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joyaux du trésor de russie

  • Bijoux, joyaux et parures à la Cour impériale de Russie

    "A la Cour de Catherine II de Russie, richesse et pompe dépassent de loin l’imagination ;
    l’éclat des habits et la profusion de pierres rares lui accordent la toute première place
    parmi les Cours européennes !", tel est le témoignage d'un voyageur britannique
    au XVIIIème siècle, ébloui par le faste de la Cour impériale.

    De tous les objets précieux qui sont l'apanage de la noblesse russe, rien ne nous surprend plus, nous étrangers, que l'abondance de joyaux sur les parties les plus diverses des costumes de Cour. Dans la plupart des pays, de telles parures sont portées par les dames mais en Russie, les messieurs rivalisent avec celles-ci : beaucoup de courtisans apparaissent couverts de diamants de la tête aux pieds !…

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    Portrait de Catherine II de Russie. Couronne, boucles d'oreilles, collier, agrafe de poitrine,
    Ordre de Saint-André … l'impératrice Catherine-la-Grande en majesté.

    Florilège et chatoiement de couleurs : saphirs au bleu intense, vert foncé des émeraudes, spinelles et rubis d'un rouge éclatant, chrysolites au vert mordoré, grenats de Bohème rouge cerise et améthystes violette … la Cour de Saint-Pétersbourg n'a jamais autant aimé se parer de joyaux. Si Versailles reste un modèle qu'elle s'empresse d'imiter, elle cherche également à s'imposer en rivale. Pas le moindre habit qui ne reflète l'or ou l'argent, ne soit incrusté de perles, brillants ou pierres. Depuis les caftans, les jabots garnis de dentelle, les basques et les pans, jusqu'aux perruques et aux mille et un accessoires de l'élégance vestimentaire : crinolines et corselets, volants de dentelle, pendants d'oreilles, colliers, bagues et bracelets, broches, agrafes, épingles de cravate ou à cheveux, nœuds et chaînettes, brodequins et boucles de ceinture.

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    Noeud. Or, argent, émail, diamants, brillants, fin XVIIIè siècle.

    De l'avis unanime des habitués de Versailles, la Cour de l'impératrice Elisabeth Pétrovna, fille de Pierre-le-Grand, passe pour la plus brillante d'Europe, alliant le faste oriental à l'éclat français. L'impératrice elle-même ne donne-t-elle pas le ton en exigeant de son entourage pompe et apparat ? L'un de ses favoris, Alexis Razoumovski, est le premier à arborer des nœuds et des boucles ornés de brillants. Le beau Serge Narichkine, que l'on disait le plus élégant de toute la Russie, apparaît au mariage d'un grand-duc vêtu d'un caftan d'or, constellé de pierres précieuses.  

    Traditionnellement, la Russie se fournit en pierres précieuses auprès des comptoirs de Chine ou de l'Inde. Joailliers et orfèvres ne forment qu'une seule corporation : les ateliers disposent de spécialistes pour tailler, polir et sertir, assembler et enchâsser perles et pierres avant d'en effectuer l'ornementation complète sur une parure. Très recherchés, de nombreux artisans russes et surtout étrangers, tailleurs à facettes français, allemands, hollandais et suisses viennent exercer leur art à la Cour. Un grand nombre d'entre eux - parmi lesquels le célébrissime Fabergé -  feront même de la Russie leur seconde patrie.

    Dans une profusion de pierres, fleurs et plumes d'or et d'argent, perles et fines dentelles, jouant sur les contrastes et les nuances, la palette du joaillier russe se décline autour d'une multiplicité de tons vifs, due principalement à la taille à facettes. Assortissant les accessoires de mode aux vêtements de Cour, les orfèvres conçoivent des parures aux pièces interchangeables, comme le bouquet de fleurs, ornement de ceinture de robe de cérémonie, et l'aigrette, plumet fixé dans la coiffure, où chaque fleur s'anime au moindre mouvement en brillant de tous ses feux.

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    A gauche, Etui pour cartes de visite à l'effigie du tsar Paul Ier.
    Or, argent, émail, brillant, fin XVIIIè siècle.
    A droite,
    Aigrette en forme de fontaine. Plumet fixé dans la coiffure, monté en 1750.
    Constitué d'une cascade de diamants et de deux saphirs bleu marine, dessinant une source
    d'où s'élève une colonne retombant en lourdes gouttes de saphirs

    Parmi les pierres historiques conservées autrefois dans la Salle du Trésor au palais d'Hiver de Saint-Pétersbourg, le diamant Orlov, ornant le sceptre impérial, est considéré comme l'un des plus prestigieux par sa taille, sa beauté et sa légende. Découverte en Inde vers 1600, on pense que cette pierre forma primitivement l'œil d'une divinité hindoue. Dérobée par un soldat français, elle devient propriété d'un shah de Perse. Ce dernier est assassiné et le diamant disparaît durant les troubles de la ville d'Ispahan. On retrouve la pierre aux mains d'un marchand arménien qui la transmet à son neveu, un certain Lazarev, banquier et joaillier de son état. En attendant de lui trouver un acquéreur, le diamant est déposé dans une banque à Amsterdam.

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    Sceptre impérial arborant le diamant Orlov. Formait-il l'un des yeux du Lion d'or du Grand Moghol, dont l'autre, le fameux "Koh-i-Nor", orne actuellement la couronne d'Angleterre ? Considéré comme l'un des plus gros diamant au monde, son histoire s'apparente aux mythes et légendes des temps anciens.
    Ordre de la Toison d'Or. Or, argent, topazes mauves du Brésil et brillants, milieu du XIXe siècle. Ce bijou aurait été porté par un empereur d'Autriche.

    Mais comment devient-il le diamant Orlov ? On se souvient que les frères Orlov ont très activement participé au coup d'Etat qui procura le trône à Catherine II. L'impératrice s'empresse de les couvrir de présents, charges et fonctions militaires. Grigori Orlov, le plus actif des frères, devient un personnage important tant à la Cour que dans le lit de son impératrice bien-aimée. A l'occasion de la fête de Sainte-Catherine, en lieu et place du traditionnel bouquet de fleurs, il lui offre un extraordinaire diamant qu'il a acquis chez Lazarev pour la fabuleuse somme de 400.000 roubles, payables par acomptes pendant sept ans !

    La richesse et la somptuosité des insignes de la souveraineté impériale font l'admiration des étrangers et l'émerveillement du bon peuple russe. Le faste déployé à la Cour impériale symbolise le pouvoir et l'autorité que le tsar ne reçoit que par la grâce divine : Seigneur, donne la force suprême au grand Souverain que tu as bien voulu faire Empereur, mets-lui sur le front la Couronne aux pierres précieuses d'une pureté immaculée. Mets dans sa main droite le Sceptre du salut, fais-le asseoir sur le Trône de la vérité !, implore le métropolite de Moscou au cours de la cérémonie du sacre. Un rituel emprunté aux traditions byzantines : couronne impériale, sceptre, chaîne et globe ainsi que le manteau d'hermine et de brocart or et pourpre, brodé de l'aigle à deux têtes.

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    Couronne impériale, créée en 1762 par l'orfèvre suisse Jérémie Pauzié.
    Chef-d'œuvre de joaillerie, cette couronne servira au sacre de plusieurs empereurs.
    Le tsar Nicolas II sera le dernier à la porter.

    Assemblée pour le sacre de Catherine II, la Couronne impériale marque l'apogée dans la magnificence des parures de Cour. Je triai parmi tous les bijoux ceux qui me semblaient le mieux convenir à ce travail, évoque son créateur, le Suisse Jérémie Pauzié, je choisis les pierres les plus grosses. Chef d'œuvre scintillant de tous ses feux, la Couronne impériale servira une ultime fois lors du sacre du tsar Nicolas II …

    Insigne de souveraineté russe, le Globe terrestre symbolisait déjà chez les empereurs romains le pouvoir sur l'univers. La Grande Chaîne, portant l'étoile de l'Ordre de Saint-André, orne le manteau impérial. Longue de 148 cm, ses maillons alternent l'aigle à deux têtes, les couronnes, la croix de Saint-André et le monogramme impérial.

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    Diadème de type Kokoschnik, par analogie à la coiffure paysanne d'étoffe en forme de diadème.
    Or, argent et diamants avec un diamant rose de 13 carats,
    monté vers 1800 pour l'épouse de l'empereur Alexandre Ier.

    Sous Pierre-le-Grand, le système de récompenses en nature, octroyées pour services rendus, est remplacé par l'attribution d'ordres ou de décorations, incrustés de pierres d'une richesse exceptionnelle. La plus ancienne distinction est l'Ordre de Saint-André, représentant le martyre de Saint-André, devenu par la suite le saint patron de l'église russe.

    L'unique ordre conféré aux dames, en récompense de certains de leurs bienfaits, est l'Ordre de Sainte-Catherine, créé en souvenir d'un fait d'armes très personnel de Marthe Skavronskaïa, maîtresse de Pierre-le-Grand puis épouse, ensuite veuve et enfin tsarine sous le nom de Catherine Ier. En 1711, alors qu'un conflit avec la Sublime Porte menace de tourner au désastre pour la Russie, les hostilités prennent subitement fin à la surprise générale. Fin stratège, le tsar avait compris qu'une défaite sur le terrain pouvait se transformer en paix honorable dans l'alcôve du Grand Vizir !

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     A gauche, Ordre de Saint Alexandre Nevski, deuxième moitié du XVIIIième siècle.
    A droite, Ordre de Sainte-Catherine, réservé aux femmes.
    Or, argent, rubis et brillants, fin du XVIIIe siècle.

    Sur les instructions de Pierre-le-Grand, les joyaux et parures impériales devaient être entreposés au sein du Trésor national. Trois siècles plus tard, la Révolution bolchevique décrète que tous les trésors nés de l'oppression des travailleurs et qui étaient jusqu'à présent la propriété exclusive des classes dominantes, deviendront propriété de l'Etat des ouvriers et paysans ... Aujourd'hui, on peut les admirer à Moscou, précieusement conservés au Fonds diamantaire, sous le vocable très à la mode de Trésor des Tsars !

    Nicolas van Outryve d'Ydewalle

    © Joyaux du Trésor de Russie. La Bibliothèque des Arts, 1991, Paris