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irina eneri

  • Serge Mikhaïlovitch Soukhotine - coauteur dans l'assassinat de Raspoutine

    Au mois d'août 2016 paraît en Russie une biographie sur Serge Soukhotine, intitulée "Qui êtes-vous, lieutenant S. ?" (КТО ВЫ, "ПОРУЧИК С. ?") [illustration ci-contre],Capture d’écran 2017-05-03 à 14.26.52.jpg suivant l'appellation utilisée par Vladimir Pourichkevitch dans son opuscule "J'ai tué Raspoutine". Il s'agit d'un mémoire de fin d'études rédigé par une jeune historienne, Maria Sergueïevna Svidzinskaya, contenant une multitude de détails totalement inédits jusqu'à présent.

    L'aspect folklorique entourant la liquidation de Grigori Raspoutine est laissé quelque peu à l'arrière-plan au profit d'une description détaillée des étapes de la courte vie (39 ans !) de Serge Soukhotine. D'ailleurs, le rôle qu'il était censé jouer dans l'assassinat de Raspoutine était modeste : après la soirée passée chez Félix Youssoupov, il devait revêtir la pelisse du staretz pour faire croire que celui-ci avait bien quitté le palais de la Moïka ...

    Si l'énoncé de son nom est régulièrement omis dans les différents compte-rendus historiques de cette affaire, il est parfois cité sans son prénom ou avec un prénom inexact, y compris par des historiens sérieux tel qu'Henri Troyat.  

    En lui attribuant le grade soit de lieutenant, soit de capitaine, on a parfois écrit qu'il faisait partie du prestigieux Régiment Préobajenski. En réalité, Serge était lieutenant et il n'a jamais servi dans ce régiment mais bien au 1er Régiment d'Infanterie de la Garde Impériale ainsi qu'au 4ème Régiment des Fusilliers de la Garde. Pour la petite histoire, lors de l'apparition à Paris en 1930 d'une série d'articles dans le magazine russe "La Russie Illustrée" sur l'assassinat du staretz, son appartenance au Régiment Préobajenski sera formellement démentie par le président de l'Amicale des Anciens, sans doute peu désireux de compter un "meurtier" parmi ses membres, ce qui ne cadrait sans doute pas avec l'honneur du régiment !

    Le principe "d'état de nécessité", consistant à effectuer une action contraire à la loi mais visant à empêcher la réalisation d'un dommage bien plus grave, semble ici parfaitement justifié ... Le postulat de base pourrait se résumer en quelques mots : le tsar était absent du pouvoir civil puisqu'il avait pris la décision d'exercer lui-même le commandement de l'armée. Restée à Saint-Pétersbourg, la tsarine suivait aveuglément les conseils de Raspoutine qui nommait et défaisait les ministres à sa guise. L'autorité impériale en tant que telle n'existait plus, la fronde régnait dans les tranchées. Tout cela ne pouvait que mener au désastre ...

    SERGE MIKHAÏLOVITCH SOUKHOTINE

    ° 18.2.1887 Kotchety (Russie) + 4.6.1926 Choisy-le-Roi (France)

    Toute son enfance se passe dans la propriété ancestrale de Kotchety datant de Pierre-le-Grand, parmi ses cinq frères et soeur : Léon, Nathalie, Michel, Alexis et Fedor. Sa mère, la baronne Marie de Bode-Kolytchev, meurt de la tuberculose en 1897 lorsqu'il a dix ans. Son père se remarie ensuite avec Tatiana Lvovna Tolstoï [illustration ci-dessous de droite], la fille aînée de l'écrivain.

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    CORPS DES CADETS DE LA MARINE

    Nous sommes en 1901, Serge a quatorze ans. Son père Michel Sergueïvitch le conduit à Saint-Pétersbourg pour l'inscrire au Corps des Cadets de la Marine.

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    [Corps des Cadets le Marine avant la Révolution & vue actuelle]

    Capture d’écran 2017-05-03 à 14.29.46.pngBien que Serge perpétue ainsi une tradition familiale brillamment représentée par Yakov Filippovitch Soukhotine [illustration de gauche], vice-amiral et commandant de la flotte de la mer Noire en 1783, cette situation chagrine fort sa belle-mère Tatiana car elle ne le voit pas se lancer dans une carrière à l'armée. Cela ne correspond pas à la doctrine d'un christianisme authentique de Léon Tolstoï, sentiment queCapture d’écran 2017-05-03 à 14.29.58.png partage également son frère Léon Soukhotine.

    A l'époque, le Corps des Cadets est considéré comme la plus ancienne "haute école" en Russie. Son objectif n'est autre que d'assurer une éducation aux jeunes et de les préparer à devenir officiers de marine, tout en leur prodigant une éducation de grande école, un cursus d'une durée de six ans. Serge réussit les examens d'entrée sans difficulté. Il faut 8 points pour chaque matière. Il en récolte 12 en arithmétique, 9 en algèbre, 10 en histoire et en géographie, 11 en langue russe et 12 en français. Il est enrôlé le 2 septembre 1901 en tant que cadet junior.

    Pour l'anecdote, on relève sur la période 1902-1904 un série de mauvaises notes en discipline. Cela semble dû à la direction extrêmement autoritaire de la part du commandant de l'époque, l'amiral Grigori Tchoukhnine. [illustration de droite] La privation de jours de congé est le plus souvent infligée comme punition. Les motifs sont variés : perte du permis de sortie, arrivé en retard le matin, salut militaire avec la main gauche dans la poche, absence à la prière du matin, a effectué la gymnastique d'une manière paresseuse, a fait du bruit au dortoir, mauvaise tenue durant la parade du matin, mauvaise conduite à table, a regardé son supérieur d'un air moqueur dans les yeux, était aux toilettes durant un exercice de voiles, etc !

    Dès 1904, un nouveau commandant prend la relève, le vice-amiral Rimsky-Korsakov. Par sa bonté et son humanité, il est à l'opposé de son prédécesseur au point de recevoir le surnom de "l'Apôtre" par les cadets et les aspirants sous ses ordres. La discipline redevient moins contraignante et Serge ne connaît qu'une seule réprimande durant toute la période 1904-1906. Une transgression inattendue : on le rencontre sur la Perspective Nevski à Saint-Petersbourg avec un châle qui lui cache le nez ... symbole de "déloyauté envers le régime en place", un mauvais souvenir hérité de la révolution française et que, de plus, nous sommes en 1905 en pleine période révolutionnaire !

    Trois années passent. Il semble qu'il ait contracté une forme de tuberculose des os, ce qui donne lieu à un vif échange de télégrammes avec la famille à propos de son état de santé. Le 5 janvier 1904, Tatiana note dans son journal : "Serge est revenu et a déclaré à son père qu'il voulait quitter le Corps des Cadets car il n'a aucune envie d'être militaire". Un sentiment encore aggravé par la défaite de Tsushima en 1905 (anéantissement de la flotte russe lors de la guerre russo-japonaise), signifiant pour lui une tragédie personnelle car deux de ses cousins y perdent la vie. La responsabilité du commandement supérieur dans ce désastre le marque profondément.

    En 1906, il a dix-neuf ans, Serge quitte définitivement les Cadets de la Marine, muni d'un certificat de suivi des cours, équivalent à un grade d'aspirant. Les attestations scolaires émises à son sujet sont positives : "très bon sous tous aspects" (1902) ; "s'affranchit et est plus à l'aise, reste très bon" (1904) ; "jeune homme moral, éduqué et discipliné, lit beaucoup" (1905) ; "bien éduqué, discipliné, agile, connaît les règles" (1906). Par ailleurs, Serge aura bénéficié d'une éducation chrétienne très poussée, un élément d'éducation jugé important dans la formation des Cadets de la Marine. La religion doit déboucher sur une ligne de vie du futur officier : droiture, discipline, autorité, obéissance à l'Empereur ...

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    Au dos de la photo ci-dessus datant de 1902, on peut lire cette inscription : "A Sacha Tolstoï, en souvenir de son ami qui ne l'oubliera jamais et qui pense beaucoup à elle. Qu'elle ne m'oublie pas non plus ! Sergueï Suchotin". Amie d'enfance de Serge, Sacha [illustration ci-dessus] n'est autre qu'Alexandra Lvovna Tolstoï, la plus jeune fille de l'écrivain et soeur de sa belle-mère Tatiana.

    UNIVERSITÉ DE LAUSANNE

    Serge décide de s'inscrire à l'Université de Lausanne. Suivant la "Gazette Universitaire de Lausanne", plus d'un tiers des étudiants étrangers de l'année académique 1907-1908 étaient russes. Cette prédominance causera d'ailleurs une réaction de la part des autorités suisses qui tenteront d'endiguer le flot des nouveaux arrivants en exigeant un certificat d'études en bonne et due forme, preuve d'une scolarité réussie dans le pays d'origine. Aucun problème pour Serge qui dispose d'un certificat du Corps des Cadets de la Mer. Tandis que pour l'année académique 1909-1910 il est inscrit à la Faculté de Philologie et Lettres, sa cousine Elena Sollogub [illustration ci-dessous] l'est à la Faculté de Médecine.

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    Contrairement à certains de ses compatriotes, Serge ne se sent pas dépaysé dans son environnement suisse : son père avait l'habitude d'emmener sa famille pour de courts séjours en Europe centrale, Berlin, Rome, Lausanne et Naples. En effet, la tuberculose était la maladie récurrente dans la famille Soukhotine. Sur les six enfants, trois au moins en ont souffert : Léon, Serge et Nathalie. Un climat chaud était donc recommandé durant les hivers russes.

    Serge entretient une correspondance régulière avec la famille en Russie. Les questions de théologie et de religion font partie de ses préoccupations. Il se sent fortement influencé par la doctrine de Léon Tolstoï : "Il est important que les jeunes soient en demande morale et qu'ils cherchent leur propre voie dans leur développement personnel", affirmait l'écrivain. Ce qui n'empêchait pas son père d'être sceptique quant aux chances de réussite de son fils : "Il sait beaucoup de choses, mais d'une manière bien superficielle", se plaignait-il.

     DANS LA BONNE SOCIÉTÉ

    Serge a vingt-trois ans en 1911. Rentré de Suisse, il reprend une formation militaire comme volontaire au 4ème Régiment des Fusilliers de la Garde où il franchit les étapes successives vers le grade d'officier subalterne. Il est ensuite transféré dans l'armée de réserve en tant que lieutenant. Il semble en tirer une certaine fierté vis-à-vis de son frère plus âgé Mikhaïl qui avait choisi la carrière d'officier.

    De retour à Moscou, il entre de plain pied dans les mondanités. Cela n'empêche pas de poser un regard décalé sur le monde dans lequel il vit. Il se met en scène dans un poème teinté d'ironie : "Un bon mari doit savoir danser, bien patiner, jouer au bridge, jouer de la guitare, chanter des chansons, avoir du style et être capable de maintenir une conversation en sachant divertir les jeunes filles ..." Il est fréquemment invité à des soirées, bals et autres festivités, tant à Moscou qu'à Saint-Petersbourg. Comme il joue de la guitare et qu'il a une passion pour les chansons tziganes, très en vogue parmi la jeunesse russe du moment, on lui demande souvent de ne pas oublier d'apporter son instrument de musique avec lui.

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    On le rencontre dans l'une des propriétés de Konstantin Petrovitch Kleinmichel [illustration ci-dessous] qui organise régulièrement des festivités où les invités portent d'anciennes tenues traditionnelles. Pour la petite histoire, Konstantin Kleinmichel était l'un des enfants naturels de Nicolas Ier. On dit que la mère de Konstantin, née Kleopatra Petrovna Ilyinskaya, avait adopté les enfants naturels du tsar. Quant aux propres enfants de Konstantin, des liens de chaude amitié se noueront entre certains d'entre eux et Serge. Il dédiera même quelques poèmes et chansons à Olga, Hélène et Natalia qu'il appellera ses muses !

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    [de g. à d. : Olga, Claire et leur frère Wladimir et Catherine Kleinmichel - témoins d'une époque disparue]

    Selon ses notes manuscrites, Serge aurait eu un point de vue assez négatif sur le mariage, étant donné que "le mariage se termine par la liberté de l'homme et de sa responsabilité personnelle dans les actions. L'anneau de mariage est le premier maillon de la chaîne que nous nous mettons volontairement à nous-mêmes" ! Il semblait même croire en l'amour en dehors des liens du mariage ... Ne s'amouracha-t-il pas d'une Nathalie Fedorovna Gagarine, femme mariée et mère de trois enfants dont il souhaita qu'elle divorce ? Une aventure qui dura six mois et provoqua un sérieux conflit avec son père. On dit même que cela aurait pu causer le décès par crise cardiaque de ce dernier, le 14 août 1914.

     BLESSURE DE GUERRE

    Juillet 1914, à la veille de la déclaration de guerre, Serge est lieutenant de réserve au sein du 4ème Régiment des Fusilliers de la Garde, cantonné à Tsarkoïe Selo. Selon les archives militaires, il aurait commandé la 7ème compagnie de ce même régiment, ce qui expliquerait pourquoi on lui attribue parfois le grade de capitaine. Le 29 mars 1915, il est gravement blessé dans le dos. Suivant son carnet de notes, la blessure aurait été provoquée par un éclat de bombe lancée par un dirigeable allemand. On le retrouve à l'hôpital anglo-russe au palais du grand-duc Dimitri Pavlovitch (un des futurs co-auteurs dans l'assassinat de Raspoutine) à Petrograd où ses amis viennent lui rendre visite, dont Félix et Irina Youssoupov ainsi que Zinaïda Youssoupov, la mère de Félix.

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    [Palais Belosselski-Belozerski, connu avant la Révolution sous l'appellation de palais du grand-duc Dimitri, réquisitionné durant la guerre sous le nom d'hôpital anglo-russse, dirigé par la princesse Zinaïda Youssoupov]

    "J'ai déjà commencé à marcher avec un bâton", écrit-il en espérant être rapidement remis sur pied pour retourner au front mais son traitement va durer plusieurs mois, d'avril 1915 à janvier 1916. Pour son service au combat, il est décoré de l'Ordre de Sainte-Anne (grade 4) ainsi que de l'Ordre de Saint-Vladimir.

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    [Serge Soukhotine avec ses décorations - Félix et Irina Youssoupov - Zinaïda Youssoupov, mère de Félix]

    Serge rejoint ensuite l'armée au sein d'un corps de réserve mais en janvier 1916, il est victime d'une commotion cérébrale, handicapant sérieusement sa santé. Il n'arrive plus à se déplacer au point de devoir demander à Irina Goryainova, sa future femme, de lui acheter une canne lorsqu'elle vient lui rendre visite. Il ne peut pas non plus participer à un drink offert en son honneur au mess des officiers à l'occasion de son retour. Dans sa correspondance avec Irina, il se plaint de mal dormir, d'avoir souvent d'insuportables maux de tête ... Sa fiancée Irina lui reproche de ne pas vouloir demander son renvoi du service armé alors qu'il vient de subir une grave blessure. Serge répond que c'est son devoir d'officier de rester et qu'il aurait honte de rentrer chez lui sans raison valable et qu'il n'a aucune sympathie pour ceux qui le font !...

    De retour à Petrograd, il est affecté à la Direction Générale des Approvisionnements auprès du Ministère de la Guerre, ce qui répond à son désir de rester actif comme officier. En janvier-février 1917, il est nommé secrétaire de la Conférence de Petrograd des puissances alliées, Russie, Grande-Bretagne, France et Italie. Comme il parle plusieurs langues, il sert également d'interprète. Il excellera même en tant que responsable d'un Comité d'approvisionnement logistique au profit de l'armée roumaine, après que le Roumanie ait rompu avec les puissances centrales ennemies.

    Sans nouvelles de sa part depuis un certain temps , sa famille s'inquiète de son sort ... jusqu'en mars 1916 où Serge annonce par courrier qu'il "a été blessé au front" et qu'il compte épouser Irina Goryainova, Irina Enery, la fameuse pianiste.

    MARIAGE AVEC IRINA ENERI

    x le 4.5.1916 Irina Alexeïevna Goryainova-Chegodaeva (° 5.11.1897 Moscou + 23.1.1980 Ste Geneviève des Bois)

    Fille d'un officier du nom de Biroukov et de Maria Ivanovna Bronikowski. Ses parents divorcent assez rapidement. Sa mère se remarie avec un autre officier, Alexei Goryainov, qui adopte Irina. Ce nouveau mariage est suivi d'un troisième puisque sa mère épouse ensuite le prince Alexander Chegodaev qui donne son nom à Irina, d'où son double nom de famille.

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    Irina est une pianiste prodigue qui se produit depuis son tout jeune âge dans différentes salles de concert, y compris devant l'impératrice à Tsarkoïe Selo. Sa mère va concentrer toute son attention sur l'éducation musicale de sa fille en la confiant à Alexandre Glazounov [illustration de droite ci-dessus], compositeur, chef d'orchestre et professeur au Conservatoire de Saint-Pétersbourg. Au mois d'août 1909, Irina et sa mère sont à Yasnaïa Poliana. La pianiste prodige de 12 ans joue longuement du piano pour Léon Tolstoï qui apprécie fort la musique. Ce dernier la trouve plein d'énergie, courageuse et fort indépendante. "Sa technique est époustoufflante, juge-t-il, mais est elle trop fière d'elle ..."

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    Serge attacha de l'importance à ce qu'Irina soit bien accueillie au sein de sa famille, d'autant plus qu'après le décès de leur père, c'est sur son frère aîné Léon que reposait maintenant l'autorité parentale. Et pour la réussite de son entreprise, n'avait-il pas été allumer un cierge devant l'icône de la Mère de Dieu à la cathédrale de Kazan ? Précédemment, la mère de la jeune Irina s'était opposée au projet de mariage de sa fille, jugeant Serge encore trop immature et qu'il risquait d'avoir une influence néfaste sur ses performances pianistiques. De plus, elle avait appris que Serge souffrait de la maladie héréditaire des Soukhotine, la tuberculose. "Comment avez-vous osé cacher cette maladie ? Deux médecins m'ont affirmé que ma fille risquait la mort en vous épousant ?...", s'était-elle indignée ! Heureusement, un médecin diagnostiqua que le mal n'était pas grave, qu'il s'agissait d'une tuberculose au genou qui n'était pas dangereuse ...

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    Extraits des Souvenirs d'Hélène Bazilevski, épouse de Léon Soukhotine (Déda) :

    "... nous revînmes à Marino où eut lieu le mariage de l'oncle Serge (le frère de Déda) et la fameuse pianiste Irène Enery [illustration ci-dessous] qui avait commencé sa carrière à 14 ans. C'est elle qui vit maintenant à Paris et qui est dans une profonde misère. C'est pour elle que j'ai écrit une lettre à la reine Elisabeth d'Angleterre, la priant de lui venir en aide, démarche restée sans succès. Ensuite, Serge se retrouva au front et fut bientôt blessé. Ce fut notre dernier séjour à Marino".

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    [propriété de Léon Soukhotine où se maria Serge]

    Malheureusement, quelques années plus tard, Irina abandonne mari et enfant. En 1923, elle émigre en France et s'installe à Paris. De 1924 à 1967, elle participeCapture d’écran 2017-05-03 à 14.52.16.png à des récitals et à des concerts de bienfaisance, notamment en faveur de la Croix-Rouge ainsi que des réfugiés russes. Durant l'occupation de Paris par les Allemands, elle donnera plusieurs récitals en faveur du Fonds "Aide d'Hiver". Après la guerre, elle poursuit ses activités en se consacrant à la musique de chambre de Chopin et à la culture russe sous le signe de l'unité "ancienne émigration et jeune génération de Russie".

    Le 27 avril 1946, elle se remarie avec un certain Paul Petrovich Borowski (1892-1955) qui serait chauffeur de taxi. Un fils serait né de cette union, il aurait travaillé en 1982 à la télévision américaine à Berlin. Irina passe les dernières années de sa vie dans la "Maison Russe" pour les immigrés russes âgés à Sainte-Geneviève-des-Bois, près de Paris. Elle décède le 23 Janvier 1980.

    Comme la mère d'Irina avait épousé en troisièmes noces le prince Alexandre Sergueïvitch Chegodaef (1889-1919) [illustration de droite] qui adoptera Irina et celle-ci devenant l'épouse de Serge, quoi de plus normal que les deux hommes soient devenus amis, tous deux partageant en plus la même passion pour la musique ! Depuis son enfance, Alexandre adorait jouer de la balalaïka. En 1908, il s'était fait enrôler dans le célèbre orchestre populaire Andreëv qui partit l'année suivante se produire à Londres. Après le retour de l'orchestre, Alexandre resta quelque temps en Angleterre pour organiser des concerts et donner des cours particuliers de balalaïka à la Cour, à la demande du roi Edouard VIII d'Angleterre. Il ne rentra en Russie qu'en pleine guerre en 1916 et fut enrôlé comme volontaire dans un bataillon de réserve des Grenadiers de la Garde. On peut supposer que des liens d'amitié se nouèrent entre lui et Serge Soukhotine, les deux hommes ayant une passion commune pour la musique, sans oublier que Serge avait épousé la fille adoptive d'Alexandre.

    ASSASSINAT DE GRIGORY RASPOUTINE

    Le 20 décembre 1916 :

    Capture d’écran 2017-05-03 à 14.52.23.pngLes journaux ont annoncé hier une nouvelle stupéfiante : Raspoutine a été tué ! On parlait depuis longtemps déjà de la nécessité d’éloigner cette force ténébreuse et voilà que surgissent de nouveaux décembristes qui se sont sacrifiés pour ce qu’ils croient être le bien de leur patrie,” note dans son journal Tatiana Tolstoï [illustration de gauche], alors que son propre beau-fils fait partie du complot. Je suis triste et je pense que ce crime ne sera d'aucune utilité pour notre malheureuse Russie ; il marquera, par contre, d'une tâche ineffaçable la conscience de ceux qui l'ont accompli. "On a abattu un chien". Oui, mais notre souverain en deviendra-t-il plus sage ? (...) La disparition de Raspoutine ne changera rien, je crois, mais il est possible et même probable que ce crime ne devienne l'étincelle qui fera éclater l'obscur mécontentement du peuple."

    Tania Albertini, fille de Tatiana Tolstoï, écrira des années plus tard que “l’assassinat de Raspoutine auquel prit part mon demi-frère Serge Soukhotine, bouleversa beaucoup ma grand-mère,” en préface à l’édition du journal intime de sa grand-mère Sophie Tolstoï, épouse de l’écrivain.

    En résumé, Serge ne jouera qu’un rôle de comparse dans cette affaire au point qu’il n’a guère laissé de traces dans les archives de la police. Félix Youssoupov raconte que comme la silhouette de Serge rappelait celle de Raspoutine, il était prévu qu'il enfilerait la pelisse du staretz sur sa capote militaire, afin de donner le change aux passants éventuels, lorsque les conjurés sortiraient du palais après l’assassinat.

    Capture d’écran 2017-05-03 à 14.52.34.pngC'est de Félix Youssoupov que viendrait l'idée d'un complot contre le "vieil homme" venu de Sibérie, celui qui avait trahi laCapture d’écran 2017-05-03 à 14.52.45.png confiance de la famille impériale et semé le trouble parmi la bonne société de la capitale. L'idée lui vint déjà en 1915 en discutant avec son épouse Irina [illustration de droite], nièce du tsar Nicolas II, ainsi qu'avec sa mère Zinaïda, farouchement opposée au tsarets. Cette dernière était d'ailleurs en froid avec l'impératice Alexandra Fedorovna qui n'avait rien voulu entendre à propos des critiques formulées contre Raspoutine.

    Mais trouver des volontaires pour mettre le projet sur pied n'était pas si simple, car la figure de Raspoutine était trop odieuse dans l'esprit de beaucoup de gens ! Félix se tourna alors vers deux de ses amis avec qui il pouvait partager ce secret, à commencer par le grand-duc Dimitri Pavlovitch dont il était proche depuis longtemps. Vint ensuite Serge Soukhotine qui était en traitement à l'hôpital pour sa blessure et auquel Zinaïda Youssoupov venait régulièrement rendre visite. Comme le grand-duc était au front, c'est avec Serge qu'auraient eu lieu les premières discussions, tant à l'hopital qu'au palais de la Moïka où il était convié à déjeuner.

    Une fois sorti de l'hôpital, le 6 juin 1915, Serge entame sa convalescence chez les Youssoupov à qui il présente son épouse Irina qui est reçue à bras ouverts. On dit aussi que les deux Irina qui avaient pratiquement le même âge, étaient déjà amies et qu'elles passaient souvent de longues journées ensemble au palais de la Moïka. Quant à Félix et Serge, ils se connaissaient déjà depuis le temps où ils jouaient ensemble au tennis dans la propriété Yousoupov de Rakityanskaya, non loin de Kotchety.

    Les discussions se poursuivent. La décision de le tuer au revolver est tout d'abord prise puis un peu plus tard, lorsque le cercle des comploteurs s'élargit, l'utilisation du poison est préférée afin de mieux dissimuler toute trace de meurtre ... Félix Youssupov écrit dans ses Mémoires que le principe même d'organiser un assassinat dans son palais de la Moïka [illustration ci-dessous] l'avait fortement déplu dans le sens "qu'inviter chez soi une personne qu'on a l'intention d'assassiner était totalement contraire à son éducation et ses principes."

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    Félix rend de fréquentes visites à Raspoutine ainsi qu'à l'une de ses ferventes admiratrices, Maria (Mounia) Golovine afin de gagner la confiance du tsarets. Serge et Félix se voit tous les jours pour discuter des détails pratiques de l'organisation en cours ...

    Nuit du 16 décembre 1916 au quai de la Moïka, demeure du prince Félix Youssoupov. Outre Serge Soukhotine, les conjurés sont connus [ci-dessous de gauche à droite] : Félix Youssoupov ; le grand-duc Dimitri, cousin germain du tsar ; le député Pourichkévitch, le docteur Lazovert.

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    Les visiteurs peuvent aujourd’hui visualiser une parfaite reconstitution : au sous-sol du palais, deux mannequins de cire, Félix Youssoupov et Raspoutine, autour de la table sur laquelle sont préparés les biscuits au cyanure, les verres et le carafon de Madère [illustration ci-dessous de gauche]. Au rez-de-chaussée, une maquette représente la pièce où les autres conjurés attendent la fin du drame : le grand-duc et Pourichkévitch assis à une table, le docteur Lazovert prêtant l’oreille aux bruits venant du sous-sol, alors que Serge Soukhotine observe l’extérieur par une fenêtre [illustration ci-dessous de droite].

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    Deux heures et quart du matin, les conjurés, Dimitri, Lazovert et Soukhotine chargent le corps dans une voiture et se dirigent vers l’île Krestowsky. La veille, Serge Soukhotine était venu reconnaître les lieux. Sur ses indications, le corps de Raspoutine est transporté sur la glace puis poussé dans l’eau. Mais dans la fébrilité du moment, personne ne s’aperçoit qu’une des galoches du cadavre est restée sur la glace : c’est la découverte de cet indice qui, trois jours plus tard, permettra à la police de retrouver le corps gelé du staretz. 

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    L’assassinat de Grigori Raspoutine ne changera rien au cours des événements de la guerre. La révolution couve depuis longtemps, comme le témoigne unCapture d’écran 2017-05-03 à 14.53.55.png entretien que Gleb Botkine [illustration de droite], le fils du médecin de Nicolas II, assure avoir eu à Tsarkoë Selo le dimanche 11 décembre 1916 avec Serge Soukhotine, “officier très intelligent et très bien renseigné de l’Etat-Major” :

    Le soldat dans sa tranchée réfléchit, me dit Soukhotine, et voici ce qu’il pense : pourquoi l’a-t-on arraché à son village natal pour l’envoyer à la mort ? Mourir, c’est tout ce qu’il peut faire, car la plupart du temps on lui donne un bâton au lieu d’un fusil. Pourquoi a-t-il un bâton, alors qu’il devrait avoir un fusil ? Il réfléchit et d’autres l’aident à réfléchir. Et il conclut : trahison ! Eh bien, il aura bientôt fini de réfléchir et alors la police essaiera de l’arrêter avec des mitrailleuses. Mais n’oublie pas qu’un homme qui est resté pendant des jours et des jours, des mois et des mois sous le feu des canons allemands, on ne l’effraie plus avec des mitrailleuses de police. Ce n’est plus maintenant qu’on l’arrêtera !...

    Si Serge Soukhotine ne sera jamais inquiété dans l'assassinat de Raspoutine, la petite histoire débattra encore longtemps quant à savoir qui à tiré la balle fatidique ! Félix Youssoupov ? Trop maladroit ! Le grand-duc Dimitri ? Il aurait juré à son père sur ce qu'il avait de plus cher qu'il n'en était pas l'auteur. Le docteur Lazovert ? On a écrit qu'en tant que médecin, il aurait eu des remords de Capture d’écran 2017-05-03 à 15.26.29.pngconscience. Il aurait remplacé le poison par une poudre sans effet nocif. Quant au député Vladimir Pourichkevitch, ses souvenirs datant de 1925 "Comment j'ai tué Raspoutine ?", sont peu crédibles car émaillés Capture d’écran 2017-05-03 à 15.26.45.pngde fanfaronnades [texte de gauche]. Par contre, il est parfois suggéré qu'un "simple lieutenant" aurait très bien pu faire l'affaire ... De toute manière, on épiloguera encore longtemps sur le sujet !

    Il est assez symptomatique, conclut Maria Svidzinskaya dans sa biographie sur Serge Soukhotine, que Félix Youssoupov ait attendu la mort de Serge pour publier ses propres mémoires sur toute l'affaire ! Le prince Petr Petrovitch Isheev (1882-1926) [illustration de droite] relate dans ses Souvenirs que dans le grand appartement que lui et sa femme occupaient pendant la guerre à Petrograd, le "jeune Chagodaev", de retour d'Angleterre, y avait loué une chambre. "Par Chagodaev, je connaissais le jour de l'assassinat ainsi que tous les détails sur l'affaire," ajoutant que c'était Serge qui avait tiré mais que la décision avait été prise de garder le secret le plus absolu. Beaucoup de gens pensent et écrivent que c'est Pourichkevitch qui a tué Raspoutine. En fait, c'est Soukhotine qui a tiré et qui a tué Raspoutine ..."

    AFFAIRE RASMEKO

    Suite à la forte réduction de production en métaux ferreux et non ferreux durant la guerre, un comité de fournitures de métaux du nom de RASMEKO avait été Capture d’écran 2017-05-03 à 15.26.55.pngcréé en 1915 afin d'assurer les besoins des usines productrices d'armement. A la révolution, RASMEKO intègre le Département Métallurgique du Conseil Economique Suprême pour la distribution des métaux. Les cadres sont fortement démocratisés par l'incorporation d'un quota de deux tiers de travailleurs et de paysans. Et en corollaire, le nouveau régime tente de lutter contre la spéculation et le marché noir, phénomènes dûs au désordre économique causé par la guerre.

    Fin avril 1918, à la demande expresse du camarade économiste Maximilian Savelyev [illustration de gauche], Serge entre au Département des Métaux au sein du Conseil Economique Suprême. Un mois plus tard, il est nommé à la tête de la section des Métaux Etrangers et ensuite administrateur de RASMEKO, tandis que son ami Alexander Chagodaev en devient le secrétaire. Savelyev voyait en Serge quelqu'un qui avait déjà fait preuve dans sa fonction précédente au sein du Département des approvisionnements étrangers.

    Malheureusement, ces deux carrières sont bien vite interrompues. En novembre 1918, sur base d'une dénonciation, Serge et Alexandre (et quelques autres) sont accusés de sabotage contre l'économie de l'Etat. C'est ce que l'on appellera l'affaire RASMEKO. Deux plaintes sont déposées. Elles ne reposent que sur le témoignage de deux directeurs d'usine. Pour l'un, Alexandre Chegodaev aurait refusé "par vengeance" une autorisation de production car l'usine n'aurait pas accepté de payer des "charges supplémentaires", comprenons des pots de vin ! A Serge Soukhotine, il est reproché d'avoir "brutalement" refusé une livraison de métal parce que le destinaire refusait de payer le supplément de prix demandé, sans que soit précisé la "manière dont ce supplément devait être payé". Une tentative de corruption ?

    Les prévenus sont mis aux arrêts durant 9 mois, de mi-juin au 22 novembre. Perquisitions dans les bureaux de RASMEKO et aux domiciles privés, brefs interrogatoires n'autorisant pas de réponse sauf par un oui ou un non, faux témoignages de personnes douteuses ... La présomption de culpabilité est le fil conducteur de l'enquête menée par les autorités. Le procès se tient en séance publique, le 22 novembre 1918. Alexandre Chegodaev et Serge Soukhotine ne rencontrent leur avocat qu'une seule fois. Un autre accusé n'a même pas cette chance. Il est mort en prison, il avait vingt et un an.

    Le tribunal juge que les charges contre les accusés sont parfaitement justifiées. La sentence tombe le 23 novembre 1918 : la peine de mort. La sentence, publiée dans les "Izvestia", doit être exécutée dans les 24 heures, à partir de 6 heures du matin. En attendant leur exécution, nos deux amis sont enfermés à la prison de Taganga. Heureusement, à la requête de certains membres du Comité Exécutif Central, la peine capitale est commuée le lendemain en prison à vie. On peut expliquer ce changement dans l'attitude du Ministère Public par une sorte de reconnaissance implicite des compétences professionnelle des deux hauts fonctionnaires de RASMEKO ... Et pour la petite histoire, on apprendra que les deux accusateurs directeurs d'usine seront à leur tour condamnés en tant que "gros spéculateurs et ennemis du peuple" !

    PRISON DE TAGANKA

    Les deux amis sont emprisonnés dans la tristement célèbre prison de Taganka à Moscou. Déjà avant la Révolution, cette prison aura servi à interner des prisonniers politiques et ensuite, lors des grandes purges staliniennes, les "ennemis de l'Etat". Rasée dans les années 1950, la prison de Taganka [illustration ci-dessous] est aujourd'hui immortalisée par de nombreux poèmes et chansons reflétant une periode douloureuse du régime communiste.

    Capture d’écran 2017-05-03 à 15.31.43.png

    Serge et Alexandre occupent des cellules différentes, l'un la 164, l'autre la numéro 15 mais les portes restent pratiquement ouvertes toute la journée et il était possible de circuler librement dans la prison. Durant leur temps d'emprisonnement et avec l'autorisation des autorités pénitentières, Serge et Alexandre se lancent dans la création d'un orchestre d'instruments populaires, constitué de prisonniers volontaires. Si pour Chegodaev la musique était pratiquement devenue une profession, pour Soukhotine c'était une passion depuis l'enfance : il jouait de la guitare, aimait la musique tzigane et s'était essayé à la composition de chansons. De plus sa femme Irina, musicienne virtuose, l'avait régulièrement invité à ses concerts et était pour lui une excellente source d'inspiration.

    L'orchestre compte 14 à 18 prisonniers de toutes catégories sociales et d'âges différents. Ils sont condamnés pour crimes de vol, vagabondage, assassinat, désertion et corruption. Le plus jeune a 15 ans, le plus ancien 85 ans. L'orchestre connaît un franc succès, participe à de nombreux concerts et rassemblements organisés en commémoration des différentes dates anniversaires de la Révolution. Il est d'ailleurs fort probable que la durée d'emprisonnement des deux comparses aura été réduite grâce à cette activité artistique jugée hautement patriotique par les autorités.

    Extrait des Souvenirs de Tatiana Tolstoï, le 16 février 1919 (ns) :

    "Je suis allée à Moscou pour visiter mon beau-fils Serge, enfermé à la prison de Tagansskaïa. Je l'ai trouvé de très bonne humeur. Il m'a décrit de cette manière simple et franche propre aux Soukhotine, les sentiments qu'il a éprouvés lorsqu'on l'a condamné à mort."

    En inaugurant ainsi une nouvelle étape dans sa vie mouvementée, Serge est qualifié de "prisonnier exemplaire" par l'Administration. On le voit remplir les activités les plus variées : réparateur chauffagiste, infirmier lors d'une épidémie de typhus, chef des travaux au jardin de la prison, soigneur de lapins, professeur, adjoint aux travaux de l'imprimerie ... Pour la direction la prison, la présence de prisonniers "bourgeois" était fort utile pour améliorer le niveau d'éducation des autres prisonniers issus de la masse populaire, "nouvelle" mais peu instruite !

    Grâce à son statut de prisonnier modèle (tout comme pour son ami Alexandre Chegodaev), Serge voit sa peine graduellement réduite, passant à 5 ans puis 3 ans. Capture d’écran 2017-05-03 à 15.32.19.pngIl obtient même des congés pénitentiaires, ce qui lui permet d'aller retrouver [illustration de droiteCapture d’écran 2017-05-03 à 15.31.54.png] sa fille Natalia. Âgée de 3 ans, elle réside en dehors de Moscou et il ne l'a plus vue depuis 2 ans ...

    Finalement, Serge sort de prison le 16 février 1921, tandis que Alexandre Chegodaev [illustration de gauche] continue de pratiquer, mais en dehors du régime de détention, son activité orchestrale dans différentes unités des prisons du N.K.V.D. Il mourra paisiblement à Moscou, le 27 août 1939. Fort heureusement, malgré la malnutrition et les conditions sanitaires insalubres à l'origine de différentes maladies dont l'anémie et la tuberculose, le médecin de la prison aura noté que l'état de santé de Serge sera resté satisfaisant, lui qui était prédisposé de naissance à la tuberculose !

    GÉRANT DE YASNAÏA POLIANA

    Amnistié le 16 février 1921 puis libéré, Serge arrive à Yasnaïa Poliana où il trouve refuge tout comme d'autres familiers des Tolstoï, déboussolés par la Révolution. Alexis Soukhotine, d'un an plus jeune que son frère Serge, arrive de Saint-Petersbourg "amaigri, le visage émacié et affaibli par la malnutrition ..."

    Depuis mai 1919, le domaine de feu Léon Tolstoï avait été reconnu "trésor national de haute valeur culturelle", protégé par l'Etat et placé sous la juridiction du Commissariat aux Musées. Le 25 mai 1921, Serge est nommé Capture d’écran 2017-05-03 à 15.32.28.pnggérant de la propriété de Yasnaïa Poliana alors que la veille, Sacha Tolstoï, conservatrice des lieux et amie d'enfance de Serge avait signé une pétition pour obtenir sa nomination. Par un paradoxe très inattendu, Serge doit sa nomination à la femme de Léon Trostky, Natalia Ivanovna Sedova [illustration de gauche], à l'époque responsable du Directoire Général des Musées, émanation de la nouvelle organisation bolchevique pour la protection des Monuments et des Arts. Manifestement, par sa bonne connaissance des lieux et de la famille Tolstoï, Serge avait été jugé "apte à la fonction". Un document datant du 1er novembre 1921 sur papier à lettres officiel de Yasnaïa Poliana, signé de la main d'Alexandra (Sacha) Tolstoï, indique que cette dernière "autorise Serge Mikhaïlovitch Soukhotine, gérant de la propriété de Yasnaïa Poliana, à conduire en son nom toutes négociations, de conclure des accords ou des protocoles avec toutes institutions ou organismes, publics ou privés et ce, avec validité jusqu'au 1er février 1922".

    Manifestement, après ses quelques années d'emprisonnement, cette nouvelle activité va relancer sa vie d'autant plus qu'à l'automne 1921, Serge se remarie avec Sophie Andreïevna Tolstoï, une petite-fille de Léon Tolstoï de dix ans plus jeune que lui, qu'il aura rencontrée durant ses congés pénitentiaires.

    MARIAGE AVEC SOPHIE ANDREÏEVNA TOLSTOÏ

    x (b) le 19.10.1921 comtesse Sophie Andreïevna Tolstoï (° 12/25.4.1900 Iasnaïa Poliana + 29.6.1957 Moscou enterrée parmi les Tolstoï à Kotchaki)

    Petite-fille de Léon Tolstoï par son fils André, mari d'Olga Constantinovna Dieterichs, belle-soeur de Vladimir Grigorievitch Tchertkov, le confident et ami de Léon Tolstoï. Sophie porte le prénom de sa grand-mère paternelle qui fut sa marraine. Elle et son frère Ilya sont indissociablement liés à la photo [illustration ci-dessous] les représentant avec leur grand-père leur racontant l'histoire du concombre.

    Capture d’écran 2017-05-03 à 15.32.41.png

    Ce second mariage de Serge avec Sophie Tolstoï est de courte durée car même pas trois mois plus tard, en janvier 1922, il est de victime d'un accident vasculaireCapture d’écran 2017-05-03 à 15.32.52.png cérébral, entraînant une paralysie complète. Selon toute évidence, ce nouvel AVC trouve son origine dans sa blessure de guerre et les ennuis de santé qui suivirent, d'autant plus qu'il se plaignait souvent d'insupportables maux de tête. Le diagnostic de l'hôpital est sans équivoque : "thrombose des vaisseaux cérébraux entraînant une paralysie du côté droit avec lésion des jambes, des bras et de la langue".

    Comme Serge n'est plus en état d'assumer ses fonctions dans la propriété de Yasnaïa Poliana, c'est son beau-frère le prince Nicolas Léonidovitch Obolensky (dont la première épouse était Macha Tolstoï, la fille préférée de l'écrivain) qui reprend la gérance du domaine de feu Léon Tolstoï. Pour couronner le tout, en juillet 1925, sans même avoir attendu un divorce avec Serge ni un décès éventuel, Sophie Tolstoï se remarie avec le poète Serge Essénine, devenant ainsi sa 4ème femme [illustration de droite de 1925]. Et c'est en lisant son journal que Serge apprendra le remariage de son épouse ! Poète maudit, Essénine mettra fin à ses jours le 28 décembre 1925. En 1948, Sophie Tolstoï se remarie une troisième fois avec un certain Alexander Timrot ...

                                SA MORT EN FRANCE

    Capture d’écran 2017-05-03 à 15.33.05.pngBien que Tatiana Lvovna et Olga Dieterichs, les deux belles-mères de Serge, prennent ses problèmes de santé en mains, elles ne sont malheureusement d'aucun secours, la médecine russe de l'époque n'offrant ni médicament ni moyen de guérison. Serge est tout d'abord hébergé quelque temps dans l'appartement d'Olga sur le boulevard Prechistenskie [illustration de gauche] puis elles sont obligées de le placer, d'abord dans une clinique ensuite, faute de moyens, dans une maison pour indigents.

    En 1925, Serge subit une nouvelle attaque cérébrale. C'est alors que la décision est prise de l'envoyer à Paris où l'on a entenduCapture d’écran 2017-05-03 à 15.33.14.png parler d'une méthode de traitement similaire au vaccin contre la malaria. L'affaire se règle assez rapidement, grâce à des dons d'argent de quelques amis proches. Parmi ceux-ci, Nikolaï Karlovitch von Meck [illustration de droite] ou sa fille Galina (on ignore en fait lequel des deux).

    Les archives de la prison de Taganka font état d'une intervention de Serge en faveur Nikolaï lorsque celui-ci était lui aussi emprisonné. Ancien président de la Société des Chemins de Fer Kazan-Moscou, Nikolaï von Meck était le mari d'Anna Lvovna Davydoff, petite-fille du décembriste Vassili Davydoff. Catherine Davydoff, une autre fille du décembriste, était l'épouse de Vladimir Peresleni dont descend Hélène Bazilevski, épouse de Léon Soukhotine, Capture d’écran 2017-05-03 à 15.33.24.pngfrère de Serge ...

    C'est Tania Tolstoï-Soukhotine qui prend l'initiative d'envoyer son beau-fils Serge à l'étranger. Elle écrit à Félix Youssoupov qui lui répond immédiatement : "Amenez-le-moi !" Pour l'aider dans cette tâche, elle prend contact avec Valentin Boulgakov [illustration de gauche], le dernier secrétaire en date de son père Léon Tolstoï. Boulgakov n'appréciait pas Serge. Et pour cause, il avait eu une amourette avec Solphie Andreïevna Tolstoi, avant que celle-ci de devienne l'épouse de Serge. L'affaire avait été clôturée à la suite d'une intervention de Sophie et de sa mère.

    Tania lui adresse une lettre : "Cher Valentin Fedorovitch, j'ai une grande, très grande requête à vous adresser ! Mon pauvre beau-fils Serge va en France. Il se rend à Paris pour se faire soigner ou pour y mourir dans de meilleures conditions que celles que l'on peut lui offrir ici. Jusque Prague (le coût du voyage était moins élevé que via Berlin), il aura un accompagnateur tchèque (de Prague à Paris, il lui en faudra un également). La question est de savoir comment il va s'en sortir à Prague durant un jour ou plus avant de se débrouiller pour rejoindre Paris. Comme vous le savez, il est complètement désemparé, incapable de se débrouiller, ce qui pourrait causer des accidents."

    Plus tard, Valentin Bulgakov va relater dans ses mémoires :

    "J'ai rencontré l'un de mes rivaux : il était complètement "ramolli", sa bouche bavait de la salive, son aspect était celui d'un idiot, il parlait d'une manière confuse et incompréhensible. Mes soucis se limitèrent au minimum." Le "minimum" était d'accompagner Serge jusqu'à Prague mais il ne semble pas qu'il l'ait fait ...

    Le 13 mars 1925, un agent diplomatique tchèque prend Serge en charge dans le train jusque Paris. Lors d'un arrêt en gare de Varsovie, l'homme sort pour se dégourdir les jambes. Rejoignant son compartiment, il constate que Serge n'y est plus et qu'il s'est évaporé dans la nature. Le train ne peut attendre et repart avec le diplomate. Plus tard dans la nuit, Serge est retrouvé errant dans les rues de la capitale. Il trébuche, il est pris pour un ivrogne et amené à l'hopital. Quelques jours plus tard, alors que son état s'est amélioré, il est en mesure de reprendre la direction de Paris, sans que l'on sache s'il est accompagné ou non.

    On croit comprendre que Tania Tolstoï venait elle aussi de réussir à quitter la Russie. Elle se trouvait à Prague où elle réceptionna Serge. Le jour de son arrivée, elle envoie deux lettres à Moscou à l'attention d'Olga et de Sophie :

    "Il est maintenant huit heures du matin. Serge a dormi dans la pièce à côté qui est séparée de la nôtre par une salle de bain. Tatiana, elle était en larmes hier-soir, dort sous une couverture. C'est extrêmement difficile de s'occuper de lui car il est constamment en mouvement, ne sachant pas où il est. Hier, après avoir été à la toilette, il ôta ses souliers avant d'aller se coucher puis disparut. Après l'avoir cherché partout, on l'a finalement retrouvé dans l'escalier. Le concierge le tenait par le bras. Je lui recherche un accompagnateur pour le conduire à Paris avec la promesse de payer le billet de train à celui qui pourra le faire. Je compte envoyer une carte postale à Paris pour qu'on puisse l'y accueillir et je lui glisserai l'adresse dans sa poche."

    Serge Soukhotine décède deux mois et demi plus tard, le 4 juin 1925, dans la banlieu d'Orly non loin de Paris. Il a à ses côtés son ami Félix Youssoupov ainsi que sa première épouse Irina qui avait appris la maladie de son ex-mari. Détail curieux, Valentin Boulgakov raconte dans ses Mémoires que Félix aurait pris à sa charge le coût d'un traitement à base de Salvarsan, un médicament dérivé de l'arsenic efficace contre la syphilis ...

    En annonçant la mort de Serge, Tania Tolstoï écrivit à Olga Constantinova ainsi qu'à sa fille Sophie Andreïevna Tolstoï :

    "Ma très chère petite Sophie,

    Serge a été enterré aujourd'hui. Il est décédé hier, le 4 juin à 6 heures de l'après-midi. Je ne l'avais plus revu avant sa mort. La dernière fois, il avait une voix rauque, son aspect n'avait pas changé. Il nous reconnut, Tania et moi. Toutes heureuses, nous lui posions des questions mais il ne nous répondait pas. Le 2 juin, j'appris que son état s'était aggravé et que les médecins ne lui donnaient plus que deux à trois semaines à vivre. Je devais donner le lendemain une importante conférence, je préparais à manger pour les trois quatre jours à venir, j'avais le coeur lourd. Dès que cela fut terminé, je partis pour Orly où me dit que Serge était décédé la veille. Il n'a pas souffert, il est mort dans son sommeil. Il eut coup sur coup plusieurs syncopes, la fin est arrivée très rapidement. Les derniers jours, il n'était plus conscient. Pourtant, il eut quelques accès de colère, jetant la tasse qu'on lui tendait ou déchirant ses photos, sauf celle de sa mère." Capture d’écran 2017-05-03 à 15.33.49.png

    Une autre lettre de Tania Tolstoï laisser penser que Serge aurait été fort troublé par la trahison de sa deuxième femme Sophie Tolstoï. Celle-ci écrivait pourtant à un ami, le 16 mars 1925 :

    "Je viens d'entrer dans une période très difficile de ma vie," avoue-t-elle après le départ de Serge pour la France. "Mon mari s'en est allé soit pour guérir soit pour mourir là-bas. Abandonner mon mari à l'étranger ... il est très malade, tous ses problèmes reposent sur ma mère et moi-même. Vous ne pouvez pas vous imaginer ce que cela signifie de partir à l'étranger, c'est très difficile. Même si nous étions plutôt des étrangers l'un pour l'autre, son départ est pour moi un chapitre lourd à supporter et très significatif dans ma vie."

     Et ce sera par les journaux qu'elle apprend la mort de Serge : "Mon mari, non ce n'est pas vrai, c'est un mensonge !" se serait-elle écriée.  

    On sait que Serge était resté très attaché à deux personnes en particulier, sa mère Nathalie Mikhaïlovna de Bode et sa fille Nathalie Sergueïevna [illustration de droite]. Alors qu'il avait déchiré les photos de tous ses autres proches, il avait précieusement gardé leurs images ...

    L'AFFAIRE BONHAMS

    L'affaire Bonhams et le "général Soukhotine" ou ... comment réécrire l'histoire !

    Avril 2008, la salle de vente Bonhams à Londres annonce sur son site Internet la mise aux enchères d'objets d'art d'une provenance totalement fantaisiste :

    "acquired from the private collection of general Sukhotine in Belgium, 1952. The general, then a lieutenant in the Russian army, was involved with the murder of Rasputin on 19th November 1916. He was Jacques Desenfans' neighbour". Lot 127 is a large 19th century silver-plate and gilt belt [illustration ci-dessous de gauche] buckle from the Caucasus. The rectangular buckle, made to be detachable comes in two parts and is decorated with a geometric motif with three diamond-shaped raised bosses on each section. Lot 297, a group of three powder horns [illustration ci-dessous de droite] from the Caucasus made in the 18th century, including a silver and niello powder horn with incised floral motifs and ivory neck ; an ivory powder horn carved with trefoil motif, the steel mounts with gold damascening decoration ; a steel powder horn with bands of gold floral decoration.

    Capture d’écran 2017-05-03 à 15.34.02.png

    Issu d’une famille ayant fait fortune dans l’industrie textile, Jacques Desenfans (1920-1999) était un collectionneur belge d'objets d'art anciens consacrés aux arts islamique, indien et d’Asie du Sud-Est. Une riche collection dont certaines pièces furent présentées aux Musées royaux d’Art et d’Histoire de Bruxelles et qui fit par ailleurs l’objet en 1969 d’une exposition à l’occasion de laquelle le Shah d’Iran fit une visite personnelle.

    Certains media russes se font l'écho de cette vente "historique" : "les objets de l'assassin de Raspoutine passeront sous le marteau" - Soukhotine, le "tueur du mauvais génie" ...

    Et Bonhams de pratiquer un marketing historico-commercial fort agressif :

    Capture d’écran 2017-05-03 à 15.34.13.pngBonhams next Indian and Islamic art sale (...) includes a number of fascinating reminders of a murder that remains something of a mystery to this day, the killing of the Russian monk, Rasputin. K*S* of Bonhams Indian and Islamic Department comments : “These items might not have a huge financial value, but in historic terms they are fascinating and very valuable because of their previous owner’s involvement in one of the most notorious murders of the early 20th century. The mysterious monk, Grigory Efimovich Rasputin, a peasant who claimed powers of healing and prediction, had the ear of Russian Tsarina Aleksandra, wife of Tsar Nicholas II. The aristocracy could not stand a peasant in such a high position and many peasants could not stand the rumours that the tsarina was sleeping with such a scoundrel. Rasputin was seen as "the dark force" that was ruining Mother Russia.

    To save the monarchy, several members of the aristocracy attempted to murder the holy man. On the night of December 16-17, 1916, they tried to kill Rasputin. The plan was simple. Yet on that fateful night, the conspirators found that Rasputin would be very difficult to kill. The conspirators tried to poison him and when that did not appear to be working they clubbed and shot him and dropped his body into the Neva River. Three days later, the bodyCapture d’écran 2017-05-03 à 15.34.33.png of Rasputin, poisoned, shot four times and badly beaten, was recovered from the river and an autopsy was undertaken. The cause of death was hypothermia. His arms were found in an upright position, as if he had tried to claw his way out from under the ice. In the autopsy, it was found that he had indeed been poisoned, and that the poison alone should have been enough to kill him."

    La vérité historique a ses droits : Serge Soukhotine n'a jamais été général (le dernier général Soukhotine, Nicolas Nicolaïevitch [illustration de gauche] est mort en 1918), ilCapture d’écran 2017-05-03 à 15.34.24.png n'a jamais vécu en Belgique et n'a donc jamais pu être un voisin de Jacques Desenfans à qui il aurait vendu ces objets en 1952, alors qu'il est décédé à Paris en 1926 !

    Par contre, suivant le principe qu'il n'y a pas de fumée sans feu, il n'est pas impossible que l'origine de ces objets puisse avoir un lien avec la fabuleuse collection d'Alexandre Petrovitch Bazilevski (1829-1899) [illustration de droite] assez ressemblante à celle de Jacques Desenfans, collection rachetée en 1884 par le tsar Alexandre III au profit du Musée de l'Ermitage de Saint-Petersbourg. Alexandre Petrovitch Bazilevski n'est autre que le grand-père d'Hélène Bazilevski, cette dernière étant l'épouse de Léon Soukhotine, le propre frère de Serge. Aujourd'hui encore, on retrouve quelques menus objets du même style, sans grande valeur, oubliés dans un tiroir de certains descendants Soukhotine.

    Arrivés en Belgique vers 1924, après avoir vécu quelques années à Belgrade, Léon Soukhotine aurait-il été en contact avec Jacques Desenfans ? Mais comme il est décédé en 1948 et que le contact daterait de 1952, la question reste ouverte ... D'autre part, la réponse finale de Bonhams à Londres n'apporte aucun éclaircissement : "we used Jacques Desenfans' handwritten notes on his pieces to form our provenances. He did small drawings of the items and usually said where he had got them from. We had no reason to disbelieve it".

    PHOTOS MYSTÈRES

    Lorsqu'on effectue des recherches sur Internet sur Serge Mikhaïlovitch Soukhotine, on tombe sur l'affaire Raspoutine avec habituellement la photo de Serge en militaire avec képi [illustration du haut à gauche]. La photo de droite, montrant Serge avec sa seconde épouse, Sophie Andreïevna Tolstoï, date de 1921. Cette photo est apparue récemment sur Internet et proviendrait du musée Tolstoï à Moscou. La phrase manuscrite au bas de la photo indique "S.A. Tolstoya (1ère à droite), S.M. Soukhotine (...) Moscou 1921". Quant aux deux autres dames, bien que leurs noms ne sont pas connus avec certitude, celle du mileu pourrait être Zoé Dmitrïevna Platonova, épouse d'Illya Andreïevitch Tolstoï, frère de Sophie. Les deux photos du haut montrent clairement le même Serge. Elles semblent avoir été prises à la même époque, alors qu'entretemps Serge était passé par la case prison.

    Capture d’écran 2017-05-03 à 15.34.48.png

    L'illustration du bas à gauche représente Serge avec sa fille Natalia, née en 1917 et date également de 1921, probablement après sa libération de prison, le montrant affaibli et amaigri. La photo de droite le montre en tenue militaire avec les deux décorations reçues après sa blessure ; elle daterait en principe de 1916. Sur ces deux photos, Serge est clairement le même.

    Pourtant, malgré une très vague similitude, le Serge du haut ne ressemble pas au Serge du bas. Mystère !...

    Serge Soukhotine et Irina Goryainova-Chegodaeva auront eu une fille [illustration ci-dessous] du nom de Natalia Soukhotine (° 1917). Félix et Irina Youssoupov sont ses parrain et marraine.

    Capture d’écran 2017-05-03 à 15.35.05.png

    Alors que Serge est encore en prison et qu'Irina quitte la Russie en 1923 pour aller refaire sa vie en France, Natalie reste sous la garde de sa belle-mère Sophie Tolstoï, la seconde épouse de son père. Natalia Soukhotine épousera en 1936 Matthew Nikitich Vasin et aura un fils du nom de Vladimir Matveïtch Vasin (° 1937), compositeur de musique variée ...

    Capture d’écran 2017-05-03 à 15.35.27.png

    Texte rédigé par Nicolas d'Ydewalle (1942-), petit-neveu de Serge Mikhaïlovitch Soukhotine (1887-1926)

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