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25/01/2012

Guillaume de Bilquin, un aïeul bien dans ses papiers

Chronique autour des faits et gestes de sire Guillaume de Bilquin (1656-1710), maître de forges,
bailli des forêts d'Entre-Sambre-et-Meuse, châtelain de Marchienne-au-Pont et seigneur de Bioul,
ancêtre commun des lignées Cartier, Moreau, Montpellier et autres familles alliées.

Notre récit débute en l'an de grâce 1646 lorsqu'un dénommé Antoine Bilquin [ci-contre], bourgeois de Dinant, Antoine Bilquin1.jpgconvole en justes noces avec une demoiselle Anne Moreau, originaire de Fontaine-l'Evêque. L'origine de cette union ? Des relations d'affaires - le négoce du fer - entre le gendre et le beau-père. Dix ans plus tard, le jeune ménage se fixe à Marchienne-au-Pont où la chance sourit à Antoine Bilquin : les usines dites de Zone, comprenant une forge et une fenderie [laminoir], sont à vendre. Entreprise de concert avec son beau-frère André Moreau, cette affaire va s'avérer excellente et sera à la base de la fortune familiale.

L'histoire ne nous apprend-t-elle pas que c'est dans l'Entre-Sambre-et-Meuse ainsi que dans les comtés du Hainaut et de Namur que l'on trouve les premières forges, source de richesse et de considération pour nombre de familles ? Si les nobles pouvaient l'exercer sans déroger, les maîtres de forges bourgeois obtenaient plus facilement concession de noblesse grâce à leurs mérites professionnels, comme le témoignent ces lettres patentes accordées par l'empereur d'Autriche : … que le remontrant nous aurait rendu divers bons services en la fonte et au fournissement de plusieurs pièces de canons, balles, mousquets, bombes, grenades, pour l'usage de nos armées …

Malheureusement, après quinze années de mariage et huit enfants, Anne Moreau meurt en donnant naissance à un neuvième. Elle n'a que 34 ans. Se consolant comme il peut, Antoine Bilquin travaille d'arrache pied, ne s'accordant aucune distraction. De simple marchand de fer, il devient un important maître de forges. Standing oblige, il installe ses pénates dans la plus belle demeure de Marchienne-au-Pont sur la place de l'Eglise. Puis, il est nommé bailli et contrôleur des Bois et Forêts de S.A.E. [Son Altesse Electorale] le prince-évêque de Liège au quartier d'Entre-Sambre-et-Meuse.

Antoine Bilquin s'enrichit, acquiert des terres et des rentes et soulage la misère de ses contemporains. Pieux et généreux, il soutient de ses bienfaits le couvent des Récollets de Fontaine-l'Evêque et celui des Sépulchrines de la Miséricorde de Marchienne-au-Pont où l'une de ses filles, sœur Sébastienne de Saint-Gabriel, est chanoinesse régulière. Antoine Bilquin décède le 20 décembre 1685 à neuf heures du soir, après une longue maladie supportée avec beaucoup de courage. Qu'il repose en paix, relate dans le registre paroissial de Marchienne-au-Pont son curé qui l'appréciait beaucoup.

Bilquin - Baillencourt.jpg

Guillaume de Bilquin (1656-1710) et son épouse Marie-Agnès de Baillencourt (1654-1725),
ancêtres de l'auteur de ces lignes

Quelques six ans auparavant, en l'église Notre-Dame de Nivelles, son fils Guillaume s'était uni pour lede bilquin,de bioul,de cartier,de moreau,de montpellier,de baillencourt,de courcol,château de marchienne au pont,vaxelaire,de proper,marguerite yourcenar,cartier de marchienne meilleur et pour le pire à damoiselle Marie-Agnès de Baillencourt, dit Courtcol, fille d'un receveur des domaines de Nivelles, issu d'une branche cadette de l'illustre maison de Baillencourt, arrivée vers 1522 d'Artois en Belgique à la suite de Jehan de Baillencourt, échanson de Charles-Quint. Cette lignée belge semble avoir rapidement retrouvé une partie de son lustre ancien : le mariage n'est-il pas béni par un oncle de Marie-Agnès, qui n'est autre que monseigneur François de Baillencourt, évêque de Bruges [ci-contre], alors que deux des propres frères d'icelle officient comme chanoines à la cathédrale de Bruges ?

Quelques générations plus tôt, un Jean de Baillencourt, échanson de la reine Eléonore d'Espagne et panetier [chargé de la garde et de la distribution du pain à la cour] de l'empereur Charles-Quint, épouse Anne d'Ittre, un vieux nom de la féodalité brabançonne. De cette union naît Jeanne qui convolera avec Guillaume de Rifflart, ancêtre de la future lignée des marquis d'Ittre, devenue par après de Trazegnies d'Ittre.  

A en croire la chronique, la noblesse des Baillencourt dériverait d'un fait d'armes datant du 18 août 220px-Battle_of_Mons-en-Pévele.jpg1304 lors de la bataille de Mons en Pévèle [illustration] dans le Nord de la France, où les Flamands du comte de Flandre furent méchamment défaits par les troupes françaises commandées par Philippe le Bel. La journée est torride, nos Flamands ont soif et cherchent à s'emparer du seul point d'eau disponible. Pris par surprise, Philippe le Bel et ses chevaliers refluent en désordre. Il s'en faut de peu que le roi ne soit fait prisonnier. Fort heureusement, un dénommé Baillencourt, petit de taille, arrive à le dégager. Le roi le récompense en l'anoblissant par son surnom Courtcol, patronyme élégamment porté aujourd'hui par de lointains cousins français Courcol de Baillencourt !

Ne dérogeant point à la règle qu'en matière de généalogie une partie de notre humanité européenne se doit de descendre d'Hugues Capet, une Baillencourt s'alliera à un Beauffort, lui-même issu d'illustres hobereaux féodaux dont Hugues II de Ponthieu, époux de Gisèle de France, fille puînée du souverain capétien, lié quant à lui à Guillaume-le-Conquérant, Charlemagne et bien d'autres, tel un Duncan Ier, roi d'Ecosse, que Shakespeare fera assassiner par Macbeth, un autre roi d'Ecosse.  

Mais revenons à nos affaires. Unique héritier de son père, Guillaume de Bilquin - ses frères et sœurs n'étant déjà plus de ce monde - lui succède dans sa charge de bailli et contrôleur des Bois et Forêts d'Entre-Sambre-et-Meuse. Tout naturellement, il prend la tête des usines de Zone qui seront la pièce maîtresse de sa fortune industrielle. Entre-temps, il a racheté et restauré la grosse forge du Monceau, restée inactive depuis l'époque où son grand-père Guillaume Moreau en avait cessé l'exploitation, seize ans auparavant.

Ne s'arrêtant pas en si bon chemin, il reprend à sa charge l'exploitation et la production de la forge et du fourneau de Bouffioux dont le propriétaire, greffier à Châtelet, est endetté jusqu'au cou. Puis, c'est l'acquisition du fourneau de Feroulle, suivi de la prise en main du fourneau de Gerpinnes. Et en achetant le bois de Marcinelle, suivi par le bois des Marlières à Mont-sur-Marchienne, il devient propriétaire terrien.

L'industrie métallurgique de nos contrées du Sud travaille intensément pour couvrir les énormes besoins militaires de la France. Infatigable travailleur comme son père Antoine ainsi que son grand-père Guillaume Moreau, Guillaume de Bilquin bénéficie d'une longue période de prospérité. Sa réussite fait de lui un gentilhomme fastueux.

Cerise sur le gâteau : en janvier 1695, il devient châtelain en acquérant le castel de Marchienne-au-Pont. Lorsque s'érige le château au début du XVIIième siècle, Marchienne-au-Pont n'est qu'un village au bord d'une rivière, tirant sa prospérité et son nom d'un pont qui sera longtemps l'unique lien entre l'abbaye d'Aulne et Châtelet, avant la création de Charleroi en 1666. Après avoir longtemps été occupé et détérioré par une garnison française, l'édifice doit être presque entièrement reconstruit.

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Il lui reste quinze ans à vivre et à prospérer. A cours d'argent, le prince-évêque de Liège est heureux de lui céder pour la somme 6.000 florins les seigneuries hautaines de Marchienne-au-Pont et Mont-sur-Marchienne. D'homme de qualité, voilà notre sieur Bilquin devenu seigneur hautain. Mais jamais il ne pourra accéder à la noblesse officielle car les circonstances qui auront privilégié sa fortune, le défavoriseront. Liégeois, il ne pouvait être anobli que par l'empereur. Mais il réside en zone ennemie, sous l'obédience de Joseph-Clément de Bavière, vassal rebelle et exilé en France !

Tout cela ne l'empêche pas de vivre noblement. Par acte du 22 juin 1708, il acquiert la seigneurie de Bioul [illustration ci-dessous], une des terres les plus aristocratiques du comté de Namur. Ici aussi, le château est en fort mauvais état. Il entreprend de le restaurer mais sans en voir la fin, puisqu'il meurt deux ans plus tard.

vknk_bioul1.jpg

L'histoire de la seigneurie de Bioul mérite par ailleurs un petit détour. Cités au XIième siècle, les premiers maîtres du lieu sont les seigneurs d'Orbais qui règnent également à Corroy-le-Château et Sombreffe. Passé par mariage aux seigneurs de Jauche, le patrimoine de Bioul se voit hypothéqué, vendu puis cédé en 1522 aux Brandebourg. Cent cinquante ans plus tard, l'une des héritières, la baronne de Soye, le vend à Guillaume de Bilquin. Celui-ci l'attribue par héritage à sa fille et à son gendre Guillaume-Nicolas de Moreau qui termine le gros du travail de restauration. Une aussi excellente fortune mène d'ailleurs ce dernier au siège mayoral de Charleroi ainsi qu'au titre de chevalier, accordé par l'empereur Charles VI d'Autriche. Survient la Révolution française, exit la fortune des Moreau qui revendent Bioul à René Moretus, descendant de l'illustre Plantin, bien dans ses papiers lui aussi. De son épouse Marie de Theux, le nouveau propriétaire a cinq enfants dont le dernier, Jésuite, reprend le château et les terres. Trop occupé à fonder la bibliothèque de Notre Dame de la Paix à Namur que pour résider dans ses tours, il revend la seigneurie de Bioul à François Vaxelaire en 1906. Les descendants Vaxelaire l'occupent toujours.

de bilquin,de bioul,de cartier,de moreau,de montpellier,de baillencourt,de courcol,château de marchienne au pont,vaxelaire,de proper,marguerite yourcenar,cartier de marchienneGuillaume de Bilquin décède à Bioul le 25 juin 1710 à l'âge de 53 ans. Il est enterré dans le chœur de l'église où sa dalle funéraire se voit encore. Son épouse Marie-Agnès - elle meurt en 1725 - recueille l'entièreté de l'usufruit de la fortune, tout en se déchargeant sur ses gendres d'une bonne partie de la gestion journalière des usines. Mais elle a fort à faire pour maintenir la paix entre les pièces rapportées, douées de fortes personnalités. Si l'un est envahissant, se prévalant de sa qualité de mari de la fille aînée, l'autre, époux de la cadette, se montre tatillon parce qu'il s'estime lésé, alors que les deux autres ne demandent qu'à vivre en paix. L'héritage n'est pas vraiment négligeable : la part de chaque héritière s'élève à 4.000 florins de rente, nettement supérieurs aux 568 florins de rente dont avait hérité leur père de son grand-père, Guillaume Moreau.

Des sept enfants de Guillaume et Marie-Agnès de Bilquin, quatre filles seulement seront parvenues à l'âge adulte. Marie-Josèphe, épouse de Guillaume-Nicolas de Moreau, son oncle à la mode de Bretagne, bailli et mayeur de la ville de Charleroi, maître de forges à Rouillon-Annevoie et Yvoir en 1700. Elle reçoit la terre et la seigneurie de Bioul ainsi que celle de Hommelbrouck à Oostkamp, héritage d'un de ses oncles chanoines Baillencourt.

Marie-Thérèse se marie en 1708 avec François-Guillaume de Propper, chevalier du Saint Empire, conseiller d'Etat et directeur de la Chambre des Comptes de S.A.E. de Cologne. A en croire la relation du curé de Marchienne, absent à la cérémonie, ce fut un beau mariage bien qu'il fut faict durant le tems que je fus pour mes incommodités prendre les bains au lieu de Chaudfontaine.

Héritant des usines de Zone, Jeanne-Françoise de Bilquin épouse en 1714 dans la chapelle du châteaude bilquin,de bioul,de cartier,de moreau,de montpellier,de baillencourt,de courcol,château de marchienne au pont,vaxelaire,de proper,marguerite yourcenar,cartier de marchienne de Marchienne Jean de Montpellier, seigneur d'Yvoir et d'Annevoie, maître de forges à Yvoir et Sclaigneux, mayeur de la cour des Férons du comté de Namur et seigneur foncier d'Annevoie. Leurs enfants seront anoblis en 1743.

Marie-Agnès [ci-contre] - elle disposera du château de Marchienne-au-Pont - devient en 1717 la femme de Jean-Louis de Cartier, fils d'un bourgmestre de Liège et trésorier général du de bilquin,de bioul,de cartier,de moreau,de montpellier,de baillencourt,de courcol,château de marchienne au pont,vaxelaire,de proper,marguerite yourcenar,cartier de marchienneprince-évêque, à son tour bourgmestre de Liège. L'auteur de ces lignes déclare son attachement généalogique et filial à cette neuf fois arrière-grand-mère via les Reynegom de Buzet, de Vrière et van Outryve d'Ydewalle de la branche dite de Beernem.  

Clôturons notre récit par quelques mots sur l'évolution du château de Marchienne-au-Pont. Dans son ouvrage Souvenirs pieux, Marguerite Yourcenar, alias de Crayencour, parle de son ascendance maternelle Cartier de Marchienne, propriétaire depuis plusieurs générations d'un manoir de style Renaissance flamande, situé au cœur de Marchienne-au-Pont. Et de raconter l'étrange lubie de son oncle Emile de Cartier de Marchienne [illustration], ambassadeur en Chine au début du siècle dernier : faire ambassadeur de Cartier.jpgreconstruire la Légation belge, située en plein cœur de Pékin, quasi à l'identique du château familial de Marchienne-au-Pont. Une entreprise gigantesque, des plans dressés à Marchienne, des matériaux arrivant à Pékin par colis numérotés de briques, tuiles, ardoises, pavements et lambris. Aujourd'hui, le bâtiment existe toujours et se situe à deux pas de la célèbre place Tian An Men !

La famille de Cartier vend la propriété à la ville de Marchienne-au-Pont en 1938. Subissant le sort habituellement réservé aux demeures acquises par un organisme public, le château sera longtemps laissé à l'abandon. Restauré depuis peu, il se visite à l'occasion des Journées du Patrimoine. Fortifié au nord par une muraille dominant la Sambre, le logis se compose de deux ailes perpendiculaires, d'une tour d'angle et d'une chapelle, ceinturant la cour d'honneur dont le porche d'entrée est frappé aux armes Bilquin-Baillencourt.
                                    
Nicolas van Outryve d'Ydewalle

© Edmond de Moreau d'Andoy : Historique de la famille de Moreau
© Gaspard Maigret de Priches : Nos familles de Maîtres de Forges (1446-1860)
© Professeur Philippe Jacqmin : Cercle d'Archéologie de Marchienne-au-Pont
© Marquis de Trazegnies : Archives du Fonds de Corroy-le-Château (familles éteintes)

20/01/2012

Hélène Nicolaïevna Obolensky, princesse de Bruges (1916-1996), à propos d'une Rurikide

Bruges, le 28 décembre 1939, par un jour de neige. Un journal local titre : Te Brugge had het huwelijk plaats van een Russische prinses, Hélène Obolensky, dochter van prins Nicolaas Obolensky, met ridder Thierry van Outryve d'Ydewalle. De plechtigheid had in strenge intimiteit plaats. De vader van de prinselijke bruid was een banneling ; hij was een neef van den beroemden Russisschen romanschriiver Tolstoï. De laatste dagen van zijn leven bracht hij door in het Benediktijnerklooster te Zevenkerken, bij Brugge. Het was baron Jan van Caloen, die hem beloofde over zijn dochter te waken.

Ce mariage entre un digne représentant du High Life du plat pays et une jeune fille venue des lointaines almanach du gotha,chevetogne,yasnaïa poliana,nicolas obolensky,van caloen,nathalie obolensky,marie maklakoff,patriote illustré,lindhout,couvent anglais,charles d'ydewalle,bénédictines de béthanie,marguerite yourcenar,youssoupov,raspoutine,bode kolytchev,lisa soukhotine,pirogovo,rurik,de herzelles,cornette obolensky,décembriste,de trazegnies,marie éléonore de bode,all blacks,thierry d'ydewallesteppes russes n'est pas d'emblée accueilli avec tout l'enthousiasme qui convient. Un jeune homme sous les armes - nous sommes à la veille de la guerre - qui épouse une réfugiée russe sans le sou, titulaire d'un passeport pour réfugiés apatrides Nansen et dont on dit de surcroît qu'elle est une intellectuelle, sous-entendu incapable de tenir un ménage ... voilà de quoi secouer l'establishment brugeois !

Au lendemain du grand jour, les jeunes époux se retrouvent dans un petit hôtel des Ardennes. Le soir au restaurant, des bribes de conversation leur parviennent d'une table voisine ; coïncidence, il est question des derniers potins de Bruges où a eu lieu un mariage ... vous vous rendez compte ... un d'Ydewalle qui épouse une Russe que personne ne connaît, etc.

Et ils furent heureux et eurent quatre enfants, l'intellectuelle ayant déclaré que, puisqu'elle savait lire, elle pouvait parfaitement déchiffrer des recettes de cuisine et par conséquent nourrir sa famille ! Avec les années, la Russe émigrée se sera si bien intégrée dans sa nouvelle patrie qu'une notice sur le village de Jabbeke où elle réside, Historie en Legenden, la cite comme curiosité locale : een villa, eigendom van ridder Thierry van Outryve d'Ydewalle ... zijn weduwe, Helena Obolensky, die er momenteel nog woont, is een Russische prinses. Het park "Wildernis", zo noemt het, wordt nog beheerd door de gastvrije Prinses die bovendien vlot Nederlands spreekt.

Les belles choses de la vie ont parfois une fin triste : après seulement dix-sept années de bonheur familial, Thierry, mari débordant de tendresse et d'attentions, décède brusquement.

Une réfugiée russe sans le sou ... Dans la tourmente des noires années qui suivent la révolution d'octobre 1917, des milliers de réfugiés de la noblesse russe font souche un peu partout dans le monde. Pour survivre, grands-ducs, princes, altesses sérénissimes, généraux anciens aides de camp du tsar deviennent chauffeurs de taxi, portiers de nuit, précepteurs. Certains se feront même épouser par de riches héritières américaines, les golden girls, filles de rois de l'étain, du sucre ou du coton ; maisalmanach du gotha,chevetogne,yasnaïa poliana,nicolas obolensky,van caloen,nathalie obolensky,marie maklakoff,patriote illustré,lindhout,couvent anglais,charles d'ydewalle,bénédictines de béthanie,marguerite yourcenar,youssoupov,raspoutine,bode kolytchev,lisa soukhotine,pirogovo,rurik,de herzelles,cornette obolensky,décembriste,de trazegnies,marie éléonore de bode,all blacks,thierry d'ydewalle l'union entre des dollars fraîchement acquis et un titre de noblesse millénaire étant contre nature, les divorces seront nombreux.

Il y aura aussi des réussites inhabituelles. En 1936, un cousin proche, Alexandre Obolensky [illustration], étudiant d'Oxford, entre dans la légende du rugby en réussissant un essai mémorable qui permet de battre pour la première fois sur le sol anglais les célèbres All Blacks de Nouvelle Zélande. Les journaux sportifs en parlent encore. On l'appelait Obo !

Hélène Nicolaïevna Obolensky, descendante à la 34ème génération de la lignée princière souveraine la plus ancienne au monde, les Rurikides, issus du Viking Rurik, fondateur de la Russie en 862.[1]

Il y a longtemps, bien longtemps, racontent les Chroniques du moine Nestor de Kiev, les Slaves, après avoir chassé leurs dirigeants, n'arrivaient plus à s'entendre parce qu'il n'y avait plus de gouvernement. Les familles se disputaient contre les familles, la discorde régnait et elles se faisaient la guerre entre elles. Alors, ils se almanach du gotha,chevetogne,yasnaïa poliana,nicolas obolensky,van caloen,nathalie obolensky,marie maklakoff,patriote illustré,lindhout,couvent anglais,charles d'ydewalle,bénédictines de béthanie,marguerite yourcenar,youssoupov,raspoutine,bode kolytchev,lisa soukhotine,pirogovo,rurik,de herzelles,cornette obolensky,décembriste,de trazegnies,marie éléonore de bode,all blacks,thierry d'ydewalledirent : "Cherchons un prince qui règne sur nous et nous juge suivant le droit." Ils allèrent au delà des mers chez les Normands de Scandinavie et leur déclarèrent : "Notre pays est grand et riche, mais il n'y a point d'ordre parmi nous ; venez donc nous régir et nous gouverner".

Trois chefs normands, trois frères, répondirent à cet appel et emmenèrent leurs familles avec eux. La population désigna ces nouveaux arrivants les Rus'.[2] Peu de temps après, deux des trois frères moururent et l'aîné, Rurik [illustration], étendit son pouvoir petit à petit sur tout le pays. Il fortifia une petite ville qu'il appela Novgorod ; il s'y établit comme prince [3] et partagea entre ses compagnons les autres terres et villes. Et Rurik commandait à tous ces peuples ...

L'arrière-petit-fils de Rurik, Wladimir, grand-duc de toutes les Russies, fonde en 988 l'Eglise orthodoxe russe. Dans sa sagesse, Wladimir estimait que l'Islam ne convenait pas aux Slaves car le porc et l'alcool y sont défendus ; le catholicisme romain non plus, à cause du jeûne. Les Juifs ne trouvaient pas grâce à ses yeux en raison de la diaspora, preuve que Dieu les avait condamnés. Par contre, l'orthodoxie grecque de Byzance, par la splendeur et la magnificence de ses rites, avait de quoi séduire l'âme slave !

Saint Wladimir [illustration], car c'est de lui qu'il s'agit, n'aura pas été un saint toute sa vie :almanach du gotha,chevetogne,yasnaïa poliana,nicolas obolensky,van caloen,nathalie obolensky,marie maklakoff,patriote illustré,lindhout,couvent anglais,charles d'ydewalle,bénédictines de béthanie,marguerite yourcenar,youssoupov,raspoutine,bode kolytchev,lisa soukhotine,pirogovo,rurik,de herzelles,cornette obolensky,décembriste,de trazegnies,marie éléonore de bode,all blacks,thierry d'ydewalle ex-fornicator immensus aux cinq femmes et huit cents concubines, racontent les chroniques de l'époque, il répudia tout son monde, se fit baptiser et épousa chrétiennement Anne, soeur des co-empereurs de Constantinople. Il sera canonisé après sa mort.

C'est sous le règne de l'un de ses fils, Yaroslav le Sage (+1054), que commence le partage de la Russie en principautés apanagées. Et c'est à partir de cette époque que les Rurikides occupent un rang non négligeable parmi les maisons royales européennes. Ainsi, la famille de Yaroslav se trouve unie par les liens du mariage à douze dynasties régnantes ; elle est apparentée à deux empereurs et à toutes les maisons royales d'Europe.

Parmi les neufs enfants de Yaroslav, Anne, princesse de Kiev, épouse à Senlis en 1051 Henri ler, troisième roi capétien, dont descendent directement ou par alliance pratiquement toutes les maisons royales actuelles, régnantes ou non, sans omettre Charles-Quint et une majorité des ducs de Bourgogne.

Les familles Rurikides sont majoritairement issues des frères d'Anne de Kiev : Dolgorouky, Gagarine [4], Obolensky, Schakovskoy, Scherbatov, Wolkonsky, etc. Certaines ont comme ancêtre commun Saint Michel de Tchernigov, 11ème génération après Rurik. Exécuté en 1246 par les Tatars pour avoir refusé de vénérer leurs divinités, il sera lui aussi canonisé.

Le fils de Saint Michel, Georges Mikhaïlovitch, contemporain de son cousin français, le bon roi Saint Louis, est prince de Taroussa et de la ville d'Obolensk. De là naîtra le nom d'Obolensky. Aujourd'hui, il n'est pas prêt de s'éteindre : de l'émigration sont issus environ 150 Obolensky, dispersés un peu partout dans le monde.

Princes souverains de la ville d'Obolensk, ayant survécu à deux siècles d'invasions tatares, les Obolensky almanach du gotha,chevetogne,yasnaïa poliana,nicolas obolensky,van caloen,nathalie obolensky,marie maklakoff,patriote illustré,lindhout,couvent anglais,charles d'ydewalle,bénédictines de béthanie,marguerite yourcenar,youssoupov,raspoutine,bode kolytchev,lisa soukhotine,pirogovo,rurik,de herzelles,cornette obolensky,décembriste,de trazegnies,marie éléonore de bode,all blacks,thierry d'ydewallereprésentent une des branches les plus remarquables de la descendance de Rurik, ayant produit un grand nombre d'hommes d'Etat éminents, tant au point de vue administratif que militaire, pendant les XVe et XVIe siècles. Ainsi parlent les chroniques ! Le plus connu est Yvan Obolensky, mort en 1538, surnommé Ovtchina (peau de mouton). On dit qu'il fut le père naturel d'Yvan le Terrible. Sa soeur, Agrafena, avait été la nourrice du terrible bébé. Bien plus tard, treize Obolensky perdront la vie par la grâce de ce même bébé qui avait grandi. Un autre Obolensky célèbre est Eugène, un frère de l'arrière-grand-père de la princesse de Bruges, comploteur décembriste [5] parmi les Troubetskoï, Wolkonsky et Narichkine, tous exilés pendant une trentaine d'années en Sibérie.

Aujourd'hui encore, l'homo ex-sovieticus réagit avec un grand respect à l'énoncé de ce patronyme, chargé d'histoire. Mais est-ce pour son caractère princier ou son côté révolutionnaire, précurseur du soulèvement d'octobre 1917 ? Quelques années avant la Pérestroïka, un chant populaire underground courait sur toutes les lèvres. Le refrain en était : Sers nous les verres, lieutenant Galitzine - Cornette [6] Obolensky, verse le vin !

Léon Tolstoï songea un moment à écrire un roman sur le complot décembriste. Il était à la source : sa mère, née princesse Wolkonsky, et la mère de celle-ci, née princesse Troubetskoï, étaient toutes deux cousines des comploteurs. De plus, une fille de sa soeur Maria, arrière-grand-mère de la princesse de Bruges, avait épousé le prince Léonide Obolensky, le propre neveu d'Eugène Obolensky !

almanach du gotha,chevetogne,yasnaïa poliana,nicolas obolensky,van caloen,nathalie obolensky,marie maklakoff,patriote illustré,lindhout,couvent anglais,charles d'ydewalle,bénédictines de béthanie,marguerite yourcenar,youssoupov,raspoutine,bode kolytchev,lisa soukhotine,pirogovo,rurik,de herzelles,cornette obolensky,décembriste,de trazegnies,marie éléonore de bode,all blacks,thierry d'ydewalleBrève digression généalogique : en 1728, Philippe Ignace, marquis de Trazegnies, alors en garnison à Vienne, épouse une jeune veuve de fraîche noblesse mais à la dot opulente, Marie-Eléonore de Bode. Christine, leur fille aînée, sera la célèbre marquise de Herzelles [illustration], une beauté très recherchée à la Cour bruxelloise de Charles de Lorraine, et préceptrice à Vienne de deux jeunes archiduchesses d'Autriche. En 1775, le baron Auguste de Bode, cousin germain de Christine et officier allemand au service de Louis XVI, se marie à Londres avec une lady de bonne naissance. Quelques années plus tard, il fait l'acquisition d'un fief en Alsace, propriété de feu le prince Charles de Rohan Soubise, frère de l'un des cardinaux de Strasbourg. La Révolution française éclate, la famille perd tout et émigre en Russie où elle est accueillie impérialement par Catherine II, sa Cour et sa coterie.

Et nous retrouvons Tolstoï. La baronne Marie Mikhaïlovna de Bode Kolytchev [7], arrière petite fille du ménage émigré, demoiselle d'honneur de l'Impératrice, grand-mère maternelle de la princesse de Bruges, habite à Moscou une grandiose demeure familiale, en forme d'arc de cercle, à la façade centrale flanquée de colonnes corinthiennes. Ce palais servira de modèle pour celui de la famille Rostovalmanach du gotha,chevetogne,yasnaïa poliana,nicolas obolensky,van caloen,nathalie obolensky,marie maklakoff,patriote illustré,lindhout,couvent anglais,charles d'ydewalle,bénédictines de béthanie,marguerite yourcenar,youssoupov,raspoutine,bode kolytchev,lisa soukhotine,pirogovo,rurik,de herzelles,cornette obolensky,décembriste,de trazegnies,marie éléonore de bode,all blacks,thierry d'ydewalle dans Guerre et Paix !

Qui ne se souvient de la mythique scène de bal entre le prince André, Mel Ferrer, et la charmante Natacha Rostov, Audrey Hepburn ? Si dans le roman le prince André n'épouse pas Natacha, Mel Ferrer, après avoir été le mari d'Audrey Hepburn, épousera en dernières noces Lisa Soukhotine, une descendante d'Auguste de Bode.  L'histoire russe, légende ou réalité ?

Hélène Obolensky est à peine née, un 29 décembre 1916 selon l'ancien calendrier julien instauré par Pierre-le-Grand, mais le 11 janvier 1917 selon notre calendrier grégorien, que la révolution bolchevique éclate. La famille habite le domaine de Pirogovo [illustration suivante], hérité de Maria Tolstoï, grand-mère de Nicolas Obolensky, père de la petite Hélène. L'entente avec les paysans des environs est parfaite. En disciple de Tolstoï et en souvenir de sa première épouse Macha, la fille préférée de l'écrivain, décédée sans enfant à l'âge de 37 ans, Nicolas leur a déjà distribué 600 ha de ses terres en n'en gardant qu'une quinzaine pour son propre usage ainsi qu'un moulin et un petit verger. Il héberge chez lui toute la misère du voisinage, vieillards et estropiés, qu'il entretient à ses frais.

Mais un soir on accourt chez lui pour l'avertir que des bandes armées (en fait des déserteurs de l'armée almanach du gotha,chevetogne,yasnaïa poliana,nicolas obolensky,van caloen,nathalie obolensky,marie maklakoff,patriote illustré,lindhout,couvent anglais,charles d'ydewalle,bénédictines de béthanie,marguerite yourcenar,youssoupov,raspoutine,bode kolytchev,lisa soukhotine,pirogovo,rurik,de herzelles,cornette obolensky,décembriste,de trazegnies,marie éléonore de bode,all blacks,thierry d'ydewallerusse en déroute) s'approchent et brûlent domaines et châteaux. En toute hâte, une fuite est organisée vers Yasnaïa Poliana à 60 kms de là, domaine protégé de feu Léon Tolstoï, devenu héros national malgré lui. En moins d'une heure nous étions en équipage : ma femme, mes quatre enfants, la bonne et moi, avec un vieillard sur le siège de la calèche, le seul qui ait consenti à y prendre place, tous les autres ayant refusé par crainte de représailles. Nuit froide, avec un brouillard que perçait la lune. Les enfants pleuraient, nos serviteurs et servantes aussi ; au loin on entendait les cris et le bruit des chars qui partaient à l'assaut des domaines voisins. Quinze kilomètres nous séparaient de la voie la plus proche, mais il fallait côtoyer des propriétés sans doute assiégées. Après de nombreux détours nous tombâmes au milieu d'une masse armée. Les émeutiers tentèrent de nous arrêter. Si cela se faisait notre massacre était certain. Quelques Bolcheviques se cramponnèrent aux harnais de nos trois chevaux qui n'avaient jamais su ce qu'était un fouet. Enervés par les cris de la populace, ils prirent le mors aux dents et foulèrent ceux qui les tenaient. Nous passâmes sur trois ou quatre corps gisant par terre et partîmes à toute vitesse à travers les champs. Au bout de quelques kilomètres nous parvînmes à les arrêter. Une dizaine de propriétés brûlaient au loin et les incendies embrasaient le ciel autour de nous. Au matin, nous étions arrivés à Yasnaïa Poliana. [8]

Suivent plusieurs années de vie précaire. Nicolas Obolensky est nommé pour un certain temps gérant du domaine nationalisé de Yasnaïa Poliana. Mais il est dangereux de porter le nom d'Obolensky, même lorsqu'on est le neveu (et ex-gendre) de Tolstoï ... Suspecté de sympathie envers les réactionnaires, il est emprisonné dans les caves de l'archevêché de Toula, siège de la police secrète. Relâché, il se voit imposer une résidence forcée à Moscou, sous stricte surveillance policière. Il trouve un petit emploi au ministère de l'Agriculture.

Le logement familial est plus que quelconque : le père et le fils aîné dorment sur une caisse ; la mère, le plus jeune fils et les deux filles se partagent la surface de deux lits, sans oublier la niania (nounou) qui emmène les enfants à l'office le dimanche et continue à traiter le père de Votre Excellence comme si rien ne s'était passé. L'aîné, Serge, se souviendra d'avoir assisté, la joie au coeur, au cortège organisé lors des obsèques de Lénine en 1924 !

A Moscou non plus il ne fait pas bon s'appeler Obolensky. Nicolas est à nouveau emprisonné, mais sonalmanach du gotha,chevetogne,yasnaïa poliana,nicolas obolensky,van caloen,nathalie obolensky,marie maklakoff,patriote illustré,lindhout,couvent anglais,charles d'ydewalle,bénédictines de béthanie,marguerite yourcenar,youssoupov,raspoutine,bode kolytchev,lisa soukhotine,pirogovo,rurik,de herzelles,cornette obolensky,décembriste,de trazegnies,marie éléonore de bode,all blacks,thierry d'ydewalle épouse et les quatre enfants, aidés par la Croix-Rouge de Genève, réussissent à quitter le pays dans l'espoir, partagé par tous les Russes émigrés de cette époque, que cet exil ne sera que provisoire. Le laissez passer n° 8968 de la Légation de Belgique à Berlin, autorise Madame Nathalie Obolensky, née à Moscou le 16 janvier 1882, se rendant en France, à transiter par la Belgique, sans arrêt, accompagnée de quatre enfants. Le cachet du contrôle des douanes, en gare d'Herbestal, porte la date du 26 mai 1925. La photo du passeport résume tout le drame [illustration] : l'inquiétude se lit sur les visages, les vêtements sont fripés ; déjà la mère présente un visage amaigri et éreinté par la tuberculose qui l'emportera quelques mois plus tard.

C'est Monseigneur van Caloen, fondateur de l'abbaye bénédictine de Saint André-lez-Bruges, alors retiré au Cap d'Antibes pour raisons de santé, qui découvre la famille réfugiée à Nice. S'il reste encore à illustrer tout le bien qu'il fit pour les émigrés russes, la correspondance aux archives de l'abbaye en est un vibrant témoignage. Ses très nombreuses relations dans le monde feront merveille : il arrivera à placer, conseiller, diriger, aider de nombreux émigrés désorientés.

Dès septembre 1925, la mère et les enfants, Serge, Marie, Dimitri et Hélène, sont logés à la villa Alba (qui existe toujours), une propriété de l'Aga Khan au Cannet, au dessus de Cannes. Hélène est tellement maigre que le pope de l'église orthodoxe lui demande régulièrement de faire la quête durant l'office. On est bien plus généreux vis à vis d'une petite fille chétive !

Je vous demande bien pardon, Monseigneur, de ne vous avoir pas répondu plus tôt à votre bonne lettre. C'est que j'ai été malade tout ce temps là et le suis encore. Pour le moment, je ne puis être d'aucune utilité. Cet extrait d'une lettre de Nathalie Obolensky à Mgr van Caloen est datée du 1er septembre 1925. Deux mois et demi plus tard à l'Hospice Civil, la tuberculose l'emporte. Elle a 41 ans. Elle sera inhumée dans la partie protestante du cimetière du Grand Jas de Cannes. Fosse commune, piquet n° 47, sépulture qui n'existe plus à ce jour, m'a-t-on écrit du Bureau du cimetière. Deux jours plus tôt, mais à l'hôpital de la Principauté de Monaco (aujourd'hui Centre Hospitalier Princesse Grâce) était décédée sa fille Marie, également de la tuberculose. Elle avait 14 ans. Marie Obolensky a été inhumée en pleine terre, piquet n° 58 du cimetière ; cet emplacement n'existe plus, ai je reçu comme information.

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Quelques lignes décousues, extraites de notes personnelles de Nicolas Obolensky, rédigées en novembre 1928, trahissent un désarroi toujours vivace : ... écrit durant les journées de la mort de N. [Nathalie] et M. [Marie]. A l'hôpital de Monaco, lorsque l'infirmière Madeleine cherche un réconfort moral, elle appelle toujours Machenka [petite Marie] à l'aide. Tous sentaient que cette fillette était une martyre choisie, hors du commun ...

Restent trois orphelins : Serge, 16 ans ; Dimitri, 10 ans ; Hélène, 9 ans. Leur père est en prison à Moscou. Bien des années plus tard, Serge tracera ses souvenirs : Il y eut un jour à Cannes où la nuit après la mort de maman, deux jours après celle de Macha [Marie], j'ai essayé, couché sur mon lit, de les revoir par un effort de volonté - c'est une vision que j'ai cherchée - mais rien n'est arrivé. Au fond, depuis l'arrestation de papa à Moscou et la mort de maman et de Macha à Cannes et à Monaco, je ne m'en suis jamais remis et j'ai attendu ma mort.

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Des mois plus tard, je ne sais plus combien, continue Serge, papa est arrivé de Moscou sans que je sois prévenu, pour me prendre à l'école des Salésiens à Nice. A l'époque, j'étais tellement perturbé que, pendant 10-15 minutes, je le regardais dans la rue pour m'assurer que c'était bien lui, que eux [le NKVD, la police secrète] l'avaient bien relâché.

En fait, c'est exactement un mois après l'annonce du décès de sa femme et de sa fille que Nicolas Obolensky réussit, grâce à l'influence des Tolstoï, à rejoindre les siens dans le Midi. Le récépissé de sa demande de carte d'identité à la Mairie de Cannes est daté du 17 décembre 1925. Il vient donc d'arriver. Il rencontre Monseigneur van Caloen et lui écrit le 26 pour les fêtes de fin d'année, en ajoutant un humble post-scriptum : Excusez moi pour les fautes de ma lettre ; dix ans dealmanach du gotha,chevetogne,yasnaïa poliana,nicolas obolensky,van caloen,nathalie obolensky,marie maklakoff,patriote illustré,lindhout,couvent anglais,charles d'ydewalle,bénédictines de béthanie,marguerite yourcenar,youssoupov,raspoutine,bode kolytchev,lisa soukhotine,pirogovo,rurik,de herzelles,cornette obolensky,décembriste,de trazegnies,marie éléonore de bode,all blacks,thierry d'ydewalle vie sauvage m'ont déshabitué de la langue française.

La Babouchka [illustration], grand-mère-paternelle d'Hélène, est restée à Moscou. Elle écrit à son fils : Cher Nicolas, je suis très triste que tu m'écrives si peu, voilà déjà deux mois que tu es parti et je n'ai reçu que deux lettres ... Chère petite fille aux yeux noirs [Hélène], je pense si souvent à elle et à vous tous.

La famille remonte vers le Nord de la France puis la Belgique, en fonction du choix des écoles et des relations de Mgr van Caloen, ainsi que de la présence de Marie Maklakoff, installée à Lille, soeur de Nicolas Obolensky et veuve de l'avant-dernier ministre russe de l'Intérieur, fusillé en 1918. Déjà percent chez la petite Hélène une rare intelligence et surtout une personnalité hors du commun. Mise au pensionnat du Sacré Coeur de Lille, la jeune Russe qui ne parle pratiquement pas un mot de français est placée tout à l'arrière de la classe, personne ne sachant ce qu'on va pouvoir en faire. Mais elle apprend vite, très vite. Un jour, la maîtresse de religion interroge : Qu'est ce qu'un miracle ? Pas de réponse, sauf une voix au fond de la classe : Un miracle est un fait qui n'est pas conforme aux lois de la nature et qui ne peut être produit que par l'intervention de Dieu. La petite Russe avait retenu sa leçon !

Courant 1926, son père devient bibliothécaire à l'abbaye de Saint André. Un homme de cinquante almanach du gotha,chevetogne,yasnaïa poliana,nicolas obolensky,van caloen,nathalie obolensky,marie maklakoff,patriote illustré,lindhout,couvent anglais,charles d'ydewalle,bénédictines de béthanie,marguerite yourcenar,youssoupov,raspoutine,bode kolytchev,lisa soukhotine,pirogovo,rurik,de herzelles,cornette obolensky,décembriste,de trazegnies,marie éléonore de bode,all blacks,thierry d'ydewallequatre ans, grave, très intelligent, très érudit et qui rêve de passer ses dernières années dans l'atmosphère d'une vie monastique, écrit à son sujet l'Abbé de Chimay où Nicolas Obolensky s'était d'abord réfugié. Les traits émaciés, le prince Obolensky a gardé dans toute sa physionomie les traces d'un passé cruel et de souffrances morales indicibles. Des yeux légèrement bridés, pétillants de malice, livrent à chaque instant l'état d'âme de leur propriétaire : bonhomie foncière, ironie désabusée des choses et des gens, résignation si charmante de la race slave et, par dessus tout, perpétuelle, tenace, cette mélancolie tranquille des personnes qui ont traversé au cours de leur existence plus que les affres d'un calvaire : le cauchemar d'un enfer, écrit Louis Robyns dans le Patriote Illustré.

Un abondant courrier en russe entre la Babouchka restée en Russie, et son fils Nicolas, et de Nicolas à ses enfants, Serge et Dimitri, est un émouvant, parfois déchirant, témoignage sur l'émigration, le déracinement et la séparation des familles : Très cher, tu écris que parfois tu fais des plans et que tu te surprends à rêver que nous nous reverrons un jour. J'en rêve aussi souvent et je pense : et pourquoi pas ? Mais non, ce ne sont que des rêves, écrit la Babouchka à son fils Nicolas le 8 février 1928. Aujourd'hui M. est venue me voir. Tu peux t'imaginer que la conversation a uniquement tourné autour de vous. Nous nous rappelions le passé, on a parlé du présent et toutes les deux nous avons pleuré. (lettre sans date) Comme toi, j'ai peur et je suis triste. J'ai pleuré sur ta lettre, sur tes pauvres paroles et à ton sujet, mon pauvre Nicolas si solitaire. (février 1926) J'écris toujours avec beaucoup d'émotion et de larmes, des larmes d'amour et de pitié. Je suis fatiguée et je n'ai pas dit la moitié de ce que je ressens. C'est difficile, mais tu comprendras. Ce qui m'inquiète le plus, c'est la solitude et une sorte d'abandon dans lequel tu vis.

Et toujours, sa petite fille Hélène reste au centre de ses préoccupations. M. m'écrit qu'elle a des goûtsalmanach du gotha,chevetogne,yasnaïa poliana,nicolas obolensky,van caloen,nathalie obolensky,marie maklakoff,patriote illustré,lindhout,couvent anglais,charles d'ydewalle,bénédictines de béthanie,marguerite yourcenar,youssoupov,raspoutine,bode kolytchev,lisa soukhotine,pirogovo,rurik,de herzelles,cornette obolensky,décembriste,de trazegnies,marie éléonore de bode,all blacks,thierry d'ydewalle et des opinions bien prononcés, qu'elle est une fillette avec beaucoup de vivacité. Ma petite Hélène aux yeux noirs ! (lettre du 18 février 1929) Et effectivement, la petite Hélène ne laisse personne indifférent. Elle est maintenant [illustration] au Sacré-Coeur de Lindthout à Bruxelles qui ... ne désire pas la garder ! J'ai eu toute une histoire avec Lindthout à cause d'Hélène, ce qui m'a pris beaucoup de temps et gâché du sang, écrit Nicolas Obolensky à son fils Serge. Par ses réflexions et son attitude, elle a une trop forte influence sur ses amies. Esprit frondeur, esprit critique, elle est toujours sur la défensive quand on lui fait des remarques. Mais le plus étonnant c'est qu'Hélène, paraît-il la plus jeune de sa classe, a une telle influence sur les élèves qu'on l'écoute plus que les Mères ! On tâche d'attirer son sourire et son regard. Dans tout l'établissement, il n'y a pas une seule jeune fille qui aurait une telle influence sur les autres, ce qu'elle ne soupçonne absolument pas.

Elle termine ses études au Couvent Anglais à Bruges. D'une brillante intelligence, très fantaisiste, ayant beaucoup d'humour, d'un caractère très indépendant, elle faisait la terreur des braves nonnes ! Que va-t-elle encore inventer ? Se promener la nuit sur les toits ? m'écrit une dame qui était devenu sa grande amie.

Une chambre lui est réservée à l'abbaye des Bénédictines de Béthanie à Loppem pour les week-ends et les vacances. C'est ainsi qu'elle voit souvent son père à l'abbaye voisine de Saint André. Je suis contente que tu aies transféré Hélène auprès de toi. Il faut vivre le plus près possible l'un de l'autre. (lettre de la Babouchka à son fils) A Béthanie, ses condisciples se souviennent bien d'elle. D'abord assez almanach du gotha,chevetogne,yasnaïa poliana,nicolas obolensky,van caloen,nathalie obolensky,marie maklakoff,patriote illustré,lindhout,couvent anglais,charles d'ydewalle,bénédictines de béthanie,marguerite yourcenar,youssoupov,raspoutine,bode kolytchev,lisa soukhotine,pirogovo,rurik,de herzelles,cornette obolensky,décembriste,de trazegnies,marie éléonore de bode,all blacks,thierry d'ydewalleréservée, elle devient une petite Hélène, fine, racée, agréable à vivre, discrète, pondérée et rieuse. Une autre raconte : Elle était très joyeuse avec des alternances de tristesse profonde où elle manifestait une vraie détresse quant à sa situation. "Je suis pauvre, pauvre, je n'ai rien qui soit à moi ; tout ce que je porte, je l'ai reçu ..."

Son père décède le 12 février 1934. Le Père Prieur est allé chercher chez les Dames Anglaises la pauvre enfant qui ne doit plus revoir son père vivant. Sa douleur est immense. Béthanie sera désormais son foyer, lit-on dans la chronique du monastère. Nicolas Obolensky sera, et est toujours, le seul laïc enterré parmi les moines de l'abbaye. Ses dernières volontés, écrites exactement dix jours avant sa mort, sont pour sa fille Hélène. Il s'adresse à ses aînés, Serge et Dimitri : Bien que Dieu seul sait qui de nous mourra le premier, je suis malade et je pense souvent à la mort. Je veux vous dire deux mots à propos d'Hélène ; essayez de changer le moins possible sa vie quand je ne serai plus ... Qu'elle vive en Flandre, sous la protection de Saint André et surtout de Béthanie. En général ici en Belgique, elle a beaucoup d'amis. On peut avoir toute confiance en certains d'entre eux. Jean van Caloen s'intéresse énormément à elle. Je lui ai beaucoup parlé d'Hélène et il m'a dit : "léguez la moi, je m'en occuperai, j'aurai toujours assez de pommes de terre pour elle" (sic). Très rapidement, l'orpheline de 18 ans est confiéealmanach du gotha,chevetogne,yasnaïa poliana,nicolas obolensky,van caloen,nathalie obolensky,marie maklakoff,patriote illustré,lindhout,couvent anglais,charles d'ydewalle,bénédictines de béthanie,marguerite yourcenar,youssoupov,raspoutine,bode kolytchev,lisa soukhotine,pirogovo,rurik,de herzelles,cornette obolensky,décembriste,de trazegnies,marie éléonore de bode,all blacks,thierry d'ydewalle au baron Jean van Caloen [10] qui devient son tuteur, avec comme subrogé tuteur, le Révérendissime Père Nève, abbé de Saint André.

Ses études achevées, Hélène fait un long séjour à Cologne où elle apprend l'allemand au sein d'une famille anti-nazie qui sera décimée quelques années plus tard dans les bombardements. Puis, elle vit un temps en Angleterre parmi des cousins russes émigrés. Elle y apprend l'anglais. De retour à Bruges, elle n'aurait pas refusé des fiançailles avec un lointain cousin Obolensky, alors étudiant à Cambridge, mais qui n'avait pas l'argent nécessaire pour passer le Channel et venir demander sa main à son tuteur Jean van Caloen ! Elle travaille comme secrétaire chez le baron Gendebien à Haltinne. Son premier salaire lui permet de s'acheter un vélo et d'apprendre l'équitation.

Ce qu'on appelle avec nostalgie les tennis de châteaux lui font rencontrer un certain Thierry d'Ydewalle. Bien avant les congés payés et les voyages en charters, le jeune homme avait bourlingué à vélo, à moto, en bateau, au travers de l'Europe, du Moyen Orient et de l'Afrique du Nord. La jeune fille ne rêve plus que d'être enlevée à moto mais c'est avec une voiture sport flambant neuve que son soupirant réussira à la séduire lors d'une invitation à almanach du gotha,chevetogne,yasnaïa poliana,nicolas obolensky,van caloen,nathalie obolensky,marie maklakoff,patriote illustré,lindhout,couvent anglais,charles d'ydewalle,bénédictines de béthanie,marguerite yourcenar,youssoupov,raspoutine,bode kolytchev,lisa soukhotine,pirogovo,rurik,de herzelles,cornette obolensky,décembriste,de trazegnies,marie éléonore de bode,all blacks,thierry d'ydewalleprendre le thé à la côte. On connaît la suite ... Pour lui sans aucun doute, épouser une réfugiée russe était la chose la plus naturelle qui soit !

Louis Ryelandt, échevin de l'Etat Civil de Bruges, officie au mariage civil : Mon cher ami, vos amis apprécient votre bon coeur et la noblesse de vos sentiments, ils savent aussi votre penchant pour la vie quelque peu aventureuse et nomade, votre dédain des chemins battus et des conceptions banales. L'on disait qu'une jeune fille du type habituel ne pourrait fixer votre sympathie. Et voilà que parmi le parterre de jeunesse qui s'offrait à vos regards, vous avez distingué une fleur rare issue du pays des neiges. Vous l'avez cueillie ; je vous en félicite, comme je vous félicite, Madame, de vous être laissée cueillir. La Divine Providence, dans ses desseins insondables, vous avait réservé une enfance tragique, une adolescence semée de difficultés et d'inquiétudes ; mais votre âme indomptable s'est trempée au contact des épreuves et vous vous êtes faite la jeune fille dont j'ai entendu vanter de tous côtés la distinction innée, les charmes de l'esprit et du coeur.

Dix-sept années plus tard ... un grand vide se crée. J'ai trouvé Hélène très touchée par la mort de son mari, mais très courageuse. Elle se révèle attachée à sa mémoire avec amour, respect et gratitude. C'est très fort en elle et j'ai été édifié de son courage et de sa tenue ; je m'y attendais d'ailleurs, écrit à Jean van Caloen un cousin russe, résidant en France.

Ouvert aux diverses tendances philosophiques, religieuses, politiques, linguistiques et surtout littéraires, son esprit savait s'adapter à toutes les situations et chaque situation, même les plus contradictoires, trouvait grâce à ses yeux. Elle n'hésitait pas à prendre le contre-pied du comme il faut quand elle l'estimait juste. La bêtise et l'ignorance étaient ses ennemies. Coqueluche des dîners organisés par feu Charles d'Ydewalle, ce dernier aimait la jeter en pâture au gratin des arts et des lettres. Elle appréciait almanach du gotha,chevetogne,yasnaïa poliana,nicolas obolensky,van caloen,nathalie obolensky,marie maklakoff,patriote illustré,lindhout,couvent anglais,charles d'ydewalle,bénédictines de béthanie,marguerite yourcenar,youssoupov,raspoutine,bode kolytchev,lisa soukhotine,pirogovo,rurik,de herzelles,cornette obolensky,décembriste,de trazegnies,marie éléonore de bode,all blacks,thierry d'ydewallecela, non sans un certain humour : les défis de l'esprit était son pain quotidien. Et ce n'est pas une Marguerite Yourcenar qui aurait réussi à l'impressionner !

Curieuse de tout ... Un jour, lors d'un grand rassemblement de voiliers à Zeebruges, elle apprend qu'un navire école soviétique se trouve à quai et que l'équipage se promène à Bruges. Ni une ni deux, la voilà partie en voiture à la recherche de matelots russes, tenant à tout prix à pouvoir prendre la température de là-bas avec de vrais Russes ! Elle en ramène trois chez elle. Originaires du lointain port de Mourmansk, les garçons sont ébahis de découvrir une maison occidentale habitée par ... une princesse russe ! Le patronyme Obolensky leur est parfaitement connu ; en l'honneur de leur hôtesse, ils entonnent le refrain Cornette Obolensky. Et au moment des adieux, ils n'oublieront pas de pratiquer le baisemain, de quoi se faire retourner dans son mausolée le camarade Lénine !

Deux voyages en Russie lui permettent de retrouver les traces d'une enfance perdue. Entre la fuite nocturne du bébé emmailloté par une froide nuit de l'hiver 1917 et le retour, 75 ans plus tard, d'une Princesse-d'avant-la-Révolution, quel contraste ! Jamais je n'oublierai les visages ébahis des vieilles babouchkas du trolleybus de Saint Pétersbourg, à qui elle s'était présentée. Un séjour où rien ne manquait, tant l'hospitalité russe est proverbiale, surtout vis-à-vis de ceux d'avant.

Un pèlerinage aux sources : la propriété de Yasnaïa Poliana, fermée au public ce jour là pour mieux almanach du gotha,chevetogne,yasnaïa poliana,nicolas obolensky,van caloen,nathalie obolensky,marie maklakoff,patriote illustré,lindhout,couvent anglais,charles d'ydewalle,bénédictines de béthanie,marguerite yourcenar,youssoupov,raspoutine,bode kolytchev,lisa soukhotine,pirogovo,rurik,de herzelles,cornette obolensky,décembriste,de trazegnies,marie éléonore de bode,all blacks,thierry d'ydewalleaccueillir une arrière-petite-nièce de Léon Tolstoï ! C'est véritablement l'unique oasis où l'on puisse se réfugier, protégé par la mémoire du grand ami des paysans. Tout respire ici le calme et la tranquillité ... [11] Recueillement au fond du parc, devant la tombe [illustration] du grand homme. Je suis allée sur la tombe avec Séria Obolensky [Serge, frère d'Hélène] ; j'ai vu distinctement, douloureusement, mon mari bien aimé, couché sous terre, écrit Sophie Tolstoï dans son journal, le 11 juin 1919.

Saint Pétersbourg, quai de la Moïka, le palais Youssoupov. Au sous-sol, la reconstitution de la sinistre nuit du 29 décembre 1916, celle où fut assassiné Raspoutine. Mannequins de cire, biscuits au cyanure, carafon de Madère, rien ne manque ... et quel accueil à la propre nièce du capitaine Soukhotine [12], ami de Félix Youssoupov et co-participant dans cette macabre mise à mort. almanach du gotha,chevetogne,yasnaïa poliana,nicolas obolensky,van caloen,nathalie obolensky,marie maklakoff,patriote illustré,lindhout,couvent anglais,charles d'ydewalle,bénédictines de béthanie,marguerite yourcenar,youssoupov,raspoutine,bode kolytchev,lisa soukhotine,pirogovo,rurik,de herzelles,cornette obolensky,décembriste,de trazegnies,marie éléonore de bode,all blacks,thierry d'ydewalle

Le communisme a vécu, la Russie ancienne est à la mode : une émission de télévision et quelques articles de presse - Een prinses, wat is dat ? titre un journal - sont consacrés à une princesse russe retirée dans la campagne brugeoise parmi ses fleurs et ses canards.

Et c'est avec son habituel courage et sa dignité innée qu'elle tourne les dernières pages de sa vie, acceptant sans se plaindre une cruelle maladie qui la diminue inexorablement. Le 18 avril 1996, alors que le soleil se levait sur les premières fleurs printanières, ma mère s'en alla doucement dans son sommeil, sa main dans la nôtre, si loin de cette terre russe dont elle se sentait si proche. Christos voskrestié, Christ est ressuscité ! Les plus beaux chants slavons de l'Eglise de son ancêtre Saint Wladimir l'accompagnèrent jusqu'à sa dernière demeure.

Si la terre de Saint André est un fief sacré des d'Ydewalle, elle a également permis à une famille disloquée par les événements de l'Histoire de s'y retrouver partiellement. Bien loin d'Auckland en Nouvelle Zélande, où est enterré Dimitri [13], de Cannes et de Monaco où reposent Nathalie et Marie, la terre de Saint André a réuni les trois autres membres. Nicolas à l'abbaye, Serge [9] dans le cimetière de la paroisse et Hélène Nicolaïevna, princesse de Bruges, dans le vaste caveau familial.

En pensant aux jours d'autrefois, ne dis pas avec tristesse "ils ont passé", mais dis avec reconnaissance "ils ont été" ... (poésie russe)

Nicolas van Outryve d'Ydewalle

[1] selon l'Almanach du Gotha, les Capétiens datent de 866, les Habsbourg de 883 et les Wittelsbach de 907.
[2] qui signifie en vieux suédois ceux qui font du canotage, par allusion aux Vikings.
[3] se dit en russe kniaz, dérivé du scandinave konung ou koning du "kaisar" latin.
[4] dont Marie Gagarine, au cinéma Macha Méril.
[5] complot du 14 décembre 1825, jour de l'avènement de Nicolas ler, visant à libéraliser le régime tsariste.
[6] grade de sous lieutenant dans la cavalerie.
[7] nom éteint en 1876, héroïquement représenté par le métropolite Kolytchev de Moscou, devenu Saint Philippe après avoir été liquidé par Yvan le Terrible, scène immortalisée dans le célèbre film d'Eisenstein.
[8] extrait d'un article interview de Louis Robyns de Schneidauer dans le Patriote Illustré (1926).
[9] il mourra en 1992 alors qu'il était venu passer ses vacances annuelles auprès de sa soeur Hélène. Sa vie vaut un roman : d'abord moine à l'abbaye de Chevetogne, puis ordonné à Rome seul prêtre catholique russe de rite byzantin, docteur en philosophie et professeur de langue et littérature russes, ensuite expert des affaires soviétiques à l'Otan, traducteur des Mémoires du maréchal Joukov, spécialiste de Soljénitsine. Il laissera une oeuvre inachevée, la traduction intégrale en russe classique du Rituel romain .
[10] neveu de Monseigneur van Caloen et châtelain de Loppem où eut lieu en 1918 le fameux Coup de Loppem, relatif à l'adoption du suffrage universel.
[11] Robert Vaucher : L'enfer bolchevique (1919).
[12] qui se prénommait Serge et non Yvan comme l'a écrit de façon erronée Henri Troyat dans son livre sur ce sujet médiatisé à outrance.
[13] où il fut notamment professeur d'université, parlant comme son frère aîné une dizaine de langues dont l'hébreu et l'arabe.