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van outryve d'ydewalle

  • Guillaume de Bilquin, un aïeul bien dans ses papiers

    Chronique autour des faits et gestes de sire Guillaume de Bilquin (1656-1710), maître de forges,
    bailli des forêts d'Entre-Sambre-et-Meuse, châtelain de Marchienne-au-Pont et seigneur de Bioul,
    ancêtre commun des lignées Cartier, Moreau, Montpellier et autres familles alliées.

    Notre récit débute en l'an de grâce 1646 lorsqu'un dénommé Antoine Bilquin [ci-contre], bourgeois de Dinant, Antoine Bilquin1.jpgconvole en justes noces avec une demoiselle Anne Moreau, originaire de Fontaine-l'Evêque. L'origine de cette union ? Des relations d'affaires - le négoce du fer - entre le gendre et le beau-père. Dix ans plus tard, le jeune ménage se fixe à Marchienne-au-Pont où la chance sourit à Antoine Bilquin : les usines dites de Zone, comprenant une forge et une fenderie [laminoir], sont à vendre. Entreprise de concert avec son beau-frère André Moreau, cette affaire va s'avérer excellente et sera à la base de la fortune familiale.

    L'histoire ne nous apprend-t-elle pas que c'est dans l'Entre-Sambre-et-Meuse ainsi que dans les comtés du Hainaut et de Namur que l'on trouve les premières forges, source de richesse et de considération pour nombre de familles ? Si les nobles pouvaient l'exercer sans déroger, les maîtres de forges bourgeois obtenaient plus facilement concession de noblesse grâce à leurs mérites professionnels, comme le témoignent ces lettres patentes accordées par l'empereur d'Autriche : … que le remontrant nous aurait rendu divers bons services en la fonte et au fournissement de plusieurs pièces de canons, balles, mousquets, bombes, grenades, pour l'usage de nos armées …

    Malheureusement, après quinze années de mariage et huit enfants, Anne Moreau meurt en donnant naissance à un neuvième. Elle n'a que 34 ans. Se consolant comme il peut, Antoine Bilquin travaille d'arrache pied, ne s'accordant aucune distraction. De simple marchand de fer, il devient un important maître de forges. Standing oblige, il installe ses pénates dans la plus belle demeure de Marchienne-au-Pont sur la place de l'Eglise. Puis, il est nommé bailli et contrôleur des Bois et Forêts de S.A.E. [Son Altesse Electorale] le prince-évêque de Liège au quartier d'Entre-Sambre-et-Meuse.

    Antoine Bilquin s'enrichit, acquiert des terres et des rentes et soulage la misère de ses contemporains. Pieux et généreux, il soutient de ses bienfaits le couvent des Récollets de Fontaine-l'Evêque et celui des Sépulchrines de la Miséricorde de Marchienne-au-Pont où l'une de ses filles, sœur Sébastienne de Saint-Gabriel, est chanoinesse régulière. Antoine Bilquin décède le 20 décembre 1685 à neuf heures du soir, après une longue maladie supportée avec beaucoup de courage. Qu'il repose en paix, relate dans le registre paroissial de Marchienne-au-Pont son curé qui l'appréciait beaucoup.

    Bilquin - Baillencourt.jpg

    Guillaume de Bilquin (1656-1710) et son épouse Marie-Agnès de Baillencourt (1654-1725),
    ancêtres de l'auteur de ces lignes

    Quelques six ans auparavant, en l'église Notre-Dame de Nivelles, son fils Guillaume s'était uni pour lede bilquin,de bioul,de cartier,de moreau,de montpellier,de baillencourt,de courcol,château de marchienne au pont,vaxelaire,de proper,marguerite yourcenar,cartier de marchienne meilleur et pour le pire à damoiselle Marie-Agnès de Baillencourt, dit Courtcol, fille d'un receveur des domaines de Nivelles, issu d'une branche cadette de l'illustre maison de Baillencourt, arrivée vers 1522 d'Artois en Belgique à la suite de Jehan de Baillencourt, échanson de Charles-Quint. Cette lignée belge semble avoir rapidement retrouvé une partie de son lustre ancien : le mariage n'est-il pas béni par un oncle de Marie-Agnès, qui n'est autre que monseigneur François de Baillencourt, évêque de Bruges [ci-contre], alors que deux des propres frères d'icelle officient comme chanoines à la cathédrale de Bruges ?

    Quelques générations plus tôt, un Jean de Baillencourt, échanson de la reine Eléonore d'Espagne et panetier [chargé de la garde et de la distribution du pain à la cour] de l'empereur Charles-Quint, épouse Anne d'Ittre, un vieux nom de la féodalité brabançonne. De cette union naît Jeanne qui convolera avec Guillaume de Rifflart, ancêtre de la future lignée des marquis d'Ittre, devenue par après de Trazegnies d'Ittre.  

    A en croire la chronique, la noblesse des Baillencourt dériverait d'un fait d'armes datant du 18 août 220px-Battle_of_Mons-en-Pévele.jpg1304 lors de la bataille de Mons en Pévèle [illustration] dans le Nord de la France, où les Flamands du comte de Flandre furent méchamment défaits par les troupes françaises commandées par Philippe le Bel. La journée est torride, nos Flamands ont soif et cherchent à s'emparer du seul point d'eau disponible. Pris par surprise, Philippe le Bel et ses chevaliers refluent en désordre. Il s'en faut de peu que le roi ne soit fait prisonnier. Fort heureusement, un dénommé Baillencourt, petit de taille, arrive à le dégager. Le roi le récompense en l'anoblissant par son surnom Courtcol, patronyme élégamment porté aujourd'hui par de lointains cousins français Courcol de Baillencourt !

    Ne dérogeant point à la règle qu'en matière de généalogie une partie de notre humanité européenne se doit de descendre d'Hugues Capet, une Baillencourt s'alliera à un Beauffort, lui-même issu d'illustres hobereaux féodaux dont Hugues II de Ponthieu, époux de Gisèle de France, fille puînée du souverain capétien, lié quant à lui à Guillaume-le-Conquérant, Charlemagne et bien d'autres, tel un Duncan Ier, roi d'Ecosse, que Shakespeare fera assassiner par Macbeth, un autre roi d'Ecosse.  

    Mais revenons à nos affaires. Unique héritier de son père, Guillaume de Bilquin - ses frères et sœurs n'étant déjà plus de ce monde - lui succède dans sa charge de bailli et contrôleur des Bois et Forêts d'Entre-Sambre-et-Meuse. Tout naturellement, il prend la tête des usines de Zone qui seront la pièce maîtresse de sa fortune industrielle. Entre-temps, il a racheté et restauré la grosse forge du Monceau, restée inactive depuis l'époque où son grand-père Guillaume Moreau en avait cessé l'exploitation, seize ans auparavant.

    Ne s'arrêtant pas en si bon chemin, il reprend à sa charge l'exploitation et la production de la forge et du fourneau de Bouffioux dont le propriétaire, greffier à Châtelet, est endetté jusqu'au cou. Puis, c'est l'acquisition du fourneau de Feroulle, suivi de la prise en main du fourneau de Gerpinnes. Et en achetant le bois de Marcinelle, suivi par le bois des Marlières à Mont-sur-Marchienne, il devient propriétaire terrien.

    L'industrie métallurgique de nos contrées du Sud travaille intensément pour couvrir les énormes besoins militaires de la France. Infatigable travailleur comme son père Antoine ainsi que son grand-père Guillaume Moreau, Guillaume de Bilquin bénéficie d'une longue période de prospérité. Sa réussite fait de lui un gentilhomme fastueux.

    Cerise sur le gâteau : en janvier 1695, il devient châtelain en acquérant le castel de Marchienne-au-Pont. Lorsque s'érige le château au début du XVIIième siècle, Marchienne-au-Pont n'est qu'un village au bord d'une rivière, tirant sa prospérité et son nom d'un pont qui sera longtemps l'unique lien entre l'abbaye d'Aulne et Châtelet, avant la création de Charleroi en 1666. Après avoir longtemps été occupé et détérioré par une garnison française, l'édifice doit être presque entièrement reconstruit.

    Marchienne-au-Pont_051106_(9).JPG

    Il lui reste quinze ans à vivre et à prospérer. A cours d'argent, le prince-évêque de Liège est heureux de lui céder pour la somme 6.000 florins les seigneuries hautaines de Marchienne-au-Pont et Mont-sur-Marchienne. D'homme de qualité, voilà notre sieur Bilquin devenu seigneur hautain. Mais jamais il ne pourra accéder à la noblesse officielle car les circonstances qui auront privilégié sa fortune, le défavoriseront. Liégeois, il ne pouvait être anobli que par l'empereur. Mais il réside en zone ennemie, sous l'obédience de Joseph-Clément de Bavière, vassal rebelle et exilé en France !

    Tout cela ne l'empêche pas de vivre noblement. Par acte du 22 juin 1708, il acquiert la seigneurie de Bioul [illustration ci-dessous], une des terres les plus aristocratiques du comté de Namur. Ici aussi, le château est en fort mauvais état. Il entreprend de le restaurer mais sans en voir la fin, puisqu'il meurt deux ans plus tard.

    vknk_bioul1.jpg

    L'histoire de la seigneurie de Bioul mérite par ailleurs un petit détour. Cités au XIième siècle, les premiers maîtres du lieu sont les seigneurs d'Orbais qui règnent également à Corroy-le-Château et Sombreffe. Passé par mariage aux seigneurs de Jauche, le patrimoine de Bioul se voit hypothéqué, vendu puis cédé en 1522 aux Brandebourg. Cent cinquante ans plus tard, l'une des héritières, la baronne de Soye, le vend à Guillaume de Bilquin. Celui-ci l'attribue par héritage à sa fille et à son gendre Guillaume-Nicolas de Moreau qui termine le gros du travail de restauration. Une aussi excellente fortune mène d'ailleurs ce dernier au siège mayoral de Charleroi ainsi qu'au titre de chevalier, accordé par l'empereur Charles VI d'Autriche. Survient la Révolution française, exit la fortune des Moreau qui revendent Bioul à René Moretus, descendant de l'illustre Plantin, bien dans ses papiers lui aussi. De son épouse Marie de Theux, le nouveau propriétaire a cinq enfants dont le dernier, Jésuite, reprend le château et les terres. Trop occupé à fonder la bibliothèque de Notre Dame de la Paix à Namur que pour résider dans ses tours, il revend la seigneurie de Bioul à François Vaxelaire en 1906. Les descendants Vaxelaire l'occupent toujours.

    de bilquin,de bioul,de cartier,de moreau,de montpellier,de baillencourt,de courcol,château de marchienne au pont,vaxelaire,de proper,marguerite yourcenar,cartier de marchienneGuillaume de Bilquin décède à Bioul le 25 juin 1710 à l'âge de 53 ans. Il est enterré dans le chœur de l'église où sa dalle funéraire se voit encore. Son épouse Marie-Agnès - elle meurt en 1725 - recueille l'entièreté de l'usufruit de la fortune, tout en se déchargeant sur ses gendres d'une bonne partie de la gestion journalière des usines. Mais elle a fort à faire pour maintenir la paix entre les pièces rapportées, douées de fortes personnalités. Si l'un est envahissant, se prévalant de sa qualité de mari de la fille aînée, l'autre, époux de la cadette, se montre tatillon parce qu'il s'estime lésé, alors que les deux autres ne demandent qu'à vivre en paix. L'héritage n'est pas vraiment négligeable : la part de chaque héritière s'élève à 4.000 florins de rente, nettement supérieurs aux 568 florins de rente dont avait hérité leur père de son grand-père, Guillaume Moreau.

    Des sept enfants de Guillaume et Marie-Agnès de Bilquin, quatre filles seulement seront parvenues à l'âge adulte. Marie-Josèphe, épouse de Guillaume-Nicolas de Moreau, son oncle à la mode de Bretagne, bailli et mayeur de la ville de Charleroi, maître de forges à Rouillon-Annevoie et Yvoir en 1700. Elle reçoit la terre et la seigneurie de Bioul ainsi que celle de Hommelbrouck à Oostkamp, héritage d'un de ses oncles chanoines Baillencourt.

    Marie-Thérèse se marie en 1708 avec François-Guillaume de Propper, chevalier du Saint Empire, conseiller d'Etat et directeur de la Chambre des Comptes de S.A.E. de Cologne. A en croire la relation du curé de Marchienne, absent à la cérémonie, ce fut un beau mariage bien qu'il fut faict durant le tems que je fus pour mes incommodités prendre les bains au lieu de Chaudfontaine.

    Héritant des usines de Zone, Jeanne-Françoise de Bilquin épouse en 1714 dans la chapelle du châteaude bilquin,de bioul,de cartier,de moreau,de montpellier,de baillencourt,de courcol,château de marchienne au pont,vaxelaire,de proper,marguerite yourcenar,cartier de marchienne de Marchienne Jean de Montpellier, seigneur d'Yvoir et d'Annevoie, maître de forges à Yvoir et Sclaigneux, mayeur de la cour des Férons du comté de Namur et seigneur foncier d'Annevoie. Leurs enfants seront anoblis en 1743.

    Marie-Agnès [ci-contre] - elle disposera du château de Marchienne-au-Pont - devient en 1717 la femme de Jean-Louis de Cartier, fils d'un bourgmestre de Liège et trésorier général du de bilquin,de bioul,de cartier,de moreau,de montpellier,de baillencourt,de courcol,château de marchienne au pont,vaxelaire,de proper,marguerite yourcenar,cartier de marchienneprince-évêque, à son tour bourgmestre de Liège. L'auteur de ces lignes déclare son attachement généalogique et filial à cette neuf fois arrière-grand-mère via les Reynegom de Buzet, de Vrière et van Outryve d'Ydewalle de la branche dite de Beernem.  

    Clôturons notre récit par quelques mots sur l'évolution du château de Marchienne-au-Pont. Dans son ouvrage Souvenirs pieux, Marguerite Yourcenar, alias de Crayencour, parle de son ascendance maternelle Cartier de Marchienne, propriétaire depuis plusieurs générations d'un manoir de style Renaissance flamande, situé au cœur de Marchienne-au-Pont. Et de raconter l'étrange lubie de son oncle Emile de Cartier de Marchienne [illustration], ambassadeur en Chine au début du siècle dernier : faire ambassadeur de Cartier.jpgreconstruire la Légation belge, située en plein cœur de Pékin, quasi à l'identique du château familial de Marchienne-au-Pont. Une entreprise gigantesque, des plans dressés à Marchienne, des matériaux arrivant à Pékin par colis numérotés de briques, tuiles, ardoises, pavements et lambris. Aujourd'hui, le bâtiment existe toujours et se situe à deux pas de la célèbre place Tian An Men !

    La famille de Cartier vend la propriété à la ville de Marchienne-au-Pont en 1938. Subissant le sort habituellement réservé aux demeures acquises par un organisme public, le château sera longtemps laissé à l'abandon. Restauré depuis peu, il se visite à l'occasion des Journées du Patrimoine. Fortifié au nord par une muraille dominant la Sambre, le logis se compose de deux ailes perpendiculaires, d'une tour d'angle et d'une chapelle, ceinturant la cour d'honneur dont le porche d'entrée est frappé aux armes Bilquin-Baillencourt.
                                        
    Nicolas van Outryve d'Ydewalle

    © Edmond de Moreau d'Andoy : Historique de la famille de Moreau
    © Gaspard Maigret de Priches : Nos familles de Maîtres de Forges (1446-1860)
    © Professeur Philippe Jacqmin : Cercle d'Archéologie de Marchienne-au-Pont
    © Marquis de Trazegnies : Archives du Fonds de Corroy-le-Château (familles éteintes)

  • Barthélemy Alatruye (+1450), aïeul de Marie Aronio de Romblay (1843-1926)

    De Marie Aronio de Romblay à son aïeul Barthélemy Alatruye,
    haut fonctionnaire à la Cour du duc de Bourgogne,
    ou comment se faire portraiturer par le Maître de Flémalle

    Barthélemy Alatruye ? Greffier dès 1410 de la chambre des comptes à Lille puis maître aux chambres des comptes de Bruxelles et de Lille pour devenir ensuite conseiller à la Cour de Philippe le Bon, duc de Bourgogne. Décédé vers 1450, il est l'ancêtre à la 14ème génération de Marie Aronio de Romblay, épouse de Charles van Outryve d'Ydewalle (1840-1876). Une ascendance côté maternel par La Fonteyne, Fontaine de Santes, Moucque, Ricourt et Alatruye.

    Cette notice généalogique aurait pu en rester au stade d'une simple anecdote. Pourtant, il est écrit que les portraits de Barthélemy Alatruye et celui de son épouse Marie de Pacy, morte à Bruxelles en 1452, sont exposés au Musée d'Art Ancien de Bruxelles dans une salle dédiée à Rogier van der Weyden ! Le père de Marie fut quant à lui bourgeois d'Arras, secrétaire du Roi et également maître des comptes du duc de Bourgogne.

    A tout hasard, si on interrogeait Internet ? Et c'est ici que l'histoire commence : panneaux de bois peints par le célèbre Maître de Flémalle qui selon certaines sources ne serait pas de Flémalle mais bien de Tournai en la personne de Robert Campin (1380-1430) dont on dit qu'il est l'initiateur avec Jan van Eyck de la peinture des Primitifs flamands.

    3014808766_491e9277d4_b.jpg

    Ce diptyque offre quelques petites curiosités. Dûment répertorié par l'Institut Royal du Patrimoine Artistique, il en existe un original au Musée des Beaux-Arts de Tournai alors qu'une copie de la fin du XVIème siècle est conservée au Musée de Bruxelles. Datée de 1425, la peinture aurait été effectuée sur un tableau préexistant, ce qui explique la présence, au bas de l'encadrement de réemploi, des intitulés Les armes de Jehan Barrat et Les armes de Jehenne Cambri, ces noms n'ayant aucun lien avec les titulaires en titre. Et à qui appartient la devise peinte sur les quatre côtés Bien Faire Vaint ? Comprise en langage courant par un on est gagnant à faire une bonne action, pourquoi ne pas s'approprier cette belle parole de sagesse ?   

    220px-Nicolas_Rolin.jpgL'identification du Maître de Flémalle reste un point assez controversé dans l'histoire des Primitifs flamands. Mentionné à plusieurs reprises dans les archives de la ville de Tournai, Robert Campin dirigeait un important atelier de peinture où il accueillait des apprentis dont Rogelet de la Pasture, natif de Tournai, le futur Rogier van der Weyden qui deviendra le peintre officiel de la ville de Bruxelles. Si les œuvres du Maître de Flémalle n'étaient pas signées, leur affinité picturale et leur ressemblance avec celles d'un van der Weyden, tout comme d'autres condisciples du même atelier, s'expliqueraient par une relation de maître à élève(s), d'où l'hypothèse que l'anonyme de Flémalle serait Robert Campin.

    Afin d'administrer au mieux son vaste territoire, Philippe le Bon entretenait une grosse bureaucratie, courtiers, conseillers ès lois et ès finances, soit une centaine de hauts fonctionnaires issus pour la plupart de la bonne bourgeoisie. Si notre Barthélemy Alatruye en faisait partie, le plus remarquable d'entre eux restera le fameux Nicolas Rolin [à gauche], chancelier à la cour de Bourgogne durant quarante ans et immortalisé par Rogier van der Weyden ainsi que Jan van Eyck dans La Vierge au chancelier Rolin.

    A l'instar de Nicolas Rolin et de son contemporain Barthélemy Alatruye, certains de ces notables se font peindre pour l'éternité, soit seuls soit en tant que donateurs sur des tableaux à motifs religieux. Et de retrouver notre Barthélemy Alatruye qui aurait commandé à Robert Campin une descente de Croix destinée à être placée au-dessus de l'autel de la chapelle familiale dans l'église de la Madeleine à Lille où la famille Alatruye possédait un caveau. On reconnaît la figure de Barthélemy Alatruye sous le faciès de Nicodème portant les jambes du Christ, personnage central d'une descente de Croix [à droite] peinte suivant un modèle [à gauche] dessiné au fusain, conservé au Cabinet des Estampes du Louvre.

    descente de croix2.jpg

    Quant à avoir quelques précisions sur Jehan Barrat ainsi que son épouse Jehenne Cambri, les premiers personnages peints sur le diptyque Alatruye-Pacy, une rapide recherche indique que Barrat était conseiller de l'empereur et maistre de sa chambre des comptes à Lille.

    En somme, on reste en famille !   

    Nicolas van Outryve d'Ydewalle

     

  • Si l'Almanach de Saint-Pétersbourg m'était conté …

    Prestigieux prédécesseur des "Carnet Mondain", "High Life" et autre "Bottin Mondain",
    l'annuaire de la bonne société russe paraît pour la dernière fois en 1913,
    la guerre puis la Révolution bolchevique mettant brutalement ses membres aux abonnés absents.  

    Témoin d'une époque cruellement vécue par les très rares survivants d'aujourd'hui, l'Almanach de Saint-Pétersbourg constitue un émouvant livre de souvenirs où la mémoire des disparus côtoie le caractère suranné et désuet de ses annonces publicitaires ...

    Sous-titré Cour, Monde et Ville, il s'adresse tant à la société russe qu'aux étrangers en séjour en Russie à la "merci des guides et commissionnaires d'hôtel", annomod_article4675255_1.jpgnce-t-il en préambule. Au prix de 4 roubles à Pétersbourg, 8 marks à Leipzig ou Vienne, 10 francs à Paris, on pouvait également se le procurer à Londres, New York ou Washington.

    A tout seigneur tout honneur, la rubrique Cour est consacrée à la famille impériale : Sa Majesté Impériale Nicolaï Alexandrovitch, Empereur et Autocrate de toutes les Russies, tsar de Moscou, Kiev, Vladimir, Novgorod, etc., seigneur des pays d'Iverie, Cartalinie, Karbardinie, etc., souverain des princes circassiens et montagnards, etc., bref, un relevé géographique sinon topographique des glorieuses possessions de l'empire russe, suivi d'une longue litanie d'altesses impériales, les Augustes Membres, dont certaines périront tragiquement quatre ans plus tard sous la faucille et le marteau bolcheviques.

    A la Cour du tsar sied une publicité de standing : fournisseur des Cours d'Angleterre, de Grèce et d'Espagne ainsi que celle du roi du Siam, le bijoutier Cartier se rappelle au bon souvenir de sa clientèle impériale, tandis que la maison Heidsieck propose ses grands vins de Champagne en Monopole sec, Goût américain et Monopole brut.

    Les Frederiks.jpgtitulaires des Charges de Cour - chambellan, grand-maître, grand-maréchal, grand-veneur, écuyer, dame et demoiselle d'honneur - sont innombrables, tous portant des noms chargés d'histoire sans qui l'empire ne serait pas. A leur tête, le vieux comte Frédericks, ministre de la Cour Impériale et des Apanages, chef de la Maison Militaire de Sa Majesté l'Empereur. Il dispose d'une ligne téléphonique directe, le 1-20, coupée depuis près d'un siècle.

    Les pages de l'Almanach se rapportant au Corps diplomatique nous apprennent que le royaume de Belgique est représenté par le comte Conrad de Buisseret Steenbecque de Blarenghien, ministre plénipotentiaire, assisté de Bernard de l'Escaille et de Florent de Selys de Fanson, respectivement conseiller et secrétaire. Mais on est surpris d'apprendre que nos diplomates ne reçoivent que de 13.30h à 15h, alors que la légation du shah de Perse affichent ses heures de chancellerie de 10h à 17h ! La comtesse Frédéric de Pourtalès, épouse de l'ambassadeur du Kaiser à Saint-Pétersbourg, doyen du corps diplomatique, reçoit le lundi au 41, rue Morskaïa. Originaire du duché de Mecklenbourg-Schwerin, l'on sait que ce Pourtalès prussianisé est issu de l'émigration française de 1789.

    Précédant la liste mondaine, la rubrique Nécrologie nous renvoie à la pieuse mémoire des chers défunts dont Maria Tolstoï,maria tolstoï.jpg une mienne aïeule maternelle, décédée en son couvent le 5 avril 1912, deux ans après son illustre frère l'écrivain. Mariée très jeune à un cousin Tolstoï, du genre "Henry VIII campagnard et déplaisant" selon un mot de Tourguéniev qui la poursuivit aussi de ses assiduités qui ne furent pas que littéraires, elle rompt à la naissance de son quatrième enfant, bien décidée à ne plus être la "première sultane du harem" de son despote de mari qui s'affiche ouvertement avec ses différentes maîtresses. Reprenant goût à la vie, elle rencontre un beau Suédois dont elle aura une fille, au grand dam de son frère Léon : "Gentille, gentille et mille fois chère amie Machenka,  j'ai pleuré et pleure encore en t'écrivant …" Après un temps d'errance, elle retrouve paix et sérénité au couvent de Schamordino où elle passera les dernières années de sa vie comme nonne. A l'image de certaines tsarines veuves ou répudiées, il était courant pour un veuf ou une veuve de la bonne société russe d'entrer dans les ordres, si pas de fonder soi-même un couvent avec ses propres deniers. Un salut de l'âme assuré !

    "Nous avons cru devoir supprimer la particule de devant les noms de familles russes", déclare l'Almanach avec moultes précautions. Partie intégrale du nom, elle ne peut précéder un nom russe, sauf lorsqu'il est d'extraction étrangère et que la particule sert à démontrer la noblesse dans le pays d'origine. "Cependant, nous admettons fort bien qu'à l'étranger beaucoup de Russes tiennent à indiquer extérieurement leur classe, c'est à dire en traduisant leur état de noble par la particule de, le cas échéant von," conclut l'Almanach.

    C'est donc avec la particule qu'est repris Jacques de Danzas, gentilhomme de la Chambre de S.M. l'Empereur. Descendant d'un émigré alsacien à la Révolution française, un grand-oncle ami et témoin officiel de Pouchkine lors de son duel en 1837 et aujourd'hui, une noria de camions français des Transports Danzas que l'on croise régulièrement sur nos routes. Le pedigree de madame Charlotte de Bodisco vaut son pesant de quartiers : les Bodisco se rattachent à un Piter Bodisco, originaire de Venise mais vivant à Bruges à la fin du XVIe siècle. Un descendant à la 5e génération, agent commercial pour le compte de Pierre le Grand, émigre en Russie, y fait souche et est anobli, engendrant des conseillers d'Etat, un ambassadeur, deux généraux et un contre-amiral.

    "N'oubliez jamais que chaque visite au théâtre équivaut à une tension de nerfs et que, faute de conversation animée, tout le monde a l'air fatigué et peu à son avantage," diagnostique l'Eau de Cologne 4711 qui ajoute : "Vous pouvez même vous en servir pendant la représentation, votre voisin n'en ressentira pas désagréablement l'odeur." Et de citer d'illustres utilisateurs : l'empereur d'Autriche, la reine mère d'Italie et le shah de Perse !

    La société russe se décline diversément, qu'elle soit issue de plus de mille ans d'histoire ou tout simplement péripétie ou soubresaut de la petite histoire si pas de fugitives histoires d'alcôves. Au départ des familles princières rurikides Obolensky, Gagarine, Schakovskoy et autres Scherbatov, nées de Rurik, fondateur de l'empire en 862, au comte Bobrinsky, fruit des amours secrètes de Catherine de Russie et de son favori du moment Grigori Orlov, bien des noms répertoriés dans l'Almanach de Saint-Pétersbourg battent le rappel d'un passé historique mouvementé.

    Alexandre Alexandrovitch Pouchkine, fils du grand poète et dont l'unique descendant porteur du nom vit aujourd'hui paisiblement à Bruxelles, tout en cousinant avec certains Mountbatten britanniques. Rostopchine, du nom de celui qui fit brûler Moscou lors de l'invasion des troupes napoléoniennes et qui nous légua sa fille, la comtesse de Ségur, dont les talents littéraires firent battre le cœur de nos grands-mères. Les comtes baltes von Sievers dont est issu Alexandre von Sievers, acteur de théâtre bien connu chez nous.

    Suivant l'usage protocolaire, le prince Wladimir Anatoliévitch Bariatinsky, aide de camp général de l'empereur et attaché à "l'Auguste Personne de S.M. l'Impératrice Marie Féodorovna", est qualifié de Haute Excellence. Issue de Yaroslav-le-Sage dont la fille Anne devint reine de France en 1050, la mouvance Bariatinsky remplit plusieurs recueils généalogiques dans lesquels s'égrène un chapelet de cousins-cousines belges : Coninck de Merckem, Harou, Hennin de Boussu Walcourt, Misson, Outryve d'Ydewalle, Regout, Terwangne, Valcke, etc., apparentés au-delà des générations et des frontières à quelques noms des plus fréquentables, Battenberg, Metternich, Pouchkine, Sturdza, Alexandre de Yougoslavie, les enfants du premier mariage de l'archiduc Rodolphe d'Autriche, sans oublier l'altière Denise Sauvage de Brantes, épouse d'un certain Valéry Giscard d'Estaing ...

    La vue courte ? Lunettes, pince-nez, faces à main, jumelles de théâtre, l'opticien M., commissionnaire des universités de Moscou et d'Odessa nous étale ses articles. Au cinéma ce soir ? Sur commande : séances cinématographiques dans les "maisons particulières, sous la direction de mécaniciens experts, lanternes de projection fixes, programmes des plus choisis." Besoin de domestiques et de buffetiers pour vos dîners, soirées ou bals ? Rien de plus simple : adressez-vous à Théodore Zeest, ancien chef de cuisine de feu le grand-duc Alexis Alexandrovitch, affecté au Yacht Club Impérial.

    P1050817.jpgIl y a longtemps que la ligne 18-45 ne répond plus au magnifique palais des princes Youssoupov, parents du jeunfelix-youssoupov-3-serov.jpge Félix, 26 ans en 1913 et futur assassin du staretz Raspoutine ! Les Youssoupov passaient pour être plus riches que les Romanoff. Le père de Félix ne jouissait-il pas, selon le bon mot d'un grand-duc, d'un "crédit illimité avec trois titres d'emprunt" ? En effet, la mère de Félix, dernière porteuse du nom, avait épousé le fils d'un enfant naturel - affirmait-on en coulisse - de Frédéric-Guillaume IV de Prusse. Celui-ci reçut un nom, épousa une comtesse, en prit le nom et le titre. Le fils, comte, épousa la dernière princesse Youssoupov et en prit le nom et le titre. Ainsi va la généalogie !

    Snobisme oblige, madame veuve Nathalie Alexeïevna B. signale à l'attention du lecteur que sa propriété de campagne appartient à la famille "depuis plus de 400 ans", tandis qu'un certain Arthur Macpherson se proclame "british subject, prominent money broker" et "great supporter of all kind of sports".

    Une princesse Schakovskoy rappelle avec dignité que feu son mari, officier de marine, a sombré en 1905 à bord du navire de guerre Petropavslosk en rade de Port-Arthur, lors du sanglant conflit avec le Japon. Le prince Alexandre Nicolaïevitch Obolensky, préfet de Saint-Pétersbourg durant la guerre, subira les foudres de l'impératrice : "Obolensky est un imbécile, s'insurge-t-elle dans une lettre au tsar, c'est un vrai scandale : on ne peut plus trouver de farine en ville et les gens font la queue devant les boutiques, l'organisation est détestable ..."

    Coincée entre les rubriques Leçons de piano et Légumes séchés, Alexandra Olsoufiev propose ses services de lectrice pour "vos après-midi de tricots". Plus loin, une Elisabeth Müller se dit très recommandée comme masseuse, du temps où cette profession n'avait pas encore été détournée de son appellation première. Et madame Badière, modiste à Paris, de proposer ses "boas pour dames, coiffures de théâtre, manchons et plumes, fleurs artificielles pour chapeaux et robes de bal."

    Certaines publicités nous laissent perplexes : une machine de nettoyage par le vide, servant également au massage et à la désinfection, ainsi qu'un laboratoire médical vantant ses services tant pour les embaumements que pour l'examen hygiénique et chimique des aliments !  

    Ce220px-War_and_peace_1956.jpg ne sont pas tant les noms ni les alliances qui constituent le prestige de la noblesse russe mais bien la distinction de l'origine et l'ancienneté du nom. Aussi, en province, sait-on faire la différence entre les mérites généalogiques et l'antiquité d'un nom, même sans titre. Les Soukhotine sont de ceux-là, comme Michel Sergueïvitch Soukhotine, gendre de Léon Tolstoï et membre de la Douma d'Empire. Aujourd'hui, son arrière-petite-fille Lisa fut la dernière épouse de feu l'acteur Mel Ferrer qui joua en son temps dans le film Guerre et Paix le rôle du prince Bolkonsky, alias Nicolas Volkonsky, grand-père de Léon Tolstoï. On connaît l'épilogue du film : Bolkonsky-Ferrer tombe amoureux de l'héroïne du roman, la belle Natacha Rostov, à la ville Audrey Hepburn qui deviendra son épouse ! Certains quartiers Soukhotine pourraient faire pâlir les âmes prudes : Grigori Potemkine, prince, amant et grand favori de Catherine II de Russie ; Vassily Davydoff, décabriste exilé en Sibérie après sa participation au complot avorté de décembre 1825 contre le nouveau tsar Nicolas Ier ; Serge Soukhotine, coauteur dans l'assassinat du moine Raspoutine …

    Nicolas Alexeïevitch Maklakoff est ministre de l'Intérieur, ce qui lui vaut à la Révolution le privilège d'être fusillé par les Bolcheviques, Marie Maklakoff.jpgavides de liquider les suppôts sanguinaires du tsarisme abhorré. Née princesse Obolensky, son épouse réussit néanmoins à émigrer hors de Russie et à s'installer dans le Nord de la France. Enterrée à Menin, sa tombe sera profanée cinquante ans plus tard, provoquant la une d'un journal west-flandrien local : "Qui a détruit la tombe d'une princesse russe ?" Le coupable court toujours.

    Serge Victorovitch Spetschinsky est officier au Régiment des Gardes à Cheval à Saint-Pétersbourg ; son épouse, née princesse Galitzine, est dame d'honneur à la Cour. En émigration, leur fils Victor aura été président de l'Union de la Noblesse russe en Belgique, tandis qu'une petite-fille de ce dernier, Laetitia Spetschinsky, est professeure et chercheuse dans le secteur des relations Union Européenne-Russie à l'Université d'Ottignies LLN. Encourageant avec bonheur l'étude des relations du pays de ses ancêtres avec l'Europe occidentale, elle organisa il y a quelques années la venue de l'ex-président Gorbatchev qui fut, quant à lui, le tsar de la Perestroïka.

    Une petite faim ? Des amis à dîner ce soir ? Sous le slogan selon lequel la gourmandise est "un amour raffiné et désordonné de la bonne chère", la maison Aux Gourmets déclare fournir sans concurrence possible "une table nourrissante, fraîche, copieuse et saine, répondant aux exigences les plus raffinées du gourmand contemporain, ainsi qu'un assortiment fin et recherché de produits pour déjeuners, dîners et soupers de gala." Bien avant nos problèmes de traçabilité des produits alimentaires, la maison ne manque pas d'ajouter que "si la gastronomie est la connaissance raisonnée de tout ce qui peut être mangé", le commerce entier se trouve sous la surveillance constante d'un médecin !

    DGolitsyn_COA.jpgescendants du grand-duc Guédimine de Lithuanie, fondateur de la dynastie des Jagellon qui régna sur la Pologne et la Hongrie, les princes Galitzine - du sobriquet Golitsa, gantelet - sont à la généalogie russe ce que les lapins ne sont pas à la myxomatose. Très nombreux, résistants aux outrages du temps et aux aléas de l'histoire, ils ont entrepris d'en rédiger eux-mêmes quelques glorieux chapitres : chef d'armée sous Ivan-le-Terrible, candidat au trône des Romanov, compagnon du jeune tsar Pierre puis feld-maréchal, persécuté par une tsarine, envoyé extraordinaire à Londres, vice-chancelier sous Catherine II, général combattant Napoléon Bonaparte, ministre du tsar Alexandre Ier mais adversaire de Nicolas Ier, protecteur de Beethoven et enfin, commandant en chef des troupes du Caucase … le tout en l'espace de trois siècles.

    Une branche s'établit vers 1820 en France, devenant par la même occasion catholique et châtelaine via des alliances Bertier de Sauvigny, La Roche-Aymon, Grammont, Luynes et d'autres. En 1860, un prince Paul Galitzine est 1er secrétaire de la légation de Russie à Bruxelles. Ses parents et sa sœur Olga résident également dans notre royaume. "Cette jeune altesse slave rencontra dans la société bruxelloise un parfait gentilhomme, le comte Raymond Cornet de Grez d'Elzius", relate Louis Robyns de Schneidauer dans Le Parchemin de février 1937. Le contrat de mariage, passé en 1861 devant notaire, doit être le dernier du genre en Belgique : quelques mois avant l'abolition du servage en Russie, la fiancée n'apportait-elle pas en dot un certain nombre de "villages avec autant de milliers d'âmes" ? Et ils furent heureux, eurent des enfants ainsi qu'une belle descendance, d'Anethan, Bonaert, Broqueville, Carette, Liedekerke, Marmol, d'Ursel, Villegas, à coup sûr bien de chez nous mais dont l'ADN risque d'être fort éloigné du modèle standard !

    En voyage ou en séjour prolongé à l'étranger ? "Nous appelons l'attention du lecteur sur les avantages que l'Almanach présente pour la publicité par le fait qu'il se trouve dans tous les ministères ainsi que dans tous les hôtels fréquentés par la haute société russe et étrangère, et à cause de la vogue dont il jouit", clame-t-il avec fierté. Le Grand Hôtel de Russie à Rome se déclare de "tout premier ordre, fréquenté par la société russe", tandis que l'hôtel de Grande-Bretagne à Cannes, haut lieu de l'aristocratie russe, se décrit comme "l'un des plus beaux hôtels de la Riviera française, fréquenté par l'élite de la colonie étrangère". Précurseur du Guide du Routard pour aristocrate fauché, l'hôtel Anker à Bayreuth conseille de s'adresser par écrit à son Comité de logement en indiquant le prix souhaité par journée ainsi que la durée du séjour.  

    Vous cherchez à vous offrir un pied-à-terre dans l'Allemagne impériale ? Faites appel à l'architecte Ernst B. à Essen : construction de villas, hôtels particuliers et habitations seigneuriales. Plus modeste, la pension von Finck à Berlin, Postdammer Strasse, tenue par Frau von Witzleben, offre "Elektrische Licht, Gute Küche, Fahrstuhl, Beste Gesellschaft, Zentrale Lage" (électricité, bonne chère, ascenseur, société de standing, situation centrale). Problèmes de santé ? La maison St Blasien en Forêt Noire, sous la haute protection de Son Altesse Royale la grande-duchesse Louise de Bade, accepte les maladies des nerfs et du cœur, les affections du tube digestif, l'anémie et autres maladies intérieures chroniques, mais exclue les phtisiques.

    Cher lecteur de l'Almanach, avez-vous une remarque à formuler, une suggestion à faire ? "Prière de bien vouloir noter, soit en français soit en russe, toute communication, modification ou rectification jugée utile, en l'envoyant à la Direction de l'Almanach de Saint-Pétersbourg, Morskaïa 4, téléphone 144-79."

    Edité une première fois en 1910 puis suspendu pour cause de guerre après 1913, l'Almanach de Saint-Pétersbourg n'aura connu qu'une brève existence, toute la bonne société russe disparaissant brutalement dans la tourmente bolchevique de 1917 pour émigrer ensuite aux quatre coins du globe …

    Nicolas van Outryve d'Ydewalle