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orthodoxie de byzance

  • Eglises et Monastères de l'Ancienne Russie

    Une extraordinaire liturgie héritée des traditions monastiques de Byzance, des icônes aux images saintes, de sublimes chants slavons aux accents de l'Orient : la tentation du beau dans l'église orthodoxe russe a toujours fait partie de la conscience religieuse populaire.

    Il y a bien longtemps, racontent les anciennes chroniques de Kiev, les Slaves n'arrivaient plus àrurik,grand-duc vladimir,orthodoxie de byzance,église orthodoxe,monastère russe,andré roublev,trinité saint serge,mont athos,novodietvitchi s'entendre parce qu'ils n'avaient plus de gouvernement. La discorde régnait et les familles se faisaient la guerre entre elles. Alors, ils se dirent : cherchons un prince qui règne sur nous. Ils allèrent chez les Normands de Scandinavie et leur déclarèrent : notre pays est grand et riche, mais il n'y a point d'ordre parmi nous ; venez donc nous régir et nous gouverner...

    Trois chefs normands, trois frères, répondirent à cet appel et emmenèrent leurs familles avec eux. La population désigna ces nouveaux arrivants les Rous, en vieux suédois ceux qui font du canotage par allusion aux Vikings. Peu de temps après, deux des trois frères moururent et l'aîné, Rurik, étendit progressivement son pouvoir sur tout le pays.

    En 988, l'arrière‑petit‑fils de Rurik, Vladimir, grand‑duc des principautés de Novgorod et de Kiev, décide dans sa grande sagesse de christianiser la Russie. Mais quelle religion choisir ? Des observateurs sont envoyés au‑delà des frontières. A leur retour, ils rendent compte de leurs pérégrinations. L'islam ne peut convenir car le porc et l'alcool y sont défendus ; le catholicisme romain est jugé trop austère à cause du jeûne ; les Juifs ne trouvent pas grâce à leurs yeux en raison de la diaspora, preuve que Dieu les a condamnés.

    Par contre, la splendeur et la magnificence des rites de l'orthodoxie de Byzance séduisent d'emblée les Russes : Nous arrivâmes chez les Grecs, ils nous menèrent à l'endroit où ils adorent leur Dieu et nous ne savions plus si nous nous trouvions au ciel ou sur la terre car nulle part ailleurs on ne trouve une telle beauté indicible, déclarèrent avec émerveillement les envoyés du prince.

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    Il n'est pas aisé pour un esprit rationaliste de comprendre l'ordonnance de la liturgie orthodoxe. N'entend‑t‑on pas souvent dire que le rite l'emporte sur la doctrine ? Le rite est une forme symbolique reflétant le sentiment religieux et  l'attitude de dévotion du croyant, répond l'Eglise orthodoxe. En effet, le peuple russe a considéré de tout temps que l'on n'assure pas moins son salut en participant à la liturgie qu'en lisant l'Evangile, que la célébration du culte est tout aussi importante que le service rendu à son prochain !

    Alors que la Russie s'engage dans le christianisme, l'Eglise devient rapidement le rempart de l'Etat selon la théorie byzantine de la symphonie des pouvoirs temporel et spirituel, contribuant ainsi à établir les bases de la société russe naissante. Les propagateurs de la foi sont d'ailleurs les princes et grands-ducs rurikides, grâce auxquels les principales cathédrales des villes russes voient le jour à partir de la fin du Xième siècle.

    Les premières églises sont pour la plupart construites en rondins, ce qui ne devait représenter aucune difficulté majeure pour les charpentiers, rompus de longue date à l'érection de fortifications en bois. Mais la toute première collégiale, Sainte‑Sophie de Novgorod, un ambitieux édifice à treize coupoles, sera détruite par un incendie, la première d'une longue série, et ensuite reconstruite en pierres.

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    Edifiée sans plans, l'église de la Transfiguration du Christ à Kiji, 
    aux vingt-deux coupoles en forme de bulbes, a été construite sans un seul clou.
    Elle est aujourd'hui le monument le plus précieux de l'architecture en bois en Russie.

    Si la flèche gothique occidentale exprime un irrésistible élan vers le haut, la coupole et la bulbe des églises russes rappellent la voûte céleste. Tout en haut sous la coupole, sur fond de ciel bleu nuit, le Christ Pantocrator bénit le monde. La coupole fait descendre le ciel sur la terre : même les colonnes qui la soutiennent sont conçues non pas comme des éléments porteurs mais comme des pendentifs.

    Dans l'architecture religieuse, la couleur précède la forme. C'est d'abord par la couleur que nous apercevons une église russe, lorsqu'elle nous est révélée de loin par la tache blanche de ses murs et l'étincelle dorée de sa coupole, tambour coiffé d'un heaume à la dorure resplendissante, comme une langue de feu tournée vers le ciel.

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    Le blanc est symbole de droiture et absence de péché. Resplendissantes de blancheur au milieu de la grisaille des bâtisses urbaines, les églises russes exercent une véritable fascination. L'or est un signe tout aussi riche de sens que le blanc, mais il renvoie à des réalités plus hautes encore. Sa rareté, son prix, sa ressemblance avec le soleil font de la coupole de l'église le chef du Seigneur.

    Elément hérité de Byzance, présent dans toute église orthodoxe, l'iconostase est la cloison qui sépare la nef du sanctuaire dans lequel l'officiant se tient pour la consécration. Au centre se trouvent les portes saintes ou royales que seuls les officiants de haut rang peuvent franchir. Richement ornée d'icônes, l'iconostase est le support inégalé de l'art religieux russe. L'icône séduit par sa sérénité, son caractère humain, la beauté de sa peinture et la richesse de ses couleurs. Image censée conserver une partie de la sainteté du personnage représenté, elle occupe la première place dans la dévotion populaire.

    André Roublev, moine du monastère de la Trinité‑Saint‑Serge à Zagorsk, est celui qui aura le mieux traduit les formules de l'art byzantin en un langage particulièrement poétique, en conférant à ses images une pureté inégalée. Déjà renommé de son vivant, il est l'auteur d'un chef‑d'oeuvre absolu, la célébrissime icône [ci-dessous] de la Trinité.

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    Les premières communautés monastiques voient le jour au Xlième siècle. La laure des catacombes de Kiev, fondée par un moine rentrant d'un pèlerinage aux sources sacrées du mont Athos, est le premier maillon d'une longue chaîne de monastères qui offriront assistance et protection aux voyageurs et pèlerins ainsi qu'aux populations des villages environnants lorsque surgiront guerre, peste ou famine.

    Les premiers ermites vivent dans des grottes parmi un ensemble de galeries, d'oratoires et de cellules creusées au flanc des collines. Vers la fin du Xlième siècle, ces catacombes perdent leur raison d'être et deviennent pour environ six siècles le site d'inhumation des moines, transformé progressivement en lieu de pèlerinage. Aujourd'hui encore, en raison d'un phénomène naturel et scientifiquement explicable, les momies de centaines de moines ont été parfaitement conservées.

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    A gauche, la chapelle du château de Peterhof. A droite, l'église de Tchesmé en style néogothique est construite en 1780 pour Catherine II de Russie à l'endroit où l'impératrice reçoit la nouvelle en 1770 de la victoire de la bataille de Tchesmé sur les Turcs. Elle est consacrée en juillet 1780, en présence de Catherine et de l'empereur du Saint-Empire, Joseph II, en visite privée sous le nom de comte de Falckenstein.

    Fondée au XVIième siècle, la Trinité‑Saint‑Serge à Zagorsk ‑ le Vatican de l'Eglise orthodoxe russe ‑ est célèbre pour la beauté de son ensemble architectural ainsi qu'à la place qu'elle a occupée durant plusieurs siècles, foyer spirituel et vivant symbole de l'unité russe. A l'époque des persécutions communistes, jamais les autorités n'osèrent lever la main sur ce sanctuaire de légende.

    Aux cours des XIVième et XVième siècles, la construction de monastères connaît un essor prodigieux : pas moins de cent cinquante sont créés, suivis par six cents au siècle suivant ! Différents par leur caractère et leur architecture, ces établissements sont autonomes ou dépendent du prince, du métropolite ou de l'évêque ; certains mêmes sont familiaux, transmissibles par voie héréditaire.

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    S'il reste de nombreuses églises en ruine dans l'ex-URSS, d'autres sont magnifiquement restaurées, telle l'église du monastère de Smolny à Saint-Pétersbourg.

    Comme la construction d'un monastère dépend souvent de la volonté du tsar ou de celle du grand-duc, la dédicace du nouveau sanctuaire se rattache parfois au désir ardent de la naissance d'un héritier : cathédrale de l'Intercession, église de l'Annonciation, monastère dédié à la Conception‑de‑Sainte‑Anne, etc. Par contre, si la descendance tant attendue ne se manifeste pas, il arrive que la tsarine fautive se retrouve reléguée dans un monastère pour cause d'infertilité !

    Le XVIième siècle connaît une activité religieuse intense. Beaucoup de monastères sont restructurés. Des tendances nouvelles se font jour. On joue sur la solennité des célébrations liturgiques, parallèlement à la conscience d'une unité nationale russe, médiatisée par la religion : Moscou, la troisième Rome, souvenance de l'auguste héritage byzantin. Avec la consolidation de l'Etat et de ses frontières, la fonction défensive des monastères perd de son actualité. Un goût marqué pour la forme décorative et colorée s'installe, se combinant avec la création d'un style palatial en baroque moscovite, témoin le monastère de Novodietvitchi aux abords de Moscou.

    En 1552, le tsar Ivan-le-Terrible annexe le territoire de Kazan. Voulant perpétuer cette victoire dans le souvenir de son peuple, il fait bâtir un monument à sa gloire et à celle de son armée, la cathédrale de Basile‑le‑Bienheureux sur la place Rouge à côté du Kremlin. L'édifice n'a jamais cessé d'étonner et de susciter l'admiration tant par ses formes et ses couleurs que par l'équilibre de ses masses et la finesse de ses détails. Une légende raconte même que le tsar fit crever les yeux des architectes afin qu'ils ne puissent jamais renouveler leur exploit !

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    Donations en terres et produits agricoles, denrées et apports en argent procurent à certains monastères un patrimoine considérable. A la générosité des particuliers s'ajoutent les dons souvent fastueux des boyards les plus fortunés et des familles princières, sans omettre les grands‑ducs de Moscou puis des tsars. Au XVIIième siècle, les monastères sont les principaux propriétaires terriens de Russie : 439 monastères possèdent 91.000 fermes et métairies. Par comparaison, le tsar en a 7.900, le patriarche 6.500 et les évêques réunis environ 22.000 ! D'autres sources de revenus viennent s'y ajouter : droits de saline, réserves de chasse et de pêche, exemptions de certaines taxes, etc.

    Devant l'accumulation de tant de richesses matérielles, un courant d'opposition au sein du monachisme russe va se former, tentant de soumettre la question au jugement d'un concile. Mais la tentative échoue, le droit des monastères à posséder terres et biens matériels est confirmée. Les évêques et les monastères possèdent des terres en quantité qu'ils n'osent ni ne veulent céder, parce qu'elles sont patrimoines de Dieu, données à Lui, et qu'elles ne seront ni distribuées ni engagées ni remises à personne, aujourd'hui et pour les siècles des siècles !

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    La révolution bolchevique signifie pour l'Eglise russe le début d'une longue période d'épreuves. L'immense majorité des monastères est fermée. Quelques‑uns sont transformés en musées ; un grand nombre est reconverti en camps de travail, colonies pénitentiaires, orphelinats, hospices de vieillards, hôpitaux et sanatoriums. Staline fait sauter des cathédrales à la dynamite [ci-dessus, la cathédralle Saint-Sauveur à Moscou en 1931].

    Les atrocités perpétrées par les armées nazies en Russie réaniment les sentiments d'orgueil national. Dans le but de mobiliser au maximum les ardeurs patriotiques, Staline rend un semblant d'existence à l'Eglise orthodoxe. Une fois la victoire acquise, certains édifices religieux sont restaurés, leur importance historique et artistique reconnue. Cinquante ans plus tard, la Perestroïka libère les esprits, le communisme disparaît.

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    Edifiée une première fois à partir de 1839 [à gauche, intérieur de l'époque], la cathédrale du Christ-Sauveur à Moscou a été consacrée en 1883 en mémoire de la victoire de la Russie sur la Grande Armée de Napoléon Ier en 1812. Dynamitée sous Staline en 1931, elle fut rebâtie à l’identique entre 1995 et 2000.

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     Le dôme de la cathédrale Saint Alexandre Nevski à Nice

    La vie monastique reprend dans de nombreux monastères, la spiritualité russe retrouve ses sources : Cette année-là, l'higoumène Arkady érigea son monastère et celui-ci devint refuge pour les paysans, joie des anges et ruine pour les démons. Ainsi s'exprimait la chronique de Novgorod, il y a dix siècles ...

    Nicolas van Outryve d'Ydewalle