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13/02/2012

In memoriam … Adolphe Regout (1905 - 2007)

Des usines du "Sphinx" de Maastricht à Saint Olivier Plunkett, de Guillaume-le-Conquérant aux antiques rois de Galles et d'Irlande, qui a dit que les âmes simples n'avaient pas d'histoire ?...

Regoutwapen.jpgRegout, Regault, Rigo, un patronyme dérivé du germain Rikwald signifiant qui règne en puissance, nous disent les chroniques. Un Carolus Richo, décédé fin 1706 à Maastricht, est le premier cité dans la généalogie familiale. Y aurait-il un lien avec les Rigo, une famille noble de souffleurs de verre de la Vénétie ? Si rien n'a pu être prouvé jusqu'à présent, l'histoire est plaisante d'autant plus que le commerce du verre et de la faïencerie est une tradition au sein de la famille depuis la seconde171594_962_1180439583511-Regout.jpg moitié du XVIIème siècle.

Honneur à celui sans qui les Regout ne seraient pas ce qu'ils sont : Petrus Laurentius Regout (1801-1878) [ci-contre], considéré comme le fondateur de la dynastie, arrière-grand-père d'Adolphe Regout. Après avoir démarré une taillerie de cristal brut en provenance de Vonèche puis du Val St carolus richo,petrus laurentius regout,adolphe regout,le sphinx,vaeshartelt,laurette hanquet,plunkett de rathmore,goswin plunkett,oliver plunkett,quartered,misson,boussu walcourt,bariatinsky,lonlay,galz de malviradeLambert, il lance en 1836 à Maastricht une affaire de cristallerie, verrerie et faïencerie qui s'appellera dès 1899 Le Sphinx que d'aucuns surnommeront bientôt l'empire Regout ! Qualifié par les méchantes langues d'entrepreneur néerlandais le plus libéral et le plus dur de son siècle, de roi de Maastricht et du Limbourg-Sud, Petrus Regout étend ses activités à la construction d'une usine à gaz ainsi que d'une clouterie, tout en participant à la création d'une fabrique de papier.

Fait Chevalier de l'Ordre du Lion néerlandais, Pétrus  entretient d'excellentes relations avec Guillaume II de Hollande qui visite les usines Regout à plusieurs reprises et les favorise de commandes considérables. Parrain de l'un de ses enfants, le souverain ne tarit pas d'éloges envers son protégé : Que n'ai-je une douzaine d'hommes aussi extraordinaire dans le pays ! L'industrie belge perdue (suite à l'indépendance de la Belgique) se reformerait bien aisément dans ma patrie.

château 3.jpg

Cerise sur le gâteau, il acquiert le château de Vaeshartelt [ci-dessus] au nord de Maastricht, un domaine de 118 hectares, acheté tout d'abord en 1841 au profit de Guillaume II qui avait chargé Petrus de lui trouver un pied-à-terre dans la région. A la mort du roi, Petrus en fait l'acquisition pour son compte personnel et y établit sa résidence de campagne. Réussite oblige : le grand industriel est devenu propriétaire terrien !

Eugénie Plunkett.jpgPetit récapitulatif : époux de Laurette Hanquet, Adolphe Regout (1905-2007) était fils d'Adolphe (1876-1952) et de Jeanne Laloux, petit-fils de Gustave (1839-1923) et de Marie-Louise Pétry, arrière-petit-fils de Petrus Laurentius (1801-1878) et de Maria Aldegonda Hoeberechts. Grand-mère d'Adolphe Regout, née à Liège en 1849, Marie-Louise Pétry décède au château de Vaeshartelt en 1916. En elle coule une solide pinte de sang irlandais par sa mère Eugénie [à gauche], baronne Plunkett de Rathmore (1809-1893), un nom irlandais dont la généalogie à branches multiples remonte à quelques sept siècles, se rattachant probablement à un Hugues de Plugeio, dérivé de Plouquenet en Normandie.

Fuyant les sanglantes répressions anti-papistes en Angleterre, une branche Plunkett émigre au début du XVIIIème  siècle en Belgique. N'y retrouve-t-on d'ailleurs pas un Goswin Plunkett de Rathmore, membre de la société charbonnière de Bois-du-Luc [ci-dessous] à La Louvière, concédant par testament une partie de son patrimoine financier à la construction d’un hospice pour subvenir aux soins des anciens ouvriers ?

Charbonnages du Bois-du-Luc.jpg

Cousin proche de la lignée Regout-Plunkett, toujours très présent au sein de la famille ne fut-ce que par son portrait trônant en bonne place dans (presque ?) toute maison Regout digne de ce nom : saint Olivier Plunkett (1629-1681) [illustrations ci-après], archevêque d'Armagh et primat catholique d'Irlande, mis à mort à Londres suivant un rituel d'une cruauté sans nom. Ordonné prêtre en 1654 à Rome après y avoir effectué ses études sacerdotales, ne pouvant revenir dans son pays à cause de la persécution déclenchée par Cromwell, il enseigne la théologie au collège de la Propaganda Fide jusqu'en 1669, année où il reçoit l'ordination épiscopale à Gand et est nommé archevêque d'Armagh et primat d'Irlande. S'efforçant de restaurer l'église irlandaise, il est continuellement persécuté et finalement arrêté pour avoir participé à de prétendus complots. Les juges irlandais refusant de le condamner, il est conduit à Londres où on le condamne à être pendu et décapité (hanged, drawn and quartered) pour le seul motif de sa foi catholique.

Oliver_Plunket_by_Edward_Luttrell.jpg

St Oliver Plunkett.JPG
















Une condamnation à mort infamante, âmes sensibles s'abstenir ! Drawn (traîné jusqu'au lieu d'exécution), hanged (pendu, si possible sans que mort s'ensuive), et quartered (démembré, décapité après avoir été éviscéré et émasculé), était un châtiment utilisé en Angleterre dans les cas de haute trahison. Considéré comme plus vil que le meurtre, il réclamait une peine nettement plus exemplaire. Institué par Edouard Ier d'Angleterre envers les insurgés gallois et écossais, ce châtiment [illustration ci-dessous] fut malgré tout assez rarement appliqué. Dernier martyr catholique à être exécuté en Angleterre pour sa foi, Olivier Plunkett sera béatifié par le pape Benoît XV en 1920 puis canonisé en 1975 à Rome par Paul VI en présence de la famille.


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oliver plunkett crâne.jpg


















En dehors de ces funestes cruautés d'un autre âge, l'ascendance d'Adolphe Regout par les Plunkett of Rathmore révèle une brochette de quartiers très bcbg ! Honneur aux dames : lady Anne Dillon, une arrière-grand-mère au 12ème degré et tante de Saint Olivier Plunkett, nous mène en quelques générations (et autant de clics sur Internet) aux célèbres FitzGerald, ces derniers se rattachant aux antiques princes et rois de Galles dont la généalogie remonte au Vème siècle de notre ère, ainsi qu'aux rois (high kings) d'Irlande en la personne de Brian Boru [illustration] et de Dermot MacMurrough, pour ne citer que les plus connus. Brian Boru (941-1014) passe pour avoir libéré le territoire irlandais de l'emprise des Vikings à la bataille de Clontarf où il perdit la vie, tandis que l'on a gardé de Dermot MacMurrough (1100-1171) l'image d'un éternel batailleur qui trahit la confiance du roi d'Angleterre afin de satisfaire ses ambitions territoriales.

Et pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?... Lady Joan de Burgh, décédée en 1359, 200px-William1.jpgarrière-grand-mère à la 16ème génération d'Adolphe Regout et épouse de Thomas FitzGerald, s'honore d'être une descendante du roi d'Angleterre Henry I Beauclerc qui n'est autre que le fils de Guillaume-le-Conquérant, le grand vainqueur de la bataille de Hastings en 1066 que l'on voit représenté ici sur la célèbre tapisserie de Bayeux.

Encore heureux que l'histoire n'ait pas retenu le nom des maîtresses du roi Henri ! Toujours est-il que Guillaume-le-Conquérant avait épousé la fille de Baudouin V, comte de Flandres, Mathilde, elle-même descendante à la 9ème génération du roi Egbert de Wessex (802-839) dont on dit qu'il avait épousé Redburh, sœur d'un roi des Francs mais ça … c'est une autre histoire.

Terminons ici (*) car il est certain qu'Adolphe Regout n'en demandait pas tant ! Que son âme repose en paix auprès des mânes de ses ancêtres … 

Nicolas van Outryve d'Ydewalle

(*) L'hérédité aux accents gallois et irlandais d'Adolphe Regout ne vaut-elle pas une prestigieuse ascendance princière russe ? Issu du fils aîné de Petrus Laurentius, Alfred Regout (1911-1994) épouse Elisabeth Misson en 1937. On retrouve dans la corbeille de la mariée de solides quartiers remontant tout droit à Rurik, fondateur de l'empire russe en 862. Une voie princière : Misson > Boussu Walcourt > Lonlay > Galz de Malvirade > Svistounov > princes Bariatinsky, issus de Saint Michel, prince de Tchernigov, descendant de Yaroslav-le-Sage, grand-prince de Kiev, arrière-arrière-petit-fils de Rurik, grand-prince de Novgorod !