du servage en Russie, la fiancée n'apportait-elle pas en dot un certain nombre de "villages avec autant de milliers d'âmes" ? Et ils furent heureux, eurent des enfants ainsi qu'une belle descendance, d'Anethan, Bonaert, Broqueville, Carette, Liedekerke, Marmol, d'Ursel, Villegas, à coup sûr bien de chez nous mais dont l'ADN risque d'être fort éloigné du modèle standard !

    En voyage ou en séjour prolongé à l'étranger ? "Nous appelons l'attention du lecteur sur les avantages que l'Almanach présente pour la publicité par le fait qu'il se trouve dans tous les ministères ainsi que dans tous les hôtels fréquentés par la haute société russe et étrangère, et à cause de la vogue dont il jouit", clame-t-il avec fierté. Le Grand Hôtel de Russie à Rome se déclare de "tout premier ordre, fréquenté par la société russe", tandis que l'hôtel de Grande-Bretagne à Cannes, haut lieu de l'aristocratie russe, se décrit comme "l'un des plus beaux hôtels de la Riviera française, fréquenté par l'élite de la colonie étrangère". Précurseur du Guide du Routard pour aristocrate fauché, l'hôtel Anker à Bayreuth conseille de s'adresser par écrit à son Comité de logement en indiquant le prix souhaité par journée ainsi que la durée du séjour.  

    Vous cherchez à vous offrir un pied-à-terre dans l'Allemagne impériale ? Faites appel à l'architecte Ernst B. à Essen : construction de villas, hôtels particuliers et habitations seigneuriales. Plus modeste, la pension von Finck à Berlin, Postdammer Strasse, tenue par Frau von Witzleben, offre "Elektrische Licht, Gute Küche, Fahrstuhl, Beste Gesellschaft, Zentrale Lage" (électricité, bonne chère, ascenseur, société de standing, situation centrale). Problèmes de santé ? La maison St Blasien en Forêt Noire, sous la haute protection de Son Altesse Royale la grande-duchesse Louise de Bade, accepte les maladies des nerfs et du cœur, les affections du tube digestif, l'anémie et autres maladies intérieures chroniques, mais exclue les phtisiques.

    Cher lecteur de l'Almanach, avez-vous une remarque à formuler, une suggestion à faire ? "Prière de bien vouloir noter, soit en français soit en russe, toute communication, modification ou rectification jugée utile, en l'envoyant à la Direction de l'Almanach de Saint-Pétersbourg, Morskaïa 4, téléphone 144-79."

    Edité une première fois en 1910 puis suspendu pour cause de guerre après 1913, l'Almanach de Saint-Pétersbourg n'aura connu qu'une brève existence, toute la bonne société russe disparaissant brutalement dans la tourmente bolchevique de 1917 pour émigrer ensuite aux quatre coins du globe …

    Nicolas van Outryve d'Ydewalle

  • Le tsar Pierre le Grand aux Eaux de Spa

    L'arrivée de Pierre à nos fontaines inaugura pour notre cité une ère de gloire éclatante et de vogue souveraine. La guérison qu'il obtint par nos eaux minérales fut l'attestation la plus précieuse de leur mérite. Ceci est le grand mérite de Spa !

    Le tsar Pierre le Grand effectue un premier voyage en Occident à la fin du XVIIième siècle. Désirant s'initier aux progrès des autres nations en ouvrant la Russie sur l'Europe, il entreprend un second périple en 1717 via la Hollande, chère à ses souvenirs d'apprenti-charpentier, puis prend la route pour la France par Anvers, Gand, Bruges, Dunkerque et Paris où il arrive le 7 mai.

    Six pierre1.jpgsemaines s'écoulent, Pierre ne se sent pas bien. Epuisé par les excès en tous genres et les fatigues répétées, sa santé inspire de vives inquiétudes à son entourage. En accord avec son médecin personnel, la Faculté lui conseille d'essayer les eaux de Spa. Pierre est déterminé à suivre cet avis sans tarder. N'avait-il pas déjà été raffermir une première fois sa constitution ébranlée aux eaux de Carlsbad en 1711 ?

    Il quitte Paris le 20 juin, passe par Soissons et Reims, embarque sur la Meuse à Charleville pour arriver à Givet où il est accueilli par le général-major du Portal, délégué par le comte de Hompesch. Le comte de Lannoy, administrateur de la province, envoie son carrosse à six chevaux, précédé de douze hallebardiers en manteaux neufs pour le transport de Sa Majesté Czarienne.

    Le soir, Pierre fait honneur au repas que le comte de Hompesch a fait préparer au château de Givet. Sa Majesté se montre fort gracieuse envers toute la compagnie et boit plusieurs santez. Le souper est suivi d'un bal où il danse avec les dames de la compagnie, ne se retirant qu'à une heure du matin pour aller coucher dans sa barque.  

    Des consignes assez strictes ont été édictées quant à la manière dont le tsar désire être reçu lors de ses passages dans les villes des Pays-Bas autrichiens. S.M. Czarienne ne veut qu'une escorte de douze cavaliers avec un officier subalterne pour voyager d'une ville à l'autre. Elle souhaite faire ses entrées dans les villes incognito pour éviter l'affluence du peuple ; et à cet effet qu'on ne tire le canon qu'après son arrivée dans son logement et après sa sortie de la ville. Que la bourgeoisie ne se mette pas sous les armes pour la recevoir. Le magistrat pourra cependant luy faire compliment et luy présenter les vins d'honneur.

    Mais ces consignes seront-elles réellement suivies ?
        
    Afin de recevoir le tsar aux frontières de leur province avec les honneurs dus à son rang, les Namurois font affréter deux bateaux sur lesquels ils embarquent quelques députés et une quantité de rafraîchissements. Partis de Namur, ils logent le soir à l'abbaye de Waulsort. Le lendemain matin, estant partis pour Hustir, ils y attendirent Sadite Majesté qui y arriva le mesme jour avec ceux de sa cour sur cinq batteaux et sous une escorte d'un détachement de trouppes de Sa Majesté très chrestienne. Citost que les dits deputez eurent apperçu Sadite Majesté, ils accrochèrent leur batteau à cellui de Sadite Majesté qu'ils complimentèrent en lui présentant les rafreschissements, ce qui luy fut fort agréable.

    Arrêt pour la nuit à la hauteur de Bouvignes. Ils repartirent tous de grand matin et estants parvenus vis à vis du chasteau de Dave, Sa Majesté fut voir ledit chasteau et son jardin avec quelqu'uns de sa cour. La ville de Namur met les petits plats dans les grands : traditionnel combat d'échasses, vins d'honneur, souper magnifique ... Sa Majesté témoigna tant de joie et contentement que ceux de sa cour assurèrent que depuis plus de dix ans ils ne l'avoient vu d'une humeur si gaye et si satisfaite ! Quittant Namur sous une triple salve d'artillerie, le tsar passe devant Huy sans s'arrêter et la nuit venue, dort dans son embarcation entre l'abbaye de Flône et le village d'Engis. Le lendemain, le convoi aborde Chokier, tête de la banlieue de Liège.

    L'empereur avait envoyé un gentilhomme de sa suite à Joseph Clément de Bavière, prince-évêque de Liège alors en résidence à Bonn, pour l'informer de sa prochaine arrivée dans la Principauté où il entendait séjourner quelques semaines. Gros embarras chez monseigneur l'évêque car cela va lui occasionner de grandes dépenses ! Il Portrait-Of-Cardinal-Joseph-Clement-De-Baviere,-Elector-Of-Cologne.jpgsait ce souverain fort puissant, présenté comme plein de fantaisie avec un reste de mœurs barbares et une nombreuse suite de gens d'une conduite fort différente de celle des gens de ce pays, pleins de caprices et de façons étranges.

    Refus poli du Conseil Privé de subvenir à la dépense. Messegnieurs de l'Etat primaire ayant entendu la proposition de M. le chancelier qui leur a communiqué la lettre de S.A.S. Electoralle [le prince-évêque] concernant l'arrivée de Sa Majesté Russienne en ce pays ... étant d'avis que le pays ne peut fournir à la dépense de Sadite Majesté pendant son séjour à Spa à raison que ce bourg ayant été fréquenté comme il peut encore l'être pour ses eaux minérales par plusieurs souverains, ce pays n'est pas et ne peut se mettre en usage de fournir à leurs dépenses.

    Cela n'empêche point le prince-évêque d'inviter les deux bourgmestres de la cité, MM. de Stier et Duchâteau, à organiser les apprêts nécessaires pour recevoir le Czar de Moscovie avec pompe et magnificence. Sous l'autorité du comte de Ventura, son maître d'hôtel, il délègue une grande partie de sa maison à Liège. Compagnie de gardes du corps à cheval avec trompettes et timbales, commandée par le comte d'Argenteau d'Esneux ; carrosses à six chevaux véhiculant gentilshommes et cavaliers de la cour, chevaux de main, écuyers, fourrier, chefs de cuisine, trabans, archers et heyduques, sans oublier les chariots transportant la superbe vaisselle de l'Electeur et tout ce qui devait servir à une journée aussi éclatante.    

    Engelbert de la Naye, ancien bourgmestre de Liège, est également mis à contribution pour aller recevoir le tsar Pierre à Chokier. De son côté, le Chapitre de la Cathédrale délègue le comte de Liedekerke, archidiacre d'Ardenne ainsi que le baron de Berlaymont et Mathias Clercx, respectivement archidiacres du Hainaut et du Condroz.

    Alors que l'arrivée du tsar est signalée par trois salves d'artillerie tirées de la citadelle, la petite flottille débarque en face de l'église des Augustins où le tsar est complimenté en latin par H. de la Naye, chanoine de la Cathédrale, au nom de S.A. Electorale et en hollandais par M. de Stier, langue dont il avait acquis l'usage depuis son séjour à Saardam. Comprenant néanmoins bien le français, le tsar avait tenu, grandeur oblige, à disposer d'un interprète. C'est le prince Kourakine, son ambassadeur à Paris, qui répond dans les termes les plus bienveillants au nom de Son Altesse. Composé de personnes de première distinction, le cortège se rend au Palais Episcopal où est servi un vin d'honneur, offert par les Bourgmestres, suivi d'un solide banquet qui réunit les notabilités de la capitale.

    Refusant comme à Paris d'occuper les appartements qu'on lui avait préparés, Pierre s'installe pour la nuit à l'Hôtel de Lorraine, situé Place Verte, où le comte de Verita fait dresser les tables pour y faire servir le souper de Sa Majesté et de sa suite. La vaisselle d'argent de l'Evêché et celle de la famille van den Steen de Jehay contribuent avec faste à l'apparat et au luxe de l'événement. Eclairées par des pots à feu, les armes du tsar et celles de l'Electeur ornent les façades de l'Hôtel de Ville et de plusieurs monuments. Le temps est superbe, la nuit brille des lumières de fusées du feu d'artifice. Le bruit des canons, le son des cloches et des carillons des églises de la cité principautaire, frappent les airs ...

    Le lendemain de grand matin, après avoir visité plusieurs houillères des environs de Liège, le tsar prend la direction de Spa, escorté par un corps de fantassins liégeois qu'il retiendra pendant toute la durée de son séjour aux eaux.

    L'arrivée d'un tsar de Russie dans leur région avait quelque chose de si extraordinaire que les Spadois ne purent d'abord croire à la nouvelle. A cette époque, les chemins qui y conduisaient sont des moins praticables, ce qui nuit d'ailleurs considérablement à la prospérité de l'endroit. Le bourg compte à peine 300 maisons, la plupart étant des masures en plâtrage. Mais des obstacles aussi légers ne peuvent arrêter le Conquérant des steppes du Nord ! Une grosse fouder de vieux vin du Rhin, expédiée à la hâte par les magistrats de la ville de Liège à leurs collègues désargentés de Spa, sert de vin d'honneur à l'occasion de l'arrivée de Pierre.

    A peine installé au bord de ces fontaines dont il attend une guérison avec son impatience habituelle, le tsar commence sa cure. Dès le lendemain de son arrivée et les deux jours suivants, il commence par boire l'eau du Pouhon puis, sur recommandation de son médecin personnel, il s'essaie à l'eau de la Géronstère malgré un difficile trajet d'accès d'une durée de près de cinq quarts d'heure.

    Mais l'empereur n'est pas homme à respecter longtemps un régime, il lui en coûte de déroger à son train de vie habituel ! Ne voit-on pas un matin le tsar boire jusqu'à vingt et un verres d'eau, ce qui a pour effet de le mettre en excellent appétit ? Immédiatement après dîner, il ingurgite six livres de cerise et une douzaine de figues. Il fallait la constitution de ce monarque pour ne pas sentir de suites funestes de cette intempérance. Il se murmure même que l'auguste buveur mêle des liqueurs spiritueuses à l'eau des sources. Quelques gouttes de cette eau mêlée aux flammes du punch impérial suffirent à rafraîchir ce corps brûlé par les plus violents excès.

    Pouhon Pierre-le-Grand.jpgInvité à dîner par le tsar, le chanoine de la Naye est témoin de choses bien singulières. Ayant remarqué un poulet plus gros que les autres, Sa Majesté le prit avec la main et le frotta sous son nez. M'ayant fait signe qu'il étoit bon, il me fit la grâce de le jeter sur mon assiette. Le plat glissa d'un bout à l'autre de la table, sans mauvoise rencontre puisqu'il étoit seul et que la nappe, couverte de graisse, facilitoit sa course. Quand on leva le service, la nappe étoit trempée de graisse et de vin. Presque toutes les écuelles étoient renversées sur la nappe, de même que le vin dont les bouteilles ne se trouvoient pas bien bouchées. On eut soin de me prévenir que c'étoit la manière ordinaire de vivre de Sa Majesté ! Je fus obligé de recourir aux idées les plus sombres pour m'empêcher d'éclater de rire pendant tout le repas. Je me sauvai dire mon bréviaire et seulement à cet instant je m'aperçus que j'avais fait gras un vendredi mais aussi que cette transgression de loi devoit être expiée par le repas même ...

    La présence à Spa de l'illustre voyageur provoque une grande affluence de curieux. Chaque dimanche, les villageois cherchent à l'apercevoir. Le Czar est en grande vénération dans tous les quartiers et l'on n'y connaît rien qui soit au-dessus de lui, raconte le baron de Poelnitz. Quoiqu'il consacre une partie de son temps aux distractions locales, le souverain moscovite donne cependant chaque jour quelques heures aux affaires politiques. Des envoyés le tiennent au courant de tout, il est informé du plus petit incident. A côté de cela, l'empereur consacre la majeure partie de son temps à la promenade. Marcheur intrépide, c'est sans doute à cet exercice corporel qu'il faut attribuer l'effet salutaire qu'il obtint des eaux.

    A Spa comme partout ailleurs, le tsar Pierre aime se livrer incognito à certaines fantaisies. Il se fait ainsi surprendre en flagrant délit par le propriétaire d'un vivier de truites où il avait pris l'habitude d'aller pêcher chaque matin. Largement indemnisé par l'auguste coupable, le propriétaire fait rapidement fortune en vendant comme ayant été pêchées par le tsar toutes les truites qu'il envoie aux marchés des environs !

    Hasard de l'Histoire, le petit bourg de Spa aurait pu devenir un lieu hautement symbolique pour la Chrétienté, tant romaine qu'orthodoxe. En effet, lors de son séjour à Paris, le tsar avait été approché par les docteurs de la Sorbonne, ces derniers tentant de persuader leur noble visiteur de faire cesser le schisme qui divisait les deux Eglises. Il leur demanda un mémoire pour le transmettre aux évêques russes. Lorsque le document fut prêt, le tsar était déjà parti pour Spa et ce n'est que là qu'il reçut le rapport en question ... qui n'eut bien sûr aucune suite !

    Se sentant complètement rétabli après un séjour d'environ un mois, Pierre songe à quitter les eaux de Spa. En signe de remerciement, il fait don de quelques médailles aux bourgmestres par l'intermédiaire de son ambassadeur, le prince Kourakine. Le Czar m'ayant fait l'honneur de me donner deux médailles pesant chacune dix louis, vous m'obligerez de pressentir S.A.S.E. s'il lui seroit agréable que je les lui offrisse. Je serois bien flatté qu'Elle voulut au moins en accepter une, écrit M. de la Naye au secrétaire du prince-évêque.

    Le soir même, l'autocrate invite à sa table les autorités du bourg. Il est entouré des principaux conseillers de sa suite, tels le prince Kourakine déjà cité, le prince Dolgorouky ainsi que le comte Pierre Tolstoï, son conseiller privé et ancêtre du futur Léon Tolstoï [ainsi que de l'auteur de cesTolstoy_peter.jpg lignes], des gens considérables par eux-mêmes ou par les emplois qu'ils occupaient, commente un journal de l'époque. De grands feux sont allumés sur le haut des collines. Un orchestre composé de cors, de hautbois, de flûtes et de trompettes, posté sur les rochers joue des aubades pendant toute la nuit. Des paysans portant des pots à feu fixés au bout de longues perches passent devant de la demeure du tsar, chantant et l'acclamant de cris de joie redoublés.

    Voulant laisser à la ville de Spa un témoignage de reconnaissance pour sa guérison, l'Empereur fait rédiger un certificat par son médecin personnel. Je soussigné, premier médecin de Sa Majesté l'Empereur de Russie, atteste que Sa Majesté ayant soufert d'une grande perte d'appétit par la relaxation des fibres de l'estomac avec un enflement des jambes, des coliques bilieuses de temps en temps, et le visage fort décoloré, s'est rendu à Spa pour y boire les eaux minérales. Je suis témoin des avantages qu'Elle en a retirez, se portant mieux de jour à autre ; ayant pris la peine lui-même de se transporter à la Géronstère, éloignée de trois quarts de lieue de la ville, sachant fort bien que ces eaux profitent incomparablement plus que lorsqu'elles sont transportées. Enfin, quoique Sa Majesté ait bu d'autres eaux en différents endroits, Elle n'en a pas trouvé de meilleures ou qui ont eu un si grand effet pour sa maladie que lesdites eaux de Spa. Donné à Spa ce vingt quatrième juillet mil sept cent dix sept.

    La confiance des habitants de Spa était telle qu'ils crurent que cette simple attestation suffirait pour éterniser à Spa le séjour et la guérison de Pierre le Grand ! Ce qui n'empêchera pas un autre érudit de la Faculté d'émettre un diagnostic plus réaliste : Il est évident qu'il y avait ici une leuco-phlegmasie, laquelle aurait pu devenir générale et même se compliquer de l'hydropisie d'une des grandes cavités ...

    Pierre quitte Spa le 25 juillet, dîne à Limbourg et arrive le soir à Aix-la-Chapelle. Ayant retrouvé la tsarine à Amsterdam, l'empereur regagne ses Etats par l'Allemagne et ne sera de retour dans sa capitale que le 21 octobre 1717.

    Le séjour et la guérison de l'empereur ainsi que les éloges publics dont celui-ci fit état exerceront une grande influence sur la prospérité de la ville de Spa. Dès les saisons 1717 et 1718, on note un accroissement notable du nombre d'étrangers. Le 22 juillet 1782, le grand-duc Paul, fils de Catherine II de Russie et arrière petit-fils de Pierre le Grand, débarque à Spa avec son épouse sous le nom d'emprunt de Comte et Comtesse du Nord. Le futur tsar y rencontre une brillante société comme l'archiduchesse d'Autriche Marie-Christine et son époux, le duc de Saxe-Teschen ; la princesse de Hesse-Rheinfels, chanoinesse de Thorn ; l'évêque de Chartres et le nonce du Saint-Siège ainsi que le duc et la duchesse de Gloucester.

    Le soir se déroule un bal à la Redoute, honoré de la présence de Leurs Altesse Royales et Impériales à qui chacun rend les hommages et auxquels ils répondent de la manière la plus gracieuse. Le chevalier de Saint-Léger, ancien aide-major des grenadiers-gardes du duc régnant de Wurtemberg, se fend d'une ode ardente : Spa réunit dans son enclos Vénus et le Dieu de la guerre. Mars et Vénus sont arrivés dessous les drapeaux de l'Amour ; chantez ces époux fortunés, les Dieux ne vous donnent qu'un jour ... Avant de quitter Spa, le grand-duc et sa femme visitent les fontaines minérales et se font montrer la source qui avait raffermi la santé de leur ancêtre.

    En Portrait d'Anna Pavlovna, par Jan Baptist van der Hulst.jpg1817, le prince d'Orange et son épouse russe Anna Pavlovna, fille du tsar Paul, prennent pour la première fois les eaux à Spa. La première arrivée à Spa de S.A.R. après qu'un hymen auguste, en mêlant le sang généreux des Nassau au noble sang des Romanoff, l'eût rendu membre de la famille de Pierre le Grand, coïncidait à peu près avec l'anniversaire séculaire de l'arrivée ici du grand Empereur lui-même, est-il indiqué dans une feuille locale. Enthousiasmés par un projet de monument à la gloire de Pierre le Grand, ils accordent sur le champ une somme de 25.000 florins pour l'exécution de l'ouvrage dont la première pierre sera posée par le comte de Liedekerke Beaufort, gouverneur de la province de Liège.

    Après le congrès d'Aix-la-Chapelle de 1818, au cours duquel sont traitées les conditions d'évacuation de la France par les troupes alliées, Spa voit l'arrivée du fils de Paul en la personne du tsar Alexandre Ier. Jamais les déAlexander I.jpgsormais célèbres eaux n'auront reçu autant d'illustres visiteurs : le roi de Prusse ainsi que les princes Frédéric et Charles de Prusse, le prince et la princesse d'Orange, le duc et la duchesse de Cumberland, le prince de Hesse-Hombourg, le duc de Wellington, etc. Logé avec sa suite à l'hôtel du Lion Noir, Alexandre apprend de la bouche des magistrats de la ville que les habitants sont fiers du titre qu'ils possèdent d'avoir sauvé les jours d'un des plus grands princes du monde. Et les odes de fleurir à nouveau : Chantons, fêtons ce prince qu'on renomme ; depuis Moscou jusqu'à Paris, les cœurs lui sont soumis ...   

    Quelques années plus tard, la Liste des Etrangers, le livre d'or de Spa, inscrit une nouvelle fois un nom russe réputé en la personne du grand-duc Nicolas, le futur tsar Nicolas Ier, et de sa femme Alexandra Féodorovna. Les hôtels du bourg suffisent à peine à abriter un nombre aussi considérable de personnages de marque. Le roi et la reine des Pays-Bas logent au Grand Hôtel ; le roi et les princes de Prusse sont à l'Hôtel d'Orange ; le roi de Wurtemberg est descendu sous le nom d'emprunt de comte de Teck au Lion Noir. Le grand-duc héréditaire de Mecklenbourg-Schwerin est aux Tuileries, sans parler du duc de Nassau, le duc de Cumberland et de bien d'autres. Le traditionnel bal à la Redoute rassemble trois rois et quatorze princes et princesses de sang. Nos pères pourraient redire l'éclat et la pompe dont brilla alors notre modeste cité ... , se souviendra-t-on longtemps dans les chaumières spadoises !

    Descendu à l'enseigne de la Ville d'Anvers, le grand-duc Nicolas parcourt la région dans son droshky, attelé de deux rapides coursiers, l'un blanc, l'autre noir, conduits avec adresse par son fidèle cocher russe. A l'exemple du tsar Pierre, il cherche à s'initier à la confection des objets vernis de Spa en peignant à la gouache des sujets fort réussis.
        
    Publié en 1872 par un chroniqueur spadois [Albin Body, Pierre le Grand aux Eaux de Spa] à l'occasion du deux centième anniversaire de la naissance de Pierre, notre récit se clôture en beauté : Vive Pierre le Grand ! Vœu superflu, le nom de Pierre Ier est impérissable. Puisse aussi bien la renommée de notre ville ainsi rattachée à l'histoire du glorieux monarque être aussi durable !

    Nicolas van Outryve d'Ydewalle


  • Favori de l'impératrice Catherine II de Russie, une charge de Cour

    Trente-quatre années de règne, vingt et un favoris officiels dont une douzaine dûment répertoriés,
     les amours de l'impératrice Russie sont un sujet de prédilection pour la petite histoire.

    "Je les ai presque tous connus", se souviendra le prince Charles Joseph de Ligne à propos des nombreux amants de Catherine II. "Le premier est un Soltikoff, le deuxième roi de Pologne, le troisième Orloff, le quatrième Baziliskoff, le cinquième Potemkin, le sixième Sabatovsky, le septième Soritsch, le huitième Korsakoff, le neuvième Landskoï, le dixième Jermolov, le onzième Mamonoff et le douzième Zouboff. "

    Princesse allemande de modeste extraction, Sophie von Anhalt-Zerbst, Figchen pour les intimes, naît en 1729 d'unmedium_Grande_duchesse_catherine_alekseevna_future_empress_catherine_II_the_great_1760s_JPG.jpg père feld-maréchal sous Frédéric le Grand, roi de Prusse. Mariée à 16 ans au grand duc Pierre de Holstein-Gottorp, petit fils du tsar Pierre-le-Grand, elle fait détrôner son époux, devenu tsar sous le nom de Pierre III, en juillet 1762 avec la complicité d'officiers de la Garde, ce qui fera dire à un observateur avisé : "Le trône de Russie n'est ni héréditaire ni électif, il est occupatif !"
     
    Au contraire de son mari, allemand de coeur et grand admirateur du roi de Prusse, la nouvelle impératrice s'assimile remarquablement à sa nouvelle patrie. Autodidacte de grande culture, lisant Tacite, Machiavel et Montesquieu dans le texte, elle se révèle étonnamment préparée à ses responsabilités, ne laissant aucun de ses contemporains indifférents. "Vos impératrices ont toujours de la gorge. C'est comme un attribut de l'empire, comme le sceptre, la couronne et le globe. Or, il importe que vous sachiez qu'il est aussi dangereux d'y regarder lorsqu'elles ne l'ordonnent pas que de n'y point regarder lorsqu'elles veulent bien vous la montrer !", fait remarquer Frédéric-le-Grand.

    Catherinesaltykof.jpg sera restée vierge six longues années aux côtés d'un sociopathe immature, de surcroît impuissant car atteint de phimosis. Subissant ses sautes d'humeur et sa grossièreté, elle se console dans les bras d'un premier amant, un fringant chambellan de son époux, le comte Serge Soltykoff dont la mère, une très volage princesse Galitzine, aurait eu pour amants "les 300 grenadiers de Sa Majesté Elisabeth", aux dires d'une perfide rumeur de Cour. Nous sommes en 1751.

    "Je plaisais, confessera l'impératrice plus tard, par conséquent, la moitié du chemin de la tentation était fait. Tenter et être tenté sont fort proches l'un de l'autre." Et lorsqu'elle succombe, sa justification est toute prête : "On ne tient pas son coeur dans la main !"

    Entre-temps, un coup de bistouri l'ayant délivré de la malformation qui l'empêchait de concrétiser ses désirs, le grand duc Pierre découvre l'amour. Sans pour autant renoncer aux assiduités du beau Serge, Catherine est maintenant contrainte de recevoir son époux dans son lit. En 1754, elle donne naissance au tsarévitch Paul. Qui en est le père ? Soltykoff ? Le grand-duc ? Aujourd'hui encore, l'incertitude demeure. D'ailleurs, le grand duc ne s'était il pas exclamé : "Dieu sait où ma femme prend ses grossesses ; je ne sais pas trop si cet enfant est à moi et s'il faut que je le prenne sur mon compte" !

    Exit Serge Soltykoff, chassé de la Cour sur ordre de l'impératrice Elisabeth pour cause de commerce criminel entretenu avec Catherine. Place à Stanislas Poniatowski, futur roi de Pologne.

    Gentilhomme sans fortune, Stanislas Auguste Poniatowski (1732-1798) vient d'arriver en Russie à la suite du nouvel ambassadeur britannique à Saint Pétersbourg. Il est gai, brillant et fait pour réussir dans une Cour où les plaisirsponia.jpg sont de mise. Il obtient une accréditation comme ambassadeur de Saxe, ce qui lui permet de rencontrer la grande duchesse Catherine qui s'entiche de ce beau jeune homme.

    Il devient le nouvel amant de Catherine. Nous sommes en 1755. Neuf ans plus tard, Catherine impose son favori comme roi de Pologne. Cultivant les arts et les lettres, Stanislas Poniatowski donnera à son pays un certain rayonnement intellectuel mais, jouet des factions entre les grandes familles polonaises et la Russie, il est détrôné en 1795. Exilé malgré lui à Saint-Pétersbourg, il sera un personnage très recherché parmi les salons mondains de la capitale.

    "Stanislas Auguste était grand, son beau visage exprimait la douceur et la bienveillance. Le son de sa voix était pénétrant ...". Une amitié d'automne s'installe entre le roi déchu et Elisabeth Vigée-Le Brun, réfugiée un certain temps en Russie pour cause de révolution en France, fine chroniqueuse des salons européens et portraitiste toute en délicatesse de la bonne société de l'époque.

    Lorsque l'impératrice porte ses regards intéressés sur l'un de ses sujets, elle le fait inviter à dîner par une dame d'honneur chez qui elle se rend comme par hasard. Là, elle s'entretient avec le nouveau venu et cherche à savoir s'il est digne de la faveur qu'elle lui destine. Si son jugement est favorable, un regard en instruit la dame d'honneur qui à son tour avertit celui qui a le bonheur de plaire. Le lendemain, l'élu reçoit la visite du docteur Rogerson, le médecin écossais de la tsarine, qui préside à la grande hygiène des favoris, pour un examen préalable. Si nécessaire, la comtesse Bruce, une autre dame d'honneur, se charge de tester le candidat dont les capacités physiques font ensuite l'objet d'un rapport établi par l'éprouveuse (sic). S'il est positif, l'élu prend possession le soir même de l'appartement préparé au Palais et qui communique avec celui de l'impératrice.

    Quand un favori cesse de plaire, il reçoit l'ordre de voyager. Dès lors, la vue de l'impératrice lui est interdite !

    Grigori Cherny Chernov Andrey Ivanovich Portrait of Count Grigory Grigoryevich Orlov Hermitage.jpgGrigoriévitch Orlov (1734-1783) est l'un des auteurs du coup d'Etat qui porte la nouvelle impératrice sur le trône en 1762. Il a pour lui le courage et la beauté. Favori puis amant de Catherine durant seize ans, Orlov est titré comte russe et prince du Saint Empire germanique. En 1774, envoyé par sa souveraine en mission à l'étranger, il apprend que Potemkine l'a supplanté. Il s'empresse de rentrer au pays. Dans l'espoir de reconquérir le coeur de la tsarine, il achète à un courtier d'Amsterdam un diamant de 190 carats, un des plus gros du monde, le fameux diamant Orlov. Se contentant de l'accepter, Catherine II le fait intégrer à son sceptre. Obligé de se retirer, Orlov meurt en 1783 dans Alexandra Obolensky.jpgun délire frénétique à Moscou.

    De sa relation avec Catherine, il laisse de très nombreux descendants, titrés comtes Bobrinski. Cette lignée survit actuellement en Russie et aux États unis ainsi qu'en Angleterre et en France. L'un de ses rejetons n'est autre que Marie Alexandra, authentique princesse Obolensky, vedette en 2008 de Secret Story, émission people dont la télévision française détient le monopole intellectuel.

    Montant les marches du grand escalier du palais impérial, Potemkine croise le prince Orlov qui en descend : "Quelle nouvelle y a-t-il à la Cour ?", s'enquiert-il pour ne pas rester dans un silence embarrassant. "Aucune, répond froidement Orlov, excepté que vous montez et que je descends."

    Officier de Grigori Aleksandrovith Potemkine.jpgla Garde, Grigori Alexandrovitch Potemkine (1739-1791) avait été remarqué par Catherine à l'occasion de son coup d'État. Il devient le nouveau favori en titre de l'impératrice. Durant les dix-sept années qui suivent, trouvant du plaisir dans le luxe ostentatoire et la richesse personnelle, il sera devenu le personnage le plus puissant de Russie.

    Alors que la liaison avec l'impératrice se termine en 1776, les relations entre Catherine et Potemkine resteront toujours amicales et son influence ne sera jamais supplantée par celle des favoris suivants. De nombreux témoignages attestent de l'extraordinaire influence de Potemkine. En 1787, il organise un voyage triomphal de Catherine II dans la Crimée nouvellement conquise, ne craignant pas de faire construire des villages factices pour faire la preuve de l'excellence de son administration.

    A chacun son favori ! On pardonnera à l'auteur de ces lignes d'avoir le sien, septième au répertoire officiel : Semion Gavrilovitch Zoritch, surnommé Adonis par les dames dezoritch.jpg la Cour qui se pâment devant cet officier des Hussards, fils d'un colonel serbe au service de la Russie. Lui trouvant une "tête sublime", la tsarine se l'attache, le fait lieutenant-colonel et inspecteur des troupes légères.

    En moins d'un an, le nouvel amant reçoit une terre en Livonie, 500.000 roubles en espèces ainsi qu'une commanderie des Chevaliers-Gardes avec rang de général major. Mais en janvier 1778, il commet la lourde erreur de se brouiller avec Grigori Potemkine, tentant même de provoquer ce dernier en duel. L'impératrice le congédie sur le champ non sans le doter d'une rente de 400.000 livres et lui attribuer en pleine propriété la ville de Chkloff. Avec ses indemnités de rupture, le général y fonde une école de Cadets qui connaîtra son heure de gloire.

    Il vivra le restant de ses jours sur un grand pied : "Il est comme un petit souverain. Quel enchantement : chaque soir, il y a opéra avec ballet, suivi d'un bal jusqu'à minuit puis souper ; c'est presque aussi beau qu'à Pétersbourg. Et c'est ainsi chaque jour de l'année. C'était comme l'île de Calypso", relate dans ses Souvenirs la baronne Mary de Bode, une mienne aïeule émigrée en Russie en 1794.

    Son fils, mon trisaïeul, porte enseigne de 16 ans à l'école des Cadets de Chkloff, écrira plus tard : "Il montrait de la grandeur dans sa disgrâce. Un jour, il me dit : "Ne sois pas si triste, mon enfant, le sort a ses caprices, mais quelle que sera ta destinée future, rappelle-toi toujours qu'il n'y a rien de stable dans ce monde. Heureux, mille fois heureux celui qui conserve la conscience d'un honnête homme, celui-là seul peut supporter avec résignation les coups de la fortune."

    Korsakov, le huitième favori en titre, était d'une ignorance absolue. Dès qu'il eut obtenu la place à laquelle le hasard l'avait élevé, il crut qu'un homme de sa condition se devait de posséder une bibliothèque. Faisant venir le plus fameux libraire de Saint-Pétersbourg, il lui commande des livres pour les placer dans la demeure que l'impératrice venait de lui offrir. "Quels livres vous faut-il ?, s'enquiert le libraire. Vous savez ça mieux que moi, répond le nouveau favori, de gros livres en bas, de petits en haut, voilà comment ils sont chez l'Impératrice." Découvrant quelque temps plus tard qu'elle est trompée par son favori, l'Impératrice lui ordonne aussitôt de voyager hors de l'empire.

    Alexandre250px-Levitsky_lanskoy.jpg Dmitriévitch Lanskoï (1758-1783), bel officier à la figure d'ange, fut celui que Catherine aimera le plus. Chevalier-Garde en faction à la porte de l'impératrice, la souveraine est frappée par sa prestance. Le choix de Catherine est fait. Sachenka connaît une ascension fulgurante : aide de camp et Kammerherr, installé au palais d'Hiver en tant que Fluegel-adjutant, élevé au grade de colonel, lieutenant-général trois ans plus tard et commandant du Régiment des Chevaliers Gardes, pour terminer adjudant-général. Une idylle de trois ans, une dot estimée à plus de 3 millions de roubles en terres, argent, diamants et palais.

    Malheureusement, le beau Lanskoï meurt en 1783 dans les bras de son illustre maîtresse. De santé fragile, cherchant à ne pas décevoir son impératrice, il aurait eu recours à des aphrodisiaques qui achèveront de détraquer sa santé. Le désespoir de Catherine est grand. Poussant des cris aigus et sauvages, elle refuse toute nourriture et s'enferme dans l'obscurité. "L'Impératrice, depuis la mort du favori Lanskoï, est devenue si mélancolique qu'elle ne voit presque personne, mande Frédéric-le-Grand. Tout cela fait stagnation dans les affaires mais jusqu'ici il n'y a pas apparence que cela puisse opérer quelque changement ..."

    Pourvoyeur attitré des plaisirs impériaux, Potemkine s'empresse de ne pas laisser dans le coeur de sa souveraine un vide causé par la mort de Lanskoï. Il le fait remplacer par un beau lieutenant des Gardes à cheval, appelé Yermolov. De brefs amours sur une période de seize mois qui rapportent au nouvel élu plus d'un demi million de roubles en argent, terres et paysans ainsi que le cordon de l'Aigle Blanc de Pologne.

    Âgé de vingt-sept ans, Platon Alexandrovitch Zoubov (1767-1817) est le dernier favori de l'impératrice qui en a ... trente-huit de plus ! Avec sa silhouette alourdie et son visage empâté, Catherine ressemble à ce que sera cent ans plus tard la reine Victoria : une aimable grand mère qui doit mettre des lunettes pour lire et qui sourit à bouche édentée.

    Lieutenant au Régiment des Gardes, Platon Zoubov se fait remarquer à la Cour par une belle figure et des manières séduisantes. Les dames parlent de lui avec tant d'enthousiasme devant l'impératrice qu'elle cherche à le voir. Le premier coup d'oeil est décisif : l'heureux lieutenant est aussitôt nommé commandant d'un détachement qui accompagne l'impératrice à sa résidence de Tsarskoïe Selo. Il dîne seul avec elle, reçoit un présent de cent mille roubles et est installé dans l'appartement des favoris.

    Catherine annonce à Potemkine qu'elle est revenue à la vie "comme le fait une mouche" après un long hiver. "Maintenant, je me sens bien et joyeuse à nouveau", rajoutant un peu plus loin : "Notre bébé pleure lorsque l'accès à ma chambre lui est refusé !"

    "Zoubov était grand, mince et bien fait, souligne Elisabeth Vigée-Le Brun dans ses Souvenirs de Russie. Je l'ai vu à un bal de Cour, donnant le bras à l'impératrice. Il portait à sa boutonnière le portrait de Catherine, entouré de superbes diamants, et elle paraissait le traiter avec une grand bonté."

    Titré comte puis Reichsfurst, prince du Saint Empire romain germanique, il devient ainsi le quatrième et dernier Russe à obtenir ce titre. "Le comte Zoubov est tout ici, affirme Rostopchine, le futur gouverneur de Moscou, son pouvoir est plus grand que celui dont a joui autrefois le prince Patiomkin. Quoique l'impératrice répète à tous et à chacun que c'est le plus grand génie que la Russie ait jamais produit, il est aussi négligent et incapable que par le passé." A la mort de Potemkine, il lui succède en tant que gouverneur général de la Nouvelle Russie, une zone historique située à présent sur le territoire de l'Ukraine et de la partie sud de la Russie.

    Arrogant, avide d'argent ainsi que de pouvoir et d'honneur, Platon Zoubov ne laisse échapper aucune occasionJohann Baptist Lampi the Elder. Portrait of His Senior Highness Prince Zubov (1793).jpg d'augmenter sa fortune. Mais le 9 novembre 1796, à dix heures du soir, l'impératrice de toutes les Russies succombe à une attaque d'apoplexie. "Catherine le Grand n'est plus ! Ces mots sont affreux à prononcer !... L'astre le plus brillant qui éclaira notre hémisphère vient de s'éteindre ..." s'écrie le prince de Ligne en apprenant le trépas de la tsarine.

    Pendant dix jours, l'amant esseulé se cache dans la maison de sa soeur. Le nouvel empereur Paul I lui rend visite, boit à sa santé et lui souhaite "autant d'années de prospérité qu'il y a de gouttes dans un vase", ce qui n'empêchera pas le tsar de le déposséder et de le relever de toutes ses fonctions. Il lui est fortement conseillé de se rendre à l'étranger et de s'y faire oublier.

    A sa mort, Catherine II laisse le souvenir d'un règne aussi glorieux que celui de Pierre Ier le Grand. D'un point de vue législatif et administratif, elle a unifié l'Empire et a considérablement agrandi le territoire russe aux dépens de la Pologne et de la Turquie en s'attribuant la Crimée et ses grands ports de la mer Noire, comme Odessa.

    Favori de Catherine II de Russie, une charge de Cour ? "Nous avons promis de donner l'état de ce que les favoris ont reçu de cette Princesse, tel qu'il nous a été fourni par des personnes bien informées, révèle une ancienne chronique, plus de quatre vingt huit millions de roubles". Des roubles d'époque", bien entendu ! ...

    Nicolas van Outryve d'Ydewalle