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28/01/2012

La bible manuscrite (1372) de Jean de Vaudétar, valet de chambre des rois de France Charles V et Charles VI, ancêtre de Marie Aronio de Romblay (1843-1926)

Après la "belle Acarie", née Barbe Avrillot, une cousine carmélite qui introduisit le Carmel en France
en 1604 et Barthélemy Alatruye, haut fonctionnaire sous Philippe le Bon, magnifiquement peint
avec son épouse par le Maître de Flémalle, l'ascendance de Marie Aronio de Romblay,
mère des branches Emmanuel, Stanislas, André et Marie-Thérèse van Outryve d'Ydewalle,
est un véritable régal en matière d'histoires illustrées.

Les Vaudétar ? Originaires de Lombardie où les ducs de Milan leur avaient attribué des terres - d'où le patronyme de Valdetar ou Valdetor, provenant de val dell'taro, val des terres, francisé en Vaudétar - ilsaronio de romblay,belle acarie,avrillot,alatruye,meersman westreenen,jean de bandol,ghini malphigi,valdetor,bible historiale,charles v,carmel,baillet,des essarts,des landes,nicolas rollin,de chanteprime,de dormans, van outryve d'ydewalle apparaissent au début du XIVième siècle sur le territoire d'Issy-les-Moulineaux aux portes de Paris. La famille connaît une remarquable ascension. L'abbaye de Saint Magloire à Paris lui cède ses droits seigneuriaux et lui confie l'administration de ses terres à Issy. Comme la plupart des administrateurs de biens d'église, les Vaudétar joueront sous les premiers rois Valois un rôle important au Parlement de Paris. Charges de cour ou de robe : échevins, bourgeois ainsi que chevaliers ès lois, magistrats et ecclésiastiques.

Le plus connu, Jean de Vaudétar [ci-contre], est valet de chambre des rois de France Charles V et Charles VI. Valet de chambre ? Une fonction de cour qui apparaît à la fin du Moyen-Âge, permettant à certains de ses titulaires de devenir intimes du roi. Au siècle des Lumières, Saint-Simon ne comparait-il d'ailleurs pas les valets de chambre royaux à ces puissants affranchis des empereurs romains à qui le Sénat et les grands de l'empire faisaient leur cour ?

L'intérêt de cette rubrique familiale ? Une très belle enluminure provenant du musée Meerman-Westreenen à La Haye, extraite de la bible manuscrite dite de Jean de Vaudétar que celui-ci présenta à son roi Charles V le jour de Pâques, un 28 mars 1372. L'artiste ? Iohannes de Brugis, pictor regis, fecit : Jean de Bandol, attaché à la cour de France, l'un des miniaturistes les plus raffinés de son temps, peintre flamand de l'école de Bruges, d'où son surnom de Jean de Bruges.

A vous, Charles, roy plain d'onnour, qui de sapience la flour estes sur tous les roy du monde, presente et donne cestui livre et à genotz cy le vous livre Jehan Vaudetar, votre servant, qui est cy figuré devant. Un certain Raoulet d'Orléans, scribe royal et rédacteur de la bible, est l'auteur de cette charmante dédicace de présentation pour le compte de Jean de Vaudétar.

Jean de Vaudétar offre un livre à Charles V de France, illustration de la bible historial.jpg

Présentation d'une bible "historiale" [bible traduite du latin en français, enrichie de nombreuses enluminures et de commentaires historiques] par Jean de Vaudétar au roi de France Charles V. Enluminure du miniaturiste brugeois Jean de Bandol, peintre à la cour de France. En homme cultivé, Charles V organise la première bibliothèque royale qu'il fait installer en son palais du Louvre,
une collection comprenant environ 1.200 volumes.

Six siècles et pas moins de quatorze générations séparent Jean de Vaudétar de sa p'tite fiotte Marie Aronio de Romblay [illustration de droite] et nombreux sont les quartiers généalogiques méritant quelques détoursmaria aronio2.JPG en matière d'histoires illustrées.

Le premier Vaudétar connu en France, Leandro de Valdetor, arrive au pays vers 1325. Sa femme Leonora Ghini, issue d'une famille de banquiers florentins, est la nièce du cardinal Andrea Ghini-Malphigi cardinal Ghini2.jpg(+1343) [ci-contre], évêque d'Arras et de Tournai et familier du roi Philippe VI. Leur fils Guillaume, père de notre Jean de Vaudétar, épouse en 1338 Yolande de Melun dont l'ascendance remonte à Guillaume-le-Conquérant ainsi que Charlemagne et bien au-delà.

Perrette de Vaudétar (+1549), première du nom dans l'ascendance Aronio, est l'épouse de Nicolas Avrillot. Ils sont tous deux les grands-parents de notre cousine Barbe, alias madame Acarie (1566-1618), fondatrice du Carmel en France.

Notaire et secrétaire du roi ainsi que conseiller au Parlement de Paris, Nicolas Avrillot est seigneur de Champlâtreux, propriétaire du château du même nom qui sera reconstruit et remplacé par une demeure plus vaste, anciennement résidence de campagne des Molé, célèbre famille de parlementaires parisiens, aujourd'hui propriété des Noailles.

La mère de Perrette, née Antoinette Baillet, descend d'une famille de maîtres des requêtes, de conseillers et de trésoriers royaux. Son aïeul Henri Baillet (°1320) est le gendre de Pierre des Essarts, bourgeois nanti et proche conseiller financier de Philippe V, Charles IV et Philippe VI. Gérant les finances des deux derniers Capétiens et du premier Valois, il se retrouve en première ligne lors des manipulations monétaires destinées à procurer à l'État de nouvelles ressources. A la suite de l'humiliante défaite contre les Anglais à la bataille de Crécy (1346), on cherche des boucs émissaires. Rendu responsable du mauvais gouvernement, Pierre des Essarts est jeté en prison avec d'autres banquiers proches du pouvoir. Il en ressort sans être condamné ni acquitté mais meurt deux ans plus tard de la peste, en 1349.

02 La vierge au chancelier Rollin, détail Rollin.jpgL'épouse de notre Jean de Vaudétar, Pernelle des Landes, a une nièce, Marie (+1410), femme du célèbre Nicolas Rolin, chancelier du duc de Bourgogne Philippe le Bon, sous les ordres duquel officiait notre aïeul Barthélemy Alatruye. Il est représenté ici dans le magnifique tableau de ]an van Eyck, La Vierge au chancelier Rolin. Un cousinage par alliance sans doute un peu lointain mais bien réel !

Pierre de Vaudétar, fils de Jean et de Pernelle des Landes, est comme son père valet de chambre du roi Charles VII. Il est marié àaronio de romblay,belle acarie,avrillot,alatruye,meersman westreenen,jean de bandol,ghini malphigi,valdetor,bible historiale,charles v,carmel,baillet,des essarts,des landes,nicolas rollin,de chanteprime,de dormans, van outryve d'ydewalle Marguerite de Chanteprime, nièce par sa mère de Jean de Dormans (+1373) [ci-contre]. Docteur en droit canonique, cumulant fonctions juridiques, administratives et religieuses, il est successivement avocat au Parlement de Paris, évêque de Lisieux puis de Beauvais, conseiller du dauphin, le futur Charles V, chancelier de France, négociateur au traité de Brétigny, ambassadeur auprès des Anglais. Pour conclure, le pape Urbain V l'élève au rang de prince de l'Eglise en tant que cardinal de Beauvais. Un an avant sa mort, il fonde à Paris le Collège de Beauvais qui recevra quelques pensionnaires dont l'histoire retiendra les noms : Racine, Nicolas Boileau, Charles Perrault, Cyrano de Bergerac.

Le roi Charles V meurt le 16 septembre 1380. Il aura rédigé son testament un an auparavant : A nos amez et féaux conseillers ..., suivent les noms des différents personnages de sa cour, évêque, chancelier, boutillier, premier chambellan, confesseur, maître de comptes, sous-aumonier ainsi que ... Jehan de  Vaudetar et Gile Malet, nos valets de chambre ordinaire et commis exécuteurs de par nous sur le fait et accomplissement de notre testament ... mandons à tous à qui il appartiendra que sur toutes ces choses par eux vous soit obey sans contredit ...

Fin de cette petite chronique de famille ... en attendant d'autres ?

Nicolas van Outryve dYdewalle

 

25/01/2012

Guillaume de Bilquin, un aïeul bien dans ses papiers

Chronique autour des faits et gestes de sire Guillaume de Bilquin (1656-1710), maître de forges,
bailli des forêts d'Entre-Sambre-et-Meuse, châtelain de Marchienne-au-Pont et seigneur de Bioul,
ancêtre commun des lignées Cartier, Moreau, Montpellier et autres familles alliées.

Notre récit débute en l'an de grâce 1646 lorsqu'un dénommé Antoine Bilquin [ci-contre], bourgeois de Dinant, Antoine Bilquin1.jpgconvole en justes noces avec une demoiselle Anne Moreau, originaire de Fontaine-l'Evêque. L'origine de cette union ? Des relations d'affaires - le négoce du fer - entre le gendre et le beau-père. Dix ans plus tard, le jeune ménage se fixe à Marchienne-au-Pont où la chance sourit à Antoine Bilquin : les usines dites de Zone, comprenant une forge et une fenderie [laminoir], sont à vendre. Entreprise de concert avec son beau-frère André Moreau, cette affaire va s'avérer excellente et sera à la base de la fortune familiale.

L'histoire ne nous apprend-t-elle pas que c'est dans l'Entre-Sambre-et-Meuse ainsi que dans les comtés du Hainaut et de Namur que l'on trouve les premières forges, source de richesse et de considération pour nombre de familles ? Si les nobles pouvaient l'exercer sans déroger, les maîtres de forges bourgeois obtenaient plus facilement concession de noblesse grâce à leurs mérites professionnels, comme le témoignent ces lettres patentes accordées par l'empereur d'Autriche : … que le remontrant nous aurait rendu divers bons services en la fonte et au fournissement de plusieurs pièces de canons, balles, mousquets, bombes, grenades, pour l'usage de nos armées …

Malheureusement, après quinze années de mariage et huit enfants, Anne Moreau meurt en donnant naissance à un neuvième. Elle n'a que 34 ans. Se consolant comme il peut, Antoine Bilquin travaille d'arrache pied, ne s'accordant aucune distraction. De simple marchand de fer, il devient un important maître de forges. Standing oblige, il installe ses pénates dans la plus belle demeure de Marchienne-au-Pont sur la place de l'Eglise. Puis, il est nommé bailli et contrôleur des Bois et Forêts de S.A.E. [Son Altesse Electorale] le prince-évêque de Liège au quartier d'Entre-Sambre-et-Meuse.

Antoine Bilquin s'enrichit, acquiert des terres et des rentes et soulage la misère de ses contemporains. Pieux et généreux, il soutient de ses bienfaits le couvent des Récollets de Fontaine-l'Evêque et celui des Sépulchrines de la Miséricorde de Marchienne-au-Pont où l'une de ses filles, sœur Sébastienne de Saint-Gabriel, est chanoinesse régulière. Antoine Bilquin décède le 20 décembre 1685 à neuf heures du soir, après une longue maladie supportée avec beaucoup de courage. Qu'il repose en paix, relate dans le registre paroissial de Marchienne-au-Pont son curé qui l'appréciait beaucoup.

Bilquin - Baillencourt.jpg

Guillaume de Bilquin (1656-1710) et son épouse Marie-Agnès de Baillencourt (1654-1725),
ancêtres de l'auteur de ces lignes

Quelques six ans auparavant, en l'église Notre-Dame de Nivelles, son fils Guillaume s'était uni pour lede bilquin,de bioul,de cartier,de moreau,de montpellier,de baillencourt,de courcol,château de marchienne au pont,vaxelaire,de proper,marguerite yourcenar,cartier de marchienne meilleur et pour le pire à damoiselle Marie-Agnès de Baillencourt, dit Courtcol, fille d'un receveur des domaines de Nivelles, issu d'une branche cadette de l'illustre maison de Baillencourt, arrivée vers 1522 d'Artois en Belgique à la suite de Jehan de Baillencourt, échanson de Charles-Quint. Cette lignée belge semble avoir rapidement retrouvé une partie de son lustre ancien : le mariage n'est-il pas béni par un oncle de Marie-Agnès, qui n'est autre que monseigneur François de Baillencourt, évêque de Bruges [ci-contre], alors que deux des propres frères d'icelle officient comme chanoines à la cathédrale de Bruges ?

Quelques générations plus tôt, un Jean de Baillencourt, échanson de la reine Eléonore d'Espagne et panetier [chargé de la garde et de la distribution du pain à la cour] de l'empereur Charles-Quint, épouse Anne d'Ittre, un vieux nom de la féodalité brabançonne. De cette union naît Jeanne qui convolera avec Guillaume de Rifflart, ancêtre de la future lignée des marquis d'Ittre, devenue par après de Trazegnies d'Ittre.  

A en croire la chronique, la noblesse des Baillencourt dériverait d'un fait d'armes datant du 18 août 220px-Battle_of_Mons-en-Pévele.jpg1304 lors de la bataille de Mons en Pévèle [illustration] dans le Nord de la France, où les Flamands du comte de Flandre furent méchamment défaits par les troupes françaises commandées par Philippe le Bel. La journée est torride, nos Flamands ont soif et cherchent à s'emparer du seul point d'eau disponible. Pris par surprise, Philippe le Bel et ses chevaliers refluent en désordre. Il s'en faut de peu que le roi ne soit fait prisonnier. Fort heureusement, un dénommé Baillencourt, petit de taille, arrive à le dégager. Le roi le récompense en l'anoblissant par son surnom Courtcol, patronyme élégamment porté aujourd'hui par de lointains cousins français Courcol de Baillencourt !

Ne dérogeant point à la règle qu'en matière de généalogie une partie de notre humanité européenne se doit de descendre d'Hugues Capet, une Baillencourt s'alliera à un Beauffort, lui-même issu d'illustres hobereaux féodaux dont Hugues II de Ponthieu, époux de Gisèle de France, fille puînée du souverain capétien, lié quant à lui à Guillaume-le-Conquérant, Charlemagne et bien d'autres, tel un Duncan Ier, roi d'Ecosse, que Shakespeare fera assassiner par Macbeth, un autre roi d'Ecosse.  

Mais revenons à nos affaires. Unique héritier de son père, Guillaume de Bilquin - ses frères et sœurs n'étant déjà plus de ce monde - lui succède dans sa charge de bailli et contrôleur des Bois et Forêts d'Entre-Sambre-et-Meuse. Tout naturellement, il prend la tête des usines de Zone qui seront la pièce maîtresse de sa fortune industrielle. Entre-temps, il a racheté et restauré la grosse forge du Monceau, restée inactive depuis l'époque où son grand-père Guillaume Moreau en avait cessé l'exploitation, seize ans auparavant.

Ne s'arrêtant pas en si bon chemin, il reprend à sa charge l'exploitation et la production de la forge et du fourneau de Bouffioux dont le propriétaire, greffier à Châtelet, est endetté jusqu'au cou. Puis, c'est l'acquisition du fourneau de Feroulle, suivi de la prise en main du fourneau de Gerpinnes. Et en achetant le bois de Marcinelle, suivi par le bois des Marlières à Mont-sur-Marchienne, il devient propriétaire terrien.

L'industrie métallurgique de nos contrées du Sud travaille intensément pour couvrir les énormes besoins militaires de la France. Infatigable travailleur comme son père Antoine ainsi que son grand-père Guillaume Moreau, Guillaume de Bilquin bénéficie d'une longue période de prospérité. Sa réussite fait de lui un gentilhomme fastueux.

Cerise sur le gâteau : en janvier 1695, il devient châtelain en acquérant le castel de Marchienne-au-Pont. Lorsque s'érige le château au début du XVIIième siècle, Marchienne-au-Pont n'est qu'un village au bord d'une rivière, tirant sa prospérité et son nom d'un pont qui sera longtemps l'unique lien entre l'abbaye d'Aulne et Châtelet, avant la création de Charleroi en 1666. Après avoir longtemps été occupé et détérioré par une garnison française, l'édifice doit être presque entièrement reconstruit.

Marchienne-au-Pont_051106_(9).JPG

Il lui reste quinze ans à vivre et à prospérer. A cours d'argent, le prince-évêque de Liège est heureux de lui céder pour la somme 6.000 florins les seigneuries hautaines de Marchienne-au-Pont et Mont-sur-Marchienne. D'homme de qualité, voilà notre sieur Bilquin devenu seigneur hautain. Mais jamais il ne pourra accéder à la noblesse officielle car les circonstances qui auront privilégié sa fortune, le défavoriseront. Liégeois, il ne pouvait être anobli que par l'empereur. Mais il réside en zone ennemie, sous l'obédience de Joseph-Clément de Bavière, vassal rebelle et exilé en France !

Tout cela ne l'empêche pas de vivre noblement. Par acte du 22 juin 1708, il acquiert la seigneurie de Bioul [illustration ci-dessous], une des terres les plus aristocratiques du comté de Namur. Ici aussi, le château est en fort mauvais état. Il entreprend de le restaurer mais sans en voir la fin, puisqu'il meurt deux ans plus tard.

vknk_bioul1.jpg

L'histoire de la seigneurie de Bioul mérite par ailleurs un petit détour. Cités au XIième siècle, les premiers maîtres du lieu sont les seigneurs d'Orbais qui règnent également à Corroy-le-Château et Sombreffe. Passé par mariage aux seigneurs de Jauche, le patrimoine de Bioul se voit hypothéqué, vendu puis cédé en 1522 aux Brandebourg. Cent cinquante ans plus tard, l'une des héritières, la baronne de Soye, le vend à Guillaume de Bilquin. Celui-ci l'attribue par héritage à sa fille et à son gendre Guillaume-Nicolas de Moreau qui termine le gros du travail de restauration. Une aussi excellente fortune mène d'ailleurs ce dernier au siège mayoral de Charleroi ainsi qu'au titre de chevalier, accordé par l'empereur Charles VI d'Autriche. Survient la Révolution française, exit la fortune des Moreau qui revendent Bioul à René Moretus, descendant de l'illustre Plantin, bien dans ses papiers lui aussi. De son épouse Marie de Theux, le nouveau propriétaire a cinq enfants dont le dernier, Jésuite, reprend le château et les terres. Trop occupé à fonder la bibliothèque de Notre Dame de la Paix à Namur que pour résider dans ses tours, il revend la seigneurie de Bioul à François Vaxelaire en 1906. Les descendants Vaxelaire l'occupent toujours.

de bilquin,de bioul,de cartier,de moreau,de montpellier,de baillencourt,de courcol,château de marchienne au pont,vaxelaire,de proper,marguerite yourcenar,cartier de marchienneGuillaume de Bilquin décède à Bioul le 25 juin 1710 à l'âge de 53 ans. Il est enterré dans le chœur de l'église où sa dalle funéraire se voit encore. Son épouse Marie-Agnès - elle meurt en 1725 - recueille l'entièreté de l'usufruit de la fortune, tout en se déchargeant sur ses gendres d'une bonne partie de la gestion journalière des usines. Mais elle a fort à faire pour maintenir la paix entre les pièces rapportées, douées de fortes personnalités. Si l'un est envahissant, se prévalant de sa qualité de mari de la fille aînée, l'autre, époux de la cadette, se montre tatillon parce qu'il s'estime lésé, alors que les deux autres ne demandent qu'à vivre en paix. L'héritage n'est pas vraiment négligeable : la part de chaque héritière s'élève à 4.000 florins de rente, nettement supérieurs aux 568 florins de rente dont avait hérité leur père de son grand-père, Guillaume Moreau.

Des sept enfants de Guillaume et Marie-Agnès de Bilquin, quatre filles seulement seront parvenues à l'âge adulte. Marie-Josèphe, épouse de Guillaume-Nicolas de Moreau, son oncle à la mode de Bretagne, bailli et mayeur de la ville de Charleroi, maître de forges à Rouillon-Annevoie et Yvoir en 1700. Elle reçoit la terre et la seigneurie de Bioul ainsi que celle de Hommelbrouck à Oostkamp, héritage d'un de ses oncles chanoines Baillencourt.

Marie-Thérèse se marie en 1708 avec François-Guillaume de Propper, chevalier du Saint Empire, conseiller d'Etat et directeur de la Chambre des Comptes de S.A.E. de Cologne. A en croire la relation du curé de Marchienne, absent à la cérémonie, ce fut un beau mariage bien qu'il fut faict durant le tems que je fus pour mes incommodités prendre les bains au lieu de Chaudfontaine.

Héritant des usines de Zone, Jeanne-Françoise de Bilquin épouse en 1714 dans la chapelle du châteaude bilquin,de bioul,de cartier,de moreau,de montpellier,de baillencourt,de courcol,château de marchienne au pont,vaxelaire,de proper,marguerite yourcenar,cartier de marchienne de Marchienne Jean de Montpellier, seigneur d'Yvoir et d'Annevoie, maître de forges à Yvoir et Sclaigneux, mayeur de la cour des Férons du comté de Namur et seigneur foncier d'Annevoie. Leurs enfants seront anoblis en 1743.

Marie-Agnès [ci-contre] - elle disposera du château de Marchienne-au-Pont - devient en 1717 la femme de Jean-Louis de Cartier, fils d'un bourgmestre de Liège et trésorier général du de bilquin,de bioul,de cartier,de moreau,de montpellier,de baillencourt,de courcol,château de marchienne au pont,vaxelaire,de proper,marguerite yourcenar,cartier de marchienneprince-évêque, à son tour bourgmestre de Liège. L'auteur de ces lignes déclare son attachement généalogique et filial à cette neuf fois arrière-grand-mère via les Reynegom de Buzet, de Vrière et van Outryve d'Ydewalle de la branche dite de Beernem.  

Clôturons notre récit par quelques mots sur l'évolution du château de Marchienne-au-Pont. Dans son ouvrage Souvenirs pieux, Marguerite Yourcenar, alias de Crayencour, parle de son ascendance maternelle Cartier de Marchienne, propriétaire depuis plusieurs générations d'un manoir de style Renaissance flamande, situé au cœur de Marchienne-au-Pont. Et de raconter l'étrange lubie de son oncle Emile de Cartier de Marchienne [illustration], ambassadeur en Chine au début du siècle dernier : faire ambassadeur de Cartier.jpgreconstruire la Légation belge, située en plein cœur de Pékin, quasi à l'identique du château familial de Marchienne-au-Pont. Une entreprise gigantesque, des plans dressés à Marchienne, des matériaux arrivant à Pékin par colis numérotés de briques, tuiles, ardoises, pavements et lambris. Aujourd'hui, le bâtiment existe toujours et se situe à deux pas de la célèbre place Tian An Men !

La famille de Cartier vend la propriété à la ville de Marchienne-au-Pont en 1938. Subissant le sort habituellement réservé aux demeures acquises par un organisme public, le château sera longtemps laissé à l'abandon. Restauré depuis peu, il se visite à l'occasion des Journées du Patrimoine. Fortifié au nord par une muraille dominant la Sambre, le logis se compose de deux ailes perpendiculaires, d'une tour d'angle et d'une chapelle, ceinturant la cour d'honneur dont le porche d'entrée est frappé aux armes Bilquin-Baillencourt.
                                    
Nicolas van Outryve d'Ydewalle

© Edmond de Moreau d'Andoy : Historique de la famille de Moreau
© Gaspard Maigret de Priches : Nos familles de Maîtres de Forges (1446-1860)
© Professeur Philippe Jacqmin : Cercle d'Archéologie de Marchienne-au-Pont
© Marquis de Trazegnies : Archives du Fonds de Corroy-le-Château (familles éteintes)

14/01/2012

Le château de Loppem, un phantasme néo-gothique en Flandres

Considéré comme une merveille architecturale lors de son achèvement en 1863,
pris pour une sinistre horreur par ses détracteurs dans les années '20,
le château de Loppem est en 1918 le théâtre du fameux "coup de Loppem",
consacrant l'adoption du suffrage universel, arraché par les socialistes au roi Albert Ier.

Novembre 1918, Albert Ier réside depuis peu au château de Loppem, devenu quartier général dealbert_chevalier1930.jpg l'armée belge, non loin de Bruges. Le 11 novembre, jour de l'armistice, notre souverain s'atèle sans tarder à la formation d'un gouvernement d'unité nationale avec pour la toute première fois la participation des socialistes. Pour l'époque, le programme politique s'annonce audacieux, explosif même : instauration du suffrage universel, flamandisation de l'université de Gand, reconnaissance de la liberté syndicale. Réformes que le roi doit annoncer ultérieurement lors de son discours du Trône à Bruxelles. Horrifiée par la hardiesse de ces innovations, la droite parle du coup de Loppem et clame qu'au sinistre château de Loppem, le roi a été chambré par une clique de Rouges !

Loppem, un château historique ? Une histoire qui débute en 1858 ...

Calonne-sur-l'Escaut, Caloen en flamand, un petit village du Tournaisis qui doit sa fortune à ses carrières de pierres. A l'époque, les pierres sont acheminées sur des barges par l'Escaut. A Gand, les comptes de l'église Saint-Bavon mentionnent régulièrement des achats de stenen van Caloen. Au XIVème siècle, deux Calonne suivent la route de leurs pierres et flamandisent leur nom. L'un devient grand bailli de la ville de Gand, l'autre fait des enfants dont les descendants prendront racines en différents endroits du Franc de Bruges.

Tandis que leurs cousins Calonne se font militaires en France ou abbés en Espagne, les Caloen de Flandre se contentent d'être terriens, ne réservant leurs instincts guerriers qu'à la chasse aux faisans, tout en orientant vers les Ordres ceux de leurs rejetons qui font preuve d'intelligence. Ils apparaissent à Loppem au début du XIXème siècle en la personne de Joseph-Bernard van Caloen. Le père de ce dernier est député aux Etats de Flandre et bourgmestre de Bruges, ce qui lui vaut le privilège de connaître l'humidité des cachots de sa bonne ville, otage malgré lui des sans-culottes français en 1793.

Joseph-Bernard épouse Marie-Christine de Potter. Les Potter ? Des habitués de Loppem : le grand-père, Clément, seigneur de Droogewalle, a acquis en 1756 auprès de l'évêque de Bruges l'ancienne cure du lieu qu'il a agrandie pour en faire sa campagne. Marie-Christine héritera de la propriété.

Alors que trois fils naissent de son union avec Joseph-Bernard van Caloen, l'aîné meurt du typhus à vingt ans et le troisième se fait jésuite. Reste le second, Charles, qu'il s'agit de marier afin d'assurer la descendance. Or, celui-ci voudrait entrer dans les Ordres. Il en est empêché à cause d'une double cataracte, le rendant pratiquement aveugle à l'âge de dix-huit ans. Cette infirmité a tout naturellement renforcé son mysticisme et c'est en vain qu'on lui présente des héritières, mais toutes ces jeunes personnes lui semblent bien sottes et mondaines. Son père se désole, tandis qu'au château de Mianoye à Assesse se lamente de son côté un autre père. Le comte de Gourcy-Serainchamps souhaite avoir des petits-enfants mais sa fille Savina désire, elle aussi, entrer au couvent, se moquant des prétendants qui ne peuvent parler que de chevaux, de fusils et de sangliers. Heureusement, au château de Lovendegem veille une tante bien intentionnée, la baronne Dons. Une rencontre est organisée. Se comprenant d'emblée, les jeunes gens se fiancent, se marient et s'installent à Loppem !

Pavillon de Potter.gif

La maison de campagne de la famille de Potter à Loppem, plus tard van Caloen - Aquarelle de 1848.

Un ménage aussi peu ordinaire ne pouvait que résider dans une demeure extraordinaire …

Trouvant l'ancienne demeure trop vétuste, les jeunes mariés la font raser et entament dès 1858 la construction d'un château romantique d'un nouveau genre - le néo-gothique - fortement imprégné d'esprit chevaleresque et de sentiments religieux. A l'époque, le style chrétien ou néo-gothique est très à la mode. Par opposition aux styles de la Renaissance et du Classicisme, considérés comme païens et étrangers, il fallait témoigner d'une appartenance religieuse chrétienne et nationale, voir même régionale.

Les Caloen s'adressent à Edward Pugin, architecte londonien très en vogue, fils d'un théoricien du néo-gothique britannique qui participa à l'édification du Parlement de Londres. Le temps d'une première cuisson de briques à base de terre extraite de l'étang, un différend surgit entre l'architecte et les propriétaires qui décident de s'en séparer. Entre alors en scène Jean [de] Béthune, futur baron, chargé de dresser de nouveaux plans en meilleure harmonie avec le style ogival flamand. En matière d'architecture, le château de Loppem sera sa première réalisation, suivie de nombreuses autres dont l'abbaye bénédictine de Maredsous.

Extérieur château.gif

Façade avant du château se reflétant dans l'étang, tel qu'on peut le voir aujourd'hui.

Citadins l'hiver, châtelains l'été, le baron et la baronne Charles van Caloen passent la belle saison à Loppem parmi un concours de cousins français, monsignori romains, baronnets anglais et autres aimables pique-assiette. Un familier de la maison, l'illustre abbé-poète brugeois Guido Gezelle, y couche quelques rimes en vieux flamand, peintes pour la postérité en lettres gothiques sur les murs du grand salon.

En 1867 - Charles van Caloen a 52 ans - un miracle se produit. Apprenant qu'un médecin français opère avec succès de la cataracte, il part pour Paris au bras de son épouse. L'opération réussit fort bien. Après vingt ans de mariage, il peut pour la première fois contempler son épouse, puis ses enfants et ensuite son château qui, assure la chronique familiale, lui cause un certain choc ! Peu de temps après, il est élu sénateur de Bruges, enlevant le siège aux libéraux.

Bn Bnne Charles van Caloen.gif

Le baron Charles van Caloen en habit de sénateur, constructeur du château de Loppem reproduit en arrière-plan, et son épouse, née comtesse Savina de Gourcy-Serainchamps, représentée devant le château paternel de Mianoye à Assesse, aujourd'hui démoli. Huiles sur toile de J.B. Anthony, 1881. 

Charles et Savina van Caloen ont cinq enfants. L'aîné est célèbre : monseigneur Gérard van Caloen, premier moine-novice de Maredsous, réformateur de la congrégation bénédictine au Brésil puis fondateur de l'abbaye de Saint-André, située à quelques lieues du château paternel. Albert, le fils puîné, dessinera le fameux labyrinthe du château que petits et grands empruntent encore de nos jours : une longueur totale de 2 km où, de cul-de-sac en cul-de-sac, on finit par atteindre le but, un grand arbre entouré de bancs, symbole du paradis que le chrétien atteint après une vie d'efforts, d'erreurs et de recommencements.

Durant la première guerre mondiale, le baron Albert van Caloen est bourgmestre de Loppem, comme l'avaient été avant lui son père, son grand-père et son arrière-grand-père et comme le sera après lui son fils Karl. Pillé, expulsé, il fait face à l'adversité et réussit à se maintenir à son poste dans … la maison du jardinier. Survient la fin des hostilités, le baron songe à réoccuper son château mais le roi Albert et la reine Elisabeth annoncent leur arrivée. Le roi s'opposant à ce que le propriétaire du lieu retourne se réfugier chez son jardinier, souverain et châtelain cohabitent durant un mois au château de Loppem, devenu capitale de la Belgique libérée. Un ballet incessant d'ex-ministres, aspirants-ministres et futurs ministres, roi d'Angleterre, fils de l'empereur du Japon et diverses personnalités telles que Raymond Poincaré, président de la République française. Est-ce une demeure historique ?, s'enquiert ce dernier en franchissant le seuil du château. Et son hôte de lui répondre : Elle le sera à partir d'aujourd'hui !

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Visite de Raymond Poincaré, président de la République française, le 9 novembre 1918.
Parmi les personnalités présentes, on reconnaît la reine Elisabeth et le roi Albert Ier.

Le baron Jean van Caloen, dernier occupant des lieux, décédé en 1972, crée la Fondation van Caloen en lui faisant don du château, du parc et des bâtiments annexes. Outre le castel proprement dit, le visiteur est invité à y découvrir une riche collection de tableaux et d'antiquités : sculptures religieuses provenant de différentes régions de la vieille Europe, gravures de P. Breughel l'Ancien, manuscrits médiévaux et livres d'heures enluminés.

Le château de Loppem, expression de rêves chrétiens selon le magazine Point de Vue ou gloire du Gothic Revival comme le titre Philippe Farcy, infatigable chroniqueur ès vieilles pierres ? C'est selon. De toute manière, pour les amateurs d'art et d'histoire une visite s'impose car si la famille van Caloen peuple toujours les terres de Bruges, tout comme d'autres lieux du royaume, la belle époque s'est définitivement refermée sur le château néo-gothique de Loppem …

Nicolas van Outryve d'Ydewalle

Illustrations extraites de l'ouvrage Le Château de Loppem, Stichting Kunstboek 2001, Oostkamp
www.kasteelvanloppem.be - le château se visite tous les jours, sauf le Lu et le Ve, du 1er avril au 31 octobre, de 10 à 12 heures et de 14 à 18 heures.