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l'astrobale

  • Eugénie de Montijo (1826-1920), épouse de l'empereur Napoléon III, une cousine impériale

    Violettes impériales … ou l'histoire insolite du cousinage au 12ème degré entre la branche
    Emmanuel Hanquet-Madeleine d'Andrimont et la dernière impératrice des Français.

    Notre histoire s'ouvre au début du XVIIIème siècle sur un mariage des plus classiques. En effet, si cette union n'avait pas été à l'origine d'une double descendance dont l'une deviendrait illustre et l'autre ne resterait pas longtemps inconnue, ARNOLD de HOUSSE (1670-1746) et BARBE SLICK seraient restés d'aimables inconnus. Voici donc sur sept générations un survol de nos gloires familiales : à gauche, la lignée d'Eugénie de Montijo ; à droite, l'ascendance du ménage Hanquet-d'Andrimont.     

    MARIE-JOSÈPHE DE HOUSSE (1717-?)     < 1ère GÉNÉRATION >                    JEAN-MICHEL DE HOUSSE
    x ANDRÉ GRIVEGNÉE (1712-1795)                                                                     x CATHERINE DAMIEN
        
    Mari d'une Catherine Damien, Jean-Michel de Housse est commerçant en laines, rue St-Thomas à Liège. En 1743, sa sœur Marie-Josèphe épouse André Grivegnée, mercier à l'enseigne de l'Arbre d'Or. A la génération suivante, les cousins germains ne savent pas encore qu'ils sont candidats à la piste aux étoiles !   

    HENRI GRIVEGNÉE (1744-1766)        < 2nde GÉNÉRATION >     MARIE-JEANNE DE HOUSSE (1747-1828)
    x Dona ANTONIA DE GALLEGOS (1751-1853)                         x GRÉGOIRE-JOSEPH DUBOIS (1744-1828)
                          
    Son père l'ayant envoyé faire carrière à Liège, Grégoire-Joseph Dubois s'oriente vers la finance et s'installe comme banquier en Féronstrée. Sa réussite dans les affaires l'amène à présider la Chambre de Commerce de Liège. Il laissera une fortune considérable, de nombreux immeubles, quelques fermes, des biens nationaux et des hectares de terre dont on mesurera l'ampleur lors du partage effectué par ses enfants après sa mort.

    Quant à son cousin germain Henri Grivegnée, bien que de parents liégeois, il se fixe tout d'abord à Anvers pour émigrer ensuite à Malaga où il épouse Antonia de Gallegos.

    MARIE-FRANÇOISE GRIVEGNÉE (1769-?)  < 3ème GÉNÉRATION >  ANNE-JOSÈPHE DUBOIS (1788-1860)
    x WILLIAM KIRKPATRICK OF CLOSEBURN (1764-1837)       x HENRI-ANTOINE DANDRIMONT (1785-1843)

    A l'issue de ses études de droit effectuées avec succès à Paris, Henri-Antoine Dandrimont entame une carrière d'avocat en 1808 à la cour d'appel de la capitale française. Inscrit l'année suivante au barreau de Liège, il est appelé à siéger comme conseiller puis comme président de chambre à la cour d'appel de Liège. Simplicité, patience, esprit aimable et volontiers enjoué, tels étaient les traits de caractère d'Henri-Antoine Dandrimont comme on se plaisait à souligner. L'illustration ci-dessous représente le ménage Dandrimont-Dubois vers les années 1810-1815.

    dubois - dandrimont.jpg

    Quant aux cousins Grivegnée d'Espagne ainsi que les diverses alliances qui s'en suivront, ils vont représenter une parfaite illustration de ces familles dispersées au-delà des frontières par suite des péripéties de l'histoire, sinon de guerre ou de révolution …  

    Kirkpatrick de Closeburn ? Un patronyme issu des brumes écossaises du IXème siècle, dérivé d'une chapelle [kirk/église] dédiée à Saint Patrick au sein de la paroisse de Closeburn. Lors des sanglantes luttes intestines du XVIIIème siècle, mêlant royautés et clans familiaux, l'écossais William Kirkpatrick émigre aux Amériques juste avant l'indépendance. Peu de temps après, il revient en Europe pour s'installer en Espagne où il s'associe avec Messieurs Grivegnée & Cie, négociants en vin à Malaga. Il y épouse la fille de son associé, dona Francesca [Marie-Françoise] de Grivegnée, liégeoise d'origine mais née en Espagne. Mais pourquoi en rester là ?…

    Si on ne présente plus Ferdinand de Lesseps [à droite], le célèbre concepteur du canal de Suez, sait-on que sonFerdinand_de_Lesseps_1.jpg père, le comte Mathieu de Lesseps, diplomate français, avait épousé en 1801 Catherine de Grivegnée, sœur de Marie-Françoise ? Voici donc un cousinage Lesseps tout aussi insolite que le premier !
        
    Ajoutons en passant que le frère de Mathieu, Barthélemy de Lesseps [ci-après] fait la connaissance du célèbre capitaine de La Pérouse et appareille sur L'Astrobale. Après deux années de navigation, La Pérouse charge Lesseps de regagner la France pour apporter au roi Louis XV des nouvelles de l'expédition. Commence alors pour Barthélemy une odyssée de quatorze mois à travers l'immensité glacée de la Sibérie, avant de remettre au roi les dernières nouvelles que l'on ait Mathieu de Lesseps.jpgreçues de l'expédition de La Pérouse avant sa disparition. On se souviendra d'une émission télévisée relatant une expédition qui permit de retrouver les traces de l'Astrobale et de quelques-uns de ses marins.

    Grand-Croix de la Légion d'Honneur, décédé le 7.12.1894, objet de funérailles nationales, le cousin Ferdinand de Lesseps est inhumé au Père Lachaise.

    Le mariage d'Adélaïde de Lesseps, sœur de Ferdinand, avec un certain Jules Tallien de Cabarrus nous renvoie aux histoires d'alcôves de l'époque de Joséphine de Beauharnais et de madame de Récamier. Se souvient-on de sa célèbre mère, Madame Tallien ? Née Juana Maria Ignazia Teresa Cabarrus, originaire d'une vieille famille de la Navarre espagnole, elle voit le jour en 1773 pour mourir en 1835 princesse de Caraman-Chimay, mère de onze enfants issus de quatre mariages et de non moins nombreuses liaisons.

    Femme d'esprit, merveilleuse du Directoire, cette beauté brune réunissait vivacité française et volupté espagnole, selon les mémoires de la duchesse d'Abrantès. Tour à tour marquise de Fontenay, maîtresse de Félix Lepeletier de Saint-Fargeau, maîtresse puis épouse du conventionnel Tallien, maîtresse du général Hoche puis celle de Barras, pour passer ensuite dans les bras d'un richissime financier et terminer en beauté comme épouse de François Joseph de Riquet de Caraman, comte puis prince de Chimay !  

    Barras1797.jpg

    Ne cachant rien de sa beauté, lançant la mode néo-grecque, ses toilettes extravagantes font sensation. Son salon sur les Champs-Elysées est célèbre tout comme ses réceptions mondaines en son château de Grosbois, mêlant bonne société et filles de petite vertu. Une caricature [ci-dessus] de l'époque la représente dansante nue avec Joséphine de Beauharnais devant Barras, tandis que Bonaparte lève discrètement le voile pour apercevoir le tableau.

    MARIA MANUELLA KIRKPATRICK (1794-1879) < 4ème GÉNÉRATION >JULIEN D'ANDRIMONT (1814-1886)
    x CIPRIANO PALAFOX Y PORTOCANO (1784-1839)                     x LOUIS-CLAUDINE DEMET (1813-1887)

    Par son mariage avec Claudine Demet, Julien d'Andrimont [par un jugement en date du 8 août 1854, Dandrimont était devenu d'Andrimont] épouse non seulement la crémière mais il hérite également du beurre ainsi que de l'argent du beurre. Cette alliance marque un tournant dans l'histoire de la famille. La magistrature, c'est terminé. Place à l'industrie, plus particulièrement les charbonnages. En effet, son beau-père Jean-Gérard Demet, important homme d'affaires dans le secteur des houillères, laisse à sa mort des entreprises florissantes ainsi qu'une grosse fortune, permettant à ses six filles de faire de brillants mariages.

    d'Andrimont-Demet.jpg

    Ce dessin datant de 1835 représente le jeune ménage avec leur fils Henri-Julien,
    futur bourgmestre de Liège.

    A côté de quelques fructueuses opérations immobilières, Julien d'Andrimont devient également le fondateur et l'administrateur-gérant des Charbonnages du Hasard dont aujourd'hui encore le nom est manuela k.jpgdans toutes les mémoires. Très actif dans le bassin liégeois, il sera président de l'Union des charbonnages, mines et usines métallurgiques.

    Quant à Maria Manuella Kirkpatrick [à gauche], mère de la future Eugénie, de méchantes langues assurent qu'elle fait son apprentissage de la vie comme hôtesse dans le bar à vin tenu par son père William, côtoyant ainsi de près les habitudes viriles d'un club pour militaires et visiteurs étrangers ! On la marie à don Cipriano Palafox de Guzmán y Portocarrero, estropié et borgne d'une part mais trois fois Grand d'Espagne, comte de Teba puis comte de Montijo d'autre part. Honte soit sur lui … il ne serait pas le père naturel de ses deux filles, Paca et Eugénie, par ailleurs toutes deux fort différentes l'une de l'autre. Alors que l'aînée aurait été conçue pendant que don Cipriano croupissait en prison pour quelques obscures raisons politiques, certaines sources attribuent la paternité d'Eugénie à George William Frederic Villers, secrétaire aux Affaires étrangères de Sa Majesté la reine d'Angleterre.
        
    EUGENIE DE MONTIJO (1826-1920)   < 5ème GÉNÉRATION >  HENRI-JULIEN D'ANDRIMONT (1834-1891)
    x NAPOLÉON III, empereur des Français         x LOUISE-SIDONIE DE MÉLOTTE DE LAMALLE (1834-1923)

    Henri-Julien d'Andrimont est sans doute la personnalité la plus marquante de la famille. De brillantesJules d'Andrimont.jpg études, un diplôme d'ingénieur civil des mines à l'âge de 21 ans et une épouse du même âge, Louise-Sidonie de Mélotte de Lamal. Entré au charbonnage du Hasard, il y jouera un rôle important tant sur le plan technique que dans le domaine social, lançant des réalisations qui firent sensation à l'époque.

    Tout jeune encore, il aborde la vie politique au sein du parti libéral liégeois. Elu conseiller communal à vingt-six ans, son ambition est de devenir bourgmestre de la cité principautaire, ce qu'il sera en 1867. Franchissant toutes les étapes, il entre ensuite au Parlement puis au Sénat, pour finalement redevenir bourgmestre de Liège, fonction qu'il conservera jusqu'à sa mort. Ses bals du bourgmestre, les fontaines d'eau débitant du vin ou déversant de l'eau de Cologne ainsi que son goût du faste lui valurent une grande popularité dont le souvenir demeure !

    La maladie l'emporte à l'âge de 56 ans, au sommet de sa carrière. Si la ville de Liège lui fait de funérailles fastueuses, sa mort prématurée est une catastrophe pour la famille. Fortement engagé dans ses affaires et particulièrement dans le charbonnage du Hasard, en crise à l'époque, il laisse de lourdes dettes, ce qui va provoquer une liquidation désastreuse qui engloutit toute sa fortune.

    Place à Eugenia Maria Ignacia Augustina Palafox de Guzmán Portocarrero y Kirkpatrick de la Platana, comtesse de Teba, plus connue sous le nom d'Eugénie de Montijo, née à Grenade le 5 mai 1826. [rappelons qu'officiellement Eugénie n'a jamais été comtesse de Montijo puisque c'est sa sœur Maria Francisca, dite Paca, qui avait hérité de ce titre au décès de leur père]

    napoléon - eugénie.jpgPoussée par sa mère qui rêve de jeter ses deux filles dans les bras de beaux partis aux titres ronflants, Eugénie réussit à s'introduire dans les coulisses de la cour de France. Son charme, sa beauté et son jeune âge font le reste. Chaperonnée par une mère omniprésente aux bals de la bonne société parisienne, c'est dans les salons de la princesse Mathilde Bonaparte qu'Eugénie rencontre Napoléon, président en titre de la République française. La bonne société ne prend pas cette rencontre ni les rumeurs de mariage avec le prince-président comme une romance sérieuse, d'autant moins que l'on sait sa mère derrière toute cette histoire !

    Eugénie a vingt-six ans, Napoléon quarante-cinq. Il vient de se voir refuser la main de la toute jeune princesse Adélaïde von Hohenlohe-Langeburg, nièce de la reine Victoria. Malgré l'avis contraire de ses conseillers, le prince-président se met en tête d'épouser Eugénie. Ne lui faut-il pas sans tarder un héritier ? Stupeur et étonnement au sein de la famille Bonaparte et parmi les ministres du gouvernement français. Quelle humiliation ! Par un tel mariage, l'empereur n'est-il plus en mesure d'assurer la grandeur de la France ?

    L'Aigle épouse une cocotte, ricane Victor Hugo le jour des noces impériales, le 30 janvier 1853, tandis qu'un méchant épigramme court dans Paris : Montijo, plus belle que sage, de l'empereur couvre les yeux. Si ce soir il trouve un pucelage, c'est que la belle en avait deux …

    N'est pas Sissi qui veut ! C'était une écuyère, s'indigne un chroniqueur dépité, il y avait autour d'elle comme un nuage de cold cream, de patchouli. Supertitieuse, superficielle, ne se déplaisant pas aux grivoiseries, toujours préoccupée de l'impression qu'elle produisait, essayant des effets d'épaules et de poitrine, les cheveux teints, le visage fardé, les yeux bordés de noirs, les lèvres frottées de rouge, il lui manquait, pour être dans son vrai milieu, la musique du cirque olympique, le petit galop du cheval martingalé et le baiser envoyé aux spectateurs sur le pommeau de la cravache …
        
    LOUIS-NAPOLÉON (1856-1879)           < 6ème GÉNÉRATION >       LÉON-M. D'ANDRIMONT (1861-1917)
    prince impérial                                                               x VICTOIRE VAN DEN STAEPELE (1860-1907)

    prince impérial.jpgCoïncidence ou hasard des destinées, les cousins de la 6ème génération connaîtront tous les deux une fin brutale. Si l'un se fait massacrer par les Zoulous, l'autre périt foudroyé par une ligne électrique en tentant de passer la frontière hollandaise lors la 1ère guerre mondiale !

    Ingénieur des Mines, actif dans plusieurs sociétés de charbonnage et de l'acier, Léon-Maurice d'Andrimont se lance dans les affaires avec la Russie en devenant administrateur-délégué aux Fonderies de Lougansk. Plusieurs fois, il fera le voyage jusqu'au pays des tsars au travers de l'Europe en guerre et connaîtra même les prisons allemandes à deux reprises. Une ultime tentative de passage lui sera fatale.

    Deux ans après la chute du second empire et l'abdication de son père, Loulou, comme le surnomme affectueusement sa mère, s'inscrit dans une académie militaire en Angleterre. Devenir soldat, c'était pour lui se rapprocher de la France, préparer un avenir dont il se voulait digne. Rejoignant [illustration] l'armée britannique en Afrique du Sud où elle combat les Zoulous, il se fait remarquer par son irresponsabilité. Portant haut le sabre, abandonnant ses camarades de patrouille pour s'en aller débusquer des Zoulous isolés, sa mort le 1er juin 1879 n'est pas vraiment une surprise.

    Mort_du_prince_imperial_(Cropped).jpg

                                             < 7ème GÉNÉRATION >                 MADELEINE D'ANDRIMONT (1885-1946)
                                                                                                     x EMMANUEL HANQUET (1881-1944)
        
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    Les lances Zoulous ayant sauvagement mis fin à cet insolite cousinage impérial, notre piste aux étoiles se clôture ici tout en rejoignant la nombreuse descendance Hanquet-de Coune … mais ceci est une autre histoire !  

    Nicolas van Outryve d'Ydewalle

    © Le parcours familial d'Andrimont n'aurait pas été possible sans l'excellente étude de feu Pierre Hanquet Une Lignée industrielle, de Mollin, d'Andrimont, Godin dans Familles verviétoises, Liège, 1958.