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06/02/2012

Les Zouche, seigneurs de La Lande, ancêtres de Marie Aronio de Romblay, épouse de Charles d'Ydewalle

Mon premier vit en Bretagne en l'an 1000, mon second est passé en Angleterre au XIIème siècle et monblason Zouche.jpg troisième est revenu en France en 1623. Mon tout représente la famille Zouche, titrée en France Seigneur de La Lande et Lord of Haryngworth en Grande-Bretagne, une lignée ininterrompue sur plus de trente générations.

Au commencement était le Verbe et le Verbe s'est fait chair, disent les Evangiles. Que les descendants d'Ydewalle-Aronio sachent donc de quelle chair ils sont faits :

1. Charles van Outryve d'Ydewalle x Marie Aronio de Romblay  
   2. Jérôme Aronio de Romblay x Mathilde de Lafonteyne de Villers
     3. Marie-Albert Aronio de Romblay x Eugénie de Godefroy
       4. Denys de Godefroy x Eugénie de Lencquesaing
         5. Jean-Baptiste Godefroy x Anne-Alexandrine de Zouche de La Lande
           6. Alexandre de Zouche x Marie-Thérèse Deschamps
             7. Alexandre-Pierre de Zouche x Charlotte de Balestrier

louis14.jpgOctobre 1692, laissons la parole à Sa Majesté Louis-le-Quatorzième : de zouche,seigneurs de la lande,aronio de romblay,lafonteyne de villers,de godefroy,de lencquesaing,de balestrier,lors of haryngworth,de saint vaast,de cantelou,de dynham,de berkeley,guillaume le conquerant,de beaumez,de porhoët,de cornouaille,d'anjou,de rohan,charles d'ydewalle"Louis, par la grâce de Dieu, Roy de France et de Navarre, à tous presens et à venir, Salut. Notre cher et bien amé Alexandre-Pierre de Zouche, seigneur de La Lande, commandant pour nous en notre citadelle de Metz et chevalier de l’ordre Militaire de Saint-Louis [ci-contre], nous a fait remontrer qu’il est fils d’Alexandre de Zouche et de damoiselle Marie Moussat et petit-fils de Guillaume de Zouche, lequel étant issu de la noble famille de Zouche en Angleterre passa en France en l’année 1623 et s’habitua en notre province de Berry où il avait épousé Anne Belin ayeule de l’exposant."

 8. Alexandre de Zouche x Marie Moussat
   9. Guillaume de Zouche x Anne Belin

"L'ancienne noblesse de ladite maison de Zouche est prouvée par des certificats authentiques par lesquels il est étably que ladite maison de Zouche est reconnue en Angleterre pour véritablement noble ancienne et que dans la généalogie de cette maison il est dit que Guillaume Zouche de Pitton eut deux fils Georges Zouche dont la postérité est restée en Angleterre et Guillaume Zouche qui passa en France."

"Cependant comme ledit exposant ayant eu le malheur de perdre ses père et mère dans son bas âge, les titres et papier de sa famille ont été entièrement perdus par la négligence et mauvaise conduite de son tuteur, il a eu recours à Sa Majesté pour le supplier très humblement de vouloir bien en considération de ses services le dispenser de la rigueur des formalités qui pourroient l’obliger de rapporter ses titres et de le vouloir bien maintenir dans l’état de noblesse où son dit ayeul son père et luy ont toujours vescu …"

"… que d’ailleurs nous sommes aussy informez que damoiselle Charlotte-Anne-Marie de Balestrier qu’il a épousé est héritière de l’ancienne maison de Saint-Vaast en Artois, alliée a celle de Saquespée et de100000000000016A000001EE52EE7F7F.jpg Crevecoeur et a plusieurs autres des plus considérables de la province, scavoir faisons que pour ces causes et autres bonnes considérations a ce nous mouvans, nous de notre grace spéciale, pleine puissance et authorité Royalle maintenons et confirmons par ces présentes signées de notre main ledit Alexandre-Pierre de Zouche, seigneur de La Lande et ses enfants et postérité masles et femelles nez et a naistre en légitime mariage en leurdite ancienne noblesse, Nous l’avons avec sesdits enfans et postérité masles et femeles nez et a naistre en légitime mariage, annobly et annoblissons et du titre de noble orné et décoré, que comme tels ils puissent tenir et posseder tous fiefs, terres, héritages nobles en outre qu’ils jouissent des memes honneurs, privilèges, preeminences, franchises, prérogatives et exemptions dont jouissent et ont accoustumé de jouir les gentilhommes de notre royaume, à la charge toutefois de vivre noblement et sans deroger à ladite qualité …"

Remontons ensuite treize générations, s'étalant du XVIème jusqu'au XIIème siècle, sans nous attarder sur les détails généalogiques de chacune :

10. William Zouche of Pitton x Hester Bower
   11. Richard Zouche x Bridget Drury
     12. Edward Zouche x Christiana Chudley
        13. John Zouche x Dorothy Capell
           14. John Zouche x Joan de Dynham
              15. William La Zouche x Katherine Lenthall
                 16. William La Zouche x Alice Seymour
                    17. William La Zouche x Elizabeth Crosse
                       18. William La Zouche x Agnes de Greene
                          19. William La Zouche x Elizabeth de Ros
                             20. Eudo La Zouche x Joan Inge
                                21. William La Zouche x Maud Lovell
                                   22. Eudo La Zouche x Milicent de Cantelou
    
Alors que la génération 18 correspond également l'un des quartiers de l'arbre généalogique de feue 073_Cauntelo.jpgLady Di, le mariage d'Eudo La Zouche avec Milicent de Cantelou [armoiries ci-contre] en 1273 est un parfait exemple de ce que l'on appelle en généalogie l'implexe des ancêtres, soit le rapport existant entre le nombre théorique et le nombre réel d'ancêtres. En effet, le couple aura quatre enfants dont William, né en 1276 et cité sous le n° 21 ainsi qu'Eva, née vers 1282, qui épousera Sir Maurice de Berkeley. Nous entrons ici dans la grande mouvance des descendants de Guillaume-le-Conquérant ainsi que de celle de ses compagnons à la bataille de Hastings en 1066, dont les générations d'aujourd'hui forment le noyau de la High Society de Sa très gracieuse Majesté britannique. Mais ceci est une autre histoire !

Reprenons donc notre fil conducteur :  

23. Roger I de La Zouche x NN
    24. Alain I de La Zouche (ou La Coche) x Alix de Beaumez
        25. Geoffrey La Zouche (1093-1141) vicomte de Porhoët x Hawise Fergant
            26. Eudes I de Porhoët (° 1078) vicomte de Porhoët et de Rennes x Anne de Leon
                27. Josselin I de Porhoët (+ 1074) vicomte de Bretagne et de Rennes x NN
                    28. Guethenoc vicomte de Château-en-Porhoët (+ 1021) x Alarun de Cornouaille

Nous sommes à présent en Bretagne. Hawise Fergant (femme du n° 25) est la fille du duc Alain IV de220px-Sceau_Alain_Fregent_jpg.png Bretagne [sceau ci-contre], lequel a épousé Ermengarde d'Anjou, fille du comte Foulques IV d'Anjou, tandis qu'une petite-fille d'Hawise devient la femme du vicomte Alain de Rohan, ancêtre d'une lignée qui s'est illustrée avec éclat dans l'histoire de France.

Que les mânes de nos ancêtres reposent en paix …

Votre serviteur se déclarant comme bien d'autres descendre au 3ème degré de Charles d'Ydewalle et de Marie Aronio, une simple addition nous donne ainsi un total de 31 générations !
                        
Nicolas van Outryve d'Ydewalle

29/01/2012

De la "belle Acarie" à la bienheureuse sœur Marie de l'Incarnation ou la vie de Barbe Avrillot, une lointaine cousine carmélite.

L'ascendance de Marie Aronio de Romblay est émaillée de quelques anecdotes familiales
montrant que la petite histoire peut mener tout droit au Ciel et à ses saints.
Ou comment le Carmel fut introduit en France en 1604 à l'initiative d'une cousine au 14ème degré.

Quatorze générations nous plongent dans des faits deux fois plus anciens que les événements de la Révolution française. Pour plus de clarté, gravissons les échelons du temps :aronio de romblay,belle acarie,barbe avrillot,pierre acarie,champlâtreux,lhuillier,jean pierre acarie,hôtel acarie,maître des comptes,thérèse d'avila,carmel de pontoise,louise de france,de bérulle

1 - Génération d'aujourd'hui [née en 1945/55]
2 - Génération de nos parents
3 - Génération d'Emmanuel, Stanislas, André et Thérèse d'Ydewalle
4 - Charles d'Ydewalle + Marie Aronio de Romblay [ci-contre]
5 - Jérôme Aronio de Romblay + Mathilde de Lafonteyne
6 - Albert Aronio de Romblay + Eugénie de Godefroy
7 - Denis de Godefroy + Marie de Lencquesaing
8 - Jean Baptiste de Godefroy + Anne Zouche de La Lande
9 - Jean de Godefroy + Catherine Le Gay du Châtel
10 - Denys de Godefroy + Geneviève des Jardins
11 - Guillaume des Jardins + Charlotte Aubert
12 - Jacques des Jardins + Elisabeth Chevalier                       
13 - Jacques Chevalier + Barbe Avrillot, sœur de Nicolas Avrillot qui épouse Marie Lhuillier dont Barbe Avrillot, épouse de Pierre Acarie.

aronio de romblay,belle acarie,barbe avrillot,pierre acarie,champlâtreux,lhuillier,jean pierre acarie,hôtel acarie,maître des comptes,thérèse d'avila,carmel de pontoise,louise de france,de bérulleMaria de Vrière, épouse d'André d'Ydewalle, avait la charmante habitude de copier certains tableaux de famille d'une manière fort ressemblante, telle cette petite gouache ovale [ci-contre]. Sur le haut à droite, l'appellation tronquée Aetatis restera à jamais muette quant à l'âge de la personne représentée, tandis qu'à gauche figure l'emplacement vide d'un blason. Sans en avoir la certitude, ne s'agirait-il pas de Barbe Avrillot, épouse de Pierre Acarie. Des arguments ? Un look vestimentaire très XVI-XVIIème siècle, correspondant parfaitement à l'appellation la belle Acarie que lui avaient attribuée les salons parisiens de l'époque ainsi qu'une forte ressemblance avec celle qui deviendra plus tard sœur Marie de l'Incarnation.

Illusion ? En attendant, voici l'authentique histoire de cette bienheureuse cousine, Barbe Avrillot (1566-1618), épouse de Pierre Acarie (1560-1613), conseiller-maître ordinaire des comptes de la Chambre de Paris.

    
Barbe naît à Paris le 1er février 1566. Seigneur de Champlâtreux et chancelier de la reine Marguerite deblason-avrillot.jpg Navarre, son père Nicolas [armoiries ci-contre] est également conseiller-maître ordinaire des comptes de la Chambre de Paris. Elevée au sein d'une famille fortunée, ultra-catholique et royaliste, Barbe reçoit une éducation chrétienne stricte. Afin de préparer sa première communion, elle est confiée à sa tante Isabelle Lhuillier, clarisse à l'abbaye de Notre-Dame de Longchamp où elle apprend à lire, chanter et dire son chapelet. Craintive et obéissante, ne se disputant pas avec ses compagnes, leur cédant incontinent, fort aimable, tout le monde y célèbre à l'envi sa précoce sagesse, telle est l'appréciation de sa formatrice. Elle a le sens de la mortification. Lorsqu'elle avait commis quelque petite faute, elle-même allait s'en accuser, apportant le fouet pour qu'on la châtie.  

Douée d'un caractère fort, intelligente et vive, elle se sent attirée par la vie monastique mais ses parents ont d'autres projets pour leur fille. Ils la retirent de Longchamp en 1580. Barbe n'en continue pas moins de cultiver ses habitudes de piété tout en concevant le projet d'entrer chez les Augustines de l'Hôtel-Dieu pour y servir les malades, la peste et le choléra sévissant à Paris. Sa mère ne l'entend pas ainsi. Barbe est contrainte de réintégrer le foyer familial, entre un père froid et distant et une mère sévère, voir méchante. Comme elle refuse de porter parures et bijoux, sa mère la punit en la soumettant aux rigueurs de l'hiver. Elle aura un pied gelé et un os sera atteint.  

Par obéissance envers ses parents, Barbe épouse le 24 août 1582 - elle a seize ans et demi - Jean-Pierre Acarie, vingt-deux ans, vicomte de Villemore, seigneur de Montbrost et de Roncenay, parfait honnête homme, à la fois riche et pieux. Le couple s'installe dans le Marais, rue des Juifs, au n° 11 de l'actuelle rue Ferdinand Duval, une spacieuse demeure [illustration actuelle] aux nombreux domestiques.                            aronio de romblay,belle acarie,barbe avrillot,pierre acarie,champlâtreux,lhuillier,jean pierre acarie,hôtel acarie,maître des comptes,thérèse d'avila,carmel de pontoise,louise de france,de bérulle 

La nouvelle madame Acarie mène une vie brillante parmi les salons mondains de la capitale. Très vite, on la surnommera la belle Acarie. Etoile au firmament de la jeunesse dorée parisienne, Barbe apprécie le compliment au point que la vue d'une créature encore plus belle qu'elle lui donne du ressentiment et du déplaisir fort sensible, touchée dans sa plus grande vanité ! Epouse comblée d'un excellent mari, maîtresse de maison accomplie, elle reste néanmoins fidèle à sa vie de piété qu'elle partage avec sa femme de chambre.

Grand est le rayonnement de l'hôtel Acarie. Dépassant le cercle de famille et des relations, il s'étend jusqu'à la Cour et le Clergé. Attirées par son degré hautement sublime qu'on appelle le discernement des esprits, d'éminentes personnalités viennent la consulter, tant la vie intérieure de Barbe Acarie est intense.

De 1584 à 1587, trois de ses premiers enfants - elle en aura six - sont nés. Elle s'occupe de près de leur éducation, aidée par sa servante qu'elle a connue à Longchamp. L'entente entre les deux femmes est complète, leur horreur du péché commune. Chaque jour, la servante énumère ses manquements à Barbe, puis Barbe lui énonce les siens, même si cette dernière se bouche les oreilles pour ne pas les entendre ! Elle consacre ses temps libres à la lecture, livres profanes, écrivains amusants et romans d'amour, certains teintés … d'érotisme, révèle l'un de ses biographes. Un jour, découvrant les lectures de sa femme, scandalisé, son mari remplace ces romans par de pieuses lectures.

Barbe a 21 ans : Trop avare à qui Dieu ne suffit, la lecture de cette pieuse sentence va transformer sa vie. C'est le début d'une emprise divine extraordinaire, accompagnée de manifestations d'extases qu'elle ne comprend d'abord pas, souffrant intérieurement avant d'être rassurée par des guides éclairés qui y voient l'action de Dieu. Barbe Acarie décide donc que Dieu seul lui suffit, suivant le principe quand l'on donne son temps à Dieu, l'on en trouve pour tout le reste. Après la bataille de Senlis en 1589, lors de la dernière guerre de religion, l'hôpital Saint-Servais est rempli de blessés. Barbe s'y rend tous lesaronio de romblay,belle acarie,barbe avrillot,pierre acarie,champlâtreux,lhuillier,jean pierre acarie,hôtel acarie,maître des comptes,thérèse d'avila,carmel de pontoise,louise de france,de bérulle jours avec sa belle-mère pour les panser. Durant le siège de Paris de mai à août 1590, elle passe des journées entières à l'Hôtel-Dieu distribuer aux affamés [illustration] le pain de sa propre bouche, cela avec une discrétion telle que son mari ne s'aperçoit même pas de son absence.  

A ce régime-là, Dieu répond par l'extase, est-il écrit à son sujet. La première se produit en 1590 dans l'église Saint-Gervais au cours de la messe du matin. Elle pense mourir de douceur, restant sans mouvement jusqu'au soir hors du sens … presque sans respiration, à genoux cependant, ne pouvant s'en retourner qu'après avoir été éveillée par une servante qui la secoue fortement. Les extases se multiplient, la plongeant dans une grande inquiétude, craignant qu'elles viennent du démon. Les médecins diagnostiquent une exubérance de sang et prescrivent des saignées qui l'épuisent.

Avec l'accord de son mari, elle quitte ses atours mondains pour se vêtir d'étoffes à petits prix, s'enquérant auprès de sa belle-mère : Ne peut-on trouver un habit qui se vête d'un seul coup ? Et encore : A quoi bon tant d'atours, de colliers, de bracelets ? Ce sont tous fatras qui ne servent qu'à faire perdre le temps ! Désormais, elle gardera les yeux baissés devant les hommes afin de ne pas être pour autrui une occasion de chute, tout en demeurant une conseillère écoutée : Presque personne qui l'allât voir et ne s'en retournât touchée extraordinairement de Dieu.

A partir de 1593, elle éprouve les douleurs des stigmates le vendredi et le samedi ainsi que les jours de carême, mais sans que ces stigmates soient apparents. Elle pratique assidûment l'oraison et en toutes circonstances la charité, l'obéissance et l'humilité, traquant ses péchés et ses imperfections. Bien qu'elle n'ait que 27 ans, sa santé n'est pas brillante. Elle endure de grandes souffrances physiques avec un visage si égal et un cœur si ferme que ceux qui la considéraient étaient tout étonnés.

Sur le plan familial, les Acarie vont vivre une période éprouvante. Politiquement très engagé, Pierre est un ligueur fort en vue. L'on se souvient que la Ligue regroupait nobles et seigneurs ultra-catholiques, appuyés par l'Espagne et ligués contre le pouvoir royal. Pierre Acarie et Nicolas Avrillot, respectivement mari et père de Barbe, font partie des Seize, sorte de gouvernement insurrectionnel de Paris contre Henri IV. Lorsque ce dernier est sacré roi en 1593, Pierre Acarie est banni de Paris et ses biens sont confisqués. Comme il a dû emprunter de l'argent pour financer la Ligue, ses créanciers font saisir l'hôtel Acarie. Barbe se réfugie avec ses six enfants chez une cousine. Entre-temps, son mari a trouvé le gîte à Champlâtreux dans la famille de son épouse. Bonne écuyère, celle-ci lui rend visite à cheval. Un jour, elle est désarçonnée, son pied reste coincé dans l'étrier et elle est traînée sur une longue distance. Un fémur cassé en trois endroits, une mauvaise opération durant laquelle le chirurgien oublie de lui remettre un petit os … Barbe est condamnée à marcher avec des béquilles, subissant le reste de ses jours grandes douleurs et faiblesses. L'année suivante, tombée d'un escalier, elle se casse à nouveau la cuisse et reste alitée trois mois. Peu après, tombée sur les marches d'une église, on doit la transporter aronio de romblay,belle acarie,barbe avrillot,pierre acarie,champlâtreux,lhuillier,jean pierre acarie,hôtel acarie,maître des comptes,thérèse d'avila,carmel de pontoise,louise de france,de bérulle,de vrière,zouche,de lencquesaingà Paris sur un brancard. Elle est définitivement infirme ...

Quatre années de tourments qui n'empêcheront nullement Barbe d'assurer avec habileté et ténacité la défense de son mari dans les procès engagés par ses créanciers. Bien qu'il soit contraint de se défaire à vil prix de son office de Maître des Comptes, l'immeuble de la rue des Juifs lui est malgré tout restitué et toute la famille peut s'y réunir à nouveau. Le courage et l'intelligence avec lesquels Barbe sut rétablir les affaires de son mari frappent ses contemporains. Cela fit du bruit dans Paris et il fut bientôt à la mode de la connaître. Toujours à l'affût de gens d'esprit, le roi Henri IV [illustration] la rencontre plusieurs fois et s'en montre enchanté !

A 32 ans, elle est toujours aussi belle, gaie et agréable. Malgré ses accidents corporels, elle continue à déployer une grande activité sociale, faisant dire à son propos que de son temps, il ne se faisait rien de notable pour la gloire de Dieu qu'on ne lui en parlât ou qu'on en prît son avis. Marie de Médicis cherche à rencontrer madame Acarie pour se mettre sous sa direction spirituelle, mais Barbe se dérobe à cet honneur avec autant de soin qu'une autre eût mis à l'obtenir. François de Sales et plus tard Vincent de Paul - tous deux futurs saints - sont les hôtes assidus de l'hôtel Acarie. De son côté, aigri et désœuvré, Pierre Acarie devient difficile à vivre, tout en reconnaissant lui-même que si sa femme devenait sainte, il aurait beaucoup contribué à sa sainteté !

Après le regroupement familial à l'automne 1601, Barbe Acarie a connaissance des écrits de Thérèse d'Avila, réformatrice du Carmel en Espagne. Elle n'est pas emballée mais un peu plus tard … la bienheureuse Thérèse apparut à Barbe qui faisait oraison et l'avertit que telle était la volonté de Dieu en ces termes : De même que j'ai enrichi l'Espagne de cet Ordre très célèbre, de même que toi qui restaures la piété en France, tâche de faire bénéficier ce pays du même bienfait. N'osant tout d'abord pas faire état de cette vision, Barbe se confie ensuite à quelques théologiens de son entourage qui lui conseillent de s'ôter cela de l'esprit. Nouvelle apparition quelques mois plus tard de sainte Thérèse qui lui ordonne de fonder le Carmel en France en lui promettant que l'entreprise se réalisera !

T_avila_bLa partie basse, datée de 1954, retrace la vision de Ste Thérèse d'Avila à Mme Acarie en la basilique Saint Nicolas de Port lors du Jubilé de 1602.jpg

Œuvre du peintre lorrain Pierre-Dié Mallet en 1954 pour le 350ème anniversaire de la fondation de l'Ordre du Carmel en France. Elle retrace la vision de Ste Thérèse d'Avila à Madame Acarie en la basilique Saint Nicolas de Port lors du Jubilé de 1602. Debout tenant son chapeau dans la main gauche et récitant son chapelet de la main droite, Pierre Acarie, vicomte de Villemaure. A genoux, en soutane noire avec sa cape et sa calotte, l'Abbé Pierre de Bérulle (1575-1629) [illustration ci-dessous], cousin de Mme Acarie, tient un livre de prière.

Profondément troublée par cette nouvelle vision, Barbe fait part de ce projet de fondation à deux PierreDeBerulle.jpgprincesses de la maison d'Orléans-Longueville, mesdames de Longueville et d'Estouteville, qu'elle venait solliciter incidemment pour une bonne œuvre. A sa grande surprise, le projet est chaleureusement adopté par les deux altesses qui se chargent d'aller elles-mêmes solliciter la permission au Roi. Alors que tout semblait la devoir faire refuser, le Roi donne l'autorisation de fonder des monastères de Carmélites dans son royaume ! Confondus par tant de facilités, les hommes de Dieu y voit cette fois-ci une marque incontestable de la volonté divine.

Juin 1602, des décisions importantes sont prises : le premier monastère sera établi à Paris et l'on introduira en France des mères espagnoles qui serviront de modèles. Puis, Barbe a une nouvelle vision : Dieu me fit voir qu'Il voulait que je fusse religieuse en cet Ordre et sœur laie [converse]. Etre sœur laie et non sœur du cœur attriste beaucoup Barbe parce qu'elle ne pourrait pas chanter avec les autres sœurs.  

Le 3 novembre 1603, le pape Clément VII accorde la bulle d'institution. La construction du premier Carmel a lieu dans le prieuré Notre-Dame des Champs, faubourg Saint-Jacques à Paris. Tout en dirigeant les travaux avec douceur et célérité, Barbe constitue l'équipe qui doit ramener d'Espagne six img-2.jpgcarmélites ayant vécu avec Thérèse d'Avila [ci-contre] et donc imprégnées de sa spiritualité. Deux mois à peine après l'arrivée des mères espagnoles, le succès est tel qu'il est nécessaire d'ouvrir un second Carmel. Barbe Acarie choisit Pontoise. A l'automne suivant, un troisième Carmel est organisé à Dijon. En 1606, elle choisit d'implanter le quatrième à Amiens, le cinquième en 1608 à Tours et l'année suivante, un sixième à Rouen ! Parmi les premières novices, on distingue la marquise de Bréauté, mademoiselle de Brissac, fille unique de Charles de Cossé, duc de Brissac et maréchal de France, Marie-Sylvie de La Rochefoucauld, sœur du cardinal, etc.

Toute à ses affaires du Carmel, Barbe continue néanmoins à remplir aronio de romblay,belle acarie,barbe avrillot,pierre acarie,champlâtreux,lhuillier,jean pierre acarie,hôtel acarie,maître des comptes,thérèse d'avila,carmel de pontoise,louise de france,de bérulle,de vrière,zouche,de lencquesaingses nombreuses obligations dans le monde et s'emploie même à aider madame de Sainte-Beuve [à gauche] à fonder l'ordre des Ursulines, destinées à l'éducation des jeunes filles. Sans jamais se plaindre, elle s'occupe de son mari tout en supportant les taquineries et incartades que ce dernier, l'âge aidant, lui prodigue. Sans y être aucunement poussées, leurs trois filles entrent au Carmel.

Pierre Acarie meurt le 17 novembre 1613 après une pénible maladie pendant laquelle Barbe, toute malade qu'elle est également, l'assiste affectueusement. Après avoir réglé la succession de son défunt mari, ne gardant pour elle qu'une rente viagère qu'elle offre le surlendemain au Carmel, Barbe entre au Carmel d'Amiens le 14 février 1614 comme sœur converse en prenant le nom de Sœur Marie de l'Incarnation. Dieu lui accordait ce qu'elle avait toujours si ardemment désiré, être servante des servantes de Dieu. Elle aide à la cuisine et sert à tout ce qu'elle peut. Il faisait bon la voir ainsi et entendre les paroles embrasées qu'elle disait en frottant et nettoyant les écuelles et les pots, cherchant des inventions pour les faire bien nets. Contrairement à la règle du silence, la supérieure lui commande de parler aux novices et aux autres sœurs. Elle avait un don particulier pour affermir les faibles et les assurer contre les tentations et les scrupules.

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Sa santé se dégrade à nouveau. Elle guérit miraculeusement d'une terrible hémorragie. Le jour des Rameaux 1615, elle est d'un froid de mort par tout le corps … ne lui restant plus de chaleur de l'estomac jusqu'au cœur. Son confesseur et la prieure lui ordonnent de demander à Dieu de ne pas encore mourir. Aussitôt, la chaleur revient dans son corps.

Elue prieure à l'unanimité lors de nouvelles élections, Barbe refuse cet honneur puisque Dieu lui avait fait savoir que je fusse religieuse en cet ordre et sœur laie. Une sœur converse ne peut être prieure. Bien peu maternelle, la nouvelle prieure du Carmel d'Amiens gouverne d'une main de fer, à la turque comme on disait à l'époque. Elle interdit à Barbe d'encore guider ses consœurs, ceci sans pouvoir prévenir quiconque ! Vers la Toussaint 1616, sœur Marie de l'Incarnation est transférée au Carmel de Pontoise. Reçue avec ferveur, elle autorisée à prodiguer à nouveau ses conseils tant aux novices qu'à la prieure. Tout est paix.

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Née à Paris en 1592, Geneviève Acarie, la troisième fille de Barbe, entra chez les Carmélites en 1607 et prit le nom de Geneviève de Saint-Bernard. Elle fonda le couvent des Carmélites de Chartres et devint prieure de celui de Sens où elle mourut le 12 septembre 1644. 

Février 1618, elle tombe gravement malade, atteinte d'hémiplégies par ramollissement rouge pneumonique, en jargon médical moderne. Si vous voyiez ce que je souffre, vous auriez pitié de moi, et plus de ce qui est intérieur que ce qui paraît au dehors ! Le 18 avril, au moment précis où son confesseur lui administre l'Extrême Onction, Barbe rend son âme à Dieu. Avant de réciter la prière des défunts, le confesseur se retourne vers la communauté : A l'instant où je vous parle, la défunte jouit déjà de la vue de Dieu. Barbe avait cinquante-deux ans. Au dehors, la rumeur se propage rapidement. carmel-pontoise-92.jpgLes uns et les autres s'écrient : La sainte est morte, la sainte est morte !

Son corps repose au monastère de Pontoise [ci-contre]. Très vite, les miracles se multiplient autour de sa tombe. A la demande de son fils aîné, grand vicaire de Rouen, les enquêtes juridiques d'usage sont ouvertes dès 1622 mais la cause n'aboutira qu'à la fin du XVIIIème siècle, sur les instances mêmes de la princesse Louise de France [illustration ci-dessous]. Août 1791, au cours d'une cérémonie dans la basilique Saint-Pierre à Rome, Pie VI déclare sœur Marie de l'Incarnation bienheureuse, bel exemple infligé aux Français plongés dans le désordre religieux provoqué par la Révolution.

madame Louise.jpg

Née le 15 juillet 1737 à Versailles, Louise-Marie de France, dite Madame Louise, était la plus jeune des enfants de Louis XV et de Marie Leszczyńska. En 1770, alors que la cour prépare le mariage du futur Louis XVI et de Marie-Antoinette, à la stupéfaction générale, Louise sollicite de son père l'autorisation de se faire carmélite. Sa phrase "Moi carmélite et le roi tout Dieu" témoigne de sa croyance sincère. Comme nom de religieuse, elle choisit Thérèse de Saint-Augustin en hommage à sainte Thérèse d'Avila. Elle mourut le 23 décembre 1787, quelques mois seulement avant la révolution qui allait chasser sa dynastie. Ses derniers mots furent "Au paradis ! Vite ! Au grand galop ! " A droite : Visite de Louis XV à Madame Louise de France au carmel de Saint-Denis. Huile de Maxime Le Boucher.

Barbe laissera un traité spirituel à l'intention de ses cousins et cousines d'aujourd'hui : Les vrays exercices de la bienheureuse Marie de l'Incarnation, composez par elle-mesme, très propres à toutes âmes qui désirent ensuyvre sa bonne vie.

Requiescat in pace !

Nicolas van Outryve d'Ydewalle