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  • Carl Fabergé, joaillier impérial à la Cour des Romanov

    Génie créateur d'objets d'art somptueux et de bijoux éblouissants, son titre de
    "Fournisseur de la Cour Impériale" lui ouvre les portes d'une carrière extraordinaire.
    Les célébrissimes oeufs de Pâques rendront le destin de Carl Fabergé indissociable
    de l'apothéose, ensuite de la tragique disparition de la famille impériale de Russie.

    Originaire de Picardie, convertie à la religion réformée, la famille Fabergé est contrainte de s'exiler hors de France, comme bien d'autres, lors de la révocation de l'Edit de Nantes en 1685. Un siècle et demi plus tard, l'ouverture d'un commerce de joaillerie et de diamants à Saint Pétersbourg par un certain carl fabergé,maison fabergé,alexandre iii,alix de hesse darmstadt,alexandra feodorovna,youssoupov,stroganov,cheremetiev,oeufs de pâques,nicolas ii,matriochka,julia grant,cantacuzèneGustav Faberg ou Faberger, russe des provinces baltes venu d'Allemagne, n'a rien d'inhabituel car à cette époque la plupart des orfèvres sont de souche germanique.

    Le 30 mai 1846, naît un garçon baptisé au temple protestant sous le nom de Peter Carl mais qui restera toujours pour les Russes Carl Gustavovitch. Joaillier bijoutier d'exception [ci-contre], le plus connu parmi les orfèvres russes, il apparaît telle une comète dans une époque de luxe et de savoir-vivre, parmi les splendeurs et les pompes de la Cour impériale pour disparaître dans son sillage lors de la Révolution bolchevique.

    Entre 1870 et 1917, les ateliers Fabergé produiront environ 150.000 pièces, aussi bien des bijoux que des objets utilitaires, bols à punch ou cadres pour photographies, statuettes en pierres dures ou les légendaires oeufs de Pâques qui feront sa gloire : une gamme très hétéroclite utilisant des matériaux précieux comme l'or, le platine, les diamants et les émaux, mais aussi le bois et la céramique.

    Le premier contact de Carl Fabergé avec la famille impériale remonte à 1882 lors d'une exposition panslave réunissant à Moscou quelques 4.000 participants, sous le patronage du tsar Alexandre III. Le catalogue cite de remarquables copies de bijoux grecs que l'on venait de découvrir dans les fouilles de Kertch en Crimée. Ayant obtenu la permission du comte Stroganov, président de la société impériale d'archéologie, de copier quelques-uns de ces bijoux en or - ils avaient été déposés dans le trésor du musée de l'Ermitage - Fabergé reçoit une médaille d'or, la première d'une longue série.
        
    Volant bientôt de succès en succès, Carl Fabergé prend part aux grandes expositions internationales : Nuremberg où il reçoit une nouvelle médaille d'or et le titre fort convoité de Fournisseur de la Cour impériale ; Nijni Novgorod, Stockholm et Paris où il reçoit la croix de la Légion d'honneur !

    Une légende est née : Carl Fabergé, l'inventeur de l'objet de fantaisie, remarquable combinaison entre objet d'art, bijou et objet d'utilité. S'inspirant des pièces du XVIIIième siècle, Fabergé développe uneEtui.jpg vaste gamme d'objets d'art, tabatières, bonbonnières, horloges et pommeaux de cannes finement travaillés. Ainsi en 1884, le Reichkanzler Bismarck, premier ministre de l'empereur Guillaume Ier, tsarevitch.jpgreçoit des mains d'Alexandre III une tabatière en or avec émail, enrichie de nombreux diamants et d'un portrait du tsar.

    Depuis l'étui à cigarettes avec une pensée sertie de saphirs et de roses, emporté en voyage comme cadeau par leurs majestés impériales, se décline une longue liste de broches, bagues, épingles, bracelets et boutons de manchettes ainsi que des icônes en pendentif et des croix ornées, dont l'inventaire est actuellement toujours conservé parmi les Archives d'Etat à Saint-Pétersbourg. Mais l'esprit créatif de Fabergé donne également naissance à de nombreux objets utilitaires : pendulettes, crayons, boutons de sonnettes, coupe-papier, faces à main, alliant à leur fonction domestique une incomparable qualité artistique.

    Aux cadeaux diplomatiques s'ajoutent de gros objets comme une monumentale horloge en argent, offerte à Alexandre III et à la tsarine pour leurs noces d'argent, où un kovsh, sorte de grande saucière [ci-après], offert par le tsar et la tsarine au roi Christian IX et à la reine Louise de Danemark pour leurs noces d'or. Mais également un splendide collier en diamants que le tsarévitch Nicolas emporte à Cobourg alors qu'il va rendre visite à sa fiancée, la princesse Alix de Hesse-Darmstadt, la future tsarine Alexandra Feodorovna.

    kovsh.jpg

     Kovsh monumental, argent doré, émail, quartz.
    Collection de la Reine Margrethe de Danemark

    Le couronnement de Nicolas et d'Alexandra fait l'objet de nombreuses commandes : broches pour les grandes-duchesses, couronnes pour leurs majestés le tsar et la tsarine, tabatières, présentoirs, étuis à cigarettes et bracelets divers.

    Jouissant de la protection de la famille impériale, Fabergé est devenu célèbre en Russie : decarl fabergé,maison fabergé,alexandre iii,alix de hesse darmstadt,alexandra feodorovna,youssoupov,stroganov,cheremetiev,oeufs de pâques,nicolas ii,matriochka,julia grant,cantacuzène nombreuses réalisations sortiront de ses ateliers comme cadeaux du tsar aux empereurs du Japon et de Chine, au sultan de Turquie, aux Cours de Londres et de Copenhague, aux roi du Siam et maharadjahs des Indes. Ses magasins de Saint-Pétersbourg sont le lieu de rendez-vous par excellence de la haute société : grands-ducs et grandes-duchesses, princes Youssoupov, comtes Stroganov et Cheremetiev, les frères Nobel, tous à la recherche du bel objet inédit, original ou amusant.

    Saint-Pétersbourg, dont les palais et les avenues brillaient du luxe de la Cour, abritait une société aristocratique ouverte aux influences des modes occidentales. Moscou, au contraire, capitale religieuse et administrative, comptait bon nombre de bourgeois nouveaux riches dont le traditionalisme reflétait la vie moscovite. Installés dans les deux cités, les ateliers Fabergé surent adapter leurs créations à ces clients aux goûts si différents. Ainsi, Saint-Pétersbourg fut la seule ville où Fabergé put exprimer sans limites son style de cour internationale, alors que ses ateliers de Moscou fabriquaient surtout des objets [ci-contre] de style panslave inspirés du Moyen Age, afin de répondre aux demandes d'une clientèle conservatrice.

    lérot.jpgC'est avec la sculpture [ci-contre] d'animaux en pierres dures que Fabergé atteint le sommet de son art. Mais comment attirer l'attention des Russes sur de petites sculptures d'animaux que l'artisanat local fabrique depuis toujours en bois ? Sa stratégie commerciale reposait sur son talent de susciter la demande : présentant ses objets exotiques à Londres lors d'une exposition internationale, il reçoit une commande de la Cour royale d'Angleterre, suivie bien évidemment d'un engouement de la part de la clientèle russe !    

    Fasciné par la beauté et les couleurs des pierres dures de Russie, rhodonite, jaspe, agate, obsidienne, néphrite, jade, Fabergé maîtrisait à la perfection l'art de les graver et de les polir. La Renaissance a beaucoup intrigué les joailliers de la fin du XIXième siècle pour la virtuosité du traitement des pierres dures et leur transformation en objets de curiosité. S'inspirant des collections du Palais Pitti - les trésors des Médicis - des galeries de Dresde, du Louvre et bien sûr de l'Ermitage, Fabergé crée au sein de sa production une sorte de Wunderkammer, une série d'objets exotiques dont la valeur est d'abord celle de la rareté et de la curiosité qu'ils suscitent.

     

    oeuf du couronnement.jpg

    L'oeuf du Couronnement, 1897
    Or, platine, diamants, rubis, cristal de roche, émail, velours

    Les Oeufs à surprises de Pâques sont sans aucun doute les créations les plus prestigieuses et les plus célèbres de l'oeuvre de Fabergé. Il était d'usage en Russie - ce l'est toujours - de s'échanger lors de la Pâques orthodoxe des oeufs peints, symboles de résurrection et de vie. Les oeufs de Pâques de Fabergé, distribués parmi les membres de la famille impériale et de la grande aristocratie russe, dérivent de cette tradition populaire. L'engouement de la famille Romanov pour ces merveilleux objets fit le succès de la firme : les tsars Alexandre III et Nicolas II commandèrent cinquante-six oeufs qu'ils offrirent chaque année à leur épouse, les tsarines Alexandra Feodorovna et Alexandra, lors des fêtes pascales. Presque tous possèdent leurs surprises, tout comme les matriochka, poupées russes en bois s'emboîtant les unes dans les autres. Le premier oeuf impérial était d'or émaillé blanc. On l'ouvrait, il y avait un jaune, on ouvrait le jaune, il y avait une poule, on ouvrait la poule, il y avait la couronne du sacre, on ouvrait la couronne, il y avait un oeuf en rubis !


    oeuf 15ième anniversaire.jpgoeuf aux muguets.jpg


















    A gauche, Oeuf du quinzième anniversaire offert par Nicolas II
    à son épouse Alexandra Feodorovna à Pâques 1898.
    A droite,
    Oeuf aux muguets offert par Nicolas II
    à sa mère l'impératrice douairière Maria Feodorovna à Pâques 1900

    C'est Julia Grant, petite-fille du président des Etats-Unis, qui introduit la mode Fabergé aux Etats Unis. Epouse d'un prince Cantacuzène, elle fit connaître la maison Fabergé qu'elle fréquentait à Saint-Pétersbourg à ses amis et connaissances américains.

    En 1913, les festivités pour le tricentenaire de la dynastie Romanov permettent à Fabergé d'étaler une nouvelle fois tout son génie créatif. Les articles sont invariablement décorés des aigles impériaux, de griffons ou des millésimes 1613-1913. Mais au lendemain de la célébration du tricentenaire, la guerre éclate : la Russie s'engouffre dans un épouvantable massacre qui va lui coûter des millions de vie.

    Aux ateliers Fabergé, ce n'est plus le luxe mais la sobriété qui est à l'ordre du jour. Ne pouvant plus obtenir ni argent ni or, on travaille le cuivre, le laiton et l'acier. Produisant notamment des décorations militaires émaillées, l'art de Fabergé devient austère : l'oeuf à la Croix Rouge, présenté en 1915, est décoré d'une Croix Rouge sur fond d'émail blanc avec les portraits de l'impératrice et de sa fille Tatiana, habillées en soeurs de charité, terme usuel de l'époque pour infirmières. L'oeuf de 1916 est fait d'acier d'obus et contient une miniature du tsar et de l'héritier du trône au front.

    soeurs de charité.jpg

    Le tsar Nicolas II et la tsarine Alexandra Feodorovna avec la grande-duchesse Anastasia,
    entourés du personnel médical d'un hôpital de campagne, 1914

    La fin est proche. Obligé d'abdiquer en 1917, Nicolas II est mis en captivité dans son propre palais de Tsarskoïe-Selo. Il n'y aura plus d'oeuf de Pâques impérial cette année-là ...

    carl fabergé,maison fabergé,alexandre iii,alix de hesse darmstadt,alexandra feodorovna,youssoupov,stroganov,cheremetiev,oeufs de pâques,nicolas ii,matriochka,julia grant,cantacuzèneCarl Fabergé fuit la Russie et termine sa vie en Suisse. Retour aux sources, alors que la révocation de l'Edit de Nantes avait chassé ses ancêtres de France et après avoir fait souche en Russie, Carl et son épouse seront finalement inhumés au cimetière protestant de Cannes, dans une modeste tombe de porphyre noir de Suède. Et ainsi disparut à jamais, emportée par la vague rouge de la Révolution bolchevique, toute une société de faste et de grandeur qui avait été sa raison d'être !

    Nicolas van Outryve d'Ydewalle

  • Histoires de famille de ma Russie d'autrefois

    De l'Alsace à Saint-Pétersbourg et de Moscou à Bruges,
    la révolution française et la révolution bolchevique ont ceci en commun d'avoir
    brutalement jeté une même lignée deux fois sur les routes de l'émigration. 

    Dernier seigneur féodal de Soultz-sous-Forêts en Alsace, nanti de lettres d'introduction de différents princes du Saint Empire germanique, le baron Auguste de Bode émigre en 1795 vers la Russie où sa famille est accueillie avec une impériale bienveillance par Catherine II, Paul Ier et ensuite par la grande-duchesse Elisabeth de Bade, la vertueuse épouse d'Alexandre Ier.

    Le 5-6 juin 1807 a lieu la bataille de Guttstadt où troupes russes et armées de Napoléon s'affrontent. Le vicomte Guillaume de Saint-Priest, émigré français commandant le Régiment russe des Chasseurs de la Garde, est grièvement blessé. Bravant tous les dangers, un vaillant porte-enseigne de 20 ans réussit à exfiltrer son chef de Corps du champ de bataille, le sauvant ainsi d'une mort certaine. Ce fait d'armes vaudra à mon aïeul Louis de Bode, fils de l'émigré alsacien, tous les honneurs que la société pouvait réserver à un jeune officier de bonne naissance.

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     Une lignée aux destins croisés : le baron Louis de Bode (1787-1859) et
    sa descendante à la 5ème génération, la princesse Hélène Obolensky (1916-1996),
    mère de l'auteur de ces lignes. Alors que l'un fuit l'Alsace en 1795 pour la Russie,
    l'autre reprend en 1925 le chemin vers la France puis la Belgique.
    © Musée régional de Tambov & archives personnelles

    Louis est devenu le point de mire des soirées de Saint-Pétersbourg, écrit sa mère à ses cousins Trazegnies aux Pays-Bas, il est invité à toutes les réceptions de la Cour. Lors de la campagne de Paris en 1814 qui conduit à la première abdication de Napoléon, le baron Louis de Bode est promu colonel à la suite du tsar. Rentré à Moscou, il épouse Nathalie Kolytchev, dernière titulaire d'un patronyme célèbre en Russie par référence à Saint Philippe Kolytchev, patriarche de Moscou, trucidé en 1570 par le tsar Ivan-le-Terrible parce qu'il avait osé s'y opposer.

    Nommé directeur des Palais du Kremlin, chambellan, maréchal puis grand-maître de la Cour, Louis de Bode est chargé en 1837 par Nicolas Ier d'une mission d'importance : diriger dans l'enceinte du Kremlin les travaux de rénovation du Palais des Terems et faire édifier un nouveau Grand Palais, l'ancien en bois étant propice aux incendies.

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    Dans l'enceinte du Kremlin à Moscou, le "Palais des Terems" avec ses onze coupoles dorées
    aux tambours de briques polychromes, un bijou de l'art baroque moscovite.
    Cette ancienne résidence privée des tsars a été rénovée dans les années 1845 sous la direction
    de Louis de Bode, directeur des Palais du Kremlin. Il dirigea de 1838 à 1849 la reconstruction
    du "Grand Palais" du Kremlin, destiné à abriter les appartements privés du tsar Nicolas Ier
    ainsi que les nombreuses salles d'apparat.

    Il doit également replacer la fameuse Reine des Cloches, coulée et brisée en 1737. A l'aide des plans de l'architecte Constantin Thon, les travaux seront exécutés à la grande satisfaction de l'empereur. Pour remercier le baron, Nicolas Ier lui octroie en 1849 une médaille enrichie de diamants portant l'inscription MERCI ainsi que 40.000 roubles pour payer ses dettes !

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    La "Reine des Cloches" n'aura jamais sonné car elle se brisa lors d'un incendie
    dans sa fosse de coulée en 1737. C'est avec l'aide de l'architecte
    Auguste Ricard de Montferrand que Louis de Bode la fit placer sur son socle actuel.
    © E. Gilbertson, 1838, Musée de l'Hermitage, Saint-Pétersbourg. 

    Ctsse de la Mottedef.jpgOn croyait l'affaire du collier de la reine Marie-Antoinette clôturée depuis le décès officiel en 1791 à Londres de la comtesse de la Motte [illustration], instigatrice de l'aventure. Or en 1826, non loin des vignobles de Sudak en Crimée, décède une dame répondant au nom de comtesse de Gachet. Elle parlait un français choisi avec grâce et dignité et disposait d'une réserve inépuisable d'histoires sur la cour de Louis XVI. Elle me donnait l'impression qu'il y avait un grand mystère dans sa vie ..., raconte une nièce de Louis de Bode. Ce dernier a un frère, Alexandre, qui réside en Crimée car le tsar l'avait chargé d'y relancer l'industrie viticole. L'entraide entre émigrés n'étant pas un vain mot, il avait pris sous sa protection la mystérieuse dame qui à son tour l'avait institué son exécuteur testamentaire. Historiens et curieux, dont Alexandre Dumas220px-War_and_peace_1956.jpg père, se sont penchés sur le cas de cette énigmatique comtesse de Gachet dont la véritable identité n'est aujourd'hui plus vraiment mise en cause.

    Maître de cérémonies de la Cour, Louis de Bode fait l'acquisition d'une demeure au 52 de la rue Povarskaïa à Moscou, un palais ayant appartenu aux princes Dolgorouki [illustration ci-après]. Notre baron y recevra régulièrement les visiteurs étrangers de marque, invités par le tsar dans l'ancienne capitale. Clin d'oeil littéraire, dans son roman Guerre et Paix, Léon Tolstoï en fera le palais de la famille Rostov. Qui ne se souvient de la mythique scène de bal entre le prince André, Mel Ferrer, et la charmante Natacha Rostov, Audrey Hepburn ? Si dans le roman le prince André n'épouse pas Natacha, Mel Ferrer, après avoir été le mari d'Audrey Hepburn, épousera en dernières noces Lisa Soukhotine, une descendante de Louis de Bode !

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    Le "Palais Bode" de la rue Povarskaïa à Moscou est célèbre pour avoir été la réplique
    du palais de la famille Rostov dans le roman "Guerre et Paix" de Léon Tolstoï.
    Jusqu'à la perestroïka, cette ancienne demeure de famille fut le siège
    de l'Union des Ecrivains Soviétiques.
     

    Saint-Arnauld (L).jpgLors de la campagne de Crimée (1853-56), une lettre d’un militaire français fait état d’une victoire emportée sur les Russes : ... le général qui commandait n’a pas pu emporter son vestiaire. On a trouvé des épaulettes, un ceinturon avec des glands en argent et un porte-monnaie contenant 300 francs. On prétend que ce général s’appelait Bode. Ce général malchanceux est Léon de Bode, fils aîné de Louis. Ironie de l’histoire, le corps expéditionnaire internatinal est commandé par le maréchal Armand Leroy de Saint-Arnauld [illustration], époux de la marquise Louise de Trazegnies, elle-même d'ascendance Bode par suite d'une alliance remontant à 1728 ! Des cousins combattant dans des camps opposés, une situation fréquente à l'époque, émigration oblige.

    Historien et collectionneur, le baron Michel de Bode-Kolytchev, second fils de Louis, consacrera vingt-cinq années de sa vie à l'histoire de sa famille maternelle Kolytchev. Gratifié d'une belle-mère Stroganov au patrimoine conséquent, il achète en 1853 avec la dot de sa femme l'immense domaine de Lukino à Peredelkino, non loin de Moscou. Les anciennes chroniques s'en souviennent avec nostalgie :  mur d'enceinte, vaste demeure, bibliothèque, musée, églises et chapelles, cimetière dans lequel sont inhumés les restes de toute la famille.

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     L'ancienne propriété de campagne des barons de Bode à Peredelkino, non loin de Moscou,
    est aujourd'hui partiellement réservée à l'église orthodoxe. Plusieurs anciens bâtiments
    de style russian revival, un mélange kitch pétro-byzantin, sont en cours de rénovation.

    La révolution bolchevique bouleverse les choses. Les ossements de famille sont exhumés et jetés aux orties. Le domaine est morcelé, le camarade Staline fait ériger un lotissement résidentiel avec datchas destinées à des écrivains russes éminents. Boris Pasternak est du nombre et s'y fait enterrer. Une partie de l'ancienne propriété Bode-Kolytchev est attribuée à l'église et sera la résidence d'été de feu le Raspoutine (L).jpgpatriarche de Moscou Alexis II, décédé en 2008.      

    La nuit du 16-17 décembre 1916, Grigori Raspoutine [illustration] est assassiné au palais Youssoupov à Saint-Pétersbourg. Si les conjurés sont connus, un nom est parfois omis dans les livres d'histoire, celui du lieutenant Serge Soukhotine, petit-fils de Michel de Bode, car il n'aura joué qu'un rôle de comparse.  

    Nathalie Soukhotine, soeur de Serge, est l'épouse du prince Nicolas Obolensky, descendant à la 33ème génération de Rurik, fondateur de l'empire russe en 862. Le ménage habite un domaine hérité de Maria Tolstoï, l'unique soeur de l'écrivain. Aux lendemains d'octobre 1917, la révolution jette la famille sur le chemin de l'exil mais cette fois-ci dans le sens inverse de celui pris par l'aïeul alsacien. Alors que la mère et la fille aînée décèdent de la tuberculose en France, le restant de la famille se réfugie ensuite en Belgique.   

    Epilogue : décembre 1939 à Bruges, un journal local annonce : Une princesse russe, Hélène Nicolaïevna Obolensky, épouse le chevalier Thierry d'Ydewalle. Le père de la jeune fille, Nicolas Obolensky, était un petit-neveu de l'écrivain Léon Tolstoï. Dans la corbeille de la mariée ? Un passeport Nansen de réfugiée apatride.

    Nicolas van Outryve d'Ydewalle

    © Article paru dans le magazine l'Eventail de février 2012.

  • Elisabeth Vigée - Le Brun, peintre et mémorialiste parmi les salons de Moscou et de Saint-Pétersbourg

    Portraitiste et amie fidèle de Marie-Antoinette, fuyant les tourments de la Révolution française,
    peignant et dépeignant la bonne société des capitales européennes,
    elle est reçue à bras ouverts à la Cour de Catherine II et par les grandes familles russes.
    Souvenirs et portraits d’une société d’autrefois.

    "Tu seras peintre, mon enfant, ou jamais il n’en sera", s’exclame avec enthousiasme le père de la petite Elisabeth, huit printemps à peine. Crayonnant sans cesse et partout depuis l’âge de six ans, remplissant vlbflor4.jpgses cahiers d’écolière de petites têtes de face et de profil, traçant au charbon des figures et des paysages sur les murs des dortoirs, elle entame sa carrière à quinze ans et fait son premier portrait de Marie-Antoinette à vingt-quatre ans.

    Quelques dix ans plus tard, "l’affreuse année 1789 était commencée et la Terreur s’emparait déjà de tous les esprits sages", écrit-elle dans ses Mémoires, contrainte de fuir son pays parce qu’elle est l’amie de l’Autrichienne et de sa clique d’aristos.

    Chemins d’exil et séjours au sein d’une société cosmopolite où l’art de plaire se conjugue encore avec la douceur de vivre … "Peu de jours après mon arrivée à Vienne, je fis connaissance avec le baron et la baronne de Strogonoff qui me prièrent tous deux de faire leurs portraits. La baronne se faisait aimer par sa douceur et par son extrême bienveillance ; quant à son mari, il possédait un charme supérieur pour animer la société ; il faisait les délices de Vienne en donnant des soupers, des spectacles et des fêtes, où chacun se pressait de se faire inviter."

    Au 15ème siècle, les Stroganoff sont de richissimes marchands, propriétaires de terres immenses. En 1446, un grand-duc de Moscou est fait prisonnier par les Tatares qui réclament une rançon de 200.000 roubles. Les caisses de l’Etat sont vides : c’est la famille Stroganoff qui verse la rançon ! Yvan-le-Terrible charge ensuite les Stroganoff de faire la conquête de la Sibérie et de la coloniser. Admis dans l’aristocratie sous Pierre-le-Grand, ils sont les plus gros propriétaires terriens de l’Empire.
     
    "A Vienne, je suis allée à plusieurs bals, particulièrement à ceux que donnait l’ambassadeur de Russie, le comte de Rasowmoffski, qu’on pouvait appeler des fêtes charmantes. On y dansait la valse avec une telle fureur, que je ne pouvais concevoir comment toutes ces personnes, en tournant de la sorte, nestroganov,razoumovsky,catherine ii,orloff,dolgorouky,galitzine,obolensky,gagarine,scherbatov,schakovskoï,stanislas-auguste poniatowski,caroline murat s’étourdissaient pas au point de tomber."
     
    Les Razoumovsky ou l’histoire d’une prodigieuse ascension. Alexis, fils du paysan Grégory Razoum, est chantre à la chapelle impériale ; il est bel homme et sa voix ne l’est pas moins. L’impératrice Elisabeth Pétrovna, fille de Pierre-le-Grand, a de l’oreille et du goût ; un mariage secret donne plusieurs enfants, le père est fait maréchal et la famille est dotée de 120.000 serfs ! Son neveu, André Razoumovsky, ambassadeur à la Cour d’Autriche [ci-contre], prince sérénissime, sera ministre plénipotentiaire au Congrès de Vienne et Beethoven lui dédiera sa Symphonie Pastorale.

    "Je ne pensais donc nullement à quitter l’Autriche, lorsque l’ambassadeur de Russie et plusieurs de ses compatriotes me pressèrent vivement d’aller à Saint-Pétersbourg où l’on m’assurait que l’impératrice me verrait arriver avec un extrême plaisir."  

    L’accueil que lui réserve Catherine II est chaleureux. "L’aspect de cette femme si célèbre me faisait une telle impression, qu’il m’était impossible de songer à autre chose qu’à la contempler. Le génie paraissait siéger sur son front large et très élevé. Elle me dit aussitôt avec un son de voix plein de douceur, un peu gras pourtant : Je suis charmée, Madame, de vous recevoir ici ; votre réputation vous avait devancée. J’aime beaucoup les arts, et surtout la peinture. Je ne suis pas connaisseur, mais amateur."
     
    Aussitôt invitée à se rendre dans les "meilleures et les plus agréables maisons", notre portraitiste retrouve à Saint-Pétersbourg plusieurs de ses anciennes connaissances, comme le baron Stroganoff, il est maintenant titré comte, grand amateur d’art et propriétaire d’une superbe collection de tableaux. Tous les dimanches, il donne une grande réception dans "une charmante cazin à l’italienne", propriété de campagne sur une île bordant la capitale.

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    La princesse Anne Sergueïevna Troubetskoï (1765-1824) et son mari,
    le comte Grigori Alexandrovitch Stroganov (1770-1857), ancêtres de l'auteur de ces lignes

    "J’avais remarqué qu’à Saint-Pétersbourg la haute société ne formait, pour ainsi dire, qu’une famille, tous les nobles étaient cousins les uns des autres ; à Moscou, où la population est beaucoup plus nombreuse, la société devient presque un public. Par exemple, il peut tenir 6.000 personnes dans la salle de bal où se réunissent les premières familles. Une foule de seigneurs, possédant des fortunes colossales, se plaisent à tenir table ouverte, au point qu’un étranger connu, ou bien recommandé, n’a jamais besoin d’avoir recours au restaurateur. Il trouve partout un dîner, un souper, il n’a que l’embarras du choix.

    "Le fameux comte Orloff vint me voir, l’un des assassins de Pierre III. C’était un homme colossal, et je me rappelle qu’il portait au doigt un diamant remarquable par son énorme grosseur." Mariée à Pierre de Holstein-Gottorp, Catherine n’empêchera pas l’élimination de son odieux mari par les frères Orloff, ce qui fera dire aux Russes : Le trône de Russie n’est ni héréditaire, ni électif, il est occupatif !… Le jour de l’avènement de la nouvelle tsarine, les cinq frères sont titrés comte et l’un deux, Grigori, devient titulaire de la fonction enviée de favori de l’impératrice, donnant ainsi naissance à la lignée des comtes Bobrinsky dont la descendance est aujourd’hui loin d’être éteinte.

    "Tous les soirs j’allais dans le monde ; je me plaisais dans ces réunions journalières, où je retrouvais toute l’urbanité, toute la grâce d’un cercle français ; car, pour me servir de l’expression de la princesse Dolgorouki, il semble que le bon goût ait sauté à pieds joints de Paris à Saint-Pétersbourg. Deux maisons extrêmement recherchées étaient celles de la princesse Galitzin et de la princesse Dolgorouki ; il existait même entre ces deux dames, relativement à leurs soirées, une sorte de rivalité. La première, moins belle que la princesse Dolgorouki, était plus jolie. Elle avait infiniment d’esprit, mais elle était fantasque à l’excès."

    Du surnom de Golitsa, gantelet, issus du grand-duc Guédimine de Lituanie qui régna sur la Pologne et la Hongrie au XIIIème siècle, les princes Galitzine sont indissociables de l’histoire de l’empire, ayant donné un nombre considérable d’hommes d’Etat prestigieux. "Je ne saurais dire combien il y avait à Moscou, à l’époque où je m’y trouvais, de princes, et surtout de princesses Galitzin", ajoute Elisabeth Vigée - Le Brun, alors que les descendants actuels se retrouvent disséminés aux quatre coins de la planète et que certains font parfois la une des revues mondaines sur papier glacé !

    Les soupers de la princesse Dolgorouki étaient charmants ; elle y réunissait le corps diplomatique, les étrangers les plus marquants, et chacun s’empressait de s’y rendre, tant la maîtresse de maison était aimable. Aucune femme, je crois, n’avait plus de dignité dans sa personne et dans ses manières ; elle désira que je fisse son portrait et j’eus le plaisir de la satisfaire entièrement. Le portrait fini, elle m’envoya une fort belle voiture et mit à mon bras un bracelet, fait d’une tresse de cheveux, sur laquelle des diamants sont arrangés de manière qu’on y lit Ornez celle qui orne son siècle."

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    La princesse Eudocia Ivanovna Galitzine en "Flore" (1799)
    et la princesse Catherine Feodorovna Dolgorouky (1796), huiles sur toiles

    Lignée princière rurikide au même titre que les Obolensky, Gagarine, Scherbatov et autres Schakovskoy, Katarzyna_Dolgorukaja.jpgles Dolgorouki remontent au viking Rurik, fondateur en 862 de l’empire russe et dont l’arrière-petit-fils, Saint Vladimir, grand-duc de Kiev, introduisit un siècle plus tard le christianisme en Russie. L’histoire se souvient également des amours secrètes, elles firent scandale à la Cour, d’une gracieuse Catherine Dolgorouki [ci-contre] dont Romy Schneider fut l’interprète à l’écran. Maîtresse puis épouse du tsar Alexandre II, titrée princesse Yourievski avec qualification d’Altesse Impériale.
     
    Et notre portraitiste de conclure. "Ce dernier mot me conduit à parler d’un homme que j’ai vu fréquemment, pour lequel j’avais beaucoup d’amitié, et qui, après avoir porté la couronne, vivait alors à Saint-Pétersbourg en simple particulier" : Stanislas-Auguste Poniatowski, un des premiers favoris de Catherine II, devenu roi de Pologne par la grâce de celle-ci.  

    "Il s’était fait une société agréable, composée en grande partie de Français, auxquels il joignait quelques autres étrangers qu’il avait distingués. Il eut l’extrême bonté de me rechercher, de m’inviter àkingAgust.jpg ses réunions intimes, et il m’appelait sa bonne amie", confesse Elisabeth Vigée - Le Brun. "Son beau visage exprimait la douceur et la bienveillance. Le son de sa voix était pénétrant et sa marche avait infiniment de dignité sans aucune affectation. Il causait avec un charme tout particulier, possédant à un haut degré l’amour et la connaissance des lettres. Je manquais rarement les petits soupers du roi de Pologne."

    Stanislas-Auguste Poniatowski succombe en 1798 d’une attaque d’apoplexie à Saint-Pétersbourg où il est enterré en grande cérémonie. Près d’un siècle et demi plus tard, un matin de juillet 1938, les douaniers d’une petite gare frontalière polonaise aperçoivent un cercueil de plomb entreposé dans un wagon, remisé sur une voie de garage. Curieux, ils ouvrent le cercueil et, stupéfaits, voient apparaître un squelette couvert de pourpre, couronne en tête, sceptre en main : c’est l’ex-roi Stanislas-Auguste Poniatowski que les Soviétiques renvoient dans son pays en vertu d’un traité de restitution de trophées de guerre !…

    carolineb.jpgRayée de la liste des émigrés, Elisabeth Vigée - Le Brun retrouve la France en 1802 mais garde une profonde nostalgie des jours heureux passés en Russie. "Ni ces souverains, ni toutes les personnes qui m’ont marqué un intérêt si flatteur pendant mon séjour, n’ont jamais su avec quel chagrin je m’éloignais de Saint-Pétersbourg. Lorsque je passai les frontières de la Russie, je fondis en larmes ; je voulais retourner sur mes pas, je me jurai de venir retrouver ceux qui m’avaient comblée si longtemps de marques de bienveillance et d’amitié."

    A Paris, le seul portrait que lui commande la famille Bonaparte est celui de Caroline Murat [ci-contre], la sœur de Napoléon. Mais cette altesse nouvelle manière se montrera si désagréable que notre portraitiste aura ce cri du cœur : "J’ai peint de véritables princesses qui ne m’ont jamais tourmentée et ne m’ont jamais fait attendre !"

    Exit la France de l’Ancien Régime ...

    Nicolas van Outryve d’Ydewalle