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marie maklakoff

  • Hélène Nicolaïevna Obolensky, princesse de Bruges (1916-1996), à propos d'une Rurikide

    Bruges, le 28 décembre 1939, par un jour de neige. Un journal local titre : Te Brugge had het huwelijk plaats van een Russische prinses, Hélène Obolensky, dochter van prins Nicolaas Obolensky, met ridder Thierry van Outryve d'Ydewalle. De plechtigheid had in strenge intimiteit plaats. De vader van de prinselijke bruid was een banneling ; hij was een neef van den beroemden Russisschen romanschriiver Tolstoï. De laatste dagen van zijn leven bracht hij door in het Benediktijnerklooster te Zevenkerken, bij Brugge. Het was baron Jan van Caloen, die hem beloofde over zijn dochter te waken.

    Ce mariage entre un digne représentant du High Life du plat pays et une jeune fille venue des lointaines almanach du gotha,chevetogne,yasnaïa poliana,nicolas obolensky,van caloen,nathalie obolensky,marie maklakoff,patriote illustré,lindhout,couvent anglais,charles d'ydewalle,bénédictines de béthanie,marguerite yourcenar,youssoupov,raspoutine,bode kolytchev,lisa soukhotine,pirogovo,rurik,de herzelles,cornette obolensky,décembriste,de trazegnies,marie éléonore de bode,all blacks,thierry d'ydewallesteppes russes n'est pas d'emblée accueilli avec tout l'enthousiasme qui convient. Un jeune homme sous les armes - nous sommes à la veille de la guerre - qui épouse une réfugiée russe sans le sou, titulaire d'un passeport pour réfugiés apatrides Nansen et dont on dit de surcroît qu'elle est une intellectuelle, sous-entendu incapable de tenir un ménage ... voilà de quoi secouer l'establishment brugeois !

    Au lendemain du grand jour, les jeunes époux se retrouvent dans un petit hôtel des Ardennes. Le soir au restaurant, des bribes de conversation leur parviennent d'une table voisine ; coïncidence, il est question des derniers potins de Bruges où a eu lieu un mariage ... vous vous rendez compte ... un d'Ydewalle qui épouse une Russe que personne ne connaît, etc.

    Et ils furent heureux et eurent quatre enfants, l'intellectuelle ayant déclaré que, puisqu'elle savait lire, elle pouvait parfaitement déchiffrer des recettes de cuisine et par conséquent nourrir sa famille ! Avec les années, la Russe émigrée se sera si bien intégrée dans sa nouvelle patrie qu'une notice sur le village de Jabbeke où elle réside, Historie en Legenden, la cite comme curiosité locale : een villa, eigendom van ridder Thierry van Outryve d'Ydewalle ... zijn weduwe, Helena Obolensky, die er momenteel nog woont, is een Russische prinses. Het park "Wildernis", zo noemt het, wordt nog beheerd door de gastvrije Prinses die bovendien vlot Nederlands spreekt.

    Les belles choses de la vie ont parfois une fin triste : après seulement dix-sept années de bonheur familial, Thierry, mari débordant de tendresse et d'attentions, décède brusquement.

    Une réfugiée russe sans le sou ... Dans la tourmente des noires années qui suivent la révolution d'octobre 1917, des milliers de réfugiés de la noblesse russe font souche un peu partout dans le monde. Pour survivre, grands-ducs, princes, altesses sérénissimes, généraux anciens aides de camp du tsar deviennent chauffeurs de taxi, portiers de nuit, précepteurs. Certains se feront même épouser par de riches héritières américaines, les golden girls, filles de rois de l'étain, du sucre ou du coton ; maisalmanach du gotha,chevetogne,yasnaïa poliana,nicolas obolensky,van caloen,nathalie obolensky,marie maklakoff,patriote illustré,lindhout,couvent anglais,charles d'ydewalle,bénédictines de béthanie,marguerite yourcenar,youssoupov,raspoutine,bode kolytchev,lisa soukhotine,pirogovo,rurik,de herzelles,cornette obolensky,décembriste,de trazegnies,marie éléonore de bode,all blacks,thierry d'ydewalle l'union entre des dollars fraîchement acquis et un titre de noblesse millénaire étant contre nature, les divorces seront nombreux.

    Il y aura aussi des réussites inhabituelles. En 1936, un cousin proche, Alexandre Obolensky [illustration], étudiant d'Oxford, entre dans la légende du rugby en réussissant un essai mémorable qui permet de battre pour la première fois sur le sol anglais les célèbres All Blacks de Nouvelle Zélande. Les journaux sportifs en parlent encore. On l'appelait Obo !

    Hélène Nicolaïevna Obolensky, descendante à la 34ème génération de la lignée princière souveraine la plus ancienne au monde, les Rurikides, issus du Viking Rurik, fondateur de la Russie en 862.[1]

    Il y a longtemps, bien longtemps, racontent les Chroniques du moine Nestor de Kiev, les Slaves, après avoir chassé leurs dirigeants, n'arrivaient plus à s'entendre parce qu'il n'y avait plus de gouvernement. Les familles se disputaient contre les familles, la discorde régnait et elles se faisaient la guerre entre elles. Alors, ils se almanach du gotha,chevetogne,yasnaïa poliana,nicolas obolensky,van caloen,nathalie obolensky,marie maklakoff,patriote illustré,lindhout,couvent anglais,charles d'ydewalle,bénédictines de béthanie,marguerite yourcenar,youssoupov,raspoutine,bode kolytchev,lisa soukhotine,pirogovo,rurik,de herzelles,cornette obolensky,décembriste,de trazegnies,marie éléonore de bode,all blacks,thierry d'ydewalledirent : "Cherchons un prince qui règne sur nous et nous juge suivant le droit." Ils allèrent au delà des mers chez les Normands de Scandinavie et leur déclarèrent : "Notre pays est grand et riche, mais il n'y a point d'ordre parmi nous ; venez donc nous régir et nous gouverner".

    Trois chefs normands, trois frères, répondirent à cet appel et emmenèrent leurs familles avec eux. La population désigna ces nouveaux arrivants les Rus'.[2] Peu de temps après, deux des trois frères moururent et l'aîné, Rurik [illustration], étendit son pouvoir petit à petit sur tout le pays. Il fortifia une petite ville qu'il appela Novgorod ; il s'y établit comme prince [3] et partagea entre ses compagnons les autres terres et villes. Et Rurik commandait à tous ces peuples ...

    L'arrière-petit-fils de Rurik, Wladimir, grand-duc de toutes les Russies, fonde en 988 l'Eglise orthodoxe russe. Dans sa sagesse, Wladimir estimait que l'Islam ne convenait pas aux Slaves car le porc et l'alcool y sont défendus ; le catholicisme romain non plus, à cause du jeûne. Les Juifs ne trouvaient pas grâce à ses yeux en raison de la diaspora, preuve que Dieu les avait condamnés. Par contre, l'orthodoxie grecque de Byzance, par la splendeur et la magnificence de ses rites, avait de quoi séduire l'âme slave !

    Saint Wladimir [illustration], car c'est de lui qu'il s'agit, n'aura pas été un saint toute sa vie :almanach du gotha,chevetogne,yasnaïa poliana,nicolas obolensky,van caloen,nathalie obolensky,marie maklakoff,patriote illustré,lindhout,couvent anglais,charles d'ydewalle,bénédictines de béthanie,marguerite yourcenar,youssoupov,raspoutine,bode kolytchev,lisa soukhotine,pirogovo,rurik,de herzelles,cornette obolensky,décembriste,de trazegnies,marie éléonore de bode,all blacks,thierry d'ydewalle ex-fornicator immensus aux cinq femmes et huit cents concubines, racontent les chroniques de l'époque, il répudia tout son monde, se fit baptiser et épousa chrétiennement Anne, soeur des co-empereurs de Constantinople. Il sera canonisé après sa mort.

    C'est sous le règne de l'un de ses fils, Yaroslav le Sage (+1054), que commence le partage de la Russie en principautés apanagées. Et c'est à partir de cette époque que les Rurikides occupent un rang non négligeable parmi les maisons royales européennes. Ainsi, la famille de Yaroslav se trouve unie par les liens du mariage à douze dynasties régnantes ; elle est apparentée à deux empereurs et à toutes les maisons royales d'Europe.

    Parmi les neufs enfants de Yaroslav, Anne, princesse de Kiev, épouse à Senlis en 1051 Henri ler, troisième roi capétien, dont descendent directement ou par alliance pratiquement toutes les maisons royales actuelles, régnantes ou non, sans omettre Charles-Quint et une majorité des ducs de Bourgogne.

    Les familles Rurikides sont majoritairement issues des frères d'Anne de Kiev : Dolgorouky, Gagarine [4], Obolensky, Schakovskoy, Scherbatov, Wolkonsky, etc. Certaines ont comme ancêtre commun Saint Michel de Tchernigov, 11ème génération après Rurik. Exécuté en 1246 par les Tatars pour avoir refusé de vénérer leurs divinités, il sera lui aussi canonisé.

    Le fils de Saint Michel, Georges Mikhaïlovitch, contemporain de son cousin français, le bon roi Saint Louis, est prince de Taroussa et de la ville d'Obolensk. De là naîtra le nom d'Obolensky. Aujourd'hui, il n'est pas prêt de s'éteindre : de l'émigration sont issus environ 150 Obolensky, dispersés un peu partout dans le monde.

    Princes souverains de la ville d'Obolensk, ayant survécu à deux siècles d'invasions tatares, les Obolensky almanach du gotha,chevetogne,yasnaïa poliana,nicolas obolensky,van caloen,nathalie obolensky,marie maklakoff,patriote illustré,lindhout,couvent anglais,charles d'ydewalle,bénédictines de béthanie,marguerite yourcenar,youssoupov,raspoutine,bode kolytchev,lisa soukhotine,pirogovo,rurik,de herzelles,cornette obolensky,décembriste,de trazegnies,marie éléonore de bode,all blacks,thierry d'ydewallereprésentent une des branches les plus remarquables de la descendance de Rurik, ayant produit un grand nombre d'hommes d'Etat éminents, tant au point de vue administratif que militaire, pendant les XVe et XVIe siècles. Ainsi parlent les chroniques ! Le plus connu est Yvan Obolensky, mort en 1538, surnommé Ovtchina (peau de mouton). On dit qu'il fut le père naturel d'Yvan le Terrible. Sa soeur, Agrafena, avait été la nourrice du terrible bébé. Bien plus tard, treize Obolensky perdront la vie par la grâce de ce même bébé qui avait grandi. Un autre Obolensky célèbre est Eugène, un frère de l'arrière-grand-père de la princesse de Bruges, comploteur décembriste [5] parmi les Troubetskoï, Wolkonsky et Narichkine, tous exilés pendant une trentaine d'années en Sibérie.

    Aujourd'hui encore, l'homo ex-sovieticus réagit avec un grand respect à l'énoncé de ce patronyme, chargé d'histoire. Mais est-ce pour son caractère princier ou son côté révolutionnaire, précurseur du soulèvement d'octobre 1917 ? Quelques années avant la Pérestroïka, un chant populaire underground courait sur toutes les lèvres. Le refrain en était : Sers nous les verres, lieutenant Galitzine - Cornette [6] Obolensky, verse le vin !

    Léon Tolstoï songea un moment à écrire un roman sur le complot décembriste. Il était à la source : sa mère, née princesse Wolkonsky, et la mère de celle-ci, née princesse Troubetskoï, étaient toutes deux cousines des comploteurs. De plus, une fille de sa soeur Maria, arrière-grand-mère de la princesse de Bruges, avait épousé le prince Léonide Obolensky, le propre neveu d'Eugène Obolensky !

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    Et nous retrouvons Tolstoï. La baronne Marie Mikhaïlovna de Bode Kolytchev [7], arrière petite fille du ménage émigré, demoiselle d'honneur de l'Impératrice, grand-mère maternelle de la princesse de Bruges, habite à Moscou une grandiose demeure familiale, en forme d'arc de cercle, à la façade centrale flanquée de colonnes corinthiennes. Ce palais servira de modèle pour celui de la famille Rostovalmanach du gotha,chevetogne,yasnaïa poliana,nicolas obolensky,van caloen,nathalie obolensky,marie maklakoff,patriote illustré,lindhout,couvent anglais,charles d'ydewalle,bénédictines de béthanie,marguerite yourcenar,youssoupov,raspoutine,bode kolytchev,lisa soukhotine,pirogovo,rurik,de herzelles,cornette obolensky,décembriste,de trazegnies,marie éléonore de bode,all blacks,thierry d'ydewalle dans Guerre et Paix !

    Qui ne se souvient de la mythique scène de bal entre le prince André, Mel Ferrer, et la charmante Natacha Rostov, Audrey Hepburn ? Si dans le roman le prince André n'épouse pas Natacha, Mel Ferrer, après avoir été le mari d'Audrey Hepburn, épousera en dernières noces Lisa Soukhotine, une descendante d'Auguste de Bode.  L'histoire russe, légende ou réalité ?

    Hélène Obolensky est à peine née, un 29 décembre 1916 selon l'ancien calendrier julien instauré par Pierre-le-Grand, mais le 11 janvier 1917 selon notre calendrier grégorien, que la révolution bolchevique éclate. La famille habite le domaine de Pirogovo [illustration suivante], hérité de Maria Tolstoï, grand-mère de Nicolas Obolensky, père de la petite Hélène. L'entente avec les paysans des environs est parfaite. En disciple de Tolstoï et en souvenir de sa première épouse Macha, la fille préférée de l'écrivain, décédée sans enfant à l'âge de 37 ans, Nicolas leur a déjà distribué 600 ha de ses terres en n'en gardant qu'une quinzaine pour son propre usage ainsi qu'un moulin et un petit verger. Il héberge chez lui toute la misère du voisinage, vieillards et estropiés, qu'il entretient à ses frais.

    Mais un soir on accourt chez lui pour l'avertir que des bandes armées (en fait des déserteurs de l'armée almanach du gotha,chevetogne,yasnaïa poliana,nicolas obolensky,van caloen,nathalie obolensky,marie maklakoff,patriote illustré,lindhout,couvent anglais,charles d'ydewalle,bénédictines de béthanie,marguerite yourcenar,youssoupov,raspoutine,bode kolytchev,lisa soukhotine,pirogovo,rurik,de herzelles,cornette obolensky,décembriste,de trazegnies,marie éléonore de bode,all blacks,thierry d'ydewallerusse en déroute) s'approchent et brûlent domaines et châteaux. En toute hâte, une fuite est organisée vers Yasnaïa Poliana à 60 kms de là, domaine protégé de feu Léon Tolstoï, devenu héros national malgré lui. En moins d'une heure nous étions en équipage : ma femme, mes quatre enfants, la bonne et moi, avec un vieillard sur le siège de la calèche, le seul qui ait consenti à y prendre place, tous les autres ayant refusé par crainte de représailles. Nuit froide, avec un brouillard que perçait la lune. Les enfants pleuraient, nos serviteurs et servantes aussi ; au loin on entendait les cris et le bruit des chars qui partaient à l'assaut des domaines voisins. Quinze kilomètres nous séparaient de la voie la plus proche, mais il fallait côtoyer des propriétés sans doute assiégées. Après de nombreux détours nous tombâmes au milieu d'une masse armée. Les émeutiers tentèrent de nous arrêter. Si cela se faisait notre massacre était certain. Quelques Bolcheviques se cramponnèrent aux harnais de nos trois chevaux qui n'avaient jamais su ce qu'était un fouet. Enervés par les cris de la populace, ils prirent le mors aux dents et foulèrent ceux qui les tenaient. Nous passâmes sur trois ou quatre corps gisant par terre et partîmes à toute vitesse à travers les champs. Au bout de quelques kilomètres nous parvînmes à les arrêter. Une dizaine de propriétés brûlaient au loin et les incendies embrasaient le ciel autour de nous. Au matin, nous étions arrivés à Yasnaïa Poliana. [8]

    Suivent plusieurs années de vie précaire. Nicolas Obolensky est nommé pour un certain temps gérant du domaine nationalisé de Yasnaïa Poliana. Mais il est dangereux de porter le nom d'Obolensky, même lorsqu'on est le neveu (et ex-gendre) de Tolstoï ... Suspecté de sympathie envers les réactionnaires, il est emprisonné dans les caves de l'archevêché de Toula, siège de la police secrète. Relâché, il se voit imposer une résidence forcée à Moscou, sous stricte surveillance policière. Il trouve un petit emploi au ministère de l'Agriculture.

    Le logement familial est plus que quelconque : le père et le fils aîné dorment sur une caisse ; la mère, le plus jeune fils et les deux filles se partagent la surface de deux lits, sans oublier la niania (nounou) qui emmène les enfants à l'office le dimanche et continue à traiter le père de Votre Excellence comme si rien ne s'était passé. L'aîné, Serge, se souviendra d'avoir assisté, la joie au coeur, au cortège organisé lors des obsèques de Lénine en 1924 !

    A Moscou non plus il ne fait pas bon s'appeler Obolensky. Nicolas est à nouveau emprisonné, mais sonalmanach du gotha,chevetogne,yasnaïa poliana,nicolas obolensky,van caloen,nathalie obolensky,marie maklakoff,patriote illustré,lindhout,couvent anglais,charles d'ydewalle,bénédictines de béthanie,marguerite yourcenar,youssoupov,raspoutine,bode kolytchev,lisa soukhotine,pirogovo,rurik,de herzelles,cornette obolensky,décembriste,de trazegnies,marie éléonore de bode,all blacks,thierry d'ydewalle épouse et les quatre enfants, aidés par la Croix-Rouge de Genève, réussissent à quitter le pays dans l'espoir, partagé par tous les Russes émigrés de cette époque, que cet exil ne sera que provisoire. Le laissez passer n° 8968 de la Légation de Belgique à Berlin, autorise Madame Nathalie Obolensky, née à Moscou le 16 janvier 1882, se rendant en France, à transiter par la Belgique, sans arrêt, accompagnée de quatre enfants. Le cachet du contrôle des douanes, en gare d'Herbestal, porte la date du 26 mai 1925. La photo du passeport résume tout le drame [illustration] : l'inquiétude se lit sur les visages, les vêtements sont fripés ; déjà la mère présente un visage amaigri et éreinté par la tuberculose qui l'emportera quelques mois plus tard.

    C'est Monseigneur van Caloen, fondateur de l'abbaye bénédictine de Saint André-lez-Bruges, alors retiré au Cap d'Antibes pour raisons de santé, qui découvre la famille réfugiée à Nice. S'il reste encore à illustrer tout le bien qu'il fit pour les émigrés russes, la correspondance aux archives de l'abbaye en est un vibrant témoignage. Ses très nombreuses relations dans le monde feront merveille : il arrivera à placer, conseiller, diriger, aider de nombreux émigrés désorientés.

    Dès septembre 1925, la mère et les enfants, Serge, Marie, Dimitri et Hélène, sont logés à la villa Alba (qui existe toujours), une propriété de l'Aga Khan au Cannet, au dessus de Cannes. Hélène est tellement maigre que le pope de l'église orthodoxe lui demande régulièrement de faire la quête durant l'office. On est bien plus généreux vis à vis d'une petite fille chétive !

    Je vous demande bien pardon, Monseigneur, de ne vous avoir pas répondu plus tôt à votre bonne lettre. C'est que j'ai été malade tout ce temps là et le suis encore. Pour le moment, je ne puis être d'aucune utilité. Cet extrait d'une lettre de Nathalie Obolensky à Mgr van Caloen est datée du 1er septembre 1925. Deux mois et demi plus tard à l'Hospice Civil, la tuberculose l'emporte. Elle a 41 ans. Elle sera inhumée dans la partie protestante du cimetière du Grand Jas de Cannes. Fosse commune, piquet n° 47, sépulture qui n'existe plus à ce jour, m'a-t-on écrit du Bureau du cimetière. Deux jours plus tôt, mais à l'hôpital de la Principauté de Monaco (aujourd'hui Centre Hospitalier Princesse Grâce) était décédée sa fille Marie, également de la tuberculose. Elle avait 14 ans. Marie Obolensky a été inhumée en pleine terre, piquet n° 58 du cimetière ; cet emplacement n'existe plus, ai je reçu comme information.

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    Quelques lignes décousues, extraites de notes personnelles de Nicolas Obolensky, rédigées en novembre 1928, trahissent un désarroi toujours vivace : ... écrit durant les journées de la mort de N. [Nathalie] et M. [Marie]. A l'hôpital de Monaco, lorsque l'infirmière Madeleine cherche un réconfort moral, elle appelle toujours Machenka [petite Marie] à l'aide. Tous sentaient que cette fillette était une martyre choisie, hors du commun ...

    Restent trois orphelins : Serge, 16 ans ; Dimitri, 10 ans ; Hélène, 9 ans. Leur père est en prison à Moscou. Bien des années plus tard, Serge tracera ses souvenirs : Il y eut un jour à Cannes où la nuit après la mort de maman, deux jours après celle de Macha [Marie], j'ai essayé, couché sur mon lit, de les revoir par un effort de volonté - c'est une vision que j'ai cherchée - mais rien n'est arrivé. Au fond, depuis l'arrestation de papa à Moscou et la mort de maman et de Macha à Cannes et à Monaco, je ne m'en suis jamais remis et j'ai attendu ma mort.

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    Des mois plus tard, je ne sais plus combien, continue Serge, papa est arrivé de Moscou sans que je sois prévenu, pour me prendre à l'école des Salésiens à Nice. A l'époque, j'étais tellement perturbé que, pendant 10-15 minutes, je le regardais dans la rue pour m'assurer que c'était bien lui, que eux [le NKVD, la police secrète] l'avaient bien relâché.

    En fait, c'est exactement un mois après l'annonce du décès de sa femme et de sa fille que Nicolas Obolensky réussit, grâce à l'influence des Tolstoï, à rejoindre les siens dans le Midi. Le récépissé de sa demande de carte d'identité à la Mairie de Cannes est daté du 17 décembre 1925. Il vient donc d'arriver. Il rencontre Monseigneur van Caloen et lui écrit le 26 pour les fêtes de fin d'année, en ajoutant un humble post-scriptum : Excusez moi pour les fautes de ma lettre ; dix ans dealmanach du gotha,chevetogne,yasnaïa poliana,nicolas obolensky,van caloen,nathalie obolensky,marie maklakoff,patriote illustré,lindhout,couvent anglais,charles d'ydewalle,bénédictines de béthanie,marguerite yourcenar,youssoupov,raspoutine,bode kolytchev,lisa soukhotine,pirogovo,rurik,de herzelles,cornette obolensky,décembriste,de trazegnies,marie éléonore de bode,all blacks,thierry d'ydewalle vie sauvage m'ont déshabitué de la langue française.

    La Babouchka [illustration], grand-mère-paternelle d'Hélène, est restée à Moscou. Elle écrit à son fils : Cher Nicolas, je suis très triste que tu m'écrives si peu, voilà déjà deux mois que tu es parti et je n'ai reçu que deux lettres ... Chère petite fille aux yeux noirs [Hélène], je pense si souvent à elle et à vous tous.

    La famille remonte vers le Nord de la France puis la Belgique, en fonction du choix des écoles et des relations de Mgr van Caloen, ainsi que de la présence de Marie Maklakoff, installée à Lille, soeur de Nicolas Obolensky et veuve de l'avant-dernier ministre russe de l'Intérieur, fusillé en 1918. Déjà percent chez la petite Hélène une rare intelligence et surtout une personnalité hors du commun. Mise au pensionnat du Sacré Coeur de Lille, la jeune Russe qui ne parle pratiquement pas un mot de français est placée tout à l'arrière de la classe, personne ne sachant ce qu'on va pouvoir en faire. Mais elle apprend vite, très vite. Un jour, la maîtresse de religion interroge : Qu'est ce qu'un miracle ? Pas de réponse, sauf une voix au fond de la classe : Un miracle est un fait qui n'est pas conforme aux lois de la nature et qui ne peut être produit que par l'intervention de Dieu. La petite Russe avait retenu sa leçon !

    Courant 1926, son père devient bibliothécaire à l'abbaye de Saint André. Un homme de cinquante almanach du gotha,chevetogne,yasnaïa poliana,nicolas obolensky,van caloen,nathalie obolensky,marie maklakoff,patriote illustré,lindhout,couvent anglais,charles d'ydewalle,bénédictines de béthanie,marguerite yourcenar,youssoupov,raspoutine,bode kolytchev,lisa soukhotine,pirogovo,rurik,de herzelles,cornette obolensky,décembriste,de trazegnies,marie éléonore de bode,all blacks,thierry d'ydewallequatre ans, grave, très intelligent, très érudit et qui rêve de passer ses dernières années dans l'atmosphère d'une vie monastique, écrit à son sujet l'Abbé de Chimay où Nicolas Obolensky s'était d'abord réfugié. Les traits émaciés, le prince Obolensky a gardé dans toute sa physionomie les traces d'un passé cruel et de souffrances morales indicibles. Des yeux légèrement bridés, pétillants de malice, livrent à chaque instant l'état d'âme de leur propriétaire : bonhomie foncière, ironie désabusée des choses et des gens, résignation si charmante de la race slave et, par dessus tout, perpétuelle, tenace, cette mélancolie tranquille des personnes qui ont traversé au cours de leur existence plus que les affres d'un calvaire : le cauchemar d'un enfer, écrit Louis Robyns dans le Patriote Illustré.

    Un abondant courrier en russe entre la Babouchka restée en Russie, et son fils Nicolas, et de Nicolas à ses enfants, Serge et Dimitri, est un émouvant, parfois déchirant, témoignage sur l'émigration, le déracinement et la séparation des familles : Très cher, tu écris que parfois tu fais des plans et que tu te surprends à rêver que nous nous reverrons un jour. J'en rêve aussi souvent et je pense : et pourquoi pas ? Mais non, ce ne sont que des rêves, écrit la Babouchka à son fils Nicolas le 8 février 1928. Aujourd'hui M. est venue me voir. Tu peux t'imaginer que la conversation a uniquement tourné autour de vous. Nous nous rappelions le passé, on a parlé du présent et toutes les deux nous avons pleuré. (lettre sans date) Comme toi, j'ai peur et je suis triste. J'ai pleuré sur ta lettre, sur tes pauvres paroles et à ton sujet, mon pauvre Nicolas si solitaire. (février 1926) J'écris toujours avec beaucoup d'émotion et de larmes, des larmes d'amour et de pitié. Je suis fatiguée et je n'ai pas dit la moitié de ce que je ressens. C'est difficile, mais tu comprendras. Ce qui m'inquiète le plus, c'est la solitude et une sorte d'abandon dans lequel tu vis.

    Et toujours, sa petite fille Hélène reste au centre de ses préoccupations. M. m'écrit qu'elle a des goûtsalmanach du gotha,chevetogne,yasnaïa poliana,nicolas obolensky,van caloen,nathalie obolensky,marie maklakoff,patriote illustré,lindhout,couvent anglais,charles d'ydewalle,bénédictines de béthanie,marguerite yourcenar,youssoupov,raspoutine,bode kolytchev,lisa soukhotine,pirogovo,rurik,de herzelles,cornette obolensky,décembriste,de trazegnies,marie éléonore de bode,all blacks,thierry d'ydewalle et des opinions bien prononcés, qu'elle est une fillette avec beaucoup de vivacité. Ma petite Hélène aux yeux noirs ! (lettre du 18 février 1929) Et effectivement, la petite Hélène ne laisse personne indifférent. Elle est maintenant [illustration] au Sacré-Coeur de Lindthout à Bruxelles qui ... ne désire pas la garder ! J'ai eu toute une histoire avec Lindthout à cause d'Hélène, ce qui m'a pris beaucoup de temps et gâché du sang, écrit Nicolas Obolensky à son fils Serge. Par ses réflexions et son attitude, elle a une trop forte influence sur ses amies. Esprit frondeur, esprit critique, elle est toujours sur la défensive quand on lui fait des remarques. Mais le plus étonnant c'est qu'Hélène, paraît-il la plus jeune de sa classe, a une telle influence sur les élèves qu'on l'écoute plus que les Mères ! On tâche d'attirer son sourire et son regard. Dans tout l'établissement, il n'y a pas une seule jeune fille qui aurait une telle influence sur les autres, ce qu'elle ne soupçonne absolument pas.

    Elle termine ses études au Couvent Anglais à Bruges. D'une brillante intelligence, très fantaisiste, ayant beaucoup d'humour, d'un caractère très indépendant, elle faisait la terreur des braves nonnes ! Que va-t-elle encore inventer ? Se promener la nuit sur les toits ? m'écrit une dame qui était devenu sa grande amie.

    Une chambre lui est réservée à l'abbaye des Bénédictines de Béthanie à Loppem pour les week-ends et les vacances. C'est ainsi qu'elle voit souvent son père à l'abbaye voisine de Saint André. Je suis contente que tu aies transféré Hélène auprès de toi. Il faut vivre le plus près possible l'un de l'autre. (lettre de la Babouchka à son fils) A Béthanie, ses condisciples se souviennent bien d'elle. D'abord assez almanach du gotha,chevetogne,yasnaïa poliana,nicolas obolensky,van caloen,nathalie obolensky,marie maklakoff,patriote illustré,lindhout,couvent anglais,charles d'ydewalle,bénédictines de béthanie,marguerite yourcenar,youssoupov,raspoutine,bode kolytchev,lisa soukhotine,pirogovo,rurik,de herzelles,cornette obolensky,décembriste,de trazegnies,marie éléonore de bode,all blacks,thierry d'ydewalleréservée, elle devient une petite Hélène, fine, racée, agréable à vivre, discrète, pondérée et rieuse. Une autre raconte : Elle était très joyeuse avec des alternances de tristesse profonde où elle manifestait une vraie détresse quant à sa situation. "Je suis pauvre, pauvre, je n'ai rien qui soit à moi ; tout ce que je porte, je l'ai reçu ..."

    Son père décède le 12 février 1934. Le Père Prieur est allé chercher chez les Dames Anglaises la pauvre enfant qui ne doit plus revoir son père vivant. Sa douleur est immense. Béthanie sera désormais son foyer, lit-on dans la chronique du monastère. Nicolas Obolensky sera, et est toujours, le seul laïc enterré parmi les moines de l'abbaye. Ses dernières volontés, écrites exactement dix jours avant sa mort, sont pour sa fille Hélène. Il s'adresse à ses aînés, Serge et Dimitri : Bien que Dieu seul sait qui de nous mourra le premier, je suis malade et je pense souvent à la mort. Je veux vous dire deux mots à propos d'Hélène ; essayez de changer le moins possible sa vie quand je ne serai plus ... Qu'elle vive en Flandre, sous la protection de Saint André et surtout de Béthanie. En général ici en Belgique, elle a beaucoup d'amis. On peut avoir toute confiance en certains d'entre eux. Jean van Caloen s'intéresse énormément à elle. Je lui ai beaucoup parlé d'Hélène et il m'a dit : "léguez la moi, je m'en occuperai, j'aurai toujours assez de pommes de terre pour elle" (sic). Très rapidement, l'orpheline de 18 ans est confiéealmanach du gotha,chevetogne,yasnaïa poliana,nicolas obolensky,van caloen,nathalie obolensky,marie maklakoff,patriote illustré,lindhout,couvent anglais,charles d'ydewalle,bénédictines de béthanie,marguerite yourcenar,youssoupov,raspoutine,bode kolytchev,lisa soukhotine,pirogovo,rurik,de herzelles,cornette obolensky,décembriste,de trazegnies,marie éléonore de bode,all blacks,thierry d'ydewalle au baron Jean van Caloen [10] qui devient son tuteur, avec comme subrogé tuteur, le Révérendissime Père Nève, abbé de Saint André.

    Ses études achevées, Hélène fait un long séjour à Cologne où elle apprend l'allemand au sein d'une famille anti-nazie qui sera décimée quelques années plus tard dans les bombardements. Puis, elle vit un temps en Angleterre parmi des cousins russes émigrés. Elle y apprend l'anglais. De retour à Bruges, elle n'aurait pas refusé des fiançailles avec un lointain cousin Obolensky, alors étudiant à Cambridge, mais qui n'avait pas l'argent nécessaire pour passer le Channel et venir demander sa main à son tuteur Jean van Caloen ! Elle travaille comme secrétaire chez le baron Gendebien à Haltinne. Son premier salaire lui permet de s'acheter un vélo et d'apprendre l'équitation.

    Ce qu'on appelle avec nostalgie les tennis de châteaux lui font rencontrer un certain Thierry d'Ydewalle. Bien avant les congés payés et les voyages en charters, le jeune homme avait bourlingué à vélo, à moto, en bateau, au travers de l'Europe, du Moyen Orient et de l'Afrique du Nord. La jeune fille ne rêve plus que d'être enlevée à moto mais c'est avec une voiture sport flambant neuve que son soupirant réussira à la séduire lors d'une invitation à almanach du gotha,chevetogne,yasnaïa poliana,nicolas obolensky,van caloen,nathalie obolensky,marie maklakoff,patriote illustré,lindhout,couvent anglais,charles d'ydewalle,bénédictines de béthanie,marguerite yourcenar,youssoupov,raspoutine,bode kolytchev,lisa soukhotine,pirogovo,rurik,de herzelles,cornette obolensky,décembriste,de trazegnies,marie éléonore de bode,all blacks,thierry d'ydewalleprendre le thé à la côte. On connaît la suite ... Pour lui sans aucun doute, épouser une réfugiée russe était la chose la plus naturelle qui soit !

    Louis Ryelandt, échevin de l'Etat Civil de Bruges, officie au mariage civil : Mon cher ami, vos amis apprécient votre bon coeur et la noblesse de vos sentiments, ils savent aussi votre penchant pour la vie quelque peu aventureuse et nomade, votre dédain des chemins battus et des conceptions banales. L'on disait qu'une jeune fille du type habituel ne pourrait fixer votre sympathie. Et voilà que parmi le parterre de jeunesse qui s'offrait à vos regards, vous avez distingué une fleur rare issue du pays des neiges. Vous l'avez cueillie ; je vous en félicite, comme je vous félicite, Madame, de vous être laissée cueillir. La Divine Providence, dans ses desseins insondables, vous avait réservé une enfance tragique, une adolescence semée de difficultés et d'inquiétudes ; mais votre âme indomptable s'est trempée au contact des épreuves et vous vous êtes faite la jeune fille dont j'ai entendu vanter de tous côtés la distinction innée, les charmes de l'esprit et du coeur.

    Dix-sept années plus tard ... un grand vide se crée. J'ai trouvé Hélène très touchée par la mort de son mari, mais très courageuse. Elle se révèle attachée à sa mémoire avec amour, respect et gratitude. C'est très fort en elle et j'ai été édifié de son courage et de sa tenue ; je m'y attendais d'ailleurs, écrit à Jean van Caloen un cousin russe, résidant en France.

    Ouvert aux diverses tendances philosophiques, religieuses, politiques, linguistiques et surtout littéraires, son esprit savait s'adapter à toutes les situations et chaque situation, même les plus contradictoires, trouvait grâce à ses yeux. Elle n'hésitait pas à prendre le contre-pied du comme il faut quand elle l'estimait juste. La bêtise et l'ignorance étaient ses ennemies. Coqueluche des dîners organisés par feu Charles d'Ydewalle, ce dernier aimait la jeter en pâture au gratin des arts et des lettres. Elle appréciait almanach du gotha,chevetogne,yasnaïa poliana,nicolas obolensky,van caloen,nathalie obolensky,marie maklakoff,patriote illustré,lindhout,couvent anglais,charles d'ydewalle,bénédictines de béthanie,marguerite yourcenar,youssoupov,raspoutine,bode kolytchev,lisa soukhotine,pirogovo,rurik,de herzelles,cornette obolensky,décembriste,de trazegnies,marie éléonore de bode,all blacks,thierry d'ydewallecela, non sans un certain humour : les défis de l'esprit était son pain quotidien. Et ce n'est pas une Marguerite Yourcenar qui aurait réussi à l'impressionner !

    Curieuse de tout ... Un jour, lors d'un grand rassemblement de voiliers à Zeebruges, elle apprend qu'un navire école soviétique se trouve à quai et que l'équipage se promène à Bruges. Ni une ni deux, la voilà partie en voiture à la recherche de matelots russes, tenant à tout prix à pouvoir prendre la température de là-bas avec de vrais Russes ! Elle en ramène trois chez elle. Originaires du lointain port de Mourmansk, les garçons sont ébahis de découvrir une maison occidentale habitée par ... une princesse russe ! Le patronyme Obolensky leur est parfaitement connu ; en l'honneur de leur hôtesse, ils entonnent le refrain Cornette Obolensky. Et au moment des adieux, ils n'oublieront pas de pratiquer le baisemain, de quoi se faire retourner dans son mausolée le camarade Lénine !

    Deux voyages en Russie lui permettent de retrouver les traces d'une enfance perdue. Entre la fuite nocturne du bébé emmailloté par une froide nuit de l'hiver 1917 et le retour, 75 ans plus tard, d'une Princesse-d'avant-la-Révolution, quel contraste ! Jamais je n'oublierai les visages ébahis des vieilles babouchkas du trolleybus de Saint Pétersbourg, à qui elle s'était présentée. Un séjour où rien ne manquait, tant l'hospitalité russe est proverbiale, surtout vis-à-vis de ceux d'avant.

    Un pèlerinage aux sources : la propriété de Yasnaïa Poliana, fermée au public ce jour là pour mieux almanach du gotha,chevetogne,yasnaïa poliana,nicolas obolensky,van caloen,nathalie obolensky,marie maklakoff,patriote illustré,lindhout,couvent anglais,charles d'ydewalle,bénédictines de béthanie,marguerite yourcenar,youssoupov,raspoutine,bode kolytchev,lisa soukhotine,pirogovo,rurik,de herzelles,cornette obolensky,décembriste,de trazegnies,marie éléonore de bode,all blacks,thierry d'ydewalleaccueillir une arrière-petite-nièce de Léon Tolstoï ! C'est véritablement l'unique oasis où l'on puisse se réfugier, protégé par la mémoire du grand ami des paysans. Tout respire ici le calme et la tranquillité ... [11] Recueillement au fond du parc, devant la tombe [illustration] du grand homme. Je suis allée sur la tombe avec Séria Obolensky [Serge, frère d'Hélène] ; j'ai vu distinctement, douloureusement, mon mari bien aimé, couché sous terre, écrit Sophie Tolstoï dans son journal, le 11 juin 1919.

    Saint Pétersbourg, quai de la Moïka, le palais Youssoupov. Au sous-sol, la reconstitution de la sinistre nuit du 29 décembre 1916, celle où fut assassiné Raspoutine. Mannequins de cire, biscuits au cyanure, carafon de Madère, rien ne manque ... et quel accueil à la propre nièce du capitaine Soukhotine [12], ami de Félix Youssoupov et co-participant dans cette macabre mise à mort. almanach du gotha,chevetogne,yasnaïa poliana,nicolas obolensky,van caloen,nathalie obolensky,marie maklakoff,patriote illustré,lindhout,couvent anglais,charles d'ydewalle,bénédictines de béthanie,marguerite yourcenar,youssoupov,raspoutine,bode kolytchev,lisa soukhotine,pirogovo,rurik,de herzelles,cornette obolensky,décembriste,de trazegnies,marie éléonore de bode,all blacks,thierry d'ydewalle

    Le communisme a vécu, la Russie ancienne est à la mode : une émission de télévision et quelques articles de presse - Een prinses, wat is dat ? titre un journal - sont consacrés à une princesse russe retirée dans la campagne brugeoise parmi ses fleurs et ses canards.

    Et c'est avec son habituel courage et sa dignité innée qu'elle tourne les dernières pages de sa vie, acceptant sans se plaindre une cruelle maladie qui la diminue inexorablement. Le 18 avril 1996, alors que le soleil se levait sur les premières fleurs printanières, ma mère s'en alla doucement dans son sommeil, sa main dans la nôtre, si loin de cette terre russe dont elle se sentait si proche. Christos voskrestié, Christ est ressuscité ! Les plus beaux chants slavons de l'Eglise de son ancêtre Saint Wladimir l'accompagnèrent jusqu'à sa dernière demeure.

    Si la terre de Saint André est un fief sacré des d'Ydewalle, elle a également permis à une famille disloquée par les événements de l'Histoire de s'y retrouver partiellement. Bien loin d'Auckland en Nouvelle Zélande, où est enterré Dimitri [13], de Cannes et de Monaco où reposent Nathalie et Marie, la terre de Saint André a réuni les trois autres membres. Nicolas à l'abbaye, Serge [9] dans le cimetière de la paroisse et Hélène Nicolaïevna, princesse de Bruges, dans le vaste caveau familial.

    En pensant aux jours d'autrefois, ne dis pas avec tristesse "ils ont passé", mais dis avec reconnaissance "ils ont été" ... (poésie russe)

    Nicolas van Outryve d'Ydewalle

    [1] selon l'Almanach du Gotha, les Capétiens datent de 866, les Habsbourg de 883 et les Wittelsbach de 907.
    [2] qui signifie en vieux suédois ceux qui font du canotage, par allusion aux Vikings.
    [3] se dit en russe kniaz, dérivé du scandinave konung ou koning du "kaisar" latin.
    [4] dont Marie Gagarine, au cinéma Macha Méril.
    [5] complot du 14 décembre 1825, jour de l'avènement de Nicolas ler, visant à libéraliser le régime tsariste.
    [6] grade de sous lieutenant dans la cavalerie.
    [7] nom éteint en 1876, héroïquement représenté par le métropolite Kolytchev de Moscou, devenu Saint Philippe après avoir été liquidé par Yvan le Terrible, scène immortalisée dans le célèbre film d'Eisenstein.
    [8] extrait d'un article interview de Louis Robyns de Schneidauer dans le Patriote Illustré (1926).
    [9] il mourra en 1992 alors qu'il était venu passer ses vacances annuelles auprès de sa soeur Hélène. Sa vie vaut un roman : d'abord moine à l'abbaye de Chevetogne, puis ordonné à Rome seul prêtre catholique russe de rite byzantin, docteur en philosophie et professeur de langue et littérature russes, ensuite expert des affaires soviétiques à l'Otan, traducteur des Mémoires du maréchal Joukov, spécialiste de Soljénitsine. Il laissera une oeuvre inachevée, la traduction intégrale en russe classique du Rituel romain .
    [10] neveu de Monseigneur van Caloen et châtelain de Loppem où eut lieu en 1918 le fameux Coup de Loppem, relatif à l'adoption du suffrage universel.
    [11] Robert Vaucher : L'enfer bolchevique (1919).
    [12] qui se prénommait Serge et non Yvan comme l'a écrit de façon erronée Henri Troyat dans son livre sur ce sujet médiatisé à outrance.
    [13] où il fut notamment professeur d'université, parlant comme son frère aîné une dizaine de langues dont l'hébreu et l'arabe.