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26/01/2012

Du grand duc Wladimir de Russie à Sa Sainteté le patriarche Alexis II, dix siècles d'histoire de l'Eglise orthodoxe russe

"Si aujourd'hui la Russie a retrouvé ses milliers de coupoles dorées, c'est à Alexis II quelle le doit,"
tel est l'hommage unanime rendu au primat de l'Eglise orthodoxe russe, décédé le 5 décembre 2008.

L'Eglise orthodoxe russe ? En 988, le grand duc Wladimir, arrière petit fils de Rurik, fondateur de la Russie, décide dans sa grande sagesse de christianiser la Russie. Mais quelle religion choisir ? Desgrand-duc Wladimir, Rurik, patriarche Alexis II, von Ridiger, Peredelkino, Tallin, marquis de Trazegnies observateurs sont envoyés au delà des frontières. A leur retour, ils rendent compte de leurs pérégrinations : l'Islam ne peut convenir car le porc et l'alcool sont défendus ; le catholicisme romain est jugé trop austère à cause du jeûne ; les Juifs ne trouvent pas grâce à leurs yeux en raison de la diaspora, preuve que Dieu les a condamnés.

En revanche, la magnificence des rites orthodoxes de Byzance séduit d'emblée leurs âme slave. "Nous ne savions plus si nous étions au ciel ou sur la terre. Il n'y a nulle part un spectacle d'une telle beauté. Nous sommes incapables de l'exprimer. Nous savons seulement que c'est là que Dieu demeure avec les hommes. Il nous sera désormais impossible de vivre en Russie d'une autre manière !"

De 988 à 2008, dix siècles vont s'écouler. De tout temps en Russie, église et autorité seront intimement liés. "Que chacun se soumette aux autorités en place, car il n'y a point d'autorité qui ne vienne de Dieu et celles qui existent sont constituées par Dieu", signifie Saint Paul dans l'une de ses épîtres. Un principe de grand-duc Wladimir, Rurik, patriarche Alexis II, von Ridiger, Peredelkino, Tallin, marquis de Trazegniesthéocratie appliqué dès le XIIIème siècle par un saint patriarche, justifiant ainsi l'impérieuse nécessité d'obéir au prince de Novgorod, au grand duc de Moscovie, plus tard au tsar de Russie ... "comme à Dieu lui même" !

Aujourd'hui, après le vide laissé par l'effondrement de l'idéologie soviétique, la religion est redevenue un ciment d'identité nationale. Sous Boris Eltsine et Vladimir Poutine, l'Eglise orthodoxe s'est fortement rapprochée du Kremlin. C'est d'ailleurs avec l'appui des autorités que le patriarche Alexis II aura véritablement restauré l'influence politique et morale de l'Eglise russe après septante ans d'athéisme. "Patriarche de Moscou et de toutes les Russies", le premier de l'ère post communiste, ainsi que "Primat de l'Eglise orthodoxe russe" depuis 1990, barbe blanche, voix profonde, Alexis II était un personnage respecté des Russes.

Né en 1929 à Tallin en Estonie, Alexis Mikhaïlovitch von Ridiger, le futur patriarche, est issu de la noblesse balte. Un de ses ancêtres est anobli en 1695 par le roi Charles XI de Suède un autre adopte la religion orthodoxe sous le règne de Catherine II de Russie. A la révolution de 1917, les grands parents d'Alexis s'exilent en Estonie. Son père devient diacre puis prêtre et ensuite recteur de l'église de la Nativité de la Mère de Dieu à Tallinn. Suivant les traces de son père, séminariste sous Staline, le jeune Alexis est ordonné prêtre à 21 ans. Il se fait moine et entame ensuite une carrière fulgurante dans l'Eglise orthodoxe, alors sous le contrôle du pouvoir communiste, ce qui fera dire plus tard qu'il aurait été informateur du KGB, la police secrète.

grand-duc Wladimir, Rurik, patriarche Alexis II, von Ridiger, Peredelkino, Tallin, marquis de Trazegnies

Le 5 décembre 2008 en fin d'après-midi, les cloches des six cents églises de Moscou sonnent le glas. Sa Sainteté Alexis II vient de décéder à l'âge de 79 ans d'un arrêt cardiaque en sa résidence de Peredelkino, non loin de Moscou. Résidence qui, par un insolite détour parmi les aléas de la révolution bolchevique, fut autrefois propriété d'un arrière-grand-père de l'auteur de ses lignes, descendant de grands-parents émigrés en Russie à la Révolution française et cousins proches des marquis de Trazegnies. Mais ceci est une autre histoire ...

Nicolas van Outryve d'Ydewalle

"Dieu sauve le tsar !…" ou la mémoire retrouvée des Romanov

Plus de quatre-vingt dix ans après le massacre d'Ekaterinbourg, l'hymne impérial retentit à nouveau :
la Russie du présent renoue avec celle du passé. Les Romanov sont-ils de retour ?

Septembre 2006, drapé dans l'étendard impérial orné de l'aigle à deux têtes, le cercueil de Mariadagmar de danemark,saga des romanov,rurik,nicolas ii,michel romanov,jean des cars tsarine mère.jpgFéodorovna, née princesse Dagmar de Danemark [ci-contre] et mère de Nicolas II, quitte son pays natal pour reprendre le chemin de la Russie. Elle repose désormais dans la cathédrale de St-Pierre-et-St-Paul au sein du mausolée des Romanov. C'est notre tsarine. Notre âme nous a amenés ici car nous nous sentons coupables. Si l'impératrice est revenue ici, c'est par la volonté de Dieu …, confesse une babouchka aux yeux rougis.

La Russie à l'heure d'un grand pardon ? Dans son ouvrage La saga des Romanov, Jean des Cars nous raconte avec passion comment les souverains de l'ancienne Russie sont à nouveau entrés dans l'histoire officielle après un long oubli imposé par les années de communisme.

La Russie ? Une création des Vikings, appelés par les tribus slaves à venir les gouverner. Ces nouveaux arrivants sont surnommés les Rus, en suédois ceux qui font du canotage. En 862, leur chef Rurik fortifie une petite ville qu'il baptise Novgorod, la ville nouvelle. Il s'y établit comme prince et étend peu à peu son pouvoir sur tout le pays. Le XVème siècle voit le rassemblement progressif des terres russes sous l'autorité du grand-prince de Moscou. Avec Ivan-le-Terrible (1533-1584), la Russie entre dans l'ère de la monarchie absolue. S'arrogeant le titre d'autocrate, le tsar veut ainsi signifier que la principauté de Moscou est désormais un Etat souverain qui ne paiera plus le tribut annuel au Khan des Tartares, envahisseurs de la Russie durant les deux siècles précédents. Le terme deviendra synonyme de despotisme absolu.    

Roman Zacharine (+1543) est issu d'une modeste noblesse germanique dont les ancêtres auraient rejoint la Russie au XIIIème siècle. Sa fille Anastasia Romanovna sera la première épouse d'Ivan-1 - Michel Romanov.jpgle-Terrible. Romanovna, fille de Roman, au masculin Romanov, le nom est né. La famille Zacharine fait valoir ses prétentions : au décès d'Ivan et après un temps de troubles, c'est un arrière-petit-fils de Roman Zacharine qui est élu tsar, Michel Romanov [ci-contre]. Nous sommes en 1613, la dynastie est lancée. Suivent trois siècles d'histoire mouvementée dont un fin chroniqueur de l'empire fera observer : Le trône de Russie n'est ni héréditaire, ni électif mais occupatif !

Les Romanov, dynastie russe ou allemande ? Alors que la descendance masculine des premiers Romanov s’éteint déjà en 1762, elle connaîtra ensuite une série d'alliances germaniques : Holstein-Gottorp, Anhalt-Zerbst, Wurtemberg, Bade, Prusse, Hesse-Darmstadt, sans omettre le Danemark. N'a-t-on pas calculé que la proportion de sang russe chez le tsarévitch Alexis n'était plus que de 1/256ème ?

De 1613 à 1917, dix-neuf tsars et tsarines régneront sur l'empire de Russie. Certains deviendront même des stars de l'histoire russe.

Géant de plus de deux mètres, Pierre-le-Grand (1682-1689) [ci-contre] réveille la Russie au monde moderne. Je 2 - Pierre-le-Grand.jpgsuis un élève, je cherche des maîtres. Affublé du surnom de Pieterbass (maître Pierre), il s'en va parachever son éducation en Hollande. Tour à tour charpentier, menuisier, cordonnier, géomètre, bûcheron, dentiste, il étudie les mathématiques, la physique et l'anatomie. Son nom restera à jamais associé à la création en 1703 de Saint-Pétersbourg, la nouvelle capitale surgie des marécages de la Neva, fenêtre sur l'Europe, baptisée la Venise du Nord.

Catherine II (1762-1796) ne laisse aucun de ses contemporains indifférents, à commencer par Frédéric-le-Grand : Vos impératrices ont toujours de la gorge. C'est comme un attribut de l'empire, comme le sceptre, la couronne et le globe. Or, il importe que vous sachiez qu'il est aussi dangereux d'y regarder lorsqu'elles ne l'ordonnent pas que de n'y point regarder lorsqu'elles veulent bien vous la montrer !  Femme aux multiples amants et autant de favoris - vingt et un selon les chiffres3 - Catherine II.3.jpg officiels - sa mort arrache un cri de désespoir au prince de Ligne : Catherine-le-Grand n'est plus ! L'astre le plus brillant qui éclaira notre hémisphère vient de s'éteindre …   

Son fils Paul Ier [ci-dessous], tsar au cerveau dérangé, lui succède (1796-1801). Les 4 - Paul Ier.jpgPétersbourgeois vivent dans la crainte, les instructions les plus saugrenues s'abattant sur leur tête. Tel oukase oblige les piétons à se découvrir et les cavaliers à descendre de cheval au passage de l'empereur. Lors des parades militaires, les officiers emportent toujours de l'argent sur eux, sachant le risque d'être mis aux arrêts pour une faute de service et d'être expédiés séance tenante en Sibérie ! Universellement détesté, le tsar est étranglé dans sa chambre à coucher.

Alexandre Ier (1801-1825) [ci-contre] survit dans les mémoires en tant que glorieuxAlexandre_I.jpg vainqueur de l'empereur Napoléon Ier, venu envahir la Russie. Un empire crispé sur lui-même, ainsi pourrait-on qualifier le règne de Nicolas Ier (1825-1855), tsar autoritaire qui dès le jour de son avènement, le 14 décembre 1825, doit faire face au complot des Décabristes du nom d'un groupuscule de hobereaux princiers en mal d'idées égalitaires.

On retiendra d'Alexandre II (1855-1881) [ci-contre] qu'il abolit le servage, Alexander_II_Russia-gr2020.jpgparadoxalement un échec puisque cela provoquera un exode massif vers les villes de milliers de paysans libérés mais sans terre et sans travail, source de mécontentement, premier pas vers la révolution de 1917. Le tsar périra assassiné, victime de la bombe d'un révolutionnaire. L'autoritarisme se renforce sous le règne d'Alexandre III (1881-1894), peu enclin à poursuivre les progrès initiés par son père. Jusqu'à Dieu, c'est bien haut ! Jusqu'au tsar, c'est bien loin !, l'esprit alexandra.jpgpopulaire exprime son désespoir et sa révolte.

Je voudrais te tenir dans mes bras et te faire sentir mon amour infini. Tu es ma vie, mon âme, et chaque séparation me cause une douleur immense. Ce billet d'Alexandra Féodorovna [ci-contre] écrit durant la guerre à son époux, le tsar Nicolas II (1894-1917), résume en quelques mots le drame de deux êtres qui ne demandaient qu'à s'aimer en paix. Un tsar trop faible pour régner, une épouse tourmentée par le drame de l'hémophilie du tsarévitch Alexis, l'influence malfaisante de Raspoutine, moine aux pouvoirs imaginaires ... la fin de l'empire est proche.

Durant la nuit du 16 au 17 juillet 1918, la famille impériale est assassinée, mettant ainsi fin à trois siècles de règne Romanov. Toute l'opération a duré vingt minutes, consignera dans son rapport le commandant de la garde.

Nicolas van Outryve d'Ydewalle

© Jean des Cars, La Saga des Romanov de Pierre-le-Grand à Nicolas II, Paris, Plon, 2008

25/01/2012

Guillaume de Bilquin, un aïeul bien dans ses papiers

Chronique autour des faits et gestes de sire Guillaume de Bilquin (1656-1710), maître de forges,
bailli des forêts d'Entre-Sambre-et-Meuse, châtelain de Marchienne-au-Pont et seigneur de Bioul,
ancêtre commun des lignées Cartier, Moreau, Montpellier et autres familles alliées.

Notre récit débute en l'an de grâce 1646 lorsqu'un dénommé Antoine Bilquin [ci-contre], bourgeois de Dinant, Antoine Bilquin1.jpgconvole en justes noces avec une demoiselle Anne Moreau, originaire de Fontaine-l'Evêque. L'origine de cette union ? Des relations d'affaires - le négoce du fer - entre le gendre et le beau-père. Dix ans plus tard, le jeune ménage se fixe à Marchienne-au-Pont où la chance sourit à Antoine Bilquin : les usines dites de Zone, comprenant une forge et une fenderie [laminoir], sont à vendre. Entreprise de concert avec son beau-frère André Moreau, cette affaire va s'avérer excellente et sera à la base de la fortune familiale.

L'histoire ne nous apprend-t-elle pas que c'est dans l'Entre-Sambre-et-Meuse ainsi que dans les comtés du Hainaut et de Namur que l'on trouve les premières forges, source de richesse et de considération pour nombre de familles ? Si les nobles pouvaient l'exercer sans déroger, les maîtres de forges bourgeois obtenaient plus facilement concession de noblesse grâce à leurs mérites professionnels, comme le témoignent ces lettres patentes accordées par l'empereur d'Autriche : … que le remontrant nous aurait rendu divers bons services en la fonte et au fournissement de plusieurs pièces de canons, balles, mousquets, bombes, grenades, pour l'usage de nos armées …

Malheureusement, après quinze années de mariage et huit enfants, Anne Moreau meurt en donnant naissance à un neuvième. Elle n'a que 34 ans. Se consolant comme il peut, Antoine Bilquin travaille d'arrache pied, ne s'accordant aucune distraction. De simple marchand de fer, il devient un important maître de forges. Standing oblige, il installe ses pénates dans la plus belle demeure de Marchienne-au-Pont sur la place de l'Eglise. Puis, il est nommé bailli et contrôleur des Bois et Forêts de S.A.E. [Son Altesse Electorale] le prince-évêque de Liège au quartier d'Entre-Sambre-et-Meuse.

Antoine Bilquin s'enrichit, acquiert des terres et des rentes et soulage la misère de ses contemporains. Pieux et généreux, il soutient de ses bienfaits le couvent des Récollets de Fontaine-l'Evêque et celui des Sépulchrines de la Miséricorde de Marchienne-au-Pont où l'une de ses filles, sœur Sébastienne de Saint-Gabriel, est chanoinesse régulière. Antoine Bilquin décède le 20 décembre 1685 à neuf heures du soir, après une longue maladie supportée avec beaucoup de courage. Qu'il repose en paix, relate dans le registre paroissial de Marchienne-au-Pont son curé qui l'appréciait beaucoup.

Bilquin - Baillencourt.jpg

Guillaume de Bilquin (1656-1710) et son épouse Marie-Agnès de Baillencourt (1654-1725),
ancêtres de l'auteur de ces lignes

Quelques six ans auparavant, en l'église Notre-Dame de Nivelles, son fils Guillaume s'était uni pour lede bilquin,de bioul,de cartier,de moreau,de montpellier,de baillencourt,de courcol,château de marchienne au pont,vaxelaire,de proper,marguerite yourcenar,cartier de marchienne meilleur et pour le pire à damoiselle Marie-Agnès de Baillencourt, dit Courtcol, fille d'un receveur des domaines de Nivelles, issu d'une branche cadette de l'illustre maison de Baillencourt, arrivée vers 1522 d'Artois en Belgique à la suite de Jehan de Baillencourt, échanson de Charles-Quint. Cette lignée belge semble avoir rapidement retrouvé une partie de son lustre ancien : le mariage n'est-il pas béni par un oncle de Marie-Agnès, qui n'est autre que monseigneur François de Baillencourt, évêque de Bruges [ci-contre], alors que deux des propres frères d'icelle officient comme chanoines à la cathédrale de Bruges ?

Quelques générations plus tôt, un Jean de Baillencourt, échanson de la reine Eléonore d'Espagne et panetier [chargé de la garde et de la distribution du pain à la cour] de l'empereur Charles-Quint, épouse Anne d'Ittre, un vieux nom de la féodalité brabançonne. De cette union naît Jeanne qui convolera avec Guillaume de Rifflart, ancêtre de la future lignée des marquis d'Ittre, devenue par après de Trazegnies d'Ittre.  

A en croire la chronique, la noblesse des Baillencourt dériverait d'un fait d'armes datant du 18 août 220px-Battle_of_Mons-en-Pévele.jpg1304 lors de la bataille de Mons en Pévèle [illustration] dans le Nord de la France, où les Flamands du comte de Flandre furent méchamment défaits par les troupes françaises commandées par Philippe le Bel. La journée est torride, nos Flamands ont soif et cherchent à s'emparer du seul point d'eau disponible. Pris par surprise, Philippe le Bel et ses chevaliers refluent en désordre. Il s'en faut de peu que le roi ne soit fait prisonnier. Fort heureusement, un dénommé Baillencourt, petit de taille, arrive à le dégager. Le roi le récompense en l'anoblissant par son surnom Courtcol, patronyme élégamment porté aujourd'hui par de lointains cousins français Courcol de Baillencourt !

Ne dérogeant point à la règle qu'en matière de généalogie une partie de notre humanité européenne se doit de descendre d'Hugues Capet, une Baillencourt s'alliera à un Beauffort, lui-même issu d'illustres hobereaux féodaux dont Hugues II de Ponthieu, époux de Gisèle de France, fille puînée du souverain capétien, lié quant à lui à Guillaume-le-Conquérant, Charlemagne et bien d'autres, tel un Duncan Ier, roi d'Ecosse, que Shakespeare fera assassiner par Macbeth, un autre roi d'Ecosse.  

Mais revenons à nos affaires. Unique héritier de son père, Guillaume de Bilquin - ses frères et sœurs n'étant déjà plus de ce monde - lui succède dans sa charge de bailli et contrôleur des Bois et Forêts d'Entre-Sambre-et-Meuse. Tout naturellement, il prend la tête des usines de Zone qui seront la pièce maîtresse de sa fortune industrielle. Entre-temps, il a racheté et restauré la grosse forge du Monceau, restée inactive depuis l'époque où son grand-père Guillaume Moreau en avait cessé l'exploitation, seize ans auparavant.

Ne s'arrêtant pas en si bon chemin, il reprend à sa charge l'exploitation et la production de la forge et du fourneau de Bouffioux dont le propriétaire, greffier à Châtelet, est endetté jusqu'au cou. Puis, c'est l'acquisition du fourneau de Feroulle, suivi de la prise en main du fourneau de Gerpinnes. Et en achetant le bois de Marcinelle, suivi par le bois des Marlières à Mont-sur-Marchienne, il devient propriétaire terrien.

L'industrie métallurgique de nos contrées du Sud travaille intensément pour couvrir les énormes besoins militaires de la France. Infatigable travailleur comme son père Antoine ainsi que son grand-père Guillaume Moreau, Guillaume de Bilquin bénéficie d'une longue période de prospérité. Sa réussite fait de lui un gentilhomme fastueux.

Cerise sur le gâteau : en janvier 1695, il devient châtelain en acquérant le castel de Marchienne-au-Pont. Lorsque s'érige le château au début du XVIIième siècle, Marchienne-au-Pont n'est qu'un village au bord d'une rivière, tirant sa prospérité et son nom d'un pont qui sera longtemps l'unique lien entre l'abbaye d'Aulne et Châtelet, avant la création de Charleroi en 1666. Après avoir longtemps été occupé et détérioré par une garnison française, l'édifice doit être presque entièrement reconstruit.

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Il lui reste quinze ans à vivre et à prospérer. A cours d'argent, le prince-évêque de Liège est heureux de lui céder pour la somme 6.000 florins les seigneuries hautaines de Marchienne-au-Pont et Mont-sur-Marchienne. D'homme de qualité, voilà notre sieur Bilquin devenu seigneur hautain. Mais jamais il ne pourra accéder à la noblesse officielle car les circonstances qui auront privilégié sa fortune, le défavoriseront. Liégeois, il ne pouvait être anobli que par l'empereur. Mais il réside en zone ennemie, sous l'obédience de Joseph-Clément de Bavière, vassal rebelle et exilé en France !

Tout cela ne l'empêche pas de vivre noblement. Par acte du 22 juin 1708, il acquiert la seigneurie de Bioul [illustration ci-dessous], une des terres les plus aristocratiques du comté de Namur. Ici aussi, le château est en fort mauvais état. Il entreprend de le restaurer mais sans en voir la fin, puisqu'il meurt deux ans plus tard.

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L'histoire de la seigneurie de Bioul mérite par ailleurs un petit détour. Cités au XIième siècle, les premiers maîtres du lieu sont les seigneurs d'Orbais qui règnent également à Corroy-le-Château et Sombreffe. Passé par mariage aux seigneurs de Jauche, le patrimoine de Bioul se voit hypothéqué, vendu puis cédé en 1522 aux Brandebourg. Cent cinquante ans plus tard, l'une des héritières, la baronne de Soye, le vend à Guillaume de Bilquin. Celui-ci l'attribue par héritage à sa fille et à son gendre Guillaume-Nicolas de Moreau qui termine le gros du travail de restauration. Une aussi excellente fortune mène d'ailleurs ce dernier au siège mayoral de Charleroi ainsi qu'au titre de chevalier, accordé par l'empereur Charles VI d'Autriche. Survient la Révolution française, exit la fortune des Moreau qui revendent Bioul à René Moretus, descendant de l'illustre Plantin, bien dans ses papiers lui aussi. De son épouse Marie de Theux, le nouveau propriétaire a cinq enfants dont le dernier, Jésuite, reprend le château et les terres. Trop occupé à fonder la bibliothèque de Notre Dame de la Paix à Namur que pour résider dans ses tours, il revend la seigneurie de Bioul à François Vaxelaire en 1906. Les descendants Vaxelaire l'occupent toujours.

de bilquin,de bioul,de cartier,de moreau,de montpellier,de baillencourt,de courcol,château de marchienne au pont,vaxelaire,de proper,marguerite yourcenar,cartier de marchienneGuillaume de Bilquin décède à Bioul le 25 juin 1710 à l'âge de 53 ans. Il est enterré dans le chœur de l'église où sa dalle funéraire se voit encore. Son épouse Marie-Agnès - elle meurt en 1725 - recueille l'entièreté de l'usufruit de la fortune, tout en se déchargeant sur ses gendres d'une bonne partie de la gestion journalière des usines. Mais elle a fort à faire pour maintenir la paix entre les pièces rapportées, douées de fortes personnalités. Si l'un est envahissant, se prévalant de sa qualité de mari de la fille aînée, l'autre, époux de la cadette, se montre tatillon parce qu'il s'estime lésé, alors que les deux autres ne demandent qu'à vivre en paix. L'héritage n'est pas vraiment négligeable : la part de chaque héritière s'élève à 4.000 florins de rente, nettement supérieurs aux 568 florins de rente dont avait hérité leur père de son grand-père, Guillaume Moreau.

Des sept enfants de Guillaume et Marie-Agnès de Bilquin, quatre filles seulement seront parvenues à l'âge adulte. Marie-Josèphe, épouse de Guillaume-Nicolas de Moreau, son oncle à la mode de Bretagne, bailli et mayeur de la ville de Charleroi, maître de forges à Rouillon-Annevoie et Yvoir en 1700. Elle reçoit la terre et la seigneurie de Bioul ainsi que celle de Hommelbrouck à Oostkamp, héritage d'un de ses oncles chanoines Baillencourt.

Marie-Thérèse se marie en 1708 avec François-Guillaume de Propper, chevalier du Saint Empire, conseiller d'Etat et directeur de la Chambre des Comptes de S.A.E. de Cologne. A en croire la relation du curé de Marchienne, absent à la cérémonie, ce fut un beau mariage bien qu'il fut faict durant le tems que je fus pour mes incommodités prendre les bains au lieu de Chaudfontaine.

Héritant des usines de Zone, Jeanne-Françoise de Bilquin épouse en 1714 dans la chapelle du châteaude bilquin,de bioul,de cartier,de moreau,de montpellier,de baillencourt,de courcol,château de marchienne au pont,vaxelaire,de proper,marguerite yourcenar,cartier de marchienne de Marchienne Jean de Montpellier, seigneur d'Yvoir et d'Annevoie, maître de forges à Yvoir et Sclaigneux, mayeur de la cour des Férons du comté de Namur et seigneur foncier d'Annevoie. Leurs enfants seront anoblis en 1743.

Marie-Agnès [ci-contre] - elle disposera du château de Marchienne-au-Pont - devient en 1717 la femme de Jean-Louis de Cartier, fils d'un bourgmestre de Liège et trésorier général du de bilquin,de bioul,de cartier,de moreau,de montpellier,de baillencourt,de courcol,château de marchienne au pont,vaxelaire,de proper,marguerite yourcenar,cartier de marchienneprince-évêque, à son tour bourgmestre de Liège. L'auteur de ces lignes déclare son attachement généalogique et filial à cette neuf fois arrière-grand-mère via les Reynegom de Buzet, de Vrière et van Outryve d'Ydewalle de la branche dite de Beernem.  

Clôturons notre récit par quelques mots sur l'évolution du château de Marchienne-au-Pont. Dans son ouvrage Souvenirs pieux, Marguerite Yourcenar, alias de Crayencour, parle de son ascendance maternelle Cartier de Marchienne, propriétaire depuis plusieurs générations d'un manoir de style Renaissance flamande, situé au cœur de Marchienne-au-Pont. Et de raconter l'étrange lubie de son oncle Emile de Cartier de Marchienne [illustration], ambassadeur en Chine au début du siècle dernier : faire ambassadeur de Cartier.jpgreconstruire la Légation belge, située en plein cœur de Pékin, quasi à l'identique du château familial de Marchienne-au-Pont. Une entreprise gigantesque, des plans dressés à Marchienne, des matériaux arrivant à Pékin par colis numérotés de briques, tuiles, ardoises, pavements et lambris. Aujourd'hui, le bâtiment existe toujours et se situe à deux pas de la célèbre place Tian An Men !

La famille de Cartier vend la propriété à la ville de Marchienne-au-Pont en 1938. Subissant le sort habituellement réservé aux demeures acquises par un organisme public, le château sera longtemps laissé à l'abandon. Restauré depuis peu, il se visite à l'occasion des Journées du Patrimoine. Fortifié au nord par une muraille dominant la Sambre, le logis se compose de deux ailes perpendiculaires, d'une tour d'angle et d'une chapelle, ceinturant la cour d'honneur dont le porche d'entrée est frappé aux armes Bilquin-Baillencourt.
                                    
Nicolas van Outryve d'Ydewalle

© Edmond de Moreau d'Andoy : Historique de la famille de Moreau
© Gaspard Maigret de Priches : Nos familles de Maîtres de Forges (1446-1860)
© Professeur Philippe Jacqmin : Cercle d'Archéologie de Marchienne-au-Pont
© Marquis de Trazegnies : Archives du Fonds de Corroy-le-Château (familles éteintes)