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20/01/2012

Hélène Nicolaïevna Obolensky, princesse de Bruges (1916-1996), à propos d'une Rurikide

Bruges, le 28 décembre 1939, par un jour de neige. Un journal local titre : Te Brugge had het huwelijk plaats van een Russische prinses, Hélène Obolensky, dochter van prins Nicolaas Obolensky, met ridder Thierry van Outryve d'Ydewalle. De plechtigheid had in strenge intimiteit plaats. De vader van de prinselijke bruid was een banneling ; hij was een neef van den beroemden Russisschen romanschriiver Tolstoï. De laatste dagen van zijn leven bracht hij door in het Benediktijnerklooster te Zevenkerken, bij Brugge. Het was baron Jan van Caloen, die hem beloofde over zijn dochter te waken.

Ce mariage entre un digne représentant du High Life du plat pays et une jeune fille venue des lointaines almanach du gotha,chevetogne,yasnaïa poliana,nicolas obolensky,van caloen,nathalie obolensky,marie maklakoff,patriote illustré,lindhout,couvent anglais,charles d'ydewalle,bénédictines de béthanie,marguerite yourcenar,youssoupov,raspoutine,bode kolytchev,lisa soukhotine,pirogovo,rurik,de herzelles,cornette obolensky,décembriste,de trazegnies,marie éléonore de bode,all blacks,thierry d'ydewallesteppes russes n'est pas d'emblée accueilli avec tout l'enthousiasme qui convient. Un jeune homme sous les armes - nous sommes à la veille de la guerre - qui épouse une réfugiée russe sans le sou, titulaire d'un passeport pour réfugiés apatrides Nansen et dont on dit de surcroît qu'elle est une intellectuelle, sous-entendu incapable de tenir un ménage ... voilà de quoi secouer l'establishment brugeois !

Au lendemain du grand jour, les jeunes époux se retrouvent dans un petit hôtel des Ardennes. Le soir au restaurant, des bribes de conversation leur parviennent d'une table voisine ; coïncidence, il est question des derniers potins de Bruges où a eu lieu un mariage ... vous vous rendez compte ... un d'Ydewalle qui épouse une Russe que personne ne connaît, etc.

Et ils furent heureux et eurent quatre enfants, l'intellectuelle ayant déclaré que, puisqu'elle savait lire, elle pouvait parfaitement déchiffrer des recettes de cuisine et par conséquent nourrir sa famille ! Avec les années, la Russe émigrée se sera si bien intégrée dans sa nouvelle patrie qu'une notice sur le village de Jabbeke où elle réside, Historie en Legenden, la cite comme curiosité locale : een villa, eigendom van ridder Thierry van Outryve d'Ydewalle ... zijn weduwe, Helena Obolensky, die er momenteel nog woont, is een Russische prinses. Het park "Wildernis", zo noemt het, wordt nog beheerd door de gastvrije Prinses die bovendien vlot Nederlands spreekt.

Les belles choses de la vie ont parfois une fin triste : après seulement dix-sept années de bonheur familial, Thierry, mari débordant de tendresse et d'attentions, décède brusquement.

Une réfugiée russe sans le sou ... Dans la tourmente des noires années qui suivent la révolution d'octobre 1917, des milliers de réfugiés de la noblesse russe font souche un peu partout dans le monde. Pour survivre, grands-ducs, princes, altesses sérénissimes, généraux anciens aides de camp du tsar deviennent chauffeurs de taxi, portiers de nuit, précepteurs. Certains se feront même épouser par de riches héritières américaines, les golden girls, filles de rois de l'étain, du sucre ou du coton ; maisalmanach du gotha,chevetogne,yasnaïa poliana,nicolas obolensky,van caloen,nathalie obolensky,marie maklakoff,patriote illustré,lindhout,couvent anglais,charles d'ydewalle,bénédictines de béthanie,marguerite yourcenar,youssoupov,raspoutine,bode kolytchev,lisa soukhotine,pirogovo,rurik,de herzelles,cornette obolensky,décembriste,de trazegnies,marie éléonore de bode,all blacks,thierry d'ydewalle l'union entre des dollars fraîchement acquis et un titre de noblesse millénaire étant contre nature, les divorces seront nombreux.

Il y aura aussi des réussites inhabituelles. En 1936, un cousin proche, Alexandre Obolensky [illustration], étudiant d'Oxford, entre dans la légende du rugby en réussissant un essai mémorable qui permet de battre pour la première fois sur le sol anglais les célèbres All Blacks de Nouvelle Zélande. Les journaux sportifs en parlent encore. On l'appelait Obo !

Hélène Nicolaïevna Obolensky, descendante à la 34ème génération de la lignée princière souveraine la plus ancienne au monde, les Rurikides, issus du Viking Rurik, fondateur de la Russie en 862.[1]

Il y a longtemps, bien longtemps, racontent les Chroniques du moine Nestor de Kiev, les Slaves, après avoir chassé leurs dirigeants, n'arrivaient plus à s'entendre parce qu'il n'y avait plus de gouvernement. Les familles se disputaient contre les familles, la discorde régnait et elles se faisaient la guerre entre elles. Alors, ils se almanach du gotha,chevetogne,yasnaïa poliana,nicolas obolensky,van caloen,nathalie obolensky,marie maklakoff,patriote illustré,lindhout,couvent anglais,charles d'ydewalle,bénédictines de béthanie,marguerite yourcenar,youssoupov,raspoutine,bode kolytchev,lisa soukhotine,pirogovo,rurik,de herzelles,cornette obolensky,décembriste,de trazegnies,marie éléonore de bode,all blacks,thierry d'ydewalledirent : "Cherchons un prince qui règne sur nous et nous juge suivant le droit." Ils allèrent au delà des mers chez les Normands de Scandinavie et leur déclarèrent : "Notre pays est grand et riche, mais il n'y a point d'ordre parmi nous ; venez donc nous régir et nous gouverner".

Trois chefs normands, trois frères, répondirent à cet appel et emmenèrent leurs familles avec eux. La population désigna ces nouveaux arrivants les Rus'.[2] Peu de temps après, deux des trois frères moururent et l'aîné, Rurik [illustration], étendit son pouvoir petit à petit sur tout le pays. Il fortifia une petite ville qu'il appela Novgorod ; il s'y établit comme prince [3] et partagea entre ses compagnons les autres terres et villes. Et Rurik commandait à tous ces peuples ...

L'arrière-petit-fils de Rurik, Wladimir, grand-duc de toutes les Russies, fonde en 988 l'Eglise orthodoxe russe. Dans sa sagesse, Wladimir estimait que l'Islam ne convenait pas aux Slaves car le porc et l'alcool y sont défendus ; le catholicisme romain non plus, à cause du jeûne. Les Juifs ne trouvaient pas grâce à ses yeux en raison de la diaspora, preuve que Dieu les avait condamnés. Par contre, l'orthodoxie grecque de Byzance, par la splendeur et la magnificence de ses rites, avait de quoi séduire l'âme slave !

Saint Wladimir [illustration], car c'est de lui qu'il s'agit, n'aura pas été un saint toute sa vie :almanach du gotha,chevetogne,yasnaïa poliana,nicolas obolensky,van caloen,nathalie obolensky,marie maklakoff,patriote illustré,lindhout,couvent anglais,charles d'ydewalle,bénédictines de béthanie,marguerite yourcenar,youssoupov,raspoutine,bode kolytchev,lisa soukhotine,pirogovo,rurik,de herzelles,cornette obolensky,décembriste,de trazegnies,marie éléonore de bode,all blacks,thierry d'ydewalle ex-fornicator immensus aux cinq femmes et huit cents concubines, racontent les chroniques de l'époque, il répudia tout son monde, se fit baptiser et épousa chrétiennement Anne, soeur des co-empereurs de Constantinople. Il sera canonisé après sa mort.

C'est sous le règne de l'un de ses fils, Yaroslav le Sage (+1054), que commence le partage de la Russie en principautés apanagées. Et c'est à partir de cette époque que les Rurikides occupent un rang non négligeable parmi les maisons royales européennes. Ainsi, la famille de Yaroslav se trouve unie par les liens du mariage à douze dynasties régnantes ; elle est apparentée à deux empereurs et à toutes les maisons royales d'Europe.

Parmi les neufs enfants de Yaroslav, Anne, princesse de Kiev, épouse à Senlis en 1051 Henri ler, troisième roi capétien, dont descendent directement ou par alliance pratiquement toutes les maisons royales actuelles, régnantes ou non, sans omettre Charles-Quint et une majorité des ducs de Bourgogne.

Les familles Rurikides sont majoritairement issues des frères d'Anne de Kiev : Dolgorouky, Gagarine [4], Obolensky, Schakovskoy, Scherbatov, Wolkonsky, etc. Certaines ont comme ancêtre commun Saint Michel de Tchernigov, 11ème génération après Rurik. Exécuté en 1246 par les Tatars pour avoir refusé de vénérer leurs divinités, il sera lui aussi canonisé.

Le fils de Saint Michel, Georges Mikhaïlovitch, contemporain de son cousin français, le bon roi Saint Louis, est prince de Taroussa et de la ville d'Obolensk. De là naîtra le nom d'Obolensky. Aujourd'hui, il n'est pas prêt de s'éteindre : de l'émigration sont issus environ 150 Obolensky, dispersés un peu partout dans le monde.

Princes souverains de la ville d'Obolensk, ayant survécu à deux siècles d'invasions tatares, les Obolensky almanach du gotha,chevetogne,yasnaïa poliana,nicolas obolensky,van caloen,nathalie obolensky,marie maklakoff,patriote illustré,lindhout,couvent anglais,charles d'ydewalle,bénédictines de béthanie,marguerite yourcenar,youssoupov,raspoutine,bode kolytchev,lisa soukhotine,pirogovo,rurik,de herzelles,cornette obolensky,décembriste,de trazegnies,marie éléonore de bode,all blacks,thierry d'ydewallereprésentent une des branches les plus remarquables de la descendance de Rurik, ayant produit un grand nombre d'hommes d'Etat éminents, tant au point de vue administratif que militaire, pendant les XVe et XVIe siècles. Ainsi parlent les chroniques ! Le plus connu est Yvan Obolensky, mort en 1538, surnommé Ovtchina (peau de mouton). On dit qu'il fut le père naturel d'Yvan le Terrible. Sa soeur, Agrafena, avait été la nourrice du terrible bébé. Bien plus tard, treize Obolensky perdront la vie par la grâce de ce même bébé qui avait grandi. Un autre Obolensky célèbre est Eugène, un frère de l'arrière-grand-père de la princesse de Bruges, comploteur décembriste [5] parmi les Troubetskoï, Wolkonsky et Narichkine, tous exilés pendant une trentaine d'années en Sibérie.

Aujourd'hui encore, l'homo ex-sovieticus réagit avec un grand respect à l'énoncé de ce patronyme, chargé d'histoire. Mais est-ce pour son caractère princier ou son côté révolutionnaire, précurseur du soulèvement d'octobre 1917 ? Quelques années avant la Pérestroïka, un chant populaire underground courait sur toutes les lèvres. Le refrain en était : Sers nous les verres, lieutenant Galitzine - Cornette [6] Obolensky, verse le vin !

Léon Tolstoï songea un moment à écrire un roman sur le complot décembriste. Il était à la source : sa mère, née princesse Wolkonsky, et la mère de celle-ci, née princesse Troubetskoï, étaient toutes deux cousines des comploteurs. De plus, une fille de sa soeur Maria, arrière-grand-mère de la princesse de Bruges, avait épousé le prince Léonide Obolensky, le propre neveu d'Eugène Obolensky !

almanach du gotha,chevetogne,yasnaïa poliana,nicolas obolensky,van caloen,nathalie obolensky,marie maklakoff,patriote illustré,lindhout,couvent anglais,charles d'ydewalle,bénédictines de béthanie,marguerite yourcenar,youssoupov,raspoutine,bode kolytchev,lisa soukhotine,pirogovo,rurik,de herzelles,cornette obolensky,décembriste,de trazegnies,marie éléonore de bode,all blacks,thierry d'ydewalleBrève digression généalogique : en 1728, Philippe Ignace, marquis de Trazegnies, alors en garnison à Vienne, épouse une jeune veuve de fraîche noblesse mais à la dot opulente, Marie-Eléonore de Bode. Christine, leur fille aînée, sera la célèbre marquise de Herzelles [illustration], une beauté très recherchée à la Cour bruxelloise de Charles de Lorraine, et préceptrice à Vienne de deux jeunes archiduchesses d'Autriche. En 1775, le baron Auguste de Bode, cousin germain de Christine et officier allemand au service de Louis XVI, se marie à Londres avec une lady de bonne naissance. Quelques années plus tard, il fait l'acquisition d'un fief en Alsace, propriété de feu le prince Charles de Rohan Soubise, frère de l'un des cardinaux de Strasbourg. La Révolution française éclate, la famille perd tout et émigre en Russie où elle est accueillie impérialement par Catherine II, sa Cour et sa coterie.

Et nous retrouvons Tolstoï. La baronne Marie Mikhaïlovna de Bode Kolytchev [7], arrière petite fille du ménage émigré, demoiselle d'honneur de l'Impératrice, grand-mère maternelle de la princesse de Bruges, habite à Moscou une grandiose demeure familiale, en forme d'arc de cercle, à la façade centrale flanquée de colonnes corinthiennes. Ce palais servira de modèle pour celui de la famille Rostovalmanach du gotha,chevetogne,yasnaïa poliana,nicolas obolensky,van caloen,nathalie obolensky,marie maklakoff,patriote illustré,lindhout,couvent anglais,charles d'ydewalle,bénédictines de béthanie,marguerite yourcenar,youssoupov,raspoutine,bode kolytchev,lisa soukhotine,pirogovo,rurik,de herzelles,cornette obolensky,décembriste,de trazegnies,marie éléonore de bode,all blacks,thierry d'ydewalle dans Guerre et Paix !

Qui ne se souvient de la mythique scène de bal entre le prince André, Mel Ferrer, et la charmante Natacha Rostov, Audrey Hepburn ? Si dans le roman le prince André n'épouse pas Natacha, Mel Ferrer, après avoir été le mari d'Audrey Hepburn, épousera en dernières noces Lisa Soukhotine, une descendante d'Auguste de Bode.  L'histoire russe, légende ou réalité ?

Hélène Obolensky est à peine née, un 29 décembre 1916 selon l'ancien calendrier julien instauré par Pierre-le-Grand, mais le 11 janvier 1917 selon notre calendrier grégorien, que la révolution bolchevique éclate. La famille habite le domaine de Pirogovo [illustration suivante], hérité de Maria Tolstoï, grand-mère de Nicolas Obolensky, père de la petite Hélène. L'entente avec les paysans des environs est parfaite. En disciple de Tolstoï et en souvenir de sa première épouse Macha, la fille préférée de l'écrivain, décédée sans enfant à l'âge de 37 ans, Nicolas leur a déjà distribué 600 ha de ses terres en n'en gardant qu'une quinzaine pour son propre usage ainsi qu'un moulin et un petit verger. Il héberge chez lui toute la misère du voisinage, vieillards et estropiés, qu'il entretient à ses frais.

Mais un soir on accourt chez lui pour l'avertir que des bandes armées (en fait des déserteurs de l'armée almanach du gotha,chevetogne,yasnaïa poliana,nicolas obolensky,van caloen,nathalie obolensky,marie maklakoff,patriote illustré,lindhout,couvent anglais,charles d'ydewalle,bénédictines de béthanie,marguerite yourcenar,youssoupov,raspoutine,bode kolytchev,lisa soukhotine,pirogovo,rurik,de herzelles,cornette obolensky,décembriste,de trazegnies,marie éléonore de bode,all blacks,thierry d'ydewallerusse en déroute) s'approchent et brûlent domaines et châteaux. En toute hâte, une fuite est organisée vers Yasnaïa Poliana à 60 kms de là, domaine protégé de feu Léon Tolstoï, devenu héros national malgré lui. En moins d'une heure nous étions en équipage : ma femme, mes quatre enfants, la bonne et moi, avec un vieillard sur le siège de la calèche, le seul qui ait consenti à y prendre place, tous les autres ayant refusé par crainte de représailles. Nuit froide, avec un brouillard que perçait la lune. Les enfants pleuraient, nos serviteurs et servantes aussi ; au loin on entendait les cris et le bruit des chars qui partaient à l'assaut des domaines voisins. Quinze kilomètres nous séparaient de la voie la plus proche, mais il fallait côtoyer des propriétés sans doute assiégées. Après de nombreux détours nous tombâmes au milieu d'une masse armée. Les émeutiers tentèrent de nous arrêter. Si cela se faisait notre massacre était certain. Quelques Bolcheviques se cramponnèrent aux harnais de nos trois chevaux qui n'avaient jamais su ce qu'était un fouet. Enervés par les cris de la populace, ils prirent le mors aux dents et foulèrent ceux qui les tenaient. Nous passâmes sur trois ou quatre corps gisant par terre et partîmes à toute vitesse à travers les champs. Au bout de quelques kilomètres nous parvînmes à les arrêter. Une dizaine de propriétés brûlaient au loin et les incendies embrasaient le ciel autour de nous. Au matin, nous étions arrivés à Yasnaïa Poliana. [8]

Suivent plusieurs années de vie précaire. Nicolas Obolensky est nommé pour un certain temps gérant du domaine nationalisé de Yasnaïa Poliana. Mais il est dangereux de porter le nom d'Obolensky, même lorsqu'on est le neveu (et ex-gendre) de Tolstoï ... Suspecté de sympathie envers les réactionnaires, il est emprisonné dans les caves de l'archevêché de Toula, siège de la police secrète. Relâché, il se voit imposer une résidence forcée à Moscou, sous stricte surveillance policière. Il trouve un petit emploi au ministère de l'Agriculture.

Le logement familial est plus que quelconque : le père et le fils aîné dorment sur une caisse ; la mère, le plus jeune fils et les deux filles se partagent la surface de deux lits, sans oublier la niania (nounou) qui emmène les enfants à l'office le dimanche et continue à traiter le père de Votre Excellence comme si rien ne s'était passé. L'aîné, Serge, se souviendra d'avoir assisté, la joie au coeur, au cortège organisé lors des obsèques de Lénine en 1924 !

A Moscou non plus il ne fait pas bon s'appeler Obolensky. Nicolas est à nouveau emprisonné, mais sonalmanach du gotha,chevetogne,yasnaïa poliana,nicolas obolensky,van caloen,nathalie obolensky,marie maklakoff,patriote illustré,lindhout,couvent anglais,charles d'ydewalle,bénédictines de béthanie,marguerite yourcenar,youssoupov,raspoutine,bode kolytchev,lisa soukhotine,pirogovo,rurik,de herzelles,cornette obolensky,décembriste,de trazegnies,marie éléonore de bode,all blacks,thierry d'ydewalle épouse et les quatre enfants, aidés par la Croix-Rouge de Genève, réussissent à quitter le pays dans l'espoir, partagé par tous les Russes émigrés de cette époque, que cet exil ne sera que provisoire. Le laissez passer n° 8968 de la Légation de Belgique à Berlin, autorise Madame Nathalie Obolensky, née à Moscou le 16 janvier 1882, se rendant en France, à transiter par la Belgique, sans arrêt, accompagnée de quatre enfants. Le cachet du contrôle des douanes, en gare d'Herbestal, porte la date du 26 mai 1925. La photo du passeport résume tout le drame [illustration] : l'inquiétude se lit sur les visages, les vêtements sont fripés ; déjà la mère présente un visage amaigri et éreinté par la tuberculose qui l'emportera quelques mois plus tard.

C'est Monseigneur van Caloen, fondateur de l'abbaye bénédictine de Saint André-lez-Bruges, alors retiré au Cap d'Antibes pour raisons de santé, qui découvre la famille réfugiée à Nice. S'il reste encore à illustrer tout le bien qu'il fit pour les émigrés russes, la correspondance aux archives de l'abbaye en est un vibrant témoignage. Ses très nombreuses relations dans le monde feront merveille : il arrivera à placer, conseiller, diriger, aider de nombreux émigrés désorientés.

Dès septembre 1925, la mère et les enfants, Serge, Marie, Dimitri et Hélène, sont logés à la villa Alba (qui existe toujours), une propriété de l'Aga Khan au Cannet, au dessus de Cannes. Hélène est tellement maigre que le pope de l'église orthodoxe lui demande régulièrement de faire la quête durant l'office. On est bien plus généreux vis à vis d'une petite fille chétive !

Je vous demande bien pardon, Monseigneur, de ne vous avoir pas répondu plus tôt à votre bonne lettre. C'est que j'ai été malade tout ce temps là et le suis encore. Pour le moment, je ne puis être d'aucune utilité. Cet extrait d'une lettre de Nathalie Obolensky à Mgr van Caloen est datée du 1er septembre 1925. Deux mois et demi plus tard à l'Hospice Civil, la tuberculose l'emporte. Elle a 41 ans. Elle sera inhumée dans la partie protestante du cimetière du Grand Jas de Cannes. Fosse commune, piquet n° 47, sépulture qui n'existe plus à ce jour, m'a-t-on écrit du Bureau du cimetière. Deux jours plus tôt, mais à l'hôpital de la Principauté de Monaco (aujourd'hui Centre Hospitalier Princesse Grâce) était décédée sa fille Marie, également de la tuberculose. Elle avait 14 ans. Marie Obolensky a été inhumée en pleine terre, piquet n° 58 du cimetière ; cet emplacement n'existe plus, ai je reçu comme information.

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Quelques lignes décousues, extraites de notes personnelles de Nicolas Obolensky, rédigées en novembre 1928, trahissent un désarroi toujours vivace : ... écrit durant les journées de la mort de N. [Nathalie] et M. [Marie]. A l'hôpital de Monaco, lorsque l'infirmière Madeleine cherche un réconfort moral, elle appelle toujours Machenka [petite Marie] à l'aide. Tous sentaient que cette fillette était une martyre choisie, hors du commun ...

Restent trois orphelins : Serge, 16 ans ; Dimitri, 10 ans ; Hélène, 9 ans. Leur père est en prison à Moscou. Bien des années plus tard, Serge tracera ses souvenirs : Il y eut un jour à Cannes où la nuit après la mort de maman, deux jours après celle de Macha [Marie], j'ai essayé, couché sur mon lit, de les revoir par un effort de volonté - c'est une vision que j'ai cherchée - mais rien n'est arrivé. Au fond, depuis l'arrestation de papa à Moscou et la mort de maman et de Macha à Cannes et à Monaco, je ne m'en suis jamais remis et j'ai attendu ma mort.

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Des mois plus tard, je ne sais plus combien, continue Serge, papa est arrivé de Moscou sans que je sois prévenu, pour me prendre à l'école des Salésiens à Nice. A l'époque, j'étais tellement perturbé que, pendant 10-15 minutes, je le regardais dans la rue pour m'assurer que c'était bien lui, que eux [le NKVD, la police secrète] l'avaient bien relâché.

En fait, c'est exactement un mois après l'annonce du décès de sa femme et de sa fille que Nicolas Obolensky réussit, grâce à l'influence des Tolstoï, à rejoindre les siens dans le Midi. Le récépissé de sa demande de carte d'identité à la Mairie de Cannes est daté du 17 décembre 1925. Il vient donc d'arriver. Il rencontre Monseigneur van Caloen et lui écrit le 26 pour les fêtes de fin d'année, en ajoutant un humble post-scriptum : Excusez moi pour les fautes de ma lettre ; dix ans dealmanach du gotha,chevetogne,yasnaïa poliana,nicolas obolensky,van caloen,nathalie obolensky,marie maklakoff,patriote illustré,lindhout,couvent anglais,charles d'ydewalle,bénédictines de béthanie,marguerite yourcenar,youssoupov,raspoutine,bode kolytchev,lisa soukhotine,pirogovo,rurik,de herzelles,cornette obolensky,décembriste,de trazegnies,marie éléonore de bode,all blacks,thierry d'ydewalle vie sauvage m'ont déshabitué de la langue française.

La Babouchka [illustration], grand-mère-paternelle d'Hélène, est restée à Moscou. Elle écrit à son fils : Cher Nicolas, je suis très triste que tu m'écrives si peu, voilà déjà deux mois que tu es parti et je n'ai reçu que deux lettres ... Chère petite fille aux yeux noirs [Hélène], je pense si souvent à elle et à vous tous.

La famille remonte vers le Nord de la France puis la Belgique, en fonction du choix des écoles et des relations de Mgr van Caloen, ainsi que de la présence de Marie Maklakoff, installée à Lille, soeur de Nicolas Obolensky et veuve de l'avant-dernier ministre russe de l'Intérieur, fusillé en 1918. Déjà percent chez la petite Hélène une rare intelligence et surtout une personnalité hors du commun. Mise au pensionnat du Sacré Coeur de Lille, la jeune Russe qui ne parle pratiquement pas un mot de français est placée tout à l'arrière de la classe, personne ne sachant ce qu'on va pouvoir en faire. Mais elle apprend vite, très vite. Un jour, la maîtresse de religion interroge : Qu'est ce qu'un miracle ? Pas de réponse, sauf une voix au fond de la classe : Un miracle est un fait qui n'est pas conforme aux lois de la nature et qui ne peut être produit que par l'intervention de Dieu. La petite Russe avait retenu sa leçon !

Courant 1926, son père devient bibliothécaire à l'abbaye de Saint André. Un homme de cinquante almanach du gotha,chevetogne,yasnaïa poliana,nicolas obolensky,van caloen,nathalie obolensky,marie maklakoff,patriote illustré,lindhout,couvent anglais,charles d'ydewalle,bénédictines de béthanie,marguerite yourcenar,youssoupov,raspoutine,bode kolytchev,lisa soukhotine,pirogovo,rurik,de herzelles,cornette obolensky,décembriste,de trazegnies,marie éléonore de bode,all blacks,thierry d'ydewallequatre ans, grave, très intelligent, très érudit et qui rêve de passer ses dernières années dans l'atmosphère d'une vie monastique, écrit à son sujet l'Abbé de Chimay où Nicolas Obolensky s'était d'abord réfugié. Les traits émaciés, le prince Obolensky a gardé dans toute sa physionomie les traces d'un passé cruel et de souffrances morales indicibles. Des yeux légèrement bridés, pétillants de malice, livrent à chaque instant l'état d'âme de leur propriétaire : bonhomie foncière, ironie désabusée des choses et des gens, résignation si charmante de la race slave et, par dessus tout, perpétuelle, tenace, cette mélancolie tranquille des personnes qui ont traversé au cours de leur existence plus que les affres d'un calvaire : le cauchemar d'un enfer, écrit Louis Robyns dans le Patriote Illustré.

Un abondant courrier en russe entre la Babouchka restée en Russie, et son fils Nicolas, et de Nicolas à ses enfants, Serge et Dimitri, est un émouvant, parfois déchirant, témoignage sur l'émigration, le déracinement et la séparation des familles : Très cher, tu écris que parfois tu fais des plans et que tu te surprends à rêver que nous nous reverrons un jour. J'en rêve aussi souvent et je pense : et pourquoi pas ? Mais non, ce ne sont que des rêves, écrit la Babouchka à son fils Nicolas le 8 février 1928. Aujourd'hui M. est venue me voir. Tu peux t'imaginer que la conversation a uniquement tourné autour de vous. Nous nous rappelions le passé, on a parlé du présent et toutes les deux nous avons pleuré. (lettre sans date) Comme toi, j'ai peur et je suis triste. J'ai pleuré sur ta lettre, sur tes pauvres paroles et à ton sujet, mon pauvre Nicolas si solitaire. (février 1926) J'écris toujours avec beaucoup d'émotion et de larmes, des larmes d'amour et de pitié. Je suis fatiguée et je n'ai pas dit la moitié de ce que je ressens. C'est difficile, mais tu comprendras. Ce qui m'inquiète le plus, c'est la solitude et une sorte d'abandon dans lequel tu vis.

Et toujours, sa petite fille Hélène reste au centre de ses préoccupations. M. m'écrit qu'elle a des goûtsalmanach du gotha,chevetogne,yasnaïa poliana,nicolas obolensky,van caloen,nathalie obolensky,marie maklakoff,patriote illustré,lindhout,couvent anglais,charles d'ydewalle,bénédictines de béthanie,marguerite yourcenar,youssoupov,raspoutine,bode kolytchev,lisa soukhotine,pirogovo,rurik,de herzelles,cornette obolensky,décembriste,de trazegnies,marie éléonore de bode,all blacks,thierry d'ydewalle et des opinions bien prononcés, qu'elle est une fillette avec beaucoup de vivacité. Ma petite Hélène aux yeux noirs ! (lettre du 18 février 1929) Et effectivement, la petite Hélène ne laisse personne indifférent. Elle est maintenant [illustration] au Sacré-Coeur de Lindthout à Bruxelles qui ... ne désire pas la garder ! J'ai eu toute une histoire avec Lindthout à cause d'Hélène, ce qui m'a pris beaucoup de temps et gâché du sang, écrit Nicolas Obolensky à son fils Serge. Par ses réflexions et son attitude, elle a une trop forte influence sur ses amies. Esprit frondeur, esprit critique, elle est toujours sur la défensive quand on lui fait des remarques. Mais le plus étonnant c'est qu'Hélène, paraît-il la plus jeune de sa classe, a une telle influence sur les élèves qu'on l'écoute plus que les Mères ! On tâche d'attirer son sourire et son regard. Dans tout l'établissement, il n'y a pas une seule jeune fille qui aurait une telle influence sur les autres, ce qu'elle ne soupçonne absolument pas.

Elle termine ses études au Couvent Anglais à Bruges. D'une brillante intelligence, très fantaisiste, ayant beaucoup d'humour, d'un caractère très indépendant, elle faisait la terreur des braves nonnes ! Que va-t-elle encore inventer ? Se promener la nuit sur les toits ? m'écrit une dame qui était devenu sa grande amie.

Une chambre lui est réservée à l'abbaye des Bénédictines de Béthanie à Loppem pour les week-ends et les vacances. C'est ainsi qu'elle voit souvent son père à l'abbaye voisine de Saint André. Je suis contente que tu aies transféré Hélène auprès de toi. Il faut vivre le plus près possible l'un de l'autre. (lettre de la Babouchka à son fils) A Béthanie, ses condisciples se souviennent bien d'elle. D'abord assez almanach du gotha,chevetogne,yasnaïa poliana,nicolas obolensky,van caloen,nathalie obolensky,marie maklakoff,patriote illustré,lindhout,couvent anglais,charles d'ydewalle,bénédictines de béthanie,marguerite yourcenar,youssoupov,raspoutine,bode kolytchev,lisa soukhotine,pirogovo,rurik,de herzelles,cornette obolensky,décembriste,de trazegnies,marie éléonore de bode,all blacks,thierry d'ydewalleréservée, elle devient une petite Hélène, fine, racée, agréable à vivre, discrète, pondérée et rieuse. Une autre raconte : Elle était très joyeuse avec des alternances de tristesse profonde où elle manifestait une vraie détresse quant à sa situation. "Je suis pauvre, pauvre, je n'ai rien qui soit à moi ; tout ce que je porte, je l'ai reçu ..."

Son père décède le 12 février 1934. Le Père Prieur est allé chercher chez les Dames Anglaises la pauvre enfant qui ne doit plus revoir son père vivant. Sa douleur est immense. Béthanie sera désormais son foyer, lit-on dans la chronique du monastère. Nicolas Obolensky sera, et est toujours, le seul laïc enterré parmi les moines de l'abbaye. Ses dernières volontés, écrites exactement dix jours avant sa mort, sont pour sa fille Hélène. Il s'adresse à ses aînés, Serge et Dimitri : Bien que Dieu seul sait qui de nous mourra le premier, je suis malade et je pense souvent à la mort. Je veux vous dire deux mots à propos d'Hélène ; essayez de changer le moins possible sa vie quand je ne serai plus ... Qu'elle vive en Flandre, sous la protection de Saint André et surtout de Béthanie. En général ici en Belgique, elle a beaucoup d'amis. On peut avoir toute confiance en certains d'entre eux. Jean van Caloen s'intéresse énormément à elle. Je lui ai beaucoup parlé d'Hélène et il m'a dit : "léguez la moi, je m'en occuperai, j'aurai toujours assez de pommes de terre pour elle" (sic). Très rapidement, l'orpheline de 18 ans est confiéealmanach du gotha,chevetogne,yasnaïa poliana,nicolas obolensky,van caloen,nathalie obolensky,marie maklakoff,patriote illustré,lindhout,couvent anglais,charles d'ydewalle,bénédictines de béthanie,marguerite yourcenar,youssoupov,raspoutine,bode kolytchev,lisa soukhotine,pirogovo,rurik,de herzelles,cornette obolensky,décembriste,de trazegnies,marie éléonore de bode,all blacks,thierry d'ydewalle au baron Jean van Caloen [10] qui devient son tuteur, avec comme subrogé tuteur, le Révérendissime Père Nève, abbé de Saint André.

Ses études achevées, Hélène fait un long séjour à Cologne où elle apprend l'allemand au sein d'une famille anti-nazie qui sera décimée quelques années plus tard dans les bombardements. Puis, elle vit un temps en Angleterre parmi des cousins russes émigrés. Elle y apprend l'anglais. De retour à Bruges, elle n'aurait pas refusé des fiançailles avec un lointain cousin Obolensky, alors étudiant à Cambridge, mais qui n'avait pas l'argent nécessaire pour passer le Channel et venir demander sa main à son tuteur Jean van Caloen ! Elle travaille comme secrétaire chez le baron Gendebien à Haltinne. Son premier salaire lui permet de s'acheter un vélo et d'apprendre l'équitation.

Ce qu'on appelle avec nostalgie les tennis de châteaux lui font rencontrer un certain Thierry d'Ydewalle. Bien avant les congés payés et les voyages en charters, le jeune homme avait bourlingué à vélo, à moto, en bateau, au travers de l'Europe, du Moyen Orient et de l'Afrique du Nord. La jeune fille ne rêve plus que d'être enlevée à moto mais c'est avec une voiture sport flambant neuve que son soupirant réussira à la séduire lors d'une invitation à almanach du gotha,chevetogne,yasnaïa poliana,nicolas obolensky,van caloen,nathalie obolensky,marie maklakoff,patriote illustré,lindhout,couvent anglais,charles d'ydewalle,bénédictines de béthanie,marguerite yourcenar,youssoupov,raspoutine,bode kolytchev,lisa soukhotine,pirogovo,rurik,de herzelles,cornette obolensky,décembriste,de trazegnies,marie éléonore de bode,all blacks,thierry d'ydewalleprendre le thé à la côte. On connaît la suite ... Pour lui sans aucun doute, épouser une réfugiée russe était la chose la plus naturelle qui soit !

Louis Ryelandt, échevin de l'Etat Civil de Bruges, officie au mariage civil : Mon cher ami, vos amis apprécient votre bon coeur et la noblesse de vos sentiments, ils savent aussi votre penchant pour la vie quelque peu aventureuse et nomade, votre dédain des chemins battus et des conceptions banales. L'on disait qu'une jeune fille du type habituel ne pourrait fixer votre sympathie. Et voilà que parmi le parterre de jeunesse qui s'offrait à vos regards, vous avez distingué une fleur rare issue du pays des neiges. Vous l'avez cueillie ; je vous en félicite, comme je vous félicite, Madame, de vous être laissée cueillir. La Divine Providence, dans ses desseins insondables, vous avait réservé une enfance tragique, une adolescence semée de difficultés et d'inquiétudes ; mais votre âme indomptable s'est trempée au contact des épreuves et vous vous êtes faite la jeune fille dont j'ai entendu vanter de tous côtés la distinction innée, les charmes de l'esprit et du coeur.

Dix-sept années plus tard ... un grand vide se crée. J'ai trouvé Hélène très touchée par la mort de son mari, mais très courageuse. Elle se révèle attachée à sa mémoire avec amour, respect et gratitude. C'est très fort en elle et j'ai été édifié de son courage et de sa tenue ; je m'y attendais d'ailleurs, écrit à Jean van Caloen un cousin russe, résidant en France.

Ouvert aux diverses tendances philosophiques, religieuses, politiques, linguistiques et surtout littéraires, son esprit savait s'adapter à toutes les situations et chaque situation, même les plus contradictoires, trouvait grâce à ses yeux. Elle n'hésitait pas à prendre le contre-pied du comme il faut quand elle l'estimait juste. La bêtise et l'ignorance étaient ses ennemies. Coqueluche des dîners organisés par feu Charles d'Ydewalle, ce dernier aimait la jeter en pâture au gratin des arts et des lettres. Elle appréciait almanach du gotha,chevetogne,yasnaïa poliana,nicolas obolensky,van caloen,nathalie obolensky,marie maklakoff,patriote illustré,lindhout,couvent anglais,charles d'ydewalle,bénédictines de béthanie,marguerite yourcenar,youssoupov,raspoutine,bode kolytchev,lisa soukhotine,pirogovo,rurik,de herzelles,cornette obolensky,décembriste,de trazegnies,marie éléonore de bode,all blacks,thierry d'ydewallecela, non sans un certain humour : les défis de l'esprit était son pain quotidien. Et ce n'est pas une Marguerite Yourcenar qui aurait réussi à l'impressionner !

Curieuse de tout ... Un jour, lors d'un grand rassemblement de voiliers à Zeebruges, elle apprend qu'un navire école soviétique se trouve à quai et que l'équipage se promène à Bruges. Ni une ni deux, la voilà partie en voiture à la recherche de matelots russes, tenant à tout prix à pouvoir prendre la température de là-bas avec de vrais Russes ! Elle en ramène trois chez elle. Originaires du lointain port de Mourmansk, les garçons sont ébahis de découvrir une maison occidentale habitée par ... une princesse russe ! Le patronyme Obolensky leur est parfaitement connu ; en l'honneur de leur hôtesse, ils entonnent le refrain Cornette Obolensky. Et au moment des adieux, ils n'oublieront pas de pratiquer le baisemain, de quoi se faire retourner dans son mausolée le camarade Lénine !

Deux voyages en Russie lui permettent de retrouver les traces d'une enfance perdue. Entre la fuite nocturne du bébé emmailloté par une froide nuit de l'hiver 1917 et le retour, 75 ans plus tard, d'une Princesse-d'avant-la-Révolution, quel contraste ! Jamais je n'oublierai les visages ébahis des vieilles babouchkas du trolleybus de Saint Pétersbourg, à qui elle s'était présentée. Un séjour où rien ne manquait, tant l'hospitalité russe est proverbiale, surtout vis-à-vis de ceux d'avant.

Un pèlerinage aux sources : la propriété de Yasnaïa Poliana, fermée au public ce jour là pour mieux almanach du gotha,chevetogne,yasnaïa poliana,nicolas obolensky,van caloen,nathalie obolensky,marie maklakoff,patriote illustré,lindhout,couvent anglais,charles d'ydewalle,bénédictines de béthanie,marguerite yourcenar,youssoupov,raspoutine,bode kolytchev,lisa soukhotine,pirogovo,rurik,de herzelles,cornette obolensky,décembriste,de trazegnies,marie éléonore de bode,all blacks,thierry d'ydewalleaccueillir une arrière-petite-nièce de Léon Tolstoï ! C'est véritablement l'unique oasis où l'on puisse se réfugier, protégé par la mémoire du grand ami des paysans. Tout respire ici le calme et la tranquillité ... [11] Recueillement au fond du parc, devant la tombe [illustration] du grand homme. Je suis allée sur la tombe avec Séria Obolensky [Serge, frère d'Hélène] ; j'ai vu distinctement, douloureusement, mon mari bien aimé, couché sous terre, écrit Sophie Tolstoï dans son journal, le 11 juin 1919.

Saint Pétersbourg, quai de la Moïka, le palais Youssoupov. Au sous-sol, la reconstitution de la sinistre nuit du 29 décembre 1916, celle où fut assassiné Raspoutine. Mannequins de cire, biscuits au cyanure, carafon de Madère, rien ne manque ... et quel accueil à la propre nièce du capitaine Soukhotine [12], ami de Félix Youssoupov et co-participant dans cette macabre mise à mort. almanach du gotha,chevetogne,yasnaïa poliana,nicolas obolensky,van caloen,nathalie obolensky,marie maklakoff,patriote illustré,lindhout,couvent anglais,charles d'ydewalle,bénédictines de béthanie,marguerite yourcenar,youssoupov,raspoutine,bode kolytchev,lisa soukhotine,pirogovo,rurik,de herzelles,cornette obolensky,décembriste,de trazegnies,marie éléonore de bode,all blacks,thierry d'ydewalle

Le communisme a vécu, la Russie ancienne est à la mode : une émission de télévision et quelques articles de presse - Een prinses, wat is dat ? titre un journal - sont consacrés à une princesse russe retirée dans la campagne brugeoise parmi ses fleurs et ses canards.

Et c'est avec son habituel courage et sa dignité innée qu'elle tourne les dernières pages de sa vie, acceptant sans se plaindre une cruelle maladie qui la diminue inexorablement. Le 18 avril 1996, alors que le soleil se levait sur les premières fleurs printanières, ma mère s'en alla doucement dans son sommeil, sa main dans la nôtre, si loin de cette terre russe dont elle se sentait si proche. Christos voskrestié, Christ est ressuscité ! Les plus beaux chants slavons de l'Eglise de son ancêtre Saint Wladimir l'accompagnèrent jusqu'à sa dernière demeure.

Si la terre de Saint André est un fief sacré des d'Ydewalle, elle a également permis à une famille disloquée par les événements de l'Histoire de s'y retrouver partiellement. Bien loin d'Auckland en Nouvelle Zélande, où est enterré Dimitri [13], de Cannes et de Monaco où reposent Nathalie et Marie, la terre de Saint André a réuni les trois autres membres. Nicolas à l'abbaye, Serge [9] dans le cimetière de la paroisse et Hélène Nicolaïevna, princesse de Bruges, dans le vaste caveau familial.

En pensant aux jours d'autrefois, ne dis pas avec tristesse "ils ont passé", mais dis avec reconnaissance "ils ont été" ... (poésie russe)

Nicolas van Outryve d'Ydewalle

[1] selon l'Almanach du Gotha, les Capétiens datent de 866, les Habsbourg de 883 et les Wittelsbach de 907.
[2] qui signifie en vieux suédois ceux qui font du canotage, par allusion aux Vikings.
[3] se dit en russe kniaz, dérivé du scandinave konung ou koning du "kaisar" latin.
[4] dont Marie Gagarine, au cinéma Macha Méril.
[5] complot du 14 décembre 1825, jour de l'avènement de Nicolas ler, visant à libéraliser le régime tsariste.
[6] grade de sous lieutenant dans la cavalerie.
[7] nom éteint en 1876, héroïquement représenté par le métropolite Kolytchev de Moscou, devenu Saint Philippe après avoir été liquidé par Yvan le Terrible, scène immortalisée dans le célèbre film d'Eisenstein.
[8] extrait d'un article interview de Louis Robyns de Schneidauer dans le Patriote Illustré (1926).
[9] il mourra en 1992 alors qu'il était venu passer ses vacances annuelles auprès de sa soeur Hélène. Sa vie vaut un roman : d'abord moine à l'abbaye de Chevetogne, puis ordonné à Rome seul prêtre catholique russe de rite byzantin, docteur en philosophie et professeur de langue et littérature russes, ensuite expert des affaires soviétiques à l'Otan, traducteur des Mémoires du maréchal Joukov, spécialiste de Soljénitsine. Il laissera une oeuvre inachevée, la traduction intégrale en russe classique du Rituel romain .
[10] neveu de Monseigneur van Caloen et châtelain de Loppem où eut lieu en 1918 le fameux Coup de Loppem, relatif à l'adoption du suffrage universel.
[11] Robert Vaucher : L'enfer bolchevique (1919).
[12] qui se prénommait Serge et non Yvan comme l'a écrit de façon erronée Henri Troyat dans son livre sur ce sujet médiatisé à outrance.
[13] où il fut notamment professeur d'université, parlant comme son frère aîné une dizaine de langues dont l'hébreu et l'arabe.

 

13/01/2012

Epîtres autour de la marquise de Herzelles, née Christine de Trazegnies (1728-1793)

Fille aînée de Philippe Ignace, marquis de Trazegnies, colonel d'un régiment de Dragons au service de l'empereur d'Autriche et de Marie Eléonore de Bode, jeune veuve fortunée et baronne de fraîche date, Christine voit le jour en Hongrie, en l'an de grâce 1728.
Marquise d'Herzelles1.jpg
A vingt et un printemps à peine, elle épouse à onze heures avant minuit dans la chapelle du château de Trazegnies le fringant mais presque septuagénaire Ambroise, marquis de Herzelles, superintendant et directeur général des Domaines et des Finances de Sa Majesté Impériale. Parmi ses quelques précédents états matrimoniaux, il est dit que le marquis avait été marié secrètement à une Marie Catherine d'Autriche, fille naturelle de don Juan d'Autriche, gouverneur et capitaine général à Bruxelles, lui même fils naturel du roi d'Espagne, Philippe IV.

Veuve dix ans plus tard, Christine de Herzelles est devenue l'objet de toutes les attentions :  ... un modèle de vertu, elle était la plus belle dame de Bruxelles et elle s'est toujours conduite comme un ange, ce qui lui a attiré l'attachement des Majestés et de tout le monde. Elle embellit la Cour de Charles de Lorraine, gouverneur de nos provinces, qui note dans son journal : ordonné à Monsieur Sauvage de tacher de me peindre Madame derzelle. - Revêtue d'une écrasante robe de cour et d'un manteau d'hermine négligemment posé sur de rondes et gracieuses épaules, la marquise étincelle de perles et de diamants. Sur son sein se détache le bijou de la Croix Etoilée ... écrit avec une admiration non dissimulée son quatre fois arrière petit neveu actuel, le marquis Olivier de Trazegnies.

Préceptrice à la Cour d'Autriche

Autant de qualités parvinrent tout naturellement aux oreilles de l'impératrice Marie Thérèse à Vienne par la bouche de sa belle soeur, Anne Charlotte de Lorraine, qui nourrissait pour Christine de Herzellesmarie thérèse.jpg tendresse et amitié. Elle est choisie comme grande maîtresse de l'archiduchesse Elisabeth, fille de Marie Thérèse et soeur du futur Joseph II. Je vous prie de faire mes compliments au trésor que vous avés auprès de vous, car je peut bien dire, ma chère nièce, que c'en est un que vous possédés dans Mme d'Ersel. Recommandés luy de ma part de ménager sa santé ; elle le doit pour Sa Majesté, qui me mande les choses du monde les plus flateuse pour elle, écrit Anne-Charlotte de Lorraine à la petite Elisabeth.

Christine remplit sa tâche à la satisfaction générale mais malheureusement le climat autrichien ne convient pas à sa santé ; elle revient aux Pays-Bas en 1763. Notre chère madame d'Herzelles est actuellement encore très attaquée d'une vomique à la poitrine, voilà trois semaines qu'elle crache avec beaucoup de douleur, cela l'accable extrêmement, d'autant plus qu'elle sortait d'une autre maladie de près d'un mois, fièvre, rhumatisme, érysipèle, en un mot elle a passé un hiver des plus affreux.

Mais la jeune princesse Elisabeth, par courrier interposé, lui voue une tendre affection : Leurs Majestés sont contente de ma conduite, ce qui me fait une joie incroiable ; je n'ai point voulue manquer à vous le mander, sachant que vous vous intéressé si vivement à tous ce qui me regarde et n'aiant pas de plus grande sattisfaction que de leurs donner toute la consolation qu'ils mérittes par leurs soing et bontés matternelle et patternelle.

Les années passent, Joseph II cherche la personne de confiance qui s'occupera de sa fille unique de 3 Maria Theresa Titi.jpgans qui s'appelle, elle aussi, Marie-Thérèse. A nouveau, c'est à Anne-Charlotte de Lorraine que revient la tâche d'obtenir le retour de la marquise à Vienne. Malgré ses troubles de santé, Christine accepte. Ravi, Joseph II écrit à sa tante pour la remercier : J'ay cru choisir une personne dont l'exemple et l'esprit agréable fera plus d'effet et sera plus agréable à copier que la prudence désagréable des matrones à moustaches de la cour. Enfin je suis trop heureux si je puis avoir Mme d'Herzelles que j'estime et respecte, et dont les loix, mais bien plus encore l'exemple, me paroissent bien plus doux à suivre que celles des autres. Tous ce que vous pouvez l'assurer, c'est qu'elle n'aura à faire avec personne qu'avec mon auguste mère : logé à coté de ma fille, elle sera toute séparé du reste du grabuge.

Joseph II ne cesse de témoigner toute son admiration pour la préceptrice de sa fille : Adieu ma paresse, quand il s'agit de vous, madame ; je ne puis vous laisser ignorer les témoignages de satisfaction que S.M. l'Impératrice m'a donné de la visite qu'elle a faite à ma fille. Elle m'en marque son parfait contentement et, qui plus est, vous rend la justice due et dont je suis sans cella si imbue. J'ai dont raison, dis-je à moi-même, d'avoir, contre vent et marrée, lutté pour cette flamande, pendant que tout le corps efrayament respectable des Aya [gouvernantes] et Maria_Theresia_Daughter_of_Isabella_de_Parma.jpggrandes maitresses attendoit seulement que je gettasse le mouchoir et fasse choix d'une de leurs tons et façons.

La jeune archiduchesse et sa gouvernante sont devenues les meilleures amies du monde : Je vous prie de m'accorder la grâce que je vous demande ; c'est votre amitié, ma chère Aja, que je vous demande, et je vous remercie du billet que vous m'avez écrit, et je vous serai toujours votre fidelle amie ...

Mais il était écrit que cette période bénie aurait une fin prématurée. Le 23 janvier 1770, elle a sept ans, la petite Marie-Thérèse meurt dans les bras de Christine de Herzelles ... Déjà très éprouvé par le décès de son épouse, Marie-Elisabeth de Parme, le père est inconsolable : Madame, si la décence le permettoit, ce ne seroit que chés vous que j'épancherais toute l'afliction dont je puis vous dire que mon âme est pénétrée. J'ai cessé d'être père : c'est plus que je puis en porter. A tout moment, malgré ma résignation, je ne puis m'empêcher de penser et de dire : "Mon Dieu, rendés-moi ma fille, rendés-moi la!" J'entens sa voix, je la vois. Un cri de douleur : C'est la perte la plus grande qu'un père, un prince et un mortell a jamais faite, et vu ma situation présente et avenire, je puis m'apeller aussi le plus malheureux et le plus digne de pitié. Adieu, conservés-vous, je vous prie, pour un ami qui en vérité n'a que vous encore pour resource et pour objet.

Correspondance entre Schönbrunn et Namur

Christine de Herzelles quittera Vienne pour ne plus y revenir. Cinq ans plus tard, elle se retire au couvent de la Paix-Notre-Dame à Namur, chez les religieuses bénédictines : ma délicieuse demeure, que je troquerais pas pour un royaume ; c'est le lieu de mon repos et de mes délices et où il y a des logements pour les dames avec femme de chambre. Ma nièce, la marquise d'Herzelles et moi-même avons 12 fenêtres, les plus belles, raconte Charlotte de Bode à son cousin.

couvent bénédictines.jpg

L'impératrice Marie-Thérèse et Christine échangeront une longue correspondance qui ne se terminera qu'au décès de l'impératrice en 1780. On se confie avec une totale spontanéité sur les brouilles familiales, le désespoir de ne pas pouvoir arrêter les guerres, les famines et la peste.

Moi qui ne chérit que ma chambre close, je ne sais les choses que quand elles sont passés, par hazard. Alors il n'est plus tems à y rémédier, et les tords restent sur vous, je vous avoue que ma retraite qui était une affaire de goût, le devient asteur une nécessité. Je dois survivre à toute ma famille ; je dois revenir à 50 ans d'une maladie mortelle pour voir périr l'ouvrage de 31 ans de règne et de fatigue et des soings, pour voir encore écrouler la monarchie, rendre tous mes sujets malheureux par la guerre, peste et famine.

Amitié et affection se conjuguent : Marquise de Herzelles, je suis contente des mots que vous m'avés écrits en allemand, et je passe très volontiers sur quelques fautes en ortographe, vu votre docilité à vous prêter à ma prétension. - Vous voilà, ma chère amie, au fait de mon poullalier [ses enfants]. Ma santé paroît meilleur que l'année passée, et plains d'incommodité et de miserres, l'humeur abbatue, et la misère qui est de notre côté, le rend pas plus animée. Le temps est chaud, mais humide et triste : cela donne le splin. - Louons Dieu pour la paix. Vos Flamands vous diront que je suis très bien en santé : le dehors est trompeur ; je me sens absolument diminuer à grans pads. Je n'en suis pas fâchée.

Joseph II, son fils, est une perpétuelle source de soucis : J'ose bien avancer que c'est le tems du changement total du coeur de mon fils qui depuis la maladie de sa fille at comencée à se séparer de moi et at continuée toujours de plus en plus si bien que nous voilà réduite, pour conserver seulement les dehors, de ne nous voir plus du tout qu'au dîner. Même les affaires se traitent d'un étage à l'autre sans se voir. Les anecdotes ne manquent pas : il m'at épouvantée à mourir d'une culbute qu'il at fait à cheval. Il n'y a rien à craindre, mais il s'est fait mal au croupion, donc il se ressentira longtemps. On s'indigne de l'inconduite de Louis de Rohan, évêque-ambassadeur de France, futur cardinal de l'Affaire du Collier : nous avonts un ambassadeur évêque ici de France, qui est pire que tous les petits maîtres. Il se promène habillé en matellots avec 20 femmes, et il auroit tous à sa suite s'il en vouloit. C'est honteux pour nous ...

Qu'il est pénible de vieillir ...

Je vis de trop déjà 12 ans, soupire l'impératrice Marie-Thérèse, que les choses de ce bas monde intéressent de moins en moins ... - Je ne trouve rien de si pénible que de vieillir. Je n'ay jamais connut l'envie, mais depuis un couple d'années, j'en porte à tout ceux qui finissent leurs carrières. - Je n'ais put vous écrire par le dernier courier, ayant eu tant à dépêcher, et mon bras droite me refuse souvent de m'en servir. Ce mal augmente toujours surtout asteur où quelque chose se dérange ; j'ai eut même deux mois de suite Pirrisipelle au visage et pleins d'autres incommodités et tout les jours moins d'haleine.

On nous dit ici que vous est malade ; votre long silence me la fait craindre. Contez toujours que mon amitié et estime ne finiront qu'avec mes tristes jours. Effectivement, la santé de Christine ne cesse d'inquiéter ses proches : Ma nièce de Herzelles m'a totalement mise à bout. Depuis trois mois, elle a fait maladie sur maladie. La bile, le foie, un catharre, et de plus beaucoup de température. Mal partout, puis une très grande faiblesse, au point qu'à ce jour encore elle ne sait rien faire seule.

Le 29 novembre 1780, l'impératrice Marie-Thérèse d'Autriche rend son âme à Dieu. Elle laisse des êtres inconsolables : Nous sommes ici dans la plus cruelle douleur de la mort de S.M. l'Impératrice qui a été enlevée bien subitement ; ma nièce dHerzelles est dans la plus grande affliction. Cette auguste souveraine la comblait de grâces et de bienfaits. - La mort de feu l'Impératrice est bien le coup le plus affreux qui puisse arriver à ses sujets, car une mère aussi tendre et bienfaisante qu'elle n'est plus à retrouver, ma nièce est incommodée depuis cette nouvelle, elle ne sait tarir ses larmes, tout est lugubre ici, le deuil, les cloches 3 fois par jour, tous les services d'église, tout rappelle à ce triste souvenir, grâce au Seigneur que cette immortelle princesse nous a laissé un fils, un successeur digne d'elle et qui a été jusqu'à son dernier soupir une héroïne de courage et de chrétienté.

Le nouvel empereur

Nos manuels d'histoire ne semblent pas avoir gardé en mémoire les commentaires élogieux à propos joseph II.1.jpgde Joseph II, notre nouvel empereur : La présence de cet auguste souverain, sa modestie, sa bonté, son affabilité, sa bienfaisance, mais surtout ce fond d'humanité qui est à la base de ses vertus remplit de joie toute la ville, le respect le devance, la vénération l'environne, sa vertu le couvre tout entier, tel est le cortège de ce grand héros. - L'empereur s'y est fait adorer, il est impossible de trouver un souverain, plus affable, plus populaire, plus juste, plus éclairé et plus instruit que lui, il reçoit tout le monde avec une bonté qui enlève les coeurs, on n'écrit et on ne parle que de ces rares qualités, je ne finirai si je devais vous dire la grandeur, l'étendue de ses mérites.  

Ne chuchote-t-on pas dans certains ouvrages d'histoire que Joseph II, follement épris de Christine de Herzelles depuis de nombreuses années, serait venu trois fois de suite lui demander sa main ? Ma nièce d'Herzelles n'a pas manqué de faire bien des recommandations à S.M. l'Empereur, il lui a fait la grâce de la venir voir trois fois au couvent. D'anciennes lettres de l'empereur font allusion à notre heureux ménage et à des secrets inviolables. - En réponse à votre billiet, j'ai l'honneur de vous bien remercier, chère amie, de la discrétion que vous avés bien voulu avoir à nier ce que je désire tant qu'on ne sache point. - Je dois seulement vous avertir que S.M. l'Impératrice m'a faite les mesmes questions que vous dite du publique et qu'elle m'a tant tourmenté qu'à la fin je lui ai dû et cru bien faire de lui avouer le secret. ElleMarquise d'Herzelles2.jpg l'a très approuvé et m'a promis le secret le plus inviolable.
 
Six semaines avant la fin brutale de Marie-Antoinette qu'elle avait bien connue à la Cour d'Autriche, Christine s'éteint le 5 septembre 1793 : Cette chère et chérie amie a succombé à une maladie la plus douloureuse après trois mois complets de souffrance, c'était un érysipèle inflammatoire qui est devenu général autant intérieur qu'extérieurement de façon qu'elle a fini par une dissolution générale. - Toujours douce et patiente, résignée à la volonté du Seigneur, elle a demandé elle-même les Saints Sacrements et a édifié tout ce qui l'approchait. Nous espérons que ces longues souffrances lui ont fait faire le purgatoire sur la terre et que la miséricorde de notre bon Dieu l'aura reçue dans la gloire.

Que n'ont-elles pas souffert nos épistolières du temps jadis, car, comme s'en plaint amèrement Charlotte de Bode : Il faut de la patience pour me lire, je suis à peu près estropiée de rhumatisme du pouce droit de façon que ma plume n'a jamais d'égalité, je dois la lâcher comme elle veut !...

Nicolas van Outryve d'Ydewalle

© Baron Kervyn de Lettenhove, Bruxelles, 1867 : Lettres inédites de Marie-Thérèse et de Joseph II.
© Famille de Radzitzky d'Ostrowick : Lettres des Bode, Trazegnies, Herzelles à leur cousin Radzitzky.  
© Marquis de Trazegnies : La marquise de Herzelles, une amie de Marie Thérèse et de Joseph II.